Affichage des articles dont le libellé est Nadau. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Nadau. Afficher tous les articles

vendredi 17 décembre 2021

CHEMIN D'ÉCOLE (3) Qui a dit "La propriété c'est le vol" ?

 

Pour se situer, la départementale entre Fleury et St-Pierre en haut à droite, le plan de Roque, hauteur stratégique d'où opère un radar de l'armée, en bas à gauche. Merci l'IGN !

A un moment donné, il faudra bien que ce grillage prenne une autre direction, avec la possibilité de contourner pour, cap au levant, trouver les ruines peut-être encore d'une bergerie d'antan, la Caune, accompagnée, qui sait, d'une grotte, au seuil de la barre de Saint-Pierre. De là haut, pour la première fois de ma vie, suite à cette aventure en terre inconnue, si loin dans mon imaginaire et pourtant si proche du chevelu fasciculé à peine exploré des racines familiales, il me sera enfin possible de voir la Pierre, les deux constructions, ruines, vestiges ou encore de quelque utilité, le point de chute de la migration descendue de l'Ariège, point tangible habité par des aïeux, vers la fin du XIXe siècle. 



 Foutu grillage, barrage à 90 degrés de la direction à prendre, qui, tel une paradière, mène obligatoirement au piège, à l'une des pantanes du trabacou à poissons de l'étang (nous étions avec les pêcheurs de l'Ayrolle en novembre).... Le chemin, bien carrossable malgré quelques flaques à sangliers dans une paire de cuvettes argileuses, et quelques affleurements de fréjal (1), semble régulièrement utilisé ; il monte encore en même temps que la question d'une première fois, entre curiosité et souci : quoi donc en haut ? la vue sur la mer ? Des terres interdites et le délit d'entrée sur la propriété d'autrui ? Ne pouvant suivre le chemin d'école de papé Jean et du cousin Étienne que j'ai connu aussi, je me console en pensant le rejoindre en haut de la barre, au-dessus d'un piémont fertile avec, plus loin, la mer pour un point de vue unique. 

Camplazens.

Et bien, en haut, pas tout encore mais une campagne dans son écrin de vignes : ce ne peut être que Camplazens. Ici aussi ils ont concassé la garrigue pour planter toujours plus (2) mais pas de grillage, pas de panneau agressif ou d'une pédagogie cauteleuse. Il n'empêche, le promeneur, même correct et respectueux des gens et de la nature (ce n'est malheureusement pas le cas de tous (3)), gênant par bien des aspects, doit se faire discret par rapport aux propriétaires... et aux chasseurs qui louent, qui paient... Raison de plus pour qu'on sache de quels chemins, de quels espaces, la collectivité qui elle aussi paie ses impôts, peut profiter !  

(1) Dans le trésor du Félibrige, lou fréjalié est le tailleur de pierre dure... Il me semble que le nom donné à Fleury, à ce calcaire dur et gris est "fréjal"...  

(2) Le Languedoc terre de grande production vinicole, a su prendre le virage à 180 degrés pour une indiscutable qualité : le prix toujours plus élevé des bouteilles en atteste. Une bonne partie des domaines a été acquise par de gros investisseurs de tous horizons : les campagnes de jadis sont devenues "châteaux", il en est ainsi des domaines cités dans cette chronique (Tarailhan, les Bugadelles, Camplazens, Vires, les Karantes) et si quelques uns, à l'extérieur ou au village ont su négocier ce tournant, les étrangers sont nombreux (Etasuniens, Anglais, Suisses... à quand les Chinois ?)... et la tramontane de leur stratégie intéressée qui n'a jamais existé dans la Clape n'arrête pas de souffler sur leurs pages web... 

(3) "... Il y a des glaciers, des rochers, la pelouse les sapins, les hêtres, les bouleaux, les papiers gras et des bouteilles de bière, ce qui aurait tendance à démontrer que les cons ne supportent pas l'altitude..." Nadau qui raconte les Pyrénées avant de chanter Saussat (en occitan traduit en français): 

https://www.youtube.com/watch?v=J1k04LGD--g


jeudi 3 décembre 2020

OISEAUX GIGOGNES (fin) / Fleury d'Aude en Languedoc.

 

Tadorna_tadorna tadorne de Belon wikimedia commons Author Ludovic Hirlimann. 


