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jeudi 18 juin 2026

... FORMENT la JEUNESSE, on dit... (2)

 « Les voyages forment la jeunesse... », dicton, proverbe ou adage... une sentence entendue partout. Certes, certes, et ce doit être vrai surtout s'agissant d'un ailleurs, d'un séjour hors son chez soi, son quotidien. Quant au migrateur saisonnier aux attaches en double entre Métropole et Mayotte, depuis plus de trente ans, c'est autre chose. (suite du 1)

La grande passiflore d'une dizaine de centimètres de diamètre, liane puissante non sujette au vertige, capable de rompre jusqu'aux hautes branches maîtresses, je l'ai coupée à la base, tant pis pour les maracujas, elle étreignait déjà le cable téléphone et internet, alors ne cherchons pas le bâton que ledit câble n'a seulement été remis que onze mois après Chido, le cyclone ! En guise de consolation peut-être, une petite apportée par le vent, squattant sans envahir, genre véronique en épi ou mégaforbiaie, fleur tropicale sauvageonne pointant un joli épi sommital, lilas puis rose pâle. 

oiseau Foudia_madagascariensis_-_Wüstenhaus_5 licence et auteur  spacebirdy  CC-BY-SA-3.0

Courol malgache. 

Bref, le cadre d'une petite vie contemplative où le manque des chants d'oiseaux reste le plus flagrant, fini le cardinal rouge vif, fini les “ hou ” répétés du petit-duc musicien de la nuit, les “ keu-keu ” agressifs du courol mangeur de caméléons... 

Souimanga royal nectarinia regia 2006 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license. Author Aviceda

Bulbul

À peine, une fois ou deux, les vocalises d'un survivant souimanga, d'un bulbul, d'une moucherolle, de trois ou quatre zostérops “ à lunettes ” quand les vols en comptaient une quinzaine, plus de guêpiers également au point, illusion auditive, de croire entendre leurs “ driit-driit ” en vol ; moins de palabres des martins devenus aussi tristes que le nom qu'ils subissent, moins de corbeaux-pies à rouscailler, à peine le passage silencieux d'une roussette isolée, sûrement la même de la nombreuse colonie de jadis, des grands arbres disparus du ruisseau, si bruyantes dans leur impudeur ; à peine et beaucoup plus rarement, le “ kraik ” sinon le chuintement attendus de l'effraie, à peine trois petits martinets gris dans le ciel un jour et puis pfuit... opportunité de réaliser combien un quotidien paraissant banalement ordinaire peut manquer au plus haut point ! 

Ivy alias Mimine, Bouboulin...


Coco dépité (2003-2015). 

Et tandis que je m'affaire aux bagages, la Mimine, elle pourtant toujours là, suite à sa nuit dehors, a disparu... souvenir de Coco, noir et blanc, qui, à la vue d'une valise, marquait ostensiblement sa sortie d'un miaulement plaintif... et celle qui m'accompagne sans jamais rien en montrer mais qui éprouve, à présent que les enfants ont quitté le nid, les trente années de migration du compagnon inconstant que je reste... Rançon à payer à deux cultures lointaines en dépit des convergences, de l'accord avec un fils “ salade de fruits ” parti étudier le mandarin à la Réunion et en passe de réaliser un mois d'étude vers Guangzhou... 

Faut encaisser, ne pas se laisser aller à des effusions contreproductives. C'est déjà dur, en dépit de tout changement climatique, avec lui, là-haut qui depuis toujours en saison sèche, envoie ses mêmes rayons vitreux et compassés par rapport à sa fureur d'été austral, en saison des pluies, l'air de dire « Et oui c'est l'heure... prends tes cliques, tes claques, faut y aller ! ». 

