dimanche 29 mars 2026

CHEVAL de TRAIT et mémoire, lexique (14)

Cheval et Mémoire : au printemps 90, me prenant à brûle-pourpoint, je m’en souviens très bien, c’était devant le cagnard, l’adjoint à la culture me demanda si je n’aurais pas une proposition à faire. Spontanément me vint une idée de jumelage solidaire avec un village de Roumanie (ils venaient de se défaire du régime Ceaucescu) et surtout cette idée de patrimoine aussi agraire que culturel autour du cheval de trait, un musée pourquoi pas. Juste comme ça... sans rien en attendre... il y a tant de priorités pour une municipalité... 

Étang_de_Pissevaches avec L'Oustalet à gauche en limite des pins, Saint-Pierre-la-Mer,_Fleury-d'Aude 2021 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Author Raimond Spekking. (Désolé pas d'autre photo pour cause de disque dur défaillant). 

Par la suite, sans m'en savoir mal, j’ai pourtant regretté que parmi tous les équidés entretenus un temps par la commune à l’Oustalet, cette campagne regardant la mer, jadis avec de nombreux ouvriers et pas mal de chevaux pas un cheval de trait ne figurât : des ânes, des mules au pré, des poneys de balade, à présent les vaches de Monsieur le Maire, acquises aux enchères, sauvées de l'abattoir... (si on partait jadis avec son petit bidon acheter du lait frais de vache à l'étable, directement chez quelque fermière, chez Émilienne par exemple, dans les rues, les vignes ou chez le maréchal, les chevaux de trait étaient bien plus voyants...). L'Oustalet ? Joli endroit certes, avec sa ferme éducative (poules, lapins, cygnes, chèvres, cochons...) (1) pour nos enfants qui grandissent sans idée de ce qu'était la vie paysanne d'alors... Il y avait bien, l'été, une roulotte tirée par un beau cheval de trait mais à titre privé... un monsieur qui, alternant l'un des deux chevaux en service, baladait les gens au pas. Bref, une Bulle ruineuse à Saint-Pierre-la-Mer mais pas de cheval de trait... dommage... 

Château_et_Eglise_à_Mollégès 2008 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license. Author Vi..Cult...

Par contre faudra aller un jour à Mollégès, une des localités du triangle Rhône-Durance-Alpilles (2), un village qui, en 1989, a érigé une statue au cheval de trait, hommage au monde agricole et aux chevaux de travail, indispensables avant l'ère du tracteur. On doit l'œuvre à Camille Soccorsi (1919-2007), fils d'immigrés italiens, sculpteur provençal inspiré par son pays et l'art animalier. Auteur, entre autres réalisations, d'un buste de Mistral (1959, St-Maximin), après les taureaux cocardiers « Clairon » et « Goya » (3), c'est dans un bloc de douze tonnes de pierre d'Oppède (Luberon) qu'il a taillé le cheval de trait ; à sa base, un hommage poétique du félibre Charles Galtier (1913-2004). (à suivre)  

(1) Narbonne situe le domaine de l'Oustalet sur la Côte du Midi mais Fleury se démarque depuis une paire d'années avec sa « Côte Indigo »... Et pour ce secteur de la « Côte d'Améthyste », n'a-ton pas dit « Côte des Roses », une appellation encore reprise pour nommer de nombreux campings et toute une variété de vins proposés par une grosse boîte locale ?  

(2) poutou en passant à l'ami joie de vivre du village, Francis, installé par là-bas mais qui nous suit de loin, à qui nous pensions déjà à l'évocation du gros embouteillage dû à Antonin-Fernandel conduisant le cheval Ulysse vers une retraite paisible en Camargue. Ouvrons encore un énième tiroir-gigogne en évoquant Guy Marchand (1937-2023), habitant ces dernières années Mollégès où il repose à jamais... 

Guy_Marchand_Berlinale_2010 (crop) under the Creative Commons Attribution 3.0 Unported license. Author Siebbi

un artiste complet : crooner et quelle voix dans « La Passionnata » (1965), « Moi je suis tango » (1975), « Destinée » (1982), chanson qu'il dénigrait plutôt), acteur avec « Nestor Burma » et tant de films, par exemple « L'été en pente douce » (1987) pour tout les talents confirmant que nous ne sommes que poussière : Jacques Villeret (1951-2005), Jean-Pierre Bacri (1951-2021), Pauline Lafont (1963-1988), Jean Bouise (1929-1989), Claude Chabrol (1930-2010). Invoquant les chevaux, les voitures, les femmes, Guy Marchand confiait en 2021 « Il était temps que je tourne à nouveau, parce qu'on est fauchés ». Pour revenir à notre thème, atteint de tuberculose à l'âge de dix ans, durant sa convalescence dans la Sarthe, il montait la jument du fermier à côté, d'où son aveu sur les chevaux qu'il aimait depuis... Des circonstances qui nous le rendent plus chaleureux encore...  

(3) « Clairon », 1963, Beaucaire, en pierre et bronze. « Goya », 1984, Beaucaire, en pierre. 

vendredi 27 mars 2026

Affenage, chevaux de bois, Boulonnais, lexique (13)

Par centaines : dans chaque village de vignerons on comptait plusieurs centaines de chevaux de trait...

