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jeudi 15 octobre 2026

Slows de l'été (3)


C'est qu'elles me retournent le cœur, « Les Neiges du Kilimandjaro » par Pascal Danel, d'abord parce qu'en bas de l'hôtel des Pins, aussi café-restaurant (la bouillabaisse y était prisée), à swinguer bien accompagné, je ne me m'attendais pas à les espérer, plus d'un demi-siècle après, migrateur à ne pas connaître l'hiver que je suis, frissonnant à fredonner « Elles te feront un blanc manteau, les neiges du Kilimandjaro... ». Oh oui, les attendre, les voir si le ciel n'est pas bouché, depuis le long-courrier qui emporte ou ramène. Deuzio parce que chaque fois, je me demande avec inquiétude si à force de fondre elles laisseront chauves les têtes des volcans réunis. Tercio, à présent que les paroles l'emportent sur le rythme, arrive aussi le personnage (1) d'Ernest Hemingway, hanté d'avoir jeune raté l'amour de sa vie, tenté, dans son délire (la gangrène), d'aller finir là-haut... Parce qu'un léopard, étrangement, laissa un jour dans le froid des cimes, sa carcasse loin de la savane ardente... 

Mount_Kilimandjaro_in_Amboseli_national_park under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Author Ben LEU SONG

Ernest Hemingway (1899-1961). 


Francis et Norbert me pardonneront de les avoir emmenés si loin, mais c'est si fascinant, ces neiges éternelles sur le continent africain que nous croyons voué aux fortes températures... De toute façon, ils savent de quoi il retourne, eux qui aiment bien aller voir ailleurs à quoi ça ressemble. 



1966, « When a man loves a women », bouh ! qu'est-ce qu'on s'en fout des paroles en anglais, c'est bon à slower, c'est tout...     

Le bal de l'été de Saint-Pierre-la-Mer à l'Afrique... ma foi, les filles, c'est vrai, mais pas en opposition aux évasions rêvées d'une fin d'adolescence, en une evanescence alors palpable, nourrie par l'achat régulier de livres de poche, au prix si abordable, rien qu'au titre, pourvu qu'il soit inspirant, « Qui j'ose aimer », par exemple... 

Claude_Francois_1965 under the Creative Commons CC0 1.0 Universal Public Domain Dedication. Author Joost Evers for Anefo 



1967, plus que le « Comme d'habitude » à Claude François (1939-1978), me plaisent « Les fleurs de mandarine » de Michel Fugain, elles « ...ont entre quatorze et seize ans... et ne savent pas qu'on les aime déjà... » J'allais les voir, ces fleurs de mandarines, aux chalets, à Gruissan, à bicyclette, par le seul itinéraire possible alors, la « Route Bleue » si garrigue, si bien trouvée avec son cimetière marin, le vert des pins regardant les sables dorés sous les bleus du ciel, de la mer... Geneviève, Évelyne... en amitié sur la plage, à rire et discuter, à dire un mot sur Marie-Claude pas là, avec rien devant soi sinon les vacances, les grandes... Et puis tout le monde sait, plus tard, loin du romantisme des dix-sept, dix-huit ans, qu'en amour, sans qu'il soit encore question de pollinisation, que ça couve ou non, sans étincelle ou pas, s'il n'éclate pas, il faut que le feu prenne... il n'empêche, quand je suis tombé sur « Le Mas Théotime », d'Henri Bosco, elle revenait dans chaque page... j'en ai déjà parlé, ouh là là, il y a dix ans déjà, en plein covid...   

1968, là, attention, celle qui suit me fout le cafard. Sortie l'automne avant, pour le 11 novembre, une fête du village pas à fêter, me concernant, alors je ne sais pas, d'abord pourquoi le moral n'allait pas, puis « A whiter shade of pale » de Procol Harum est-ce que ça m'a fait danser cet été-là, de même les nuits en satin blanc, « Nights in white satin » des Mody Blues, pourtant non sans accents amoureux... 

