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vendredi 26 juin 2026

Forment la jeunesse mais vous foutent un coup... (5)

Oui... à partir d'un certain âge, un coup de vieux c'est sûr... 

Pour qui ne fait que migrer d'un point de chute à un autre, suivant ses intérêts affectifs, son attachement et la gestion aussi, de l'absence, de la séparation avec la famille, les êtres aimés, l'idée de voyage se retrouve amputée de bien de paramètres, en premier l'envie d'ailleurs, la quête de dépaysement... Je ne suis qu'un migrateur soucieux de rester en état, de mettre ses atouts afin, chaque fois, de réussir son déplacement. Bien sûr je me sens ridicule comparé aux animaux à l'égard de qui nous nous devons de partager la Planète, ridicule de rapprocher mes étapes des escales de vie ou de mort des oiseaux s'efforçant de reprendre des forces dont celles, primordiales quand il leur faut traverser la mer puis le désert. 

Pour l'humain qui migre vers le pays, les êtres chers, écartelé par le dilemme répété de devoir aussi laisser derrière lui un port d'attache, d'autres êtres aimés plus intimement encore, le stress du voyage se retrouve réduit aux aléas possibles, en la circonstance, entre Mayotte et la Métropole en passant par l'Afrique. Ne pensant pas à ce qui pourrait advenir de définitif, c'est d'abord de bien rejoindre l'embarcadère, un accident, un blocage de route, un embouteillage, autant d'imprévus qu'on préfère éviter. La barge ensuite... au service espérons, non perturbé par un mouvement social. 

Ce n'est qu'une fois que lorsque le taxi nous dépose à l'aérogare qu'il est momentanément possible de souffler un peu...       

Reprenons sur la route au niveau du chantier arrêté de l'usine de dessalement liée aux pénuries et tours d'eau sur toute l'île. 

Ironi bé, le chantier arrêté de l'usine de dessalement. 

Et l'irresponsabilité ne se poursuivrait-elle pas avec le choix, en urgence, de l'implantation de cette usine de dessalement ? Tout esprit un tant soit peu sensé opterait, me semble-t-il, concernant les excès de salinité rejetés, pour un lieu moins éloigné de la barrière coralienne, plus au sud, vers Bandrelé par exemple, manière d'évacuer dans l'océan, non ? En place de quoi on se retrouve avec des rejets dans le lagon déjà impacté par les phases de blanchiment, le cyclone (malgré des vagues moins hautes), qui plus est, à un endroit où les courants moins forts dilueront moins la salinité... Des circonstances donnant le bâton pour se faire battre, un bâton vite pris en main par des associations écologistes déjà irritables pour un rien. Une situation très insatisfaisante pour la population face au je-m'en-foutisme de l'État toujours repoussant aux calendes grecques, sinon sans gestion à long terme, et aux écolos d'autres horizons plus en protection des bébêtes et à l'excès, de la nature... au détriment des humains. Va-t-on se retrouver à nouveau dans une situation comparable à celle de la piste longue de l'aéroport, reportée durant des décennies puis abandonnée au profit d'un hypothétique virtuel aéroport sur l'île principale déjà impactée par la pression démographique, l'installation de villages clandestins, le déboisement illégal et toutes les conséquences qui ne manqueront pas de suivre dont la baisse de précipitations, la hausse des températures... 

Mayotte, le lagon nord. 


Sur l'amphidrome, fraîcheur du bras de mer et vue sur quelques îlots des « Sept Frères », entre Grande et Petite-Terre. 

 
Traversée de la barge quittant Mamoudzou. 

Contraste à la barge, plein de monde alors