samedi 2 janvier 2016

UN NOËL AUX CABANES-DE-FLEURY / Fleury d'Aude en Languedoc

Les Cabanes en 1975 avant le creusement des ports de plaisance, avec les baraques du camping sauvage avant et sur la plage. Au hameau, le château est bien visible ainsi que les parcelles géométriques de vignes. Les jetées de l'Aude sont orientées vers le nord. Aujourd'hui c'est le contraire et on se demande si cela ne cause pas l'érosion de la plage sur plusieurs kilomètres vers le sud et Saint-Pierre-la-Mer. (photo Hélène Marpaux autorisation Google images).   

    Est-ce parce que le Cers le prend à l’aise et forcit sans obstacle, en bas de la garrigue, sur un delta gagné par le fleuve, que les demeures des hommes se regroupent, ramassées sur elles-mêmes ? Est-ce parce que les pêcheurs étaient traditionnellement démunis ? On pourrait spéculer ainsi, en effet, à propos des maisons des Cabanes-de-Fleury, formant le hameau susdit. Et bien non, la raison en est historique.
    Ici, les habitations devaient être de plain-pied afin que cela ne gâchât point la vue du comte Pons Roger de Villeneuve, propriétaire du domaine de Saint-Louis. Notons que sans la complicité sinon le manque de rigueur de l’État, le comte n’aurait pu faire main basse sur de vastes lais et relais de la mer vendus par l’administration en 1820, au détriment des pêcheurs dont le métier se pratiquait, sûrement à cet endroit, depuis, au moins, l790 si l’on s’en tient à la prescription trentenaire qu’ils opposèrent alors au comte de Villeneuve.
    Pardon pour cette parenthèse mais les annales doivent reconnaître qu’il n’existe pas qu’un seul village de résistants en Armorique : le hameau des Cabanes a connu aussi sa révolte de gueux contre le nobliau tout puissant !

    Nous sommes donc un 24 décembre entre la reconstruction suite à la guerre et peut-être les années 60. Dominé par le domaine et aussi le Château (1), le hameau sur la rivière est entouré de vignobles : au damier des rues correspond celui des vignes séparées et protégées par des haies de carabènes.
    La nuit est tombée et il souffle un vent du diable. Dehors, pas une canadienne. On se réchauffe au coin du feu. Dans une de ces maisons rappelant encore, par la taille, les cahutes en roseaux du passé, une famille prépare Noël, justement. Ils n’ont qu’un fils. Ne sachant plus que faire pour lui être agréable, les parents ont combiné une rencontre du petit au pied de la cheminée avec le père Noël, en haut sur le toit. A un moment de la veillée, le père se débrouille donc pour s’éclipser puis grimper sur les tuiles.
    Avec ce vent, la nuit est des plus claires, le ciel, étincelle d’étoiles. Appuyé sur la souche, le père contrefait sa voix : « Tu as été bien sage ? » En bas, complice, la mère confirme que cela vient bien de la cheminée et que ce doit être le père Noël. Émerveillé, l’enfant lui prend la main et tous deux penchent la tête sous la hotte tandis que là-haut, le porteur de cadeaux répète : « Tu es sûr que tu as été bien sage ? ». C’est alors qu’en un éclair à peine, les traits du petit se relâchent... S’adressant à la mère et montrant la cheminée dans un sourire plein d’indulgence, il laisse échapper « C’est papa... ».
    Si l’anecdote ne raconte pas comment le père a réagi quand le charme fut rompu, elle retient néanmoins qu’il fut le premier a en faire rire les autres : « Et dire que je me suis gelé là-haut ! Et pour quel résultat ! ». 
    Moralité : le risque est grand de trop en faire pour entretenir la magie du père Noël ! Et si vous voulez en savoir davantage, partez donc enquêter aux Cabanes. Que vous trouviez ou non, vous rapporterez des souvenirs inoubliables de ce si joli bout du monde. Et entre nous, la vie serait si fade, pauvre et tellement triste sans ses parts de mystères... 

(1) un mystère supplémentaire dont un Roger contemporain aurait peut-être les clés... 


                                         Les Cabanes au fond / photo iha / autorisation Google Images;

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