Et en quel honneur les chansons écloses à l'automne feraient-elles des tubes de l'été ? Le repli de l'hiver, le réveil du printemps n'arrivent toujours pas à les réchauffer jusqu'aux bals de la belle saison, des grandes vacances, le soir venu, à saint-Pierre-la-Mer, en bas de l'Hôtel des Pins... (à suivre encore, ma foi...)

(1) « Les Neiges du Kilimandjaro » Nouvelle de 1936. 


mercredi 19 avril 2017

LE MONDE NE DEVRAIT ÊTRE QUE CHANSON ET MUSIQUE... (7) / ratés existentiels



« Le Français aux cheveux longs qui venait le soir », c’est bien lui qui descend sur le tarmac même si les tempes ont blanchi, toujours aussi léger malgré les kilos en trop et surtout les préventions de celui qui en a plus derrière lui que devant. Dans le gros bus qui mène les passagers au sein de l’aérogare, les jeunes à côté parlent tchèque. Lui se retient du bonheur de l’échange à venir, des quelques mots qu’il veut sortir « Mluvíte česky. Odkud jste ?  Zůstanete v Kenyi ? » Un garçon daigne lui répondre, neutre, froid, poli seulement, qu’ils sont de Prague, qu’ils vont en Tanzanie pour les animaux... Pour les autres, un instant silencieux, il reste transparent. Parmi eux, une fille, asiatique, sûrement de cette immigration vietnamienne du temps de la Československá Socialistická Republika, d’une fraternité encore plus théorique à présent, de plus en plus minée par des fractures irréductibles. 



Il en faut si peu pour replonger dans le pessimisme... On aimerait reporter sur la jeunesse tant d’espoirs en attente... et cette jeunesse que la cupidité mondialiste a déjà déshéritée, semble ne pas vouloir accepter le témoin humaniste balayé, réduit au silence, mis à sac par des fonds spéculatifs aussi avides que criminels. Comment, du plus profond de notre lâcheté majoritaire laissant faire cette infime minorité prédatrice, disant à peine du bout des lèvres, ne pas espérer en un Homme nouveau qui viendrait aider sa Terre à régénérer sous peine de ne plus pouvoir s'en nourrir ?.. Drastique ! A partir du 9 août 2016, jour du « dépassement », nous avons entamé le capital non renouvelable d’une Planète Bleue plus poubelle que maison... Dans dix ans le réchauffement climatique deviendra irréversible, alors les jeunes ils ont bien raison d’ignorer sa présence crasse... Et il peut s’estimer heureux de ne pas prendre par la gueule tout le mépris qu’il mérite !
 
Salles de transit de l’aéroport. Beaucoup de monde pour des heures, souvent, de patience. Somaliennes ou Soudanaises sinon Tanzaniennes, voilées mais pleines d’allant, ne cachant en rien le visage, libres en apparence de tout machisme, de ce que la religion peut garder d'oppression.  Britanniques aux tenues très « safari ». Chinois en nombre, dont quelques femmes cette fois. Peu de couples, très peu d’enfants. Beaucoup d’hommes seuls, certains parlent de business, se limiterait-il à des achats en gros à Dubaï, principale plate-forme commerciale du Sud-Ouest de l’Indien. 

Il se remet de la baffe de tout à l’heure, avec ces jeunes, ronronnant comme si de rien n’était ses petites amourettes. Ainsi, Maiité (Maria-Theresa), la petite vendangeuse, revient parcourir son présent. Les images du film deviennent de plus en plus nettes avec ce prénom qui vient habiter ce jour de congé fortuit, en pleines vendanges, après les fortes pluies de la veille et la difficulté à entrer dans les vignes. De savoir qu’il ne pourrait même pas espérer sa présence lors de cette toilette du soir, sur la monture qui le ramène dans sa fragilité d’ado attardé, façon Grand Meaulnes, il refait ce grand tour par les villages du voisinage. Sous les platanes de la gentille départementale, avec le fleuve aux eaux limoneuses, près des tamaris, des prés de l’ancien lit serpentant dans la plaine, avec les souches lourdes de fruits et de promesses, à l’ombre des figues qui font la goutte, elle est partout... Et aux moulins ruinés dans les pins des collines, manquaient, sans qu’il le sache, les voiles dans l’horizon de Don Quijote... Embourbé dans le marécage d’un raccourci qui rallonge, il s’est pris pour un chevalier servant. Plaisir de l’illusion, d’un monde double, imaginaire que lui seul saurait voir et auquel il s’accroche pourtant... illusion d’un plaisir, d’une douleur aussi, seulement mélancolie peut-être... Refrain en boucle «... les fleurs de mandarine... entre quatorze et seize ans... ignorent parfois qu’on les aime déjà...»

