« Les voyages forment la jeunesse... », dicton, proverbe ou adage... une sentence entendue partout. Certes, certes, et ce doit être vrai surtout s'agissant d'un ailleurs, d'un séjour hors son chez soi, son quotidien. Quant au migrateur saisonnier aux attaches en double entre Métropole et Mayotte, depuis plus de trente ans, c'est autre chose.
Longtemps j'ai toujours demandé à disposer d'un hublot tant de jour que de nuit... le tour aérien de Paris et de la Tour Eiffel, la campagne bocagère bien paysanne encore, passéiste presque ; les Alpes enneigées, les lacs alpins italiens, la côte éclairée a giorno, l'Etna rougeoyant ; la côte africaine bistre, sépia, rarement survolée jusqu'au bleu méditerranéen au fil des guerres meurtrières du moment.
| Bordure occidentale de l'île de Crète. |
Longtemps la menace libyenne de Kadhafi obligeait à ne virer vers le Sud qu'au niveau de la Crète ; il y eut aussi la guerre Ethiopie-Erythrée, et à présent les exactions au niveau de la population par les factions opposées du Soudan. De même, le risque relatif du passage du Bab-el-Mandeb des Houthis... Un monde meilleur ? soixante guerres en simultané en 2026 !
Quoi encore de beau, de dépaysant depuis son hublot parfois dépoli sinon pénétré de vapeur, qu'une fois une rombière menaçante, type “ hôtesse Air France ”, au visage cafardeux tant elle était coincée, intima de fermer... à plusieurs reprises.
| Zoom sur le Kilimandjaro. |
Les ocres du désert coupés par le “ S ” si fin mais bleu du Nil ou les cernes verts des cultures grâce à l'eau phréatique ; une fois un orage colossal des parages équatoriaux, aux éclairs à l'échelle, effrayants bien que muets, lointains... Et encore quelque lac rose que seuls les flamants peuvent fréquenter, la dense circulation des artères de Nairobi, les neiges en perdition du Kilimandjaro, la trilogie émeraude-sable-corail longée à Zanzibar, la Grande-Comore du Karthala, plus rare la petite Mohéli au loin, le grand triangle d'Anjouan. Le lagon soit enfin soit hélas suivant le sens du voyage, parfois sa petite maison, devinée grâce à la baie et au lycée proche, plus repérable... au point de penser à Blanquette de Monsieur Seguin : « Que c'est petit ! dit-elle ; comment ai-je pu tenir là-dedans ? » !
Et à présent, une place couloir puisque l'âge commande à la vessie...
Quitter son insignifiant havre de paix à Mayotte se parant du chaud soleil matinal mais profitant, dans ce premier tiers de saison sèche, de la fraîcheur du soir même si la nuit tombe tôt sous les tropiques. Nous sommes le dimanche 14 juin, sur l'autre versant du vallon, bien réglée, la petite musique de reprise des cours (fini la sonnerie stridente, stressante d'avant), ne se fera pas entendre aujourd'hui pas plus que la rumeur, d'ailleurs, parfois en éclats et rires, des lycéens. Dans le jardin encore marqué par les conséquences de Chido, le cyclone d'il y a dix-huit mois, le manguier ne fleurira pas encore cette année...
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| Bilimbi... cornichonnier... |
faudra encore se rabattre sur la confiture papaye-bilimbi (ce petit fruit en forme de, poussant directement sur le tronc sinon les branches de l'arbre à cornichons, apporte sa pointe d'acidité à la papaye trop neutre), et le bouquet de bananiers rouges reparti après le désastre tarde à vouloir pointer ses inflorescences (après plus d'un an néanmoins, les autres variétés ont heureusement apporté leurs régimes) (à suivre)