Le trajet des départs trop répétés, avec, dans les deux sens, la pointe d'amertume retenant en arrière tant qu'on ne se retourne pas résolument devant soi, vers ce qui va venir. Alors bien que devant en subir les changements, d'un regard désireux de bien la fixer en soi, on la regarde avec tendresse cette île attachante (de même que La Clape, le bleu dela Méditerranée à l'un des deux bouts), presque comme si, à chaque fois, on ne devait plus la revoir... 

Zostérops de Mayotte 2009 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported, 2.5 Generic, 2.0 Generic and 1.0 Generic license. Auteure Cécile Pheulpin

Épervier de Francès, familier, peut s'observer de près. 


mardi 18 novembre 2025

RETOUR à MAYOTTE. 10 et 11 novembre 2025.

Prémices. Rappelant ce lointain pour un vécu moins contraint, trente années en arrière, pourquoi ces avions toujours vers le Sud, à laisser leurs traînées si le vent doit tourner marin ? 

Vol_d'oiseaux-Île_de_Cosne_(Cher) 2012 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported, 2.5 Generic, 2.0 Generic and 1.0 Generic license. Auteur Cjp24. 
Mince, pas moyen de récupérer les miennes de photos... Chercher, repasser, se demander et enfin comprendre à la vue d'un imbécile heureux porteur d'un béret qu'un doigt intrusif avait inversé la prise... mis en accusation, le doigt a dit que c'étaient les yeux... et oui, un soleil aveuglant et l'âge avant tout...
 


Et ces vols d'oiseaux semblant s'attendre ? Par une belle journée de début novembre, depuis le chemin de Baureno,  à suivre les “ grous ” si sonores des grues, il se confirme qu'elles ne feront pas étape dans l'Étang de Fleury... Pourquoi le feraient-elles d'ailleurs, puisque à part quelques pluies d'automne, modestes bien que bienvenues, le déficit hydrique est tel  aux marges du Golfe, que son émissaire, le Ruisseau du Bouquet (1), est à sec depuis belle lurette ? 

L'Étang de Fleury vu depuis la colline du moulin 1967 Diapositive François Dedieu. Époque géniale, un clic, une photo, et ce par milliers... sauf qu'un clic malencontreux, un bug du disque externe et plus de photos... Les diapos de papa, au moins, moins nombreuses mais toujours là. Nous avions peu, avant... Aujourd'hui, tout avoir c'est aussi n'avoir rien...


Non, depuis ce modeste seuil entre le village et la cuvette enclavée dans La Clape, il y a longtemps que nous n'avons pas vu l'eau miroiter suite aux pluies pourtant courantes d'automne. Les grues se regroupent afin de profiter d'une ascendance ; elles tournent, en spirale et montent au point de devenir toutes petites avant de cingler à nouveau, en vol plus uni, vers l'Espagne. Prendre de l'altitude afin d'aller plus loin... De quoi se sentir également migrateur, par destination. Pas voyageur, juste à devoir s'éloigner, par destinée... une « Forza del Destino » finalement bien moins alambiquée et plus facile à suivre que l'opéra de Verdi (2). Pas plus émi- qu'immi-, juste mi- du migrateur. 
Fatalisme familial ? enchaînement improbable ? une rencontre de travailleurs étrangers dans l'Allemagne nazie, une charrette de diplomates français expulsés, en représailles, de Prague par le pouvoir communiste, l'opportunité d'un poste au Brésil pour échapper au dénuement. Aléas qui se superposent, se démultiplient avec les générations, c'est s'avancer et souvent se tromper que d'annoncer des chemins tout tracés...   