https://www.youtube.com/watch?v=nlWnxoEqcJI / Michel Fugain

 Tête qui tourne, Tour des villages, tours de roues, tour que prennent les choses... La bicyclette a tant de ce qu’est la vie : pédales, roue qui tournent, cette allure tranquille, ce calme propice aux pensées ruminées, et cet équilibre aussi miraculeux que le fil de la vie, à peine perçu à l’instant où une main paternelle lâche un petit garçon sur un vélo comme sur une ligne de vie... avec toujours l’idée d’horizon pour un chemin qui finalement tourne peut-être en rond vers son point de départ... Tête qui tourne «... Tu fais tourner de ton "ombre" / Tous les moulins de "son" cœur» (1).

https://www.youtube.com/watch?v=UANLvlQKYcI Michel Legrand / les moulins de mon cœur.

Cette ombre si pressante, présente, est celle de la Maiité d’aujourd’hui ! Et lui de s’emporter, de s’épancher dépassé par une passion d’un autre âge, sans crainte aucune du ridicule, vilain Cyrano qui voudrait sa Roxane, parlant trop, parlant faux... Ce qui fut ne saurait être et l’eau vive du ruisseau croupit peut-être pour celui qui n’accepte pas qu’elle tarisse !
 


Endormie contre son dossier,  le voile mystérieux des comptoirs swahilis. A deux sièges de lui, une autre femme donnant je ne sais quoi à une troisième qui répond « Merci ma sœur ». Puis une quatrième devant qui se tourne. Elles parlent français. Elles doivent se connaître. Une "sororité" (2) touchante. Cherchant en vain où sa langue se parle sur ce flanc oriental de l’Afrique, il s’interroge : elles n’ont pas plus les traits comoriens que le type malgache. Et celle qui se tourne présente des paniers gigognes avec un maki décorant le plus grand. Un maki pourtant ne peut venir que de la Grande Île ou des Comores où l’homme l’aurait apporté !.. Pour ne pas croupir plus longtemps, au-delà de ses fantaisies existentielles, dans cette géographie inconnue, lui qui de sa vie jamais ne fut hardi avec les filles, coupe, sabre au clair, s’empare du panier, dit qu’il est joli, demande si c’est dérangeant, pour un homme, d’aller ainsi au marché... Elles sont un peu attrapées mais sourient, très africaines trop indulgentes, trop fatalistes souvent, n’affrontant pas, à l’exemple des occidentales, mais laissant à l’homme le choix ou non de son implication machiste... A l’homme de savoir convaincre de la complémentarité plutôt que d’imposer une virilité surfaite. Elles sont Congolaises, de Kinshasa, commerçante pour le sourire discret atterri de Dubaï, biologiste médicale pour celui, si ouvert et exposé de la femme au panier arrivée d’Antananarivo...    

(1) "ton ombre" pour « Ton nom » sous la plume d’Eddy Marnay, le parolier, sauf qu’avec l’accent hégémonique de France « ton ombre » se prononce de la même façon que « ton nom » tant la syllabe finale se délite. “ ...tu fais tourner de ton nom tous les moulins de mon coeur... ”
(2) ne cherchez pas dans le dictionnaire, mais d’être contre, tout contre les femmes me fait trouver frustrante cette fraternité universelle trop mâle. Dans le dico, par contre, il y a "sorose", ne venant pas du latin « soror » (soeur) mais du grec « soros » (amas) en parlant d’un fruit tel que celui du mûrier, formé de carpelles charnus.  

crédit photo : 2 Girafe & Skyline / Nairobi-Park Author Mkimemia.