dimanche 1 avril 2018

SANS ELLES, LE CIEL EST MOINS BLEU, çA CLOCHE... / Fleury d'Aude en Languedoc

"... Cela commence par une lettre de papa en date du 14 janvier 2003, il suffit d'une lettre pour aborder une question primordiale, un sujet sérieux, sinon grave, concernant notre village : 


« Ce matin, j’ai envoyé le chèque pour l’eau à la CGE et, en allant à la Poste et ensuite à la banque pour un extrait de compte (il y a la machine et c’est rapide : pas besoin d’attendre) j’ai vu, en traversant la place, une énorme grue pointée vers le clocher et qui enlevait, une à une, nos trois cloches, ainsi que les cadrans de l’horloge. Il faut dire que c’est dans le cadre des travaux concernant le clocher et l’église. D’après ce qui est dit officieusement, sinon officiellement, nous ne verrons plus lesdites cloches, qui doivent être placées désormais à l’intérieur du clocher. Je me doute que des ouvertures y seront donc pratiquées, comme ce fut vraisemblablement le cas autrefois – on distingue en effet ces fenêtres longiformes murées depuis, sur les parois –. De toute façon, l’aspect sera changé et la silhouette de notre église défigurée. Espérons que ce ne sera pas de la mauvaise ouvrage…» 


Diapositive François Dedieu 1979

Enfin, il faut le dire vite car je suis vraiment sonné de ce que vous m’apprenez... A force de nous annoncer leur départ chaque année, cette fois, je crains fort qu’elles ne soient pas là pour Pâques, nos cloches.


Elles s’en donnaient à tue-tête, ce dimanche là, les trois cloches, et dans mes yeux fermés, je voyais un Saint-Martin lumineux, partageant du haut de sa selle son manteau grenat. Et le pauvre dans les sabots du cheval, même en me forçant, je n’étais jamais arrivé à le plaindre, impressionné que j'étais par le geste altier du centurion. Une fois pourtant, pour une messe de minuit, quelques flocons virevoltaient autour des lampadaires : il avait fallu ce concours de circonstances et cette envie de neige que seuls connaissent les gosses du Sud, pour réaliser enfin, au-delà de la noble attitude du Romain, les pieds nus de l’indigent sur les pierres froides d'un porche... Le catéchisme, c’était plutôt des oliviers en Galilée et le soleil de Palestine. Ce soleil de Méditerranée, ces éclats trop généreux... le centurion en avait volé l'éclat et la chaleur au figurant en haillons..." 


Premier matin du monde / Le Carignan / pages de vie à Fleury d'Aude I / 2008

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