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vendredi 10 juillet 2020

PARTIR (11) / L'Alcantara pour l'Amérique du Sud, Canaries, Equateur...

Et pour le moment, rien, rien dans le sillage de l'Alcantara. La poésie d'Antonio Machado revient à l'infini telle l'onde marine qui s'étale en montant sur le sable : 

 "... Caminante, no hay camino,
sino estelas en la mar..."

Il faudrait recouper avec les différents courriers envoyés à posteriori. Fouiller l'ordi de ses pensées qui restent, les ordis à vrai dire puisque le plus vieux, à colonne persiste à tourner rond et à ronfler pour rafraîchir ses circonvolutions de cerveau artificiel. Mais rien. restent les kilos de lettres... Il faut fouiller, retourner... Pour voir... J'y vais !

Nous étions donc à Madère où, par le biais d'une lettre, on en apprend davantage sur les barques venant au paquebot avec des enfants qui plongent pour une pièce ou des vendeurs de souvenirs.
A son ami Jan du coteau rive gauche de la Vltava dans Prague :   

"... Les barques venaient caracoler autour du navire, chargées de souvenirs de l'île : fauteuils spéciaux en osier, petits fûts à madère, canaris dans leurs cages, foulards aux vives couleurs. Quand un client appelait, on lui lançait une corde et il tirait lui-même l'objet convoité. S'il le prenait il mettait l'argent dans un panier suspendu à la corde.
Enfin le 5 juin, ce fut notre dernière escale, Las Palmas de Gran Canaria. Là nous avons visité la ville...  

Las Palmas de Gran Canaria Panoràmica de la ciudad y su playa de Las Canteras wikimedia commons Author Tito Pullo

Tenerife et le Teide, son volcan depuis la Gomera wikimedia commons Author Zenihar

A partir de là, un blanc. Auraient-ils remarqué le Teide, le stratovolcan de 3718 m, point culminant de l'île voisine de Ténérife, de l'Espagne et de tout l'Atlantique ? Une routine s'est elle établie ? La magie du départ s'est-elle estompée ? Rien sur l'archipel du Cap-Vert (Cabo Verde aujourd'hui) pourtant croisé par tribord au bout de deux jours (Ilha Santiagu, Pico de Antonia 1394 m). En  guise de pot-au-noir, le passage de la ligne, entre Afrique et Amérique, vers le cinquième jour, dont le compte-rendu, par contre, retrouvé sur une feuille tapée à la machine, est étoffé. Son titre indique "ALCANTARA 14"... Des trouvailles sont donc encore et toujours possibles...

Capo_Verde_Santiago_São_Jorge_dos_Órgãos_Bougainvillea 2011 wikimedia commons Author Cayambe

ALCANTARA 14. 
Aujourd'hui c'est sûr nous allons traverser l'Equateur. Les officiers du bord ont troqué leur uniforme bleu marine pour la tenue tropicale de couleur blanc crème y compris les chaussures et le couvre-chef. Ils ont toujours aussi fière prestance. le spectacle est surtout sur le pont principal, à la piscine. premier jeu : les deux protagonistes, bien entendu en maillot, se font face à cheval sur une longue poutre à fleur d'eau. Chacun est armé d'un lourd polochon ou traversin bien garni, dont une seule volte bien ajustée vous jette à l'eau n'importe quel poids lourd, sans parler des autres. L'assistance se presse autour de la piscine. Le commissaire de bord, promu arbitre officiel, s'approche avec son carnet et son crayon : les choses sont sérieuses. Chaque candidat a décliné son identité, donné le numéro de sa cabine. Tout est prêt, les deux joueurs assurent leur équilibre de leur mieux en attendant le signal du début de l'épreuve. Cinq, quatre, trois, deux, un, top ! C'est parti : déjà les deux polochons tourbillonnent. Et chacun d'éviter avec soin le coup fatal qui mettra fin au match. Les encouragements fusent de toutes parts pour le champion de son choix, qui retrouve tant bien que mal son assise après chaque coup de traversin. Celui d'en face donne vite des signes d'épuisement, ses muscles ne parviennent plus à communiquer à son engin une vitesse suffisante pour inquiéter l'adversaire. Et celui-ci, qui s'en est vite aperçu, en profite et d'un dernier coup désarçonne le faiblard, qui en quelques brasses se retrouve sur la berge. 
C'est alors le tour de deux "cavaliers" suivants. Les comptes sont bien tenus, un seul prétendant sera déclaré vainqueur de la joute. (à suivre).
François Dedieu (1922-2017).
 

vendredi 29 mai 2020

PARTIR / NÉ QUELQUE PART, ÉMIGRANT, ERRANT...

