samedi 6 décembre 2014

VINASSAN / Aude, Languedoc : nos voisins


Ceux qui les traitent de pantigues ? Sûrement les reinarts ! Vous savez, les premiers habitants d’Armissan qui, comme les renards habitaient dans des grottes ! Et les pantigues sont ces sauterelles XXL qui dévorent les rameaux nouveaux puis les grappes en fleur des raisins languedociens. En français l’éphippigère, étymologiquement le porte-selle dont une espèce méditerranéenne : Ephippiger cruciger, l’éphippigère de Béziers. Ces bedonnantes qui ne peuvent pas voler font de la musique avec les moignons d’ailes, deux écailles en guise d’archet et de corde vibrante. Imaginez comme elles ont dû faire bombance lorsque la vigne a remplacé le blé. De quoi jouer ensuite du violon, avec les grillons, en attendant le concert des gragnotes, la nuit, dans la plaine.
Est-ce une erreur de voir le village plutôt tourné vers la plaine alors qu’une grande partie du territoire monte vers la garrigue ? Est-ce que la domination indécente de Narbonne dont les limites atteignent les portes de Cuxac, de Coursan, de Vinassan et d’Armissan, de Fleury même puisque, en pleine garrigue, en bas du Courtal Cremat, au ruisseau (plutôt un fossé à sec) de la Cave Maîtresse c’est déjà, c’est encore la limite avec Narbonne ! Fan cagar a la fin, sount pertout et fan pas rès ! Ah s’ils devaient nous rendre des terres comme ils ont dû rendre l’Aude, à force, vers son embouchure naturelle, notre canton ne s’en retrouverait pas coupé en deux ! Pas étonnant que nos pauvres villages en soient à se chamailler pour les quelques arpents qui restent. Encore heureux que les Coursanots et surtout les Vinassanots, rois de la braconne et de la maraude aient su historiquement leur soutirer des piboulades, des anguilles à la pelote et au parapluie et ces asperges géantes bien vertes des bords de canaux ! Bravo les Croquants, macarel !
Dans son Trésor du Félibrige, Mistral ne mentionne que le nom du village ... la fable de la pantigue et du reinart lui a échappé... et Sabarthès n’est guère plus bavard : 

« VINASSAN église dédiée à St-Martin / Fiscum Viniacum 899 / Vinasan 1595 / Binassà (vulg.)... Pas de date postérieure à 1595... et on reste d’autant plus sur notre faim que l’auteur en dit davantage sur Tarailhan et Marmorières 



Busquiers (chemin des) lieu dit terroir de Marmorières 1298 / carrière appellée des Busquiers 1606
La Fabrique écart
Font-de-Lègue lieu dit Vinassan ad fontem vocatum de la Leca 1322
Mader bergerie
Le Pradel anc fief au terroir de la Clape Narb et par extension Armissan et Vinassan 969
Saint-Félix ferme / saint-Martin ferme /

Tarailhan ferme / l'anc chapelle dépendait de la paroisse de Marmorières Ecclesia Sancti Stephani di Taralano 1324 / « la Bastida de Teralhan» 1495 / «Thérailhian 1807 / anc Etang de Tarailhan.

Marmorières Villa Marinorema = Marmoreria infra insula Lici 821
Parachol lieu dit Marmorières Vin 1293Marmorières Villa Marinorema = Marmoreria infra insula Lici 821
Parachol lieu dit Marmorières Vin 1293
Valmerdière lieu dit au terroir de Marmorières 1293  "Vallis Merderia" 1293"Vallis Merdaria" 1324

Etang Salin Vinassan et narbonne, restes du lacus Rubressus, desséché 1585 grâce au canal Ste Marie, salines mentionnées en 844 estang salin ou marais de la Clape 1680. Le canal de l’etang-Salin ou de Ste marie prend à Coursan le trop-plein de la riv Aude, arrose les bases plaines de Coursan (A l’estang 1768), Armissan (Tot lo lonc de l’Estanh 1537), Narb et se jette dans l’étang de campignol au roc de Conilhac (déjà mentionné pour Coursan et Armissan).
Au XVI ème, l’asséchement permit un gain de terres et l’accroissement de la population.


Vinassan n’en demeure pas moins un village attachant qui nous offre encore l’eau de son puits artésien (indispensable pour tremper les légumes secs!). Un clic sur le site très intéressant de la mairie (http://www.vinassan.fr/) permet d’en apprendre sur le peuplement du village, le docteur Montestruc, la glacière, la pompe du curé... peut-être le père Barbe connu pour ses préparations médicinales dont une fameuse potion pour les yeux. Dommage que la belle cave coopérative aujourd’hui disparue (pionnière du vin rosé dans les années 70 !) ne figure point sur la page de la commune...  

photos autorisées :
Cave coopérative de Vinassan crédit photo http://www.laregion-culture.fr/cultureetpatrimoine/cavescoop/cave-distillerie/cooperative-vinicole-vinassan-11

mercredi 3 décembre 2014

LA BAPTISTINO... / Fleury d'Aude en Languedoc


« La Baptistino al peiroun amé soun amourous,
Se passéjavount toutis dous,
se fasion de poutouns... »

