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dimanche 21 juin 2026

Yves BONI par Yves BONI (1932-2026) (3)

Je n'y étais pas pour cet au-revoir à Yves, pêcheur du Golfe mais le jour de son dernier trajet parmi nous à Fleury, entre église et cimetière, sa famille a tenu à offrir onze pages agrafées, un résumé de sa vie, du moins une amorce, écrit par lui-même en 2024. Une amie a eu la gentille attention de m'en réserver un exemplaire... un vrai fascicule de traitement de texte agrémenté de photos de barques en bord de mer ou aux Cabanes, de la pêche au globe, de l'Aude à l'estuaire ensablé, du rugby, d'Yves bien sûr... 

Sur les deux premières pages, il raconte ses débuts à la pêche de treize à seize ans ; sur cette troisième de texte (page 5 du fascicule), Yves revient sur ses seize ans. 

« Le patron s'appelle Jean Rassié et on pratique la pêche au trémail. Pendant la période d'avril à juin, on place à 600 m des pièces pour pêcher des raies, des soles et des seiches, quelques saupes rouges et des grondins. Cela dépendait de la mer. On attrape des roussettes dites “ poissons chats ”, puis venait la pêche à la sardine qui se prépare avec des bandes de filets très fins. On partait le soir vers 17h 30 au large de Narbonne-Plage. On attendait que la nuit commence à tomber et on plaçait quatre longueurs de filets comparables à des bancs de sardine. (Une longueur de 100 m à chaque bande). On reste calé environ 1 h30 à 2 h et puis on remonte le filet à la force des bras. Il y avait des fois où la pêche était à peu près bonne, puis il fallait démailler, ce qui consiste à sortir chaque sardine prise dans le filet. 

La_barque_catalane__Bel Ange sardinal 2010 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported, 2.5 Generic, 2.0 Generic and 1.0 Generic license. Auteur Jpbazard Jean Pierre Bazard

La_Sardine_française,_Béziers_vous_salue_affiche 1920 Domaine public Benjamin_Rabier (1864-1939)

De là, on rentre aux Cabanes pour que les mareyeurs puissent prendre la pêche. On repartait vers 5h pour faire la matinée ensuite. Quand il n'y avait pas de lune, on partait à la pêche au thon. Une anecdote à ce sujet, on est parti des Cabanes en fin de matinée pour les roches de Sète avec un bateau qui s'appelait le « Bolange ». Dans le courant de la nuit, il a fait un orage très fort, on était quatre, Jean le patron, son frère Émile Rassié, Louis Galibert et moi. Il a tellement plu que l'on a passé toute la nuit à écoper l'eau, le pont du bateau était une passoire. 

Une autre fois, j'ai embarqué sur le bateau avec Étienne Rassié, son frère Henri et moi-même, on est venu caler le filet de thons devant La Nouvelle, à peu près à 3 milles de la côte, et quand on a relevé le filet à thons, on a pêché une tortue. 

Dermochelys_coriacea,_Em_torno_de_400k. Brasil 2008 licensed under the Creative Commons Attribution-Share Alike 2.0 Generic license. Autor Andrea Farias Farias

Elle pèse environ 500 kilos. Il a fallu faire appel à deux autres bateaux, et on a mis trois heures pour la remonter à bord. Une fois à bord, sur le pont du bateau avec mon copain Francis Fountic, on s'est amusé à monter sur la nageoire, elle nous soulevait comme des plumes alors que le copain devait faire dans les 80 kg et moi de même. On s'est amusé à mettre un bout de bois dans la gueule elle l'a sectionné d'un coup de mâchoire, puis quand elle a senti qu'on rentrait au port elle a commencé à se débattre avec les ailerons, et à décoller les planches du plat bord du bateau. On rentre au port de La Nouvelle, en plein mois de juillet avec beaucoup de monde dans la station et les gens qui commençaient à être proches pour voir la fameuse tortue, c'était un défilé... » 

Yves Boni 2024. (à suivre)  

 Note : les photos ou illustrations figurent indépendamment du texte d'Yves Boni. 

lundi 1 septembre 2025

Voyage Fleury-Mayotte (3)

Ce matin, les gâteaux et le “ thé ”, en fait une infusion à la cannelle ou au citron, voire au gingembre pour les hommes, offrent un petit-déjeuner de fête, cette fois avec aussi la famille, les voisins et amis ; d'ordinaire, on déjeune avec les restes de la veille, du riz souvent.

La marmite restant sur le feu. 

Cet après-midi, en dimanche, j'irai saluer mes amis. Il faisait beau mais le ciel se couvre ; une musique profane monte de la combe du village, rythmée, enjouée, légère. Liesse des gens, joie païenne et ferveur pour Dieu, syncrétisme... 

un café finalement bien ordinaire... 

... L'électricité est coupée, le vent de l'orage malmène la flamme de la bougie; le tonnerre gronde alors qu'il fait relativement frais (27°). Le ventilo ne chassera plus les moustiques ; je n'ai pas fait attention au margouillat sur la poutrelle : il m'a cagué dessus ! Minuit cinq, cinq secondes entre l'éclair et coup de grosse caisse : l'orage se rapproche, il pleut de plus en plus fort. Heureuse de ma compagnie, la chienne vient mendier une caresse rassurante. Ah, j'oubliais les rats qui lorgnent la queue de l'espadon voilier mise à sécher sous la tôle. j'ai tiré mais manqué, ça fait deux fois alors que l'an passé, six du premier coup... il faut régler la carabine ! Trois secondes à présent entre le flash et le grondement. Fermez la parenthèse.  
“ Seportopla ” me remercie « Je l'avais presque terminé ! ». C'est vrai, un signet dépasse de la profondeur du pavé tel ceux à la maison « Ne cornez pas les pages, utilisez ce signet. » 

La pluie, le vent se calment mais fée électricité reste invisible. 
J'en brasse des souvenirs, du quotidien des jours qui passent, des mots, des vents aussi; La prochaine fois je vous mets la suite du voyage. 
Cette nuit, comme les petits chats tigrés de Bohumil Hrabal, je tire une carriole de bonheur ; je ne fais que partir sans jamais arriver, le reste ne compte pas, demain n'existe pas. restez en forme : la carriole, vous la tirez avec moi. Gros poutous. 

Jean-François.   

dimanche 31 août 2025

Voyage Fleury Mayotte (2)

Suite du 24 janvier, une deuxième lettre en date du 30 janvier 1998 : 
« ...Première parenthèse : je viens juste de lire la dernière lettre. Si envoûtante sous un ciel d'orage, Mayotte reproche un peu mon air absent. Gilbert (copain colocataire) aussi a du courrier. Pas de mot, plus un geste. chacun songe et voyage ailleurs. Même le tonnerre, pourtant si inhabituel ici, ne fait pas sursauter mais nous nous levons pour fermer les fenêtres, voir si rien n'est rentré. « Ici, si besoin était, cette belle averse donnerait huit jours de réserve » dit Gilbert. Le ciel se calme, s'éclaircit ; le bananier goutte ses perles d'eau ; le soleil couchant pare le jardin de milliers d'éclats. 

Common_myna_(Acridotheres_tristis_melanosternus) under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Author Charles J. Sharp (1951- )

Un « kiwa-kiwa » ( martin triste) peut-être celui qui vient nous voir au matin, manifeste sa joie bruyante dans la houppe du cocotier là-bas, dans l'air détendu il répète son appel strident et reçoit en réponse des notes aussi cristallines. Ambiance après l'orage, à apprécier avec une San Miguel.  
On a mangé un avocat, une boîte de thon aïoli maison (spécialité de Gilbert), des brèdes-coco (feuilles de manioc malaxées cuites au lait de coco) et un talon de rôti de dindonneau précuit... nous avions du vin... »  

30 janvier 1998 :
« ... les deux envois sont à l'abri, le premier à la poste de Mamoudzou, le second à Passamaïnti : l'humidité et la pluie pénétrant partout, autant choisir des boîtes à l'abri des murs. 
Hier je faisais quelques courses ; les rues commerçantes noires de monde, des embouteillages : on se pressait pour consommer ; si la production agricole reste familiale, pour le commerce et d'autres secteurs, certains font preuve de dynamisme et sont entreprenants. Ibrahim par exemple, le mari de Salama est « taxi-brousse », il a pu rembourser son Toyota de 17 places en un an mercredi, veille de la fête il a encaissé 2500 F... à raison de 10 F la place pour les 30 kilomètres, il n'a pas chômé avec au moins 7 à 8 A/R soit 420 kilomètres ; il ne confond pas chiffre d'affaire et bénéfice mais il est content. 
En ville, lisant le journal depuis le Conseil Général, en plus de la vue sur la baie, d'un nyombeni agréable (vent de NE marquant la saison des pluies qui persiste cette année depuis un mois alors qu'habituellement le kashkazi, vent de mousson mais NW lui, prenait le relais), j'ai bien aimé l'ambiance bon enfant des chalands allant ou venant. 
Hier se mêlant à une senteur de pluie chaude, une bonne odeur de feu de bois et de pâtisserie montait du village. Il pleut depuis six semaines, comment font-ils pour avoir du bois sec ? en réserve sûrement. (à suivre)



jeudi 5 septembre 2019

ÉPISODE MÉDITERRANÉEN / Les vendanges à Fleury.

Orage de nuit - Wikipedia - Auteure Dorothee Taverne

Mardi 6 septembre 2005 / 11h 50, 21,2°, temps gris. « … Par ailleurs, le temps s’est soudain gâté […] comme tu le sais, nous faisons partie des départements atteints par de gros orages et peut-être la tempête. En tout cas, hier soir le ciel était zébré par de nombreux éclairs qui me faisaient penser au dicton répété par mamé Joséphine : « Lausséts sans troun, marco de calou (1)», mais peu après le tonnerre s’est fait entendre, et même, une fois, tout près. Peu après 22 heures, de vraies trombes d’eau se sont abattues sur le village. La descente de chéneau d’en face lançait l’eau à plein tube à près d’un mètre : c’était impressionnant. Au bout de 20 minutes, la pluie est devenue beaucoup moins violente et a cessé vers minuit. A présent le soleil finit par apparaître, et les chaussées commencent à bien sécher… »  

Épisode méditerranéen Travail personnel Babsy
Jeudi 8 septembre 2005 «  9h 50 / 18,9°, ciel gris, pas de soleil encore, quelques embruns rappellent l’averse de 4 heures du matin, mais l’Aude a été enlevée des départements à risque rouge ou orange. […] Actuellement (10h 15), le soleil finit par percer les nuages blancs et fait une timide apparition. Espérons que les vendanges vont pouvoir reprendre (elles sont à peine entamées) et que la récolte n’aura pas trop souffert… »

Automne 2003 / Diapositive François Dedieu.
Samedi 30 septembre 2006. « … En allant à Salles, je suis parti par la rue du Lavoir et j’ai longé l’autoroute pour rejoindre ensuite la route normale, ce qui m’a permis, au passage, de voir à La Vendémiaire une des dernières bennes de vendanges qui basculait son contenu dans la trémie réceptrice. En effet, José Hérail m’a dit au retour que la Coopé fermait le soir même. Toute la récolte est donc pratiquement à l’abri, et les quelques averses de ces derniers temps n’ont pas eu de conséquences fâcheuses… »

(1) "Éclairs sans tonnerre signe de chaleur."