mardi 24 octobre 2017

LA CAVE DE SON PÈRE, JEAN... MON GRAND- PÈRE / Fleury petit pays

Les vendanges ? Pas l'occasion d'y penser cette année dans la rubrique "la vie continue". Je m'étais pourtant promis de reprendre les jolies pages de François Tolza dans "Adoracion", c'eût été l'occasion d'évoquer le Roussillon, l'immigration espagnole qui ne sont pas sans rapport avec l'actualité de la Catalunya tant Sud que Nord. 
   

Et puis, les vendanges sont passées avec seulement ce qui aujourd'hui les résume : le rapport qualité-prix, une productivité se passant toujours davantage du labeur des hommes mais infestée de charges d'emprunts, de chimie, de pesticides avec en prime, sur Narbonne, aux dernières nouvelles, les phtalates (1) hautement toxiques balancés dans la nature par Aréva-Malvési... Si, si, il s'agit bien du machin en faillite qu'une élite prétentieuse et insincère nous imposa au milieu du siècle passé et qui nous coûte des déchets sur des centaines de milliers d'années (mais la Terre se sera débarrassée de nous avant !), une guerre au Sahel (la prétendue indépendance énergétique !), sans parler des impôts (de toute façon, les moutons sont destinés à être tondus !) ! 

Alors on se réfugie dans les vendanges du temps jadis. Nostalgie négative, passéisme diriez-vous ? Ou retour aux sources quand un présent trop moche et un futur trop compromis provoquent déprime, dégoût et détresse ? 
  
"... L'agitation joyeuse des vendanges laisse place à une activité aussi feutrée que nocturne mais chaleureuse, comme si l'alchimie mystérieuse du vin le commandait : 
"Dieu n'avait fait que l'eau, mais l'homme a fait le vin !" Victor Hugo.
 Après souper, les rues sont désertées. Pourtant une présence magique habite le vide. Une odeur de vin nouveau flotte dans la fraîcheur. On entend le cliquetis régulier d'un pressoir, proche et lointain à la fois, clair, résolu..." JF Dedieu / Le Carignan / 2008. 
 

Entrée en matière qui me voit remonter vers mes quinze ans et la cave de mon grand-père Jean. Une évocation à laquelle devait répondre mon père, plus technique, pudique, moins lyrique même si une poésie nostalgique cachée affleure souvent de ses écrits. Et pas seulement puisque ce passage traduit l'emprise des racines occitanes avec, pour ce qui est de la vie au pays, la primauté du languedocien sur le français : 

"Vocabulaire relatif au pressoir : 
Lou bigos (sorte de houe à deux fortes dents) pour tirer la rafle du foudre ou de la cuve dans une semal (une comporte) après avoir fait couler le "vin fin" dans la cournudo (une grosse comporte)... /... Le pressoir : la presso (prensa). 
La maie, réceptacle cimenté pour recevoir le raisin, se disait je crois la "maio" mais je ne trouve pas le terme dans le dico. 
Le jus coulait dans "lou tchampot" le "p" devenant "b" à l'écriture (une fosse cimentée). 
On recouvrait la "pressurée, la pressurado" avec "los mantous" (deux) surmontés des "anguialos" ou poutrelles de chêne, puis du "souc" qui comprenait "lou grapau" ou crapaud pour fixer tout l'appareillage. Sur le "souc" était fixée la plaque de fonte du constructeur. Je me souviens qu'il était de Lyon, je suis presque sûr que c'était "Marmonnier (2)-Lyon" mais le nom m'échappe peut-être. 
Enfin, las clavetos et la barro (les clavettes et la barre), d'abord la petite, toute droite, puis la longue barre en Z allongé, où on se mettait jusqu'à trois de chaque côté. Enfin, "lou talhan" pour tailler chacun des quatre côtés. On ramasse à la main ce qui est tombé dans la rigole, on aère un peu et on replace cela sur le dessus car le bord a toujours été incomplètement pressuré." 
F Dedieu / Caboujolette / 2008.

 (1) http://tcnarbonne.org/index.php/2017/10/20/contre-expertise-sur-thor-tdn-commanditee-par-les-viticulteursa-lire-absolument/ 
(2) c'est bien Marmonier, papa, serait-ce avec un seul "n". Une entreprise qui a toujours su innover depuis 180 ans. 
 

photos autorisées commons wikimedia : 
1. Janvry Pressoir Americain 1906 Marmonier Lyon Author Lionel Allorge. 
2. Le souc / Pressoir Americain 1906 Marmonier_Lyon Author Lionel Allorge.
3. La plaque constructeur Pressoir Americain 1906_Marmonier Lyon Author Lionel Allorge.  
4. Les rigoles menant au tchampot (l'ensemble à poste fixe et en ciment chez papé Jean). Pressoir Americain 1906 Marmonier Lyon Author Lionel Allorge.



samedi 21 octobre 2017

“ J'AI PAS VOLÉ, PAS VOLÉ, PAS VOLÉ L’OR...” (fin) / Faites donc "Monsieur Hitler" !

  Le 18 juillet 1944, à Bretton Woods, Henri Morgenthau, ministre des finances de Roosevelt accuse la BRI (Banque pour les Règlements Internationaux) d’être instrumentalisée par les nazis... Il se garde bien de revenir sur la période antérieure à décembre 1941 qui a vu les États-Unis continuer à exporter vers l’Allemagne nazie, la BRI, en tant que prête-nom, se chargeant des transferts d’argent. 
 