Allez donc savoir pourquoi, de bon matin, je chantonnais « la Baptistino...», sur l’air de «Viens poupoule...» en repensant à tous ces perrons, du moins à ces devants de portes aménagés ou non, dont l’entrée des maisons dites "de maître" (1), où nos gens prenaient le frais, occupés surtout à converser... et à petoufiéjer, à "peler" celui ou celle qui venait à passer (lous vestisiont per l’ivern !)(ils les habillaient pour l'hiver !).
Trêve de diversions, à toujours ouvrir des parenthèses, je ne le sais que trop... D’ailleurs, ces dernières semaines, je les cherchais ces chansons plutôt crues ou paillardes, celles que notre bon capitaine lançait dans le car, en bon meneur, en français pour une histoire d’asticots sur le dos d’un macchabée, en languedocien pour les couplets bouffeurs de curé et la femme en chaleur de Richichiou (2). En fredonnant la Baptistino, tout en me demandant comment ils font pour se poutounéjer (s'embrasser) sur le perron tout en se promenant, je me dis au moins qu’il me reste quelque chose. Mieux même parce qu’il n’y a pas plus gentil que notre capitaine, serait-ce pour ses plaisanteries, son rire contagieux, ses moqueries plus qu’amicales puisque marquées par la camaraderie, une jeunesse en partage ! Je repensais, que cet été, je l’ai revu, ce copain des jeunes années, pour le feu d’artifice des Cabanes et j’ai été tellement attrapé que je suis passé pour quelqu’un de distant, presque incorrect en ne saluant que de loin le groupe qui l’accompagnait (pardon les filles...). Et lui, je crois lui avoir seulement et tout bêtement serré la main... comme si cette pudeur imbécile convenait mieux alors qu’un demi-siècle n’a rien effacé de la complicité passée. Mais on ne s’embrasse pas, entre hommes, on ne se laisse pas aller aux effusions. 




L’aigre-doux de la nostalgie ordinaire et des remords passa à l’âpre et à l’amer lorsque, deux mois plus tard, arriva du pays une triste nouvelle, celle du décès soudain du frère né après lui, parti trop tôt, à un âge où tout devrait encore sourire. Un garçon gai, ouvert, qui aimait rire, comme tous, dans leur nichée bien fournie. Je le connaissais plus pour la pétanque, aux beaux jours... Un bon tireur... Je le vois, comme si c’était hier, au ramonétage ou pour le concours de la fête des pêcheurs, préparant son geste, le buste un peu sur le côté, la main droite et la boule à hauteur du visage. 



Pour le frère parti que j’ai croisé aussi, une fois, par trop banalement, comme si cela l’était de voir quelqu’un vivant, de le rencontrer sans trouver ce hasard formidable (3), laissez-moi le serrer fort, mon capitaine du rugby ! Sans rien dire, seulement pour faire front à l’oppression, par instinct seulement, pour l’enfant insouciant qui va vers l’adolescence puis vers l’âge adulte, toujours désinvolte, parce que cette légèreté s’épaissit avec l’âge. Laissez-moi le serrer fort pour tout cela sans rien penser, en se laissant seulement porter par les sensations... C’est indécent d’analyser et trop de mots corrompent le cœur, c’est sûr. Laissez-moi le serrer fort pour ces liens qu’on croirait lâches mais qui restent si forts, à notre insu, entre camarades de jeunesse, parce que nous étions heureux comme la volée de moineaux racoleurs sur le haut mur derrière chez lui, dans une quiétude qui est déjà celle de la campagne, du temps des fleurs en grappes des faux acacias, parce que nous ne savions pas voir non plus la fatalité inéluctable telle celle du canon de la carabine pointé vers les innocents muraillers (4) en habits de fête. 



La vie en suspens et tout autour, exceptés les pépiements effrénés, la solennité des pierres de taille, une rampe de château pour une remise immense, la clé de voûte altière d’un portail imposant, fermé sur la fraîcheur d’une cave mystérieuse et profonde. Ces belles bâtisses nous laissaient d’autant plus une large impression d’opulence pérenne que nous étions chez le gros propriétaire qui logeait ses ouvriers. C’est vrai que tout est plus grand pour des enfants qui ne réalisent même pas que le gros propriétaire n’est qu’un petit homme, plus petit encore sans son chapeau, plus mince sans les épaulettes de sa veste de gentleman-farmer, épais de la simple mention "Monsieur" que les manants ont collé, par tradition et non sans duplicité, devant son nom...


Les adultes issus des enfants de jadis continuent de sautiller et de chanter des chansons bêtes. S'ils n’ont même pas remarqué que les petits moineaux se font rares, comme eux, sans voir la mort qui les emporte un à un, ils entonnent néanmoins « La Baptistino al peiroun... d'un monde beau et insouciant de la seconde fatale qui finira bien par arriver. 

(1) suite à l'explosion des cours dus aux crises de l'oïdium vers 1850 puis du phylloxéra dans les années 1870.
(2) http://www.limoux-aude.com/chansons-traditionelles/ritchichiu
(3) alors que de quatorze à vingt-cinq ans en gros, nous appartenions à ce même groupe d’âge appelé la « jeunesse ». Que reste-t-il aujourd’hui, à l’heure de l’individualisme forcené, de cette cohésion générationnelle passée ?
(4) nom donné dans le Sud au moineau qui niche surtout dans les trous des murs. 



photos autorisées : merci wikipédia et commons wikimedia.