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mercredi 17 juin 2026

... FORMENT la JEUNESSE on dit...

 « Les voyages forment la jeunesse... », dicton, proverbe ou adage... une sentence entendue partout. Certes, certes, et ce doit être vrai surtout s'agissant d'un ailleurs, d'un séjour hors son chez soi, son quotidien. Quant au migrateur saisonnier aux attaches en double entre Métropole et Mayotte, depuis plus de trente ans, c'est autre chose. 

Longtemps j'ai toujours demandé à disposer d'un hublot tant de jour que de nuit... le tour aérien de Paris et de la Tour Eiffel, la campagne bocagère bien paysanne encore, passéiste presque ; les Alpes enneigées, les lacs alpins italiens, la côte éclairée a giorno, l'Etna rougeoyant ; la côte africaine bistre, sépia, rarement survolée jusqu'au bleu méditerranéen au fil des guerres meurtrières du moment. 

Bordure occidentale de l'île de Crète.

Longtemps la menace libyenne de Kadhafi obligeait à ne virer vers le Sud qu'au niveau de la Crète ; il y eut aussi la guerre Ethiopie-Erythrée, et à présent les exactions au niveau de la population par les factions opposées du Soudan. De même, le risque relatif du passage du Bab-el-Mandeb des Houthis... Un monde meilleur ? soixante guerres en simultané en 2026 ! 

Quoi encore de beau, de dépaysant depuis son hublot parfois dépoli sinon pénétré de vapeur, qu'une fois une rombière menaçante, type “ hôtesse Air France ”, au visage cafardeux tant elle était coincée, intima de fermer... à plusieurs reprises. 

Zoom sur le Kilimandjaro.  

Les ocres du désert coupés par le “ S ” si fin mais bleu du Nil ou les cernes verts des cultures grâce à l'eau phréatique ; une fois un orage colossal des parages équatoriaux, aux éclairs à l'échelle, effrayants bien que muets, lointains... Et encore quelque lac rose que seuls les flamants peuvent fréquenter, la dense circulation des artères de Nairobi, les neiges en perdition du Kilimandjaro, la trilogie émeraude-sable-corail longée à Zanzibar, la Grande-Comore du Karthala, plus rare la petite Mohéli au loin, le grand triangle d'Anjouan. Le lagon soit enfin soit hélas suivant le sens du voyage, parfois sa petite maison, devinée grâce à la baie et au lycée proche, plus repérable... au point de penser à Blanquette de Monsieur Seguin : « Que c'est petit ! dit-elle ; comment ai-je pu tenir là-dedans ? » ! 

Et à présent, une place couloir puisque l'âge commande à la vessie... 

Quitter son insignifiant havre de paix à Mayotte se parant du chaud soleil matinal mais profitant, dans ce premier tiers de saison sèche, de la fraîcheur du soir même si la nuit tombe tôt sous les tropiques. Nous sommes le dimanche 14 juin, sur l'autre versant du vallon, bien réglée, la petite musique de reprise des cours (fini la sonnerie stridente, stressante d'avant), ne se fera pas entendre aujourd'hui pas plus que la rumeur, d'ailleurs, parfois en éclats et rires, des lycéens. Dans le jardin encore marqué par les conséquences de Chido, le cyclone d'il y a dix-huit mois, le manguier ne fleurira pas encore cette année... 

Bilimbi... cornichonnier... 

faudra encore se rabattre sur la confiture papaye-bilimbi (ce petit fruit en forme de, poussant directement sur le tronc sinon les branches de l'arbre à cornichons, apporte sa pointe d'acidité à la papaye trop neutre), et le bouquet de bananiers rouges reparti après le désastre tarde à vouloir pointer ses inflorescences (après plus d'un an néanmoins, les autres variétés ont heureusement apporté leurs régimes) (à suivre) 


lundi 1 décembre 2025

« Mon VILLAGE est LOIN... », dernières heures vers Nairobi (10)

Elles sont agréables les places du fond vu qu'il n'y a personne derrière, que d'incliner le siège ne gêne en rien, que les toilettes sont à portée ; des désagréments néanmoins : les casiers sont en bonne partie pris par l'équipage et le réassort lié aux places qui seront occupées, nous sommes servis en dernier, d'où le plus de « chicken », ce que n'a pas apprécié mon tarabusté de voisin, pas « fish » du tout et qui s'est rabattu sur les « vegetables », les seniors seraient plus commodes dit-on... bis repetita pour le “ plus de crème ” sur le plateau présenté au moment du café... Que diable ! l'essentiel est d'arriver entier ! 

