lundi 31 octobre 2016

PLUTÔT SE TAPER LA CLOCHE ! / Fleury d'Aude en Languedoc


En 1895, les paroles de Jean Prax (1), curé depuis 1890, traduisent bien la joie générale, et tant pis pour la "mandarelle" (2) qui aurait été fondue ou déménagée pour Notre-Dame-de-Liesse... Finalement, toute la population communie dans un même mysticisme, qu’il émane de l’esprit ou de l’âme. 

Personnellement, de savoir que mon arrière-grand-mère Joséphine vécut ces moments heureux et que nos cloches ont précédé de peu la naissance d’Ernestine et de Jean, mes grands-parents, de l’oncle Noé, de tante Céline, ne saurait me laisser insensible. Raison de plus pour que ma joie demeure !

Néanmoins, au temps de l’égoïsme exacerbé, quand certains voisins (et pas seulement les nouveaux arrivants) font taire le coq du matin et ne veulent plus entendre le message des cloches, oublieux qu’ils sont que leur baptême, avec parrain et marraine, dépasse le fait religieux et transcende sans conteste leur statut d’objet pour les intégrer à l’intimité villageoise, je regrette de faire entendre un autre son de campane, et si je ne veux pas de l’orage, de la foudre, de la grêle, juste pour être rassuré quand le clocher les éloigne, laissez-moi cependant regretter le 14 janvier 2003, jour fatidique de la descente des cloches, laissez-moi dire à ceux qui sont tout feu tout flamme pour le changement, que la discrétion apeurée des tintinnabulements trop timides du carillon me chagrine, que ces abat-sons qui renvoient seulement des tintements enfermés me déçoivent. Et si j’admets en partie l’argument de la vue retrouvée du clocher d’avant 1895, je ne vois plus, depuis la garrigue, même si mes yeux sont en cause, la petite aiguille, à une heure près, maintenant que le cadran de l’horloge est doublement rabaissé, sous les abat-sons et tourné seulement vers la place aux poires... Permettez aussi que je reste réservé sur les comptines jouées pour les enfants à la sortie de l’école ou ces chants patriotiques entonnés depuis ce lieu alors que le tocsin, dans le malheur, ou la libération du pays, pour un bonheur salué à toute volée, ne marquaient que des évènement heureusement exceptionnels. 
Le clocher en 2016
 En conclusion, sans polémiquer sur la manière peu démocratique, un peu à la cloche de bois inversée, d’induire un changement globalement dérangeant, acceptez la position que l’âge m’impose. Un âge qui, entre nous, m’autorise à penser que nos cloches ont aidé à ma mise au monde, la tradition l’admet... Bref, souffrez que les mots, admirables, de Montaigne sur l’amitié me fassent dire « parce que c’étaient elles, parce que c’était moi... » 

Et si, concomitamment, je n’y suis pour rien si ces pages à Fleury comptent autant dans ma ligne de vie, je souhaite, pour rester positif, que la nouvelle configuration du clocher marque, pour longtemps, la sensibilité de quelques uns, dans leur esprit ou leur âme, afin qu’au-delà des bisbilles, une certaine harmonie collective fasse perdurer la mémoire du village.
Alors, si je me fais sonner les cloches, croyez bien qu’au comble du ravissement, je ne saurais que bredouiller "Merci"...

(1) voir aussi l'article précédent DING, DENG, DONG.
Dans la liste des curés et vicaires (De Pérignan à Fleury / page 62) il semble que le vicaire J.L Astruc (XXème) parti ensuite à Termes et auteur du livre Termes en Terménès, manque à l’appel.
(2) De "mandar", presque comme en français alors que l’occitan admer le mandarèl, la mandarèla en tant que "convoqueur", "convoqueuse". 

photo 1 François Dedieu / tirée d'une diapo (1979) avec pour légende "Quand on regardait l'heure au clocher"... (à méditer).

samedi 29 octobre 2016

DING, DENG, DONG... / Fleury en Languedoc


Essayez-donc d’imiter nos campanes d’alors et reprenez en chœur « Mi, sol #, si... »
Grâce à l’ouvrage collectif « De Pérignan à Fleury » (1) nous en savons davantage. Remercions d‘abord les chroniqueurs pérignanais d’avoir partagé avec tous le résultat de leurs recherches (beau livre à prix modique... merci aussi la municipalité).

Page.55, un « HISTORIQUE DES CLOCHES » ne compte pas moins de trois pages grand format agrémentées de photos.
Jusqu’en 1673, l’église Saint-Martin de Pérignan (2) ne dispose que d’un clocher-tour (campanile ?).
En 1782 (le village s’appelle Fleury depuis 1736), les sept cloches abritées à l’intérieur ont été refondues et bénites... Cela voudrait dire que, plus anciennes, elles ont été réparées (3), peut-être faute d’entretien...
En 1837, Nicolas Martin, fondeur, refond une grosse cloche fêlée. Celle-ci ne pèse plus que 8 quintaux mais les 70 kilos qui restent permettent de livrer aussi une "mandarelle" au prix de 40 francs
En 1895, après les guerres révolutionnaires puis impériales, cinq cloches ont certainement fait les frais de réquisitions pour être transformées en canons et seule reste la "mandarelle" puisque les deux autres sont fêlées. Disposant de 1000 francs, le conseil de fabrique de la paroisse de Fleury (4) décide de refondre les deux cloches hors d’usage et d’en acheter une troisième.
– Philomène-Camille (mi) accuse ses 1020 kilos.
– Théodore-Brigitte (sol dièse, celle de l’horloge) n’en fait même pas la moitié (420 kilos).
– Joseph-Noélie (si) la plus aigüe ne pèse que 265 kilos.

« Que la voix de ces cloches fasse monter vers le ciel l’accent de nos prières et descendre sur nous les bénédictions du Seigneur ! »
Jean Prax, curé à Fleury depuis 1890.



(1) 2009 / ISBN non renseigné.
(2) Du XIIème voire du XIème dans sa forme romane vu que le décor extérieur de billettes en damier est daté approximativement des XI et XIIème siècles (Pierre Moulier / Eglises romanes de Haute Auvergne / Editions CREER 2000).
(3) Pour des causes diverses : vieillissement, oxydation de l’airain, fêlures dues aux battants ou au grand froid (c’est à cause du froid que la Maria Regina de la cathédrale Notre-Dame de Strasbourg, considérée come la plus grosse cloche de France [plus de 20 tonnes], fut fêlée avant de disparaître en 1521, deux ans à peine après son installation).
(4) Changements du nom du village : Pérignan (? 1736) Fleury (1736 – 1790) Pérignan (1790 – 1814) Fleury (1814 -1815) Pérignan (mars 1815 – nov 1815) Fleury depuis cette date... mais on parle toujours de Pérignanais.
Photo François Dedieu / diapo du village vu depuis le moulin.