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dimanche 26 octobre 2014

LA FRANCE RANCE DES GALLIMARD (II) Mégalomanie et perversion esthétique (1)



Venant d’un faiseur de fric qui s’oppose à la nouvelle opportunité culturelle offerte par l’Internet, juste pour la raison que ce qui est gratuit, c’est du chiffre d’affaires en moins pour lui, il est d’autant plus intolérable de se laisser imposer ce qu’il a trouvé bon pour sa clique que le négatif de son cliché manifeste le plus vil mépris pour le reste. Dire que le renom de Mistral est éteint, déprécier le terroir, dicter son goût artistique relèvent d’une subjectivité coupable. Ce qui est RANCE et EXAGÉRÉ, pour reprendre les termes de la "maison" Gallimard, c’est ce jacobinisme intellectuel de la part d’une entreprise sans foi ni loi au passé glauque. Comme en politique, les réactionnaires provoquent pour s’indigner ensuite de la réplique des tarabustés qui s’exacerbe au point d’exiger l’indépendance parce qu’une autonomie digne leur a été refusée. C’est dans cet esprit qu’il faut comprendre ce pamphlet.

Profiteur de guerre(s) parmi tant d’autres, Gaston Gallimard usa de tous les moyens, de tous les coups bas pour cannibaliser le secteur de l’édition. Cette agressivité entrepreneuriale est restée et la morgue des héritiers (1) voudrait laisser accroire que l'art et la quête du beau justifient de tout accepter, même l'inacceptable.

Pierre Assouline qui aborde sans détours L'épuration des intellectuels (Éditions Complexe 1996) associe l’argent accumulé au placement que représente le "trésor" des Gallimard, à savoir le très épais catalogue d’auteurs. Est-ce ce qui compte le plus à côté des malheurs dus aux deux guerres mondiales ? Doit-on rester impressionné par la mégalomanie qu’il prête à Gaston Gallimard quand il lui fait dire « La littérature française c’est moi ! » ?
Il faut bien sûr répondre NON ! Répondre NON et garder en mémoire la riposte immédiate à apporter à l’héritier de mauvaise foi !
Antoine Gallimard, en effet, ose revenir insidieusement sur les agissements RANCES de son grand-père. Par exemple :

« ... C’est avec plaisir que j’ai remarqué que s’étaient enfin tues les voix qui renvoyaient jusqu’alors nos Éditions à une prétendue incapacité à saisir toute leur histoire, et notamment à aborder sereinement la période de l’Occupation.... » (1)

... Ah ! qu’en termes insidieux, ces choses-là sont mises ! EXAGÉRÉ son argument consistant à rappeler qu’ils ont déjà tout publié, donc tout avoué :

«… le moins que l’on puisse dire est que nous avons largement contribué à la mise au jour de cette période de notre histoire, sans prévention aucune... » (2)

Le moins que l’on puisse dire est que l’héritier ne voulait surtout pas que l’on parlât de certains épisodes : Assouline a initialement publié ailleurs et c’est parce que Gallimard n’arrête pas de racheter la concurrence que, dans la situation de l’arroseur arrosé, il a trouvé commode la posture du coupable semblant faire amende honorable. Entre parenthèses, plus loin dans l’entretien, il ne manque pas de noter que son grand-père ne s’est pas caché, dès 1919, de vouloir créer, après le mécénat des premières années, « une entreprise très commerciale » (alors que d’autres se remettaient de la guerre...). Avec l’argent qui n’a pas d’odeur, Gallimard, ne manquant pas d’aplomb, loin de susurrer un semblant d’excuse, voudrait se faire oublier à bon compte ! Que ne l’a-t-il fait plutôt que de convier les élites à inaugurer une moitié de rue « Gaston Gallimard », en 2011 !

(1) soutenus qu’ils sont par l’ignorance des faits, l’esprit de classe et une clientèle riche (60 € pour un ouvrage la Pléiade).
(2) http://www.gallimard.fr/Footer/Ressources/La-maison-d-edition Antoine Gallimard / textes et communiqués / « L’éditeur entre l’encre et l’écran » / Le Débat n° 170 mai-août 2012 (pdf). 


Photos autorisées : 1) inauguration de la rue 2) plaque de la rue.