A la Cosse Mijane (entre Les Cabanes et la Grande-Cosse), ce sont 3 cygnes tuberculés et 86 tadornes de Belon qui ont été comptés... Ah le tadorne de Belon ! du nom de ce zoologiste de la Renaissance à ne pas confondre avec le Belon, fleuve côtier breton des rares huîtres plates (on en trouvait à L'Ayrolle, des plates, dans les années 70 avant qu'elles ne disparaissent mais c'est une autre histoire...) donc, le tadorne, anatidé entre le canard et l'oie qui pond et couve dans un terrier... Ah mon cousin Jacky tragiquement décédé, cela fera quatorze ans en janvier avec parrain (son père Norbert) et l'oncle Noé, étaient en admiration devant un exemplaire empaillé trônant dans leur maison rustique au bord des vignes ! En quel honneur ? De sa beauté sûrement... J'en reste d'autant plus perplexe en apprenant que l'espèce est protégée en France depuis 1962 et que sa chair n'est pas terrible.

Sinon, des oies ou des grues qui passent pour dire aux humains de souche que l'hiver est là ? 

Vol_de_Grues_cendrées au dessus du Comminges wikimedia commons Author Patrice Bon. Ah ! Nadau, chanteur occitan de par là-bas, qui parle des grues mais au printemps "... Qu'enteni las gruas qui se'n vanFrança,. Que cau jetar lo blat a l'esperança..." (Que j'entends les grues qui vont vers la France. Qu'il faut jeter le blé à l'espérance...) 

 
Danse des grues wikimedia commons Author Frebeck

Le 29 novembre, la Ligue de Protection des Oiseaux signale 91 grues cendrées à Sérignan, 79 toujours à Sérignan (domaine de Sainte-Denise), 81 à l'ancienne douane de Gruissan, 80 à la Réserve Africaine de Sigean, 13 à la station de Gruissan-Tournebelle, 42 au Périé (Peyriac-de-Mer), 7 au domaine de Java (Bages)... sûrement les mêmes qui se déplacent et s'éparpillent, et qu'il ne faut pas additionner...   

Des cigognes, des foulques macroules en quantité (225 le 29 novembre à l’étang de Campignol [Gruissan]) et quelques verdiers de ci de là, qui me consolent de ceux perdus de l'avenue de Salles... Mais pas une oie mentionnée... 

Voilà pour les deux volets de mon article à tiroirs, tirant des bords entre le passé, le présent, ce qui est mort, ce qui est vivant, d'autant plus qu'après Joan de Nadau, heureusement bien vivant, je poursuis avec Anne Sylvestre, la chanteuse qui vient de nous quitter, moins pour ses quelques rimes sur les oiseaux migrateurs que pour son duo (coquin pour l'époque) avec Bobby Lapointe " Depuis l'temps que j'l'attends mon prince charmant."

"Les migrateurs 
Les grands voyageurs 
Ils savent toujours quand c'est l'heure 
D'aller retrouver la chaleur 
Une boussole dans le cœur..."

 https://www.youtube.com/watch?v=biekqTyy9uU 

Des tiroirs gigognes qui me voient finir avec un loto des oiseaux qui, en plus d'avoir contribué à m'ouvrir des portes de la vie magique, me rappelle le temps si vivant du ruisseau du Bouquet...  


Photo empruntée à pinterest... Chut, ne me dénoncez pas... "Je vous paierai... foi d'animal..." dès que je retrouverai le mien...
 

Ah ! les lotos qui marquaient les fêtes de fin d'année et l'hiver au village... 

Pour ceux qui s'intéressent aux oiseaux qui passent :

https://www.faune-lr.org/index.php?m_id=4&p_c=1&p_cc=-1&sp_tg=1&sp_DateSynth=03.12.2020&sp_DChoice=offset&sp_DOffset=2&sp_SChoice=category&sp_Cat[never]=1&sp_Cat[veryrare]=1&sp_Cat[rare]=1&sp_Cat[unusual]=1&sp_Cat[escaped]=1&sp_Cat[common]=1&sp_Cat[verycommon]=1&sp_cC=-v&sp_FChoice=list&sp_FGraphFormat=auto&sp_FMapFormat=none&sp_FDisplay=DATE_PLACE_SPECIES&sp_FOrder=ALPHA&sp_FOrderListSpecies=ALPHA&sp_FListSpeciesChoice=DATA&sp_FOrderSynth=ALPHA&sp_FGraphChoice=DATA&sp_DFormat=DESC&sp_FAltScale=250&sp_FAltChoice=DATA&sp_FExportFormat=XLS

 


jeudi 19 décembre 2019

NADAL, NADALET, NADAU... NOËL OCCITAN (suite & fin) / Pyrénées, Piémont, Espagne, France, Val d'Aran...


