Et ensuite lorgner vers la tribune de l'orgue, privilège des hommes. L'occasion faisant le larron, dans l'escalier y menant, favorable au détournement de quelques piécettes, il arriva à l'enfant de chœur de tomber le plateau de la quête.
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| La tribune, l'orgue (souvenir de Régis Escaré l'organiste) ne seraient-ils pas trop riches et ostentatoires ? Un flutiau de berger suffirait non ? |
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Bien sûr, plus tard, au fur et à mesure de l'approche puis de l'entrée dans le monde des grandes personnes, tout un faisceau relationnel s'est dévoilé aussi bien ici, hommes et femmes mêlés, dans la maison de Dieu, que dans les boutiques, les clubs, le cagnard, les cafés, le cimetière, le terrain de rugby et autres lieux ou circonstances propices aux rencontres et ragots de village tels la corvée des pissadous. Des bancs réservés aux familles riches, de la coquette faisant mine d'arriver en retard afin de bien étaler ses élégances, aux conciliabules discrets ou à venir de critiques et médisances sur les présents, les pingres, ou ceux, peu nombreux, ne pratiquant guère... même pour ses côtés peu glorieux, l'église reste pour moi le réceptacle globalement positif de notre communauté villageoise, quels que soient les divers degrés ou non de dévotion de chacun... Pour aimer les miens de la petite colonie que nous formons, mon sentiment pour notre église, plus maison commune que la mairie, reste non négociable.
Heureusement, si le qu'en-dira-ton pesait alors, la pression religieuse se retrouvait débarrassée de sa tyrannie hégémonique de caste dominante intolérante coupable de malfaisances et inégalités institutionnalisées, des bûchers de sorcières, d'hérétiques (1) à l'autoritarisme complice pas si vieux des dictatures les plus ignobles telle celle de Franco, à laquelle seul le décès du caudillo a pu mettre un terme, au rôle ambigu des ecclésiastiques et du pape Pie XII dans la fuite des nazis et oustachis vers l'Amérique du Sud, grâce à un réseau de monastères. L'Église ? des cohortes de privilégiés bien mis, gros et gras, mangeant du castor en période maigre au prétexte que la queue écailleuse de l'animal l'apparentait aux poissons, qui pressuraient le peuple trop souvent affamé, les gardant en laisse avec la promesse hypothétique des derniers qui seront les premiers jusqu'aux grands scandales liés à la prédation sexuelle des abbés sur les nones, les enfants, de l'obsédé sexuel abbé Pierre sur les femmes... La diatribe bien méridionale de Joseph, père de Marcel Pagnol, eût pris alors un autre tour. Lui, poursuivant de son courroux le désintérêt moqueur d'Augustine, son épouse (l'entente familiale avec la tante Rose et l'oncle Jules primant), comparait la religion qui chante « des fables infernales ou paradisiaques » à un « noir bandeau de l'ignorance » sur les yeux du peuple, l'usage du latin n'ayant que « la vertu perfide des formules magiques » ; il en restait là de son rejet, non sans dénoncer les « impôts écrasants », les « tyrans libidineux » qu'étaient les Borgia (déjà). Il était aussi question de la papesse Jeanne. Dans un moment plus ironique, Joseph ne fredonnait-il pas aussi la paillardise du Pèr' Dupanloup ? (2)
Ça c'était avant, depuis les populations se sont libérées de l'emprise collective du monothéisme catholique et chacun, en particulier celui qui se console dans l'espérance de quelque chose après la mort, reste libre, au sein de la chrétienté, de croire à ce qu'il veut bien croire. Mais pour tous, voir ou retrouver son clocher, accompagner qui part dans l'autre monde, entre chaleur familiale, cohésion de groupe sinon froideur sociétale nous attache indéfectiblement à la compagnie impliquée qui a tant contribué à faire de nous ce que nous sommes.
Sans en appeler au « blanc manteau d'églises » de l'an Mil, les cloches continuent de sonner pour tous !
(1) des Bonshommes dits « Cathares » qu'on se gardait bien d'évoquer de même que la passivité complicité de Narbonne dans les massacres causés par cette croisade.
(2) nous, dans le car du rugby, c'était « Le curé de Camaret » sinon “ Richiouchiou ”, en languedocien...
Note : veille de Noël nous quittait Natchou, Hélian Martinez, de 1954, de nos générations coude à coude au village. Depuis 10 ans qu'il se battait contre le mal, jamais un mot, un soupir de découragement. Toujours de l'allant, le mot pour rire, et celui pour narguer le cancer. Et quelle chaleur rallumée dès que sa route croisait quiconque du camp pérignanais ! De sa petite maison d'enfance à l'Horte, derrière un robinier et un drôle de pontil, où nous lui faisions dire des bêtises (il n'avait que 6-7 ans), à celle du “ château ” conjointement réhabilitée avec son frère Jean-Luc, La Panne, de son lien avec la Costa dels Tarongers à notre rivière Aude où il aimait pêcher, sa bonne humeur ne pouvait être que partagée. Et sa voix ! En avant toute ! éclatante toujours, ne laissant jamais échapper un doute, une tristesse, pas même ne serait-ce qu'une pointe de nostalgie... Natchou ? un bulldozer écrasant toute amorce de jérémiade, un brise-glace atomique des frilosités de chacun, comme si de passer à travers pour retrouver convivialité et chaleur de la vie constituait la seule priorité.
« Tiens Jèu, tu la veux cette anguille jaune ? » il ne m'avait pas vu de dix ou quinze ans et me faisait la fête avec de suite un cadeau !
Natchou, que ton dernier chemin te fasse passer ou non par notre église, lundi je penserai fort aux tiens et à toi au cimetière. Au revoir copain !