vendredi 13 mars 2026

Il était une fois « PANFILO et MAGLORIO » (1)

 Ce ne sont pas nos gens qui auraient l'idée d'appeler leur jument « Uva de Bel Air »... mais ce ne peut être que positif  de suivre les origines et pédigrées de nos compagnons animaux, avec la place particulière tenue par les haras nationaux (1) concernant les équidés (n'oublions pas les ânes et les mules). Serait-ce par un signe ostentatoire de noblesse, la caste à particule ayant traditionnellement trouvé refuge sous l'uniforme républicain, ce souci permet de contrôler la pureté de race, la lignée des sélections via les chromosomes, la généalogie. Dans notre Midi devenu viticole au cours du XIXème siècle, quels critères incitent le vigneron vers une race de chevaux de trait plutôt qu'une autre ? 

Une idée du relief que la simplification a résumé en « Corbières » (en violacé les hauteurs supérieures à 700 mètres d'altitude. 

Et, dans nos confins montagneux, l'Aude formant un département formidable entre mer et montagne, aux climats si différenciés, à fixer de la loupe le cours du St-Bertrand en bas des mille mètres des Crêtes d'Al Pouil et de la Forêt des Fanges, pour quel cheval Panfilo a-t-il opté, s'agissant de Maglorio, sa jument ? Cette histoire, nous la devons à André Galaup (1938 -.2021) (2). Vieux bonhomme que je suis, je me la suis laissé conter  comme j'aurais tant aimé l'entendre petit sauf que ma famille manquait terriblement de ces attentions, de cette tendresse là... Pas grave quand on veut garder en soi l'enfant qu'on était s'appropriant, pour compenser, tout ce que les grands ne voulaient pas donner. 

Oui, comme quand j'étais gosse, avec les parts de rêves et l'exotisme à portée, j'aime qu'il me raconte cette histoire, afin de la parcourir ensuite, la relire aussi sans la crainte d'avoir à me corriger des raccourcis trop hâtifs. Merci monsieur Galaup d'avoir transmis, partagé, de l'avoir mise en mots aussi bien qu'en images à partir du moment où chacun se fait son film... 

Chipilly monument au cheval blessé (58e division britannique) 2014 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Author APictche

(1) à propos de chevaux, on parle de stud-book et pour une fois, je n'irai pas chercher un équivalent en français,  pour ne pas dire franchouillard, seulement eu égard à une donnée, à savoir que lors de la Grande Guerre, le cheval si indispensable a toujours été mieux considéré et traité chez les Anglais que chez nous et du côté allemand (plus de vétérinaires entre autres critères de respect et reconnaissance)... Pensée également vers la sculpture de Chipilly dans la Somme : le monument aux morts (1922) montre un artilleur britannique tenant dans ses bras la tête de son cheval agonisant... L'œuvre d'Henri-Désiré Gauquié (1858 - 1927), rendant hommage à tous les chevaux victimes, est considérée comme l'un des monuments commémoratifs les plus émouvants du département. Ce monument commémore les combats livrés par la 58ᵉ division britannique dans ce secteur, les 8 et 9 août 1918, pendant la bataille d'Amiens et qui ont permis la libération de Chipilly. 

(2) ancien du Midi-Libre, André Galaup de Limoux a écrit plusieurs ouvrages sur les mystères de Rennes-le-Château, les abbayes du Razès... 

mercredi 11 mars 2026

Il s'appelait Péchard, c'était un bon cheval...

Oh que je regrette de ne pas en savoir davantage sur le brave percheron de Bompas rescapé d'une guerre de 14-18 tueuse d'hommes et de chevaux ! Le nom au moins de ce brave animal retrouvant son chez lui sans marquer le moindre signe de rancune ! Ces quelques belles histoires qui nous sont données (qui s'offrent à ceux qui veulent les trouver...), c'est heureux quand même. 

Avant de revenir au village, les idées nous emportent le long de l'Aude, le fleuve, “ notre ” rivière, superbe exception liant les neiges des Pyrénées au frisottis du Golfe du Lion, littéralement « des étangs », dans ce que les Hommes ont nommé un peu hâtivement « Haute-Vallée » s'agissant d'un cours plutôt moyen. Avant de revenir au village, partons comme pour un plus, par certain côté, de circonstance, au précieux travail sur l'Aude département par « Roger Bels, instituteur » (1921 ?- 2001 ? Carcassonne ?) (1) (j'aime trop la belle et modeste mise en lumière de ce seul mot « instituteur » ! ). 

Dessin d'après photo. 


L'empreinte de Limoux marque cette moyenne vallée tout comme celle du Carnaval signale la sous-préfecture (2). Longtemps, un cheval de trait a défilé avec le char du mannequin promis au bûcher sinon lors d'une victoire des treizistes... Il s'appelait Péchard, il travaillait les vignes d'Henri Santistèbe. Tous les Limouxins le connaissaient le cheval s'arrêtant seul au feu rouge avec le vigneron endormi. Péchard et le Pont Vieux, un sujet qui a inspiré Georges Coroir, le coiffeur-barbier de la rue Jean Jaurès, peintre amateur aussi, à l'huile ou à la plume de bécasse... 

Lorsque Henri Santistèbe (1915-1997) fut hospitalisé, veille de la retraite, Georges Coroir, porte-parole en quelque sorte de toute une population émue de la fin toute tracée du cheval, eut l'idée d'associer le cru Limoux pour une fin de vie digne du cheval à partir d'une carte postale tirée de son tableau. 

Carte postale d'après le tableau de Georges Coroir (1993).  


Au moins 3200 exemplaires se vendirent dans 27 pays différents. Passée de star mondiale à la défense des animaux, Brigitte Bardot prit fait et cause pour l'animal. Non loin de Limoux, le domaine de Ninaute soulagea les rhumatismes du vieux cheval en pension. 

Péchard dans son enclos de retraité. Photo Georges Coroir. 


Péchard mourut le 18 avril 1994 à l'âge remarquable de 34 ans. Henri Santistèbe lui survécut moins de trois ans. 

Avec l'argent de l'association, une statue équine souhaite la bienvenue à l'entrée de la ville... En 2016, lors de la cessation, l'association a fait don de 800 euros et d'un paquet de cartes postales en parrainage d'Uva de Bel Air, une jument trait comtoise née en 2008.     

(1) Éditions M.D.I. St-Germain-en-Laye 1970. 

(2) un carnaval cette année malheureusement terni par l'objet du char inaugural des blanquetiers (parfois orthographié avec deux « t »), plus graveleux que grivois, donnant dans le porno et la pédopornographie. Contrairement à ce qu'exprime le comité dudit carnaval, on ne peut donner dans la satire et le rire pour tout, s'agissant ici d'enfance et de sexualité... 

Sources : pages facebook de Georges Coroir et Mémoire Historique de Limoux, journal La Dépêche.