Plutôt que de suivre un livret d'opéra aux péripéties outrancières, plutôt que de s'atteler à une saga remontant loin dans un passé dit familial, autant ne considérer qu'une tranche de vie, celle liée à une nomination à Mayotte dans les années 90. Sensation d’un retour à la case départ, au jour de la migration initiale, consentie suite à un sur-place économique lié au matérialisme imposé par nos sociétés dites développées… pensée pour les migrants obligés en vue de survivre plus que de vivre, risquant de mourir en chemin ou en mer, se coupant du cercle familier, parfois à jamais. Partir, une décision, un acte impactant... un bien pour un mal sinon l'inverse... bref un départ pour du mieux qui a un prix, un 27 septembre 1994. Une relation de ce voyage doit figurer dans mes papiers ou courriers tout comme quelques unes d’autres entre l’Europe et le Sud-Ouest de l’Océan Indien, plus espacées tant le voyage est devenu trajet. Sinon, à confondre, à oublier si rapidement, on en arrive à réduire à l’extrême le temps qui pourtant passe déjà si vite. Il y aurait suffi de noter... encore une capacité des écrits qui restent. Et cette fois, vu que la migration n’a pu se faire en 2024 pour cause de santé et que la chance qui s’en est suivie au prix modique de seulement dix-sept mois écoulés, inconcevable tant elle est trop belle, motive. Trop belle, oui, en parallèle à ceux qui luttent depuis des années, à ceux qui savent qu’ils doivent quitter ce monde. Pas de quoi s'emballer, tout n'est que sursis, tout peut aller mal du jour au lendemain

En attendant, le dire c'est manquer de pudeur. J’ai beau dire que c’est pour moi sinon mes fils, ma compagne, ma famille, nos descendants, nous regrettons tant ces blancs si courants dans la vie de nos proches, l’argument passe à peine comme circonstance atténuante ; plus acceptable peut-être, l’idée que toute existence ne s’inscrit que dans le flux des 117 milliards qui peu ou prou ont fait ce que nous sommes, et que le témoignage, serait-il personnel, se fait aussi au nom de tous ceux pouvant y adhérer, partager plus ou moins. Aussi, manière de relever toutes les différences formant néanmoins le groupe, l'occasion de méditer le mot de Jules Michelet  « Chaque homme est une humanité, une histoire universelle ». Chacun est un rien bien qu'unique, chacun est tout... 

Sans qu'on sache où elle ira, chaque trajectoire singulière ne laissera en définitive qu'une trace relative : pas de chemin, seulement un sillage sur la mer, l'image chère à Antonio Machado, l'intellectuel et poète remarquable amené à mourir en exil à Collioure, semble répondre à ce questionnement... 

« ...Caminante no hay camino, sino estelas en la mar... » 

Qu'il en soit ainsi plutôt que, pour reprendre la métaphore, un sillage moins éphémère d'hydrocarbures, de pollution, de réprobation morale marquant plus durablement la mémoire humaine.  

(1) à peine dévoilé par les cartes et écrits, au cours pas si anodin, relativement, de toute évidence pour ses riverains pérignanais : à une époque préromaine, par un étonnant souterrain n'a-t-il pas permis de drainer puis de mettre en culture l'étang dit « de Fleury » ? Ne rejoint-il pas la source qui lui donne son nom, accessible par un escalier et où les femmes puisaient encore l'eau dans les années 50 ? N'a-t-il pas, là où de nos jours, les lotissements se sont multipliés, accueilli nombre de potagers, si pratiques et productifs, en bas du village ? Sans aller dans l'anecdotique avec les petits profits jadis procurés : blèdes, épinards, pleurotes jusqu'à une eau claire que notre ami Louis s'est même risqué à boire alors, plus en aval, grâce à une pousarenco, un “ seau à balancier ” autrement dit « puits à balancier », cigognier, sigonho, gruo sinon chadouf (pour parler français), avant de rejoindre la plaine, n'a-t-il pas, en plus d'autres productions, offert à l'oncle Noé des comportes de melons ? (à lire, sur ce blog toute une série d'articles sur « Le ruisseau du Bouquet »)   

(2) pour ceux qui aiment lier hasards, aléas et coïncidences : à cause de la maladie, en 1861, de la soprano Emma la Grua, la création de l'opéra de Verdi, évoqué fortuitement ici, n'eut lieu que le 10 novembre 1862...