    La BRI, intermédiaire entre les banques centrales européennes, a son siège à Bâle, en Suisse. En 1944, elle est contrôlée par la Reichbank qui possède plus de 70% des actions. En outre, ses actifs, à hauteur de 300 millions de francs suisses, sont aussi investis en Allemagne. Il serait anecdotique de souligner que le directeur général est français, un nommé Fournier, de la Banque de France mais aux ordres d’un commissaire allemand. Est-ce utile de préciser aussi que le directeur adjoint est allemand, ancien de la Reichbank, membre du parti nazi ? Serait-il accessoire encore de dire que le président de la banque, T.H. Mc Kittrick est américain ?
    
Dans cette logique, la BRI qui, malgré la guerre, touche, rubis sur l’ongle, les intérêts de ses investissements en Allemagne, se permet en retour, de bénéficier de devises fortes ; ainsi l’or pillé par les nazis s’en retrouve blanchi. La banque suisse qui a aussi transporté de l’or vers le Portugal pour le compte de l’Allemagne traitait qui plus est la vente du métal précieux au profit d'Hitler.
    
Avant la guerre, alors que tous les signes de son imminence sont tangibles, les gouvernements occidentaux (Angleterre, France, États-Unis) sont bien les seuls à toujours croire qu’elle est évitable (1). Dans ce but, le gouvernement anglais, ne voulant surtout pas déplaire à “Monsieur Hitler”, a favorisé le versement de la valeur de l’or tchèque vers l’Allemagne. Pauvre Tchécoslovaquie, lâchée par ses alliés, envahie et dépouillée d’avoirs censés être en sécurité en Grande-Bretagne ! C’est à mettre sur la liste des lâchetés anglaises et françaises (2) qui eurent un effet inverse à celui escompté. Triplement même puisque, Hitler encouragé dans sa politique d’agression qui augmenta d'un tiers ses capacités guerrières grâce à l'équipement et aux chars tchèques (usines Škoda principalement) bénéficia aussi des fonds nécessaires au développement de sa machine de guerre. Pis, cette politique d’apaisement se conjugua avec une impréparation certaine des alliés alors que la probabilité de la guerre se renforçait.
  
  
 La presse britannique, elle, témoigne néanmoins de cette indignité en dénigrant la BRI, une banque qui récompense avec 23 tonnes d’or (804,591 millions d’euros / cours du 18 oct 2017) l’occupation illégale d’un pays souverain. La question est posée à la Chambre des communes, le 15 mai 1938 et Chamberlain dit vrai mais ment à la fois en affirmant que l’or tchèque n’a pas été livré. Le 31 mai 1938, une dépêche de l’Associated Press en Suisse viendra confirmer la transaction.

Johan Willem Beyen (3), président de la BRI de 1937 à 1940, laisse aussi entendre qu'il s'agit d'un jeu d'écriture, "que c'est très technique", que l'or est toujours là.

Mc Kittrick, sur le point d’être nommé à la tête de la BRI, a préféré considérer que la situation était seulement comparable à ce qui s’était passé en Autriche (22 tonnes d’or transférées en Allemagne suite à l’Anschluss, l’annexion).           
Alors qu’elle ne l’a pas fait en faveur des Soviétiques pour l’or des pays baltes, La BRI a livré l’équivalent de l'or que la Banque Tchécoslovaque avait mis en sûreté à Londres. 

A la fin de la guerre T.H. Mc Kittrick fut reconduit dans ses fonctions et la BRI n’eut aucun compte à régler concernant la dénazification. 
Beyen, son président fut ministre des Affaires Étrangères des Pays-Bas jusqu'en 1956 et honoré lors du Traité de Rome (1957) pour "son rôle majeur dans la création du Marché Commun" (Wikipedia). 

Cher copain de taverne, toi qui a voulu mettre ce malaise entre nous, tu as une idée, à présent, pour ton or volatilisé... Je ne sais pas si tu es intéressé par mes déductions mais en cinquante ans, l'image de la France idiote utile se fait moins floue. Les alliés ont toujours joué de ses fiertés mal placées pour la faire suivre comme un âne qui trotte. Elle qui se voulait entre les deux blocs se retrouve engagée avec une Europe atlantiste en froid avec la Russie, complice obligée des dominateurs de Washington, représentants de commerce d'un monde pas aussi libre qu'il le prétend.    

(1) Le bellicisme allemand est analysé et annoncé bien avant 1930... Est-ce la hantise du bolchévisme, l'intégrisme capitalistique et le désir pour l'Occident de pousser Hitler contre Staline qui ont favorisé la montée en puissance du totalitarisme nazi ?.. La réponse n'est-elle pas dans la question ?  
(2) « Vous avez eu à choisir entre la guerre et le déshonneur ; vous avez choisi le déshonneur, vous aurez la guerre. » Winston Churchill à Neville Chamberlain, premier ministre, à propos des Accords de Munich (1938). Churchill a eu le mérite de dénoncer en temps utile les volontés hégémoniques de l’Allemagne. Pas écouté face à la politique d’apaisement de Baldwin puis de Chamberlain, il a même été hué pour son avis à propos des accords de Munich (sept. 1938) : « Nous avons subi une défaite totale et sans restriction » ! 
(3) considéré comme un des « Pères de l’Europe » ! Après Monnet et Schuman dont on sait qu’ils acceptèrent l’agent de la CIA, ne sautons pas comme des cabris pour une UE vraiment pas en odeur de sainteté...    

Source : Marc-André Charguéraud / Le Banquier américain de Hitler, Ed. Labor et Fides, 2004. 

photos autorisées : 
1. Holoubkov Panzer-35 Auteur  MoRsE assumed