Extrémité occidentale de la Crète lors d'un vol retour.  


Mer_rouge 2005 Domaine public Author NASA. 

L'évitement de la Libye, une fois oui, une fois non ; toujours à l'époque d'un terrorisme certain (de nos jours on sait quand même qu'il reste latent) ; le ciel crétois une fois abordé, le vol décrivait alors un coude en direction de la Mer Rouge, rouge à cause de son algue bleue... C'est ce que fait l'avion cette nuit du 10 au 11 sauf qu'au lieu de couper la Corne de l'Afrique jusqu'à Mogadiscio avant de plonger au dessus de l'Indien vers La Réunion, à destination de Nairobi, il va couper par l'Éthiopie. 
Le vieux professeur qui sommeille ne peut effacer en lui des images de Mussolini, de la “ sécession ” de l'Érythrée (fédérée par l'Onu à l'Éthiopie, en 1952)(1), de la guerre civile au Tigré, des famines marquantes laissant, a contrario, le visage souriant d'un petit de Givors des années 70 se disant solidaire des « Tchoupis », et la chanson «... loin des yeux et loin du cœur... » pour celle de 1984, et le Négus, et Rimbaud, et Henry de Montfreid, et Djibouti où Régine, la fille Comparetti, partit enseigner... et le Somaliland séparatiste non reconnu (encore une lubie schyzophrène de l'Onu) (2), et les Oromos clandestins pour l'Arabie Séoudite, détroussés, violés, coincés au Yémen, revendus, tués sur les routes du déracinement, les peuplades buveuses de sang de l'Omo, un des fleuves qui n'arrive jamais à la mer. Bien sûr c'est sommaire, juste un diaporama mais ouvrant sur plus d'intérêt et de curiosité, celle à faire germer en priorité chez nos jeunes... 
« Qui sommeille », je disais et c'est vrai que les huit heures de cette partie du voyage passent plus vite si on peut dormir (marrants ces habitués au coussin autour du cou, un peu “ j'arrive en ”). Un bon dodo peut-être en plusieurs tranches mais sereines, sans ronflements, pleurs de bébés, problèmes divers de promiscuités, et le diaporama de l'espace parcouru ne déroule ses images qu'au réveil, en regardant la trajectoire matérialisée de l'appareil au dessus du continent africain... Zut je n'ai pas pris de photo... Pas de file d'attente du matin aux toilettes contrairement aux gros-porteurs. Le voisin est sollicité pour la grille de mots croisés de madame ; dans le partage des tâches et une égalité des sexes ne reflétant pas hélas la condition ordinaire de la femme, stewards et hôtesses ont retombé la veste pour le service : petit-déjeuner, pain confiture et quoi encore... je n'ai pas noté... Fini le parfait voyageur !     
5h 45, décalage horaire, Nairobi, atterrissage, lumières de la ville ; le niveau zéro n'est pas celui de la mer, la capitale kenyane se trouve à 1600 mètres d'altitude. Un type vient va et retourne à chercher un bagage introuvable dans les casiers : il insiste à plusieurs reprises là où sont mes affaires... je l'ai à l'œil... (à suivre) 

(1) annexion  de facto par l'Éthiopie en 1962, ce qui provoque une guerre d'indépendance qui verra l'Érythrée vaincre en 1991. l'indépendance officielle date de 1993 mais les deux pays sont restés en état de guerre jusqu'en 2018. Merci l'Onu... (un point de vue utile en considération de son arbitraire affiché à l'encontre de Mayotte et des arguments plombés des tenants d'une prétendue unité comorienne justifiant qu'on la revende...). 

(2) le Somaliland correspond à l'ancienne colonie britannique, le “ reste ” de la Somalie à l'ex-colonie italienne. Entre fusion puis sécession, pourquoi l'ONU doit-elle décider à la place de plutôt que d'assurer seulement un maintien de la paix ?