Val Varaita, une des vallées occitanes du Piémont, Wikimedia Commons Author Luca Bergamasco /  La comunità montana a toujours eu un intérêt particulier pour la sauvegarde de la langue et des traditions occitanes.

La chanson, "La Piémontaise", est de 1705, Louis XIV mène une énième guerre, celle de la succession d'Espagne... Nadau aurait pu chanter "les Piémontaises", d'autant plus que les vallées cisalpines sont italiennes avec une particularité cependant puisqu’on y parle toujours l'occitan ! Oublions les approximations, tout le monde n'a pas l’esprit fouineur, l'impression globale est trop belle, trop forte, le souffle du Sud trop rare ! 

Signature Fébus 2 janvier 1360 Wikimedia Commons Auteur Gaston III de Foix-Béarn.


De 1705, on remonte aux années 1300 avec "Se Canto". Comment ne pas rapprocher, en effet, Joan de Nadau, troubadour de maintenant, d'un autre émissaire du Sud, Gaston Febus (et pas Phoebus puisque le "ph" n'existe pas en occitan... je me fourvoie toujours sur un dico français...) qui aurait écrit "Se Canto", un chant désormais devenu hymne par la faute de ces foutus Jacobins contreproductifs à l'esprit borné. Les paroles ont en commun l'amour perdu car trop fragile sinon souvent déprécié car assimilé au quotidien, au train-train, à la monotonie des choses quand on ne veut pas réaliser que chacune d'elles est déjà un petit bonheur.     


"... Aquelos mountanhos          Ces montagnes 
Que tan nautos soun                 Qui si hautes sont
M'empachoun de veïre             M'empêchent de voir
Mas amours ant soun..."           Où mes amours sont

Je m'égare, Gaston avait répudié Agnès son épouse et ne pouvait donc que s'en mordre les doigts. Elle est de l'autre côté des Pyrénées, en Espagne. L'Espagne, Joan de Nadau en parle, obligatoirement, comme d'une réalité fuyante, évanescente comme le vent "... Le printemps qui vient d'Espagne fait pleurer la montagne... " (Saussat / Nadau).

https://www.youtube.com/watch?v=J1k04LGD--g (Saussat)
Commune de Balaguères, village de Balagué ou a été tourné le film "Le Retour de Martin Guerre". Wikimedia Commons Author Olybrius.
Avec l'amour, la guerre, le soldat. Celui encore lié aux temps anciens et aux Pyrénées, volontaire ou forcé. Est-il revenu du Piémont comme revint Martin Guerre, paysan d'Artigat (Ariège), douze ans après, alors que son épouse vit avec Arnaud qui, usurpant l'identité du mari, lui a même fait des enfants ? (années 1550). Ni hasard ni coïncidence, seulement synchronicité, le scénariste du film "Le retour de Martin Guerre" est Jean-Claude Carrière, un homme de culture que j'ai aimé, que j'aime encore même si la parisianisme qui lui a gâté le cœur, me fait peine. Carrière enfant de Colombières-sur-Orb, était bilingue et parlait occitan.

Comme Nadau avec "Lo dia, Maria, qui s'a minjat la nueit", Le jour, Marie, s'est mangé la nuit, Carrière a su témoigner d'un ménage de la montagne en face, presque au même moment, dans la nuit :
 
« … Fasen un traouc a la nèit, la fenno, per veïre si dema i fa journ. »
« Faisons un trou à la nuit, la femme, pour voir si demain il fait jour »

Gravure de Flammarion ou "du pélerin" Author Heikenwaelder Hugo, Austria. 
Enfin, à travers le répertoire de Los de Nadau, est-ce un hasard si plus de sept-cents ans ont été survolés ? une coïncidence si l'Occitanie a été parcourue, du Piémont en Italie aux Pyrénées qui comptent tant ? Dans nos montagnes,  il y a le Val d'Aran en Espagne mais géographiquement tourné vers le Nord, la direction que prend la Garonne, obligée qu'elle est par des sommets à plus de 3000, des cols à plus de 2000 mètres jusqu'à ce qu'un tunnel soit creusé vers le Sud en 1948. Le Val-d'Aran, unique entité politique où l'Occitan est langue officielle ! Nadau a des attaches dans le Val. Il a donné un concert à Vielha !   

