vendredi 13 mars 2026

PANFILO et sa jument MAGLORIO (2)

 PANFILO et sa jument MAGLORIO. 

Beaucoup de monde à Limoux (1) en cette veille de Noël, dans les auberges, les boutiques. Descendu de sa montagne, Panfilo propose du maïs, des chapons, des canards gras et leurs foies. En échange des sous gagnés, cette fois, il remontera avec de bonnes choses, des gourmandises. 

Place_du_Presbytere Limoux 2022 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Author Krystof Golik

STOP : et là l'adulte qui, quitte à outrepasser le monde magique des gosses, aime les histoires encrées de réalisme, en accord avec la géographie, se demande si en repartant même en tout début d'après-midi, l'attelage peut parcourir d'un trait, les 43 voire les 44 kilomètres (2), par Rennes-les-Bains ou Campagne-sur-Aude. Peu chargée, sans tenir compte du dénivelé (Limoux 170 m., Parahou-le-Petit 680 m.), la jument étant capable d'aligner 5 kilomètres par heure, c'est possible, faisons confiance à André... ils arriveront entre neuf et dix heures de la nuit. 

Rènnas_le_Castèlh, château 2006 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 2.0 Generic license. Auteur Micaco

L'auteur évoque la voie romaine entre Rennes-le-Château et la maison de Panfilo, seulement parce qu'il aime sa géographie, cet itinéraire faisant monter notre équipe à plus de 800 mètres d'altitude et qu'en prime, encore dans la vallée de l'Aude, les premiers flocons se mettaient à valser. 

Il nous met dans l'ambiance, André, d'une époque encore sensible aux légendes sinon vieilles histoires sur fond de faits parfois authentiques. Et moi, du coup, je n'attends pas de me retrouver chez Panfilo, devant le feu de cheminée, pour m'en frotter les mains. 

D'abord, on dirait que l'auteur a des racines dans les Hautes Corbières, il parle de lieux plus que locaux, qui ne figurent même pas sur la carte d'État-Major, que seuls les originaires connaissent. Il parle d'histoires qui se racontent et se transmettent seulement dans le coin, celle du cercueil au milieu de la route bloquant la jument et qui, une fois remis en place, lui révèle en languedocien « as pla faït sinon éres mort ! » (tu as bien fait sinon tu étais mort). Plus loin, ce sont des chaînes de revenants puis le pays aussi mystérieux que hanté du « Trauc de la Reilha », un plateau truffé de gouffres il se peut... Pas le moindre indice sur la carte... ce n'est pas plus mal ainsi : s'ouvrir à l'imaginaire ce n'est pas rester sur sa faim... Des chaînes pour un voisin malfaisant en chemise blanche, embroché par la fourche d'un veuf croyant au fantôme de sa femme venant le hanter. « Si te tourni portar al cementeri, tournaras pas ! » (Si je te porte à nouveau au cimetière, tu ne reviendras pas !), la phrase, trame de l'histoire, passe de génération en génération. 

La mort semble plus présente que de nos jours : pendant la guerre de 14-18, le menuisier de Bugarach et le curé étant mobilisés, c'est un jeune séminariste qui apporta les derniers sacrements au défunt enterré dans une caisse à jambons de dépannage...   (à suivre)

(1) malgré les aléas (guerres, peste, choléra, inondations) une ville historiquement prospère de ses manufactures de drap, de cuir, d'une meunerie florissante dont le célèbre carnaval témoigne chaque hiver.  

(2) avec la rentrée de la vendange, nous reviendrons sur les efforts aussi formidables que spontanés des chevaux de travail. 

Il était une fois « PANFILO et MAGLORIO » (1)

 Ce ne sont pas nos gens qui auraient l'idée d'appeler leur jument « Uva de Bel Air »... mais ce ne peut être que positif  de suivre les origines et pédigrées de nos compagnons animaux, avec la place particulière tenue par les haras nationaux (1) concernant les équidés (n'oublions pas les ânes et les mules). Serait-ce par un signe ostentatoire de noblesse, la caste à particule ayant traditionnellement trouvé refuge sous l'uniforme républicain, ce souci permet de contrôler la pureté de race, la lignée des sélections via les chromosomes, la généalogie. Dans notre Midi devenu viticole au cours du XIXème siècle, quels critères incitent le vigneron vers une race de chevaux de trait plutôt qu'une autre ? 

Une idée du relief que la simplification a résumé en « Corbières » (en violacé les hauteurs supérieures à 700 mètres d'altitude. 

Et, dans nos confins montagneux, l'Aude formant un département formidable entre mer et montagne, aux climats si différenciés, à fixer de la loupe le cours du St-Bertrand en bas des mille mètres des Crêtes d'Al Pouil et de la Forêt des Fanges, pour quel cheval Panfilo a-t-il opté, s'agissant de Maglorio, sa jument ? Cette histoire, nous la devons à André Galaup (1938 -.2021) (2). Vieux bonhomme que je suis, je me la suis laissé conter  comme j'aurais tant aimé l'entendre petit sauf que ma famille manquait terriblement de ces attentions, de cette tendresse là... Pas grave quand on veut garder en soi l'enfant qu'on était s'appropriant, pour compenser, tout ce que les grands ne voulaient pas donner. 

Oui, comme quand j'étais gosse, avec les parts de rêves et l'exotisme à portée, j'aime qu'il me raconte cette histoire, afin de la parcourir ensuite, la relire aussi sans la crainte d'avoir à me corriger des raccourcis trop hâtifs. Merci monsieur Galaup d'avoir transmis, partagé, de l'avoir mise en mots aussi bien qu'en images à partir du moment où chacun se fait son film... 

Chipilly monument au cheval blessé (58e division britannique) 2014 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Author APictche

(1) à propos de chevaux, on parle de stud-book et pour une fois, je n'irai pas chercher un équivalent en français,  pour ne pas dire franchouillard, seulement eu égard à une donnée, à savoir que lors de la Grande Guerre, le cheval si indispensable a toujours été mieux considéré et traité chez les Anglais que chez nous et du côté allemand (plus de vétérinaires entre autres critères de respect et reconnaissance)... Pensée également vers la sculpture de Chipilly dans la Somme : le monument aux morts (1922) montre un artilleur britannique tenant dans ses bras la tête de son cheval agonisant... L'œuvre d'Henri-Désiré Gauquié (1858 - 1927), rendant hommage à tous les chevaux victimes, est considérée comme l'un des monuments commémoratifs les plus émouvants du département. Ce monument commémore les combats livrés par la 58ᵉ division britannique dans ce secteur, les 8 et 9 août 1918, pendant la bataille d'Amiens et qui ont permis la libération de Chipilly. 

(2) ancien du Midi-Libre, André Galaup de Limoux a écrit plusieurs ouvrages sur les mystères de Rennes-le-Château, les abbayes du Razès...