... et Ticky, quitte à le redire, ingénieur du Génie Rural, ajouté certes dans « Manon des Sources », le film de1986 mais encore avec un accent rocailleux, audois, et oui, de Narbonne, bien dans l'esprit... (pardon je répapille des données du premier volet).Ticky Holgado, décédé avant
soixante ans d'avoir trop fumé, ce n'est pas moi mais mes yeux qui
pleurent... pas vrai Galinette !
Cousin encore et même beau-frère avec l'oncle Jules de Perpignan, à l'accent catalan aussi mordant qu'au-dessus !
J'ai dit germain aussi pour tant de choses en partage.
La
langue, version provençale ou languedocienne reste l'occitan. Sans ce
fond culturel linguistique à partir du latin pratiqué aussi par Pagnol, se ramifiant avec le catalan, parler
frère, toute l'âme et la sensibilité méridionale de Pagnol n'auraient su
s'exprimer pleinement. Bien que n'usant pas à l'écrit de la langue d'Oc, il en transposait l'indéniable portée dans l'essence même de la Provence, accent, dialogues, tournures, toute une culture tutrice de la vie en
Provence telle qu'il la filma. Certes une majorité d'acteurs provençaux
(même Pierre Fresnay, l'Alsacien, a produit produisit, [pardon, Marcel avait horreur du passé-composé !] un effort louable en
ce sens)... devrions nous nous accommoder de parlers pointus disons-le, incongrus, par exemple, de Fanny, de Césariot fils de Marius, de l'instituteur dans Manon des Sources ou encore de ce Jacques Mazel l'aviateur qui met enceinte la fille du puisatier. Exception faite de la légitimité de l'accent lyonnais de monsieur Brun, notons le penchant solidaire de Pagnol à l'égard des immigrés piémontais, plus italiens de l'autre côté
du Rhône qu'ils ne sont espagnols dans notre Sud. Entre
parenthèses, les ancêtres de Pagnol vinrent d'Espagne et nombre de
vallées du Piémont italien ont l'occitan, eux, comme langue à statut
protégé, autorisée dans l'administration locale !
Bref, alors que
le menuisier Pamphile poétise sur le passage vaporeux de la fille aux
cheveux d'or et aux yeux de mer et qui doit avoir quelque chose de bien
joli dans son corsage, sa femme, la grosse Amélie qui, depuis sa
fenêtre, a tout entendu, ne se le fait pas dire :
« ...Monsieur a espinché une petite bergère et ça lui a frappé sur la
coucourde... /... Dis, marrias, et moi ce qu'il y a dans mon corsage, ça
ressemble à rien ? »
Et Bouzigue qui a bien picolé,
s'adressant à Joseph, lors du fameux repas sous le figuier (un chêne vert tout aussi bien), fêtant la
réhabilitation de " l'essituteur " avec la déroute du garde acariâtre qui
leur avait interdit le passage le long du canal (un raccourci de 24
minutes au lieu des deux heures 45 habituelles pour monter à la maison
de vacances) :
« Joseph, Joseph, tu m'escagasses...»
Alors,
quoi encore ? Et bé, comment ne pas se sentir en famille quand les
Marseillais disent " campagne " en parlant d'un domaine, d'une propriété,
d'un lieu-dit rural, comme nous le disons aussi, en Languedoc ? Tout comme de nommer “ mas ” une exploitation agricole, une ferme pour faire court, jusque dans notre voisinage héraultais. Et cette façon
d'informer que la personne n'est plus en faisant précéder son prénom de
" le " ou " la pauvre " : " le pauvre Marcel ". Mais cette manie de commencer
les phrases par " Et " comme quand on discute, peut-être est-elle
seulement languedocienne... (à suivre)