Val d'Aran Commons Wikimedia Author Wela49

Bossost Val d'Aran, au pied du col du Portillon. Wikipedia, Auteur Nickj.

Hier je ne sais toujours pas pourquoi j'ai tapé Nadau. Un instinct, le sixième sens sans doute ou alors je savais trop bien qu'avec un clic magique, en écoutant "Mon dieu que j'en suis à mon aise" (il faudrait un petit article rien que pour cette chanson !), comme avec une femme, référence à Rimbaud (Sensation), je pouvais atteindre ces hauteurs pures de rocs, de glaciers et de lacs d'altitude en regardant le Saussat, comme Joan de Nadau... Pour me ressourcer, reprendre les forces, pour résister à ces puissances politiques mâtinées de haute finance qui ne pensent qu'à dominer pour exploiter. On ne peut vivre béatement d'amour et d'eau fraîche. Comme pour une femme l'amour donne le courage de se battre. Même Nadau évoque, serait-ce à petites touches, les Croquants ou les Demoiselles du Couserans, les paysans accablés de taxes ! L'esprit de résistance ne peut qu'amener un mieux  les mouvements sociaux doivent aller au bout... Jean-Claude des châtaignes et du vin bourru, c'est pas bien d'être pour les Versaillais au prétexte que les révoltes peuvent amener pire... 

"... Ah qu'il vienne enfin le temps des cerises [...] avant que j'aie dû boucler mes valises et qu'on m'ait poussé dans le dernier train..." Les Cerisiers, Jean Ferrat. 

Croix occitane.

mercredi 18 décembre 2019

NADAL, NADALET, NADAU... NOËL OCCITAN (1ère partie) / Pyrénées, Piémont, Espagne, France...

Nadal, Nadalet... Hier nous parlions du Nadalet, littéralement le petit Noël. "Sounar Nadalet" c'est annoncer Noël huit jours avant en sonnant les cloches chaque jour, à la nuit.  Enfants, cela ajoutait à la magie, nous avancions la tête sous la hotte de la cheminée pour entendre carillonner.
Nadal, Nadau... pour dire "Noël". Pour tout dire, il se fait appeler Joan de Nadau. Pas plus messager que roi mage, il est porteur d'une âme occitane et de l'écouter déclamer d'abord en français des paroles ensuite chantées en béarnais a eu le don d'apaiser des inquiétudes pourtant prenantes au point de penser que pour la deuxième année consécutive, le climat social et institutionnel délétère allait prendre le pas sur les fêtes de fin d'année et avant tout celle de Noël, synonyme de retrouvailles en famille, d'amour infini, parenthèse de mysticité transcendée entre le solstice et un sauveur pour la Terre toujours présent, ou qui doit revenir... 


Jan_de_Nadau Wikimedia Commons Auteur Flo641
Joan de Nadau a anticipé sa retraite professionnelle (il était prof de maths...) pour être la parole, par l'entremise de ses chansons, de ceux qui, sans revendication séparatiste aucune, tendent seulement à exprimer que le sentiment sudiste persiste à couver sous la cendre, que l'identité culturelle demeure, primordiale, que la vie des anciens n'avait rien d'arriéré, enfin, que la survivance d'une langue n'a rien de sécessionniste.
D'ailleurs, la première chanson qui m'a accroché est une vieille chanson française venue du fond de la mémoire et que chaque accent, chacune des sensibilités diverses qui, n'en déplaise au rouleau compresseur jacobin, font la richesse de notre pays, ont pu d'autant plus faire leur que l'Histoire des gens retient les malheurs, les difficultés plutôt que les progrès.
Joan de Nadau s'est donc approprié cette chanson. Il la présente comme ayant plus de deux cents ans, rapportée par "les conscrits de Napoléon ou d'avant quand ils avaient la chance de revenir au pays une fois qu'ils avaient fait l'armée". C'est une chanson de cet amour tranquille pour celle faite pour partager les jours et donner des enfants, durable, relativement, parce que vivre vieux ce n'était pas de ce temps. Elle s'oppose à la pulsion amoureuse pour une autre, forte, vertigineuse mais sans lendemain. "... Tu penseras aux Italiennes qui sont bien plus belles que moi..."... 

 https://www.youtube.com/watch?v=5bP7SbF9yp4 ("Mon Dieu que j'en suis à mon aise"


Vallées occitanes du Piémont Wikimedia Commons Author Jfblanc