Affenage : la pension en quelque sorte où ils accueillaient les chevaux en déplacement (soins, logement). Papa m'en indiquait l'emplacement sur une vieille carte postale, en face de la boucherie Pélissier (aujourd'hui « Le Pérignan », le seul café du village), là où Séraphie et Odette vendaient tabac, confiseries et articles de bazar (dont le caoutchouc à section carrée pour les “ frondes ”)(1) : 

« [...] affenage qui abritait pour quelques heures les chevaux venus le samedi des « campagnes » parsemant notre territoire communal... », « [...] En lieu et place du bureau de tabacs de Séraphie Dauga se situait l’affenage : sur une vieille carte postale on peut voir le grand portail surmonté de deux portailhères... » (fenêtres à ras du plancher pour monter la paille et le foin). Une époque avec neuf cafés au village... 

« [...] Au premier abord, on ne manque pas de s’étonner de ce nombre de bistrots, qui paraît nettement exagéré pour une agglomération de deux mille habitants. Mais en y réfléchissant un peu, songeons que le village était, en fin de semaine, le point de convergence de tous les ouvriers de nos domaines ou « campagnes », et que nombre de ces dernières possédaient souvent douze ou treize chevaux, donc treize familles qui vivaient là et venaient presque toujours en fin de semaine, au village passer le dimanche. . D’où les affenages pour les chevaux, l’église pour les femmes et les rencontres au café pour les hommes, jeunes et moins jeunes... » Caboujolette, 2008, François Dedieu. 

Affenage encore à Saint-Pierre-la-Mer : lors de la procession du premier dimanche de mai, « ...Avant les vêpres célébrées symboliquement sur le rocher La Vallière, nous mangerons près de l'immense Affenage déjà presque vide de ses chevaux... » Caboujolette, 2008, François Dedieu. 

À propos des déplacements en ville : 

 « [...] la « cuisinette », sous le pigeonnier. Cette petite pièce renfermait en particulier le stock de charbon, ou le coke que mon père et l’oncle Noé étaient allés acheter à Béziers à l’usine à gaz, avec les deux chevaux et les deux chariots (quelle expédition, mais c’était bien meilleur marché que le charbon d’Huillet, de Coural ou de Pérucho !)... » Caboujolette, 2008, François Dedieu. 

Chevaux_de_bois,_chanson._Poésie_de_Paul_Verlaine (1844-1896), compositeur Jacques Soulacroix (1863-1937) Domaine public. Source Bibliothèque Nationale de France.

La fête foraine du 11 novembre : « [...] le manège Carboneau des chevaux de bois, actionné encore par un fort cheval... » Caboujolette, 2008, François Dedieu. 

Couverts, les chevaux : Janvier 1950 - 8 degrés presque tous les matins... les chevaux ont tous leur couverture... 

Quand Raymond Grillères (1925-2018) travaillait à Marmorières : « [...] J’ai appris encore qu’il y avait au moins dix chevaux de trait à Marmorières, que Raymond allait avec d’autres chercher de la terre rouge à la « mine de fer » pour remettre près des écuries à l’endroit abîmé par les sabots des chevaux. Ils damaient ensuite le tout pour obtenir la magnifique « terre battue » que nous envient les joueurs de tennis venus chaque année au tournoi de Roland Garros... » Caboujolette, 2008, François Dedieu. 

Bambou_étalon boulonnais de_2_ans 1999 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported, 2.5 Generic, 2.0 Generic and 1.0 Generic license. Auteur Ib51. Incapacité de ma part à trouver sa trace auprès de l'IFCE, plus de 2000 équidés répondant au nom de « BAMBOU »... 

Boulonnais : et encore de la part de papa qui fait tout le boulot ! 

« [...] J’ai regardé la dernière émission de l’été et de l’année de la « Carte aux Trésors » (2). La deuxième énigme t’aurait particulièrement plu, centrée sur l’élevage ressuscité du cheval de trait boulonnais. Nous avons ainsi fait connaissance de l’un des principaux éleveurs de cette race et d’un « étalonnier » itinérant qui propose à l’éleveur les saillies de sa magnifique bête : une tonne de muscles ou peu s’en faut, dit-il. Et avec ça un animal très doux et fort docile. Quant à l’éleveur, il aime tellement ses chevaux qu’il refuse parfois de les vendre, ce qui fait qu’il garde une quantité de juments. Cet élevage, qui a failli disparaître (et avec lui cette belle race), voilà une vingtaine ou une trentaine d’années, peut compter, pour sa promotion, sur les concours, les courses d’attelages, et bien sûr le tourisme. Tu aurais admiré aussi ces chevaux blancs (il faudrait dire gris, le blanc n’existant pas pour les chevaux !) si imposants, à la croupe rebondie et aux fortes jambes (les chevaux ont droit à ce terme), au boulet bien garni de longs poils. » Caboujolette, 2008, François Dedieu. 

(1)... et les têtes de nègre du dimanche après le cinéma sans la moindre insinuation à un racisme imaginaire (de la maison Poux du Tarn)... et le moulinet de la pêche au muge... aïe, autant de circonstances qui m'amèneront un jour, par l'écriture, à des aveux sur le sale gosse que je fus...   

(2) Présentée de 1996 à 2005 par Sylvain Augier (1955-2024).