"... Je suis né quelque part
Je suis né quelque part, laissez-moi ce repère
Ou je perds la mémoire..." Maxime Le Forestier

"Rien ne trace son chemin" (J.J. Goldman). Il est donc condamné à choisir par lui-même, condamné à être libre de choisir !  Rester ? Partir ? Vivre !

Des traces ?
"... Mais notre affaire est de passer
De passer en traçant
Des chemins
Des chemins sur la mer..."
(Antonio Machado).

Cela explique-t-il que certains s'accrochent bec et ongles aux racines ? Au point de se couper de leurs prolongements de branches, de fleurs et de fruits ?
"... La race des chauvins, des porteurs de cocardes,
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part..."
(Georges Brassens). 

D'autres partent comme des graines au loin, de gré ou par force. Se coupent-ils pour autant de leurs racines ? Arrivent-ils à germer ? Ou attendent-ils le temps de revenir, le temps qu'il faut pour vaincre le "mal du retour", au sens premier de la nostalgie ?..  


1953. Fin mai. Jouant de malchance, tirant le diable par la queue, François emporte "sa femme" (c'était sans guillemets alors), son gosse, quelques valises, une grosse malle de livres et d'espérance. 

François part au Brésil.

La malchance, trois, quatre peut-être sept jours avant d'obtenir sa "carte orange de diplomate", il est expulsé de Tchécoslovaquie (mars 1950). Aucune indemnité en tant que victime d'une mesure de rétorsion, aucun droit à un nouveau poste ! 

Praha_1,_Karlův_most Wikipedia Author Tilman2007
La guigne encore pour un poste de traducteur d'allemand à Toulouse (ONIA). Deuxième sur vingt-quatre... Ils n'en prenaient qu'un et peut-être que le piston...
Ingratitude encore de la République qui ne l'a pas pris comme remplaçant aux Cabanes-de-Fleury, le titulaire étant en longue maladie. L'Inspection Académique a préféré une école sans maître !
Et Michelin qui l'embauchait pour s'occuper d'une succursale à l'étranger sauf que c'était à Prague. Impossible pour la "persona non grata" qu'il restait !
Et cette école libre de Rodez mais pour 13.000 francs mensuels seulement "...le directeur s'excusait lui-même pour ce salaire de misère..." ! 325 euros de 2019 !
Et encore le ministère "Vous êtes victime d'une homonymie" ! 
Survivre. Gagner Narbonne à vélo pour donner une leçon...  

Une petite chance, bien que modeste et tardive, ce poste de précepteur chez la Comtesse Anne de Romilly, au château de Saint-André-de-Sangonis.
Et enfin un coin de ciel qui s'ouvre, un poste au Brésil. Mais le jeune comte s'est attaché à celui qui enseigne et le mène, il reste manger surtout s'il y a du chou farci. Au point que sa mère voudrait même qu'il parte aussi au Brésil (13 mai 1953). 
Déchirure encore quand il faut quitter les siens pour des années (26 mai)...
   
 "... Y a des oiseaux de basse cour et des oiseaux de passage..." (M. Le Forestier). Il y a les migrateurs non, toujours à rejoindre un port, un havre ? Et ceux qui passent pour ne jamais repasser ? 


André est le frère de son grand copain, encore un François. Ils habitent dans ce même quartier haut, l'un la maison de Jean, l'autre celle d'Elise, dans ce faubourg au-delà des remparts de jadis, entre le cœur du village et les premiers coteaux de garrigue. Or André lui, va partir au Canada. A Montréal. Une transplantation  réussie, une greffe vigoureuse car voulue, jusqu'à assimiler la façon de vivre et même l'accent, ce que quelques imbéciles aussi heureux que méchants, comme dépossédés, en arriveront à lui reprocher... Une trajectoire plus qu'attachante qu'il faudra partager un jour...