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lundi 10 février 2020

FÉVRIER 1956 aux Cabanes et à Fleury

LOUIS (La vigne et les chevaux) m'a dit, la semaine dernière, qu'à Olonzac les vignes avaient péri.
GABRIEL nous rappelle que son père confiait que tout avait gelé aux Cabanes, même la rivière. 
YVES (Pêcheur du Golfe) a retenu des images fortes de ces hivers marquants dont, certainement celui de 1956. 

Source INA 1956
YVES : 
« … Sinon, ils regardaient toujours vers l’Est, jamais dans l’autre secteur, pas du côté de l’Espagne car ce qui arrivait de mauvais venait toujours de l’Est.
    Une fois, avec cette neige du grec qui casse tout... je devais avoir 17 ans. Il a tellement neigé, la rivière était gelée, on pouvait pas aller jusqu’au pont de Fleury, comme d’habitude, et on est allé chercher du pain à Valras en passant par le bord de la mer. Il en était tombé 25 cm au bord de l’eau quand même ! J’avais jamais vu ça. C’était petit vent du nord, et l’eau des vagues se gelait. Quand nous sommes repassés il y avait 50 ou 60 centimètres de dentelle de glace... je m’en rappellerai toujours. Attends, pour geler l’eau de mer ! Tout le monde, avec des sacs ; entre ceux qui allaient gaiement et ceux qui marchaient moins vite, on était une trentaine pour rapporter du pain à tout le village.
    Une autre fois, quand on a été au pont de Fleury, on voyait rien et il y avait tant de neige qu’on savait plus où était la route, et les caves (les fossés), à côté.  Tu savais pas si tu étais sur la route ou dans une vigne. A des endroits on en avait jusqu’au ventre. Celui qui était devant était mouillé jusqu’à la taille. On se relayait, trempes comme des canards ! A la boulangerie, chez Vizcaro, enfin Fauré encore, Paul s’est étonné : « D’ount sortissès ? » (D’où sortez-vous ?) On était partis à 7 heures du matin, et le retour aux Cabanes, à 4 heures, avec le bateau. Je devais avoir 17, 18 ans. Quand il neigeait, couillon, c’était la catastrophe... » 

Hiver 1963.
Un autre témoin, si attentif à la vie de son temps,si complice pour garder notre passé vivant... mon père qui me manque... François :

 « … Et nous reparlons du grand froid de février 1956 […] Ici, à Fleury, les « moins vingt » furent chose courante pendant des jours et des jours, les dernières olivettes disparurent, à St-Martin-de-Londres dans l’Hérault la vigne, pourtant si rude, n’a plus résisté à le température extrême de « moins vingt-neuf degrés ». Et Julien de me dire que l’Aude était gelée sous une couche impressionnante de glace, telle que Robert Vié avait poussé sa barque en la faisant glisser du pont de l’Aude jusqu’aux Cabanes. La même année, Titou Maurel (Louis, l’aîné […]) était tombé dans l’eau à travers une glace qu’il avait cru plus épaisse, à Pissevaches, et c’est Manolo qui l’aurait tiré de là – ils devaient chasser -.

[…] Tu me diras : c’est surtout du passé, et je te réponds :
«  Quand on aime la vie, on aime le passé, parce que c’est le présent tel qu’il a survécu dans la mémoire humaine. » (Marguerite Yourcenar.)»

François Dedieu / Pages de vie à Fleury / Caboujolette / 2008 / Chapitre L’Hiver.
 
"... Espérons que février, qui commence demain jeudi, ne rejoindra pas dans les annales celui de 1956 qui vit la mort de la plupart de nos oliviers. Finies ces « olivettes » que nous avions vers Baurène (petite), vers la Magnague (plus importante) et partout ailleurs. Fini également notre bel arbre de Carabot, « la vigne de l’olivier », sur lequel il m’est arrivé de grimper pour cueillir, en compagnie de mamé Joséphine et mamé Ernestine, ces fruits méditerranéens que nous mettions dans une comporte. Celle-ci prenait place derrière le portail de la maison, près de la « porte à mouches » devant la vraie porte de la cuisine. On lavait les olives « à plusieurs eaux » après les avoir débarrassées des quelques rares petites feuilles encore présentes ; et c’était le stade de l’ « olivine ». Ainsi appelions-nous, à tort, cette lessive de potasse qui leur faisait perdre rapidement leur amertume..." 
François Dedieu / Pages de vie à Fleury / Caboujolette / 2008 / Chapitre L’Hiver.
 
"... Février 1956 : le grand froid. (Une lettre de Fleury) « … Depuis quelques jours il fait très froid : nous avons eu jusqu’à moins 12. Aussi nous restons toujours dans la cuisine, le fourneau et le feu allumés. Papa a mis la radio près du feu, il a mis la prise à l’allumoir électrique. Heureusement que nous avons du bois : nous avons arraché le Mourre, et Jojo avait presque fini de le planter, mais avec ces gelées ce n’est pas encore fini de planter.
Aujourd’hui il fait moins froid. N’ayant pas fini la lettre hier je reprends aujourd’hui. Hier soir, il a neigé mais aujourd’hui elle fond au soleil, à l’ombre, par contre, elle se glace. Voilà deux semaines qu’il fait froid ; il faut espérer que l’hiver sera vite passé. Le froid est général, vous devez le savoir par la radio..." 

 François Dedieu / Pages de vie à Fleury / Caboujolette / 2008 / Chapitre "Premiers sourires du printemps". 

"... Autre lettre de Fleury / mars 1956 : « … Les rosiers ont bien résisté, je les avais recouverts de terreau, ils sont bien verts, mais les verveines ont l’air gelées ; les géraniums, les comtesses, les œillets, les chrysanthèmes, les salades, tout est mort, sauf l’hortensia, les rosiers, le spirée, le gypsophile, et les plantes qui étaient dedans. Presque tout est à renouveler, même les asperges. L’aloès aussi a bien mauvaise mine, heureusement que ce n’est qu’un petit malheur..."
 
"... Début février 1956 (1), les hommes taillaient en tricot de corps, en « gilet athlétique » pour reprendre les mots de tatie Marcelle, avant qu'une période glaciale de deux bonnes semaines ne s'abatte, gelant des oliviers centenaires ainsi que, localement, des amandiers, peut-être quelques souches aussi..."

(1) Plutôt fin janvier 1956. 

samedi 8 février 2020

FÉVRIER 1956 / Le grand froid en Europe, en France et sur les abords méditerranéens.

Comme pour les canicules ou les inondations historiques, les périodes de grands froids marquent aussi la mémoire. Si l'hiver de 1954, avec l'appel de l'abbé Pierre pour les sans-abris et, dans l'Aude, plus de 40 centimètres de neige, le Canal du Midi pris par la glace, reste un des plus rigoureux, celui de 1956 avec des températures extrêmes pour un mois de février presque complet, vient en premier pour tout le XXème siècle. 






Après un mois de janvier plutôt doux, les températures liées à une vague de froid vont tomber de 20 à 25 degrés en moins de deux jours (21,2 degrés d'écart pour Perpignan entre le 31 janvier et le 2 février, de 12,4° à -8,8°C). "À la Chandeleur (2 février), l'hiver se meurt ou prend vigueur !", dit le dicton qui cette fois ne pouvait être plus vrai ! Il va geler pratiquement tout le mois de février et avec le Mistral et le Cers à 100 kilomètres par heure, le ressenti est de - 30 degrés ! Qu'a dû être le refroidissement éolien puisque le vent a soufflé à plus de 150 km/h, provoquant gelures et hypothermie presque immédiatement, et la fin en moins de dix minutes ? Le 18 du mois, le pays compte déjà 147 victimes (1). Dans le Sud, les cultures maraîchères du Vaucluse et du Var subissent de graves dégâts. Près d'un million d'oliviers vont périr (5 millions en Provence !) et par endroit même la vigne (dans l'Hérault notamment, 80% à Toulouse). 





La Saône est entièrement gelée. Proches de l'embouchure, la Loire, le Rhône (entièrement pris à Arles et Tarascon) charrient des plaques de glace. L'Orbiel aussi, en moins gros morceaux. Des habitants ne peuvent être ravitaillés qu'en traîneau. Les conduites d'eau sont gelées ou éclatent. Avec 80 centimètres de neige pendant plus de trois semaines autour de la Méditerranée, les techniciens sont réquisitionnés sur les lignes électriques : quand ce ne sont pas les fils qui cassent, ce sont les isolateurs en verre qui éclatent. Un début de banquise prend sur la côte où la mer se met à fumer. Sur les étangs, des flamants et même des canards sont pris au piège. La glace atteint 15 à 20 cm sur le Canal du Midi. Tout le long de son parcours, les mariniers immobilisés doivent descendre sur la glace matin et soir, pour en dégager la coque à la hachette. 


Cette vague de froid n'en finira que le 28. La loi accorde la troisième semaine de congés payés. A Paris André Obrecht libère le couperet qui va décapiter Émile Buisson, célèbre malfrat coffré en 1950 par Roger Borniche... La France compte 44,8 millions d'habitants...

Le mois de février 1956 a été le mois le plus froid du siècle dernier.

(1) Guillaume Séchet et Emmanuel Le Roy-Ladurie estiment que la vague de froid  aurait fait 12000 morts. 

Sources Wikipedia et INA pour les captures d'écran :

https://fresques.ina.fr/reperes-mediterraneens/fiche-media/Repmed00302/fevrier-1956-un-froid-exceptionnel-paralyse-la-region.html

 https://m.ina.fr/video/AFE85006615/le-froid-en-europe-video.html

lundi 4 février 2019

LO PODAIRE 2 / le terrible mois de février 1956

… A pas demembrat lo reproverbi que dis :

Se podes long
Beùras un an
Se podes cort
Beuràs totjorn.

E el poda cort, poda ras. Lèu, vendran las isermentaires que, amassant e torsisen las vizes copadas, ne faran de gabèls.
Nstra ama, mos caris fraires, a bezonh de sentir se pauzar subre ela lofièlaguzat de lapodadoira. La podadoira es l’esprba, es lo malur. A ! l’esprba, com la maldisèm ! nos figuran que Nstre-Senhe nos aima pas, nos delaisa. Comprenèm pasbrico l’bra salutaria de la dolor e nos revoltam contra dius. Paures malurozes que sèm ! Crezèts que la vinha, se podià parlar, se planhirià pas del vinhairon que la tortura ? E pr’aco, sabètz plan qu’aurià trt, d’abrd que, s’éra pas dodada, la vinha levarià res que d’aigras.

Abbat Josep Salvat, felibre majoural « L’ama crestiana e la Vinha (sermoun) Bezièrs, 1927). 


Equipe de poudaires d'un domaine de la plaine de l'Aude.

Février 1956.
C’était 63 ans en arrière. Après des mois de décembre et janvier plutôt aimables, en une nuit, celle du 31 janvier au 1er février, un froid glacial s’abattait sur le pays. Bloquée par un anticyclone fermant l'Atlantique Nord, l'humidité océanique a laissé le champ libre à un flux glacial venu de Sibérie ! 
Les basses pressions dues à la relative tiédeur de la Méditerranée, notamment du Golfe du Lion aspirent fortement l'express sibérien : le Mistral (160 km) et le Cers  se déchaînent. Parallèlement c'est une dépression qui se creuse sur la Méditerranée amenant de la neige de l'Italie aux Pyrénées, de cette neige lourde qui tombe avec le Grec, depuis la mer, et qui casse les branches et crève les toits. 
 La sève qui, suite aux mois précédents trop cléments, montait vers les extrémités, a gelé et fait éclater des millions d'oliviers et par endroits des vignes sans parler des pins de la garrigue qui déjà, en temps normal ne supportent pas les neiges du Grec... 
Sur le Canal du Midi, les péniches sont bloquées... Après avoir formé des convois pour casser la glace à tour de rôle, les mariniers stoppent et doivent encore libérer les coques de l'emprise des glaces. Ils ne pourront repartir que début mars.   
Les vagues de froid (deux sinon trois) se succèderont, en effet, du 31 janvier au 29 février 1956.

Le poudaire, parce que le fait de tailler les pieds qualifie comme s'agissant du vendemiaire, un travail spécifique apporté à la vigne. Cela a même donné l'expression "vestit coumo un poudaire" pour dire qu'il est très habillé pour résister aux assauts du Cers d'hiver si pénétrant. Le poudaire a subi ce mois de février 1956. La mémoire a retenu qu'en janvier il taillait en bras de chemise avant que l'express de Moscou ne vienne tout chambouler...