dimanche 24 février 2019

RETIRADA 1939 / Il y a 80 ans, Antonio MACHADO mourait à COLLIOURE


Ah ¡ je la laisse cette exclamation cervantesque ! L’internet et ses connexions quand elles nous apportent !

 Ainsi je ne le vois que ce matin mais un post qui nous vient depuis les plateaux de la Mancha, du pays des moulins qui virent guerroyer le chevalier à la triste figure, vient nous rappeler le temps des hidalgos et aussi des heures plus récentes et plus noires. 
Même si je n’étais que le crédule Sancho Panza, je voudrais en appeler à une dulcinée du Toboso… Une gente dame entre Albacete, Ciudad Real et Toledo, qui nous rappelle que le 20 février 1939 mourait à Collioure le sublime poète espagnol Antonio Machado… Et si elle n’est qu’une simple paysanne ou une servante d’auberge sublimée pour Don Quijote, pour la voir non loin des moulins côtoyant Sancho et son maître, qu’Angelines, c’est ainsi qu’elle se prénomme, soit louée quand elle témoigne si fort de la mémoire des temps. Il faut s’arrêter sur ce chemin d’humanité pour se sentir investi dans le voyage qui se poursuit...  Merci.


"Unos días antes de morir me escribió a París Antonio Machado una conmovedora carta, tal vez su última carta (dictada a su hermano, firmada por él), diciéndome que quería quedarse en Francia. Murió y quedó enterrado en el cementerio de Collioure, acompañado de su madre, que le siguió en su muerte. Allí quedó, cumpliéndose su voluntad. Y allí debe quedar para siempre. "

Photo du site "buscameenelciclo...

 
Antonio_Machado_por_Leandro_Oroz_(1925) Author Leandro Oroz Lacalle (1883 - 1933)
Il y a deux jours, l'Humanité titrait "Hommage. AntonioMachado, poète d'Espagne et d'exil". L'Indépendant annonçait la venue du chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez à Collioure et Argelès-sur-Mer dimanche 24 février sur les traces de la mémoire des républicains espagnols. Si cette visite provoque des réactions parasites d'indépendantistes catalans des deux Catalognes, aucun officiel français n'est prévu... sans doute la jacobinite centripète chronique !   

Sur la tombe d'Antonio Machado, le drapeau de la République / Machadograve Auteur Myname (Pedroserafin).


samedi 23 février 2019

TOMI UNGERER… LES SOUVENIRS SONT DES CHAÎNES DANS NOS TÊTES…

Tiens Arte veut nous parler d’un certain Tomi Ungerer. Pourquoi pas ?

De grande taille, une belle gueule, sûrement reçue en héritage ? Surrection ponctuelle et intemporelle de la géologie de sa terre… Une voix chaude, un accent qui sort aussi d’un terroir, germanique. Il parle allemand on dirait. L’homme sort une petite boîte de survie, bougie, ciseaux,  allumettes, fil, fil électrique, un tube de colle forte, vis, miroir mais pas aux alouettes, pour envoyer des signaux à l’avion qui le cherche… et sa rosette de commandeur des arts et lettres…
Dans la cave, avec les clous, les outils et les bottes d’oignons suspendues, j’avais « trouvé » l’étoile d’un rouge grenat si particulier aux pays satellisés par l’URSS. Tonton m’avait sommé de remettre avec les clous sa décoration de soldat. Deux ans de service militaire. 

Un aventurier, l’homme qui parle en allemand… Le pourquoi de L’homme sur son île, le titre d’Arte. Pour voir, ne changeons pas de chaîne…  

Il sort. Surtitre : « Irlande, Irland ». Celte ? Saxon plutôt qu’Anglo ? Murets de pierre… c’est bien la verte Erin. Chants d’oiseaux… Il dit montrant le ciel « Lerchen », les alouettes. C’est traduit.  


Et sur mon île à moi, où on parle de brousse alors que la saison des pluies fait surgir une vraie jungle qui nécessite de se couvrir entièrement pour éviter piqûres et irritations, une éruption me submerge : l’Etang de Fleury, fin février, derrière le terrain de rugby. Il y a Rolland, Max, José. Sous un soleil déjà printanier, nous courons par les vieux ponts de pierre qui passent les fossés que nous longeons. Par dizaines, les alouettes montent dans le bleu du ciel, si musiciennes et s’il vous plait avec l’accent car l’alouette apprend ses morceaux des adultes. Depuis quand n’ai-je plus entendu les trilles des alouettes ? 

Murs de pierre, enclos à moutons. Des bottes au bout de ses longues jambes et sur les lèvres « Alouette gentille alouette, je te plumerai le bec… Quelle vilaine chanson, s’en prendre à un oiseau. C’est curieux les Français ont les chansons les plus cruelles "En passant par la Lorraine… on m’a traitée de vilaine avec mes sabots"… on insulte une jeune fille… on tue un chat parce qu’il a bu le lait et ron ronron petit patapon… j’ai fait une liste des chansons populaires françaises… d’une méchanceté… »  Étrange cette vision de la France depuis les criques au-delà de Cork.
Les premières orchidées, le milkwort… il parle anglais à présent pour cette plante favorisant la lactation des vaches, une rare plante dont la fleur ne compte que trois pétales et le lousewort on en bourrait les matelas contre les poux. 

Suivre son ombre, trouver le Nord, son esprit toujours vagabonde.



Faire le portrait de son île, faire le portrait de sa femme. Surréalisme et réalisme chez Tomi Ungerer qu’il dessine ou trimballe ses ferrailles, une chaîne à gros maillons dans le creux de sa main, illustrant un cerveau après décollation, siège des souvenirs qui ne sont que des chaînes dans nos têtes… 

Des passoires au tamis métallique pour faire des grenouilles ou des seins de femme… Les métaux récupérés lui font  évoquer les tsiganes ferrailleurs d’Alsace « Peaux de lapins, vieux papiers… » « Peilharot, pel de lapi… », ils passaient aussi à Fleury avec un autre accent, une autre langue mais les mêmes ils étaient… Un clou merveilleux forgé à la main… Éclat des incandescences du fer, odeurs de la corne brûlée d'un cheval de trait, autour du forgeron-maréchal ferrant de Fleury, en haut de la route de Béziers, en bas de la porte dans les remparts… 




Des grenouilles, aux oiseaux de fer, une musique jazzie, Django guitare. Transition. Mais brutale.
« Je suis fier d’être Alsacien et je suis fier de mon accent…. C’est un pays de bonté, un pays à l’esprit un peu étroit mais tout de même bon… » Le Rhin qui n’est pas une frontière entre les bateaux qui véhiculent les marchandises mais aussi la culture rhénane, les ponts entre les deux pays… « Nous préférons être les laborieux Allemands de France plutôt que les joyeux Français de l’Allemagne… c’est un thème récurrent dans mes dessins. Nous sommes coincés entre les bottes allemandes et les pantoufles françaises… En dialecte alsacien on appelle les Français des lièvres parce qu’ils détalent quand les Allemands arrivent… Ce qui est exagéré et historiquement incorrect. » 




A suivre...  

Les illustrations sont des captures d'écran à partir de l'émission d'Arte

https://www.arte.tv/fr/videos/036915-000-A/l-homme-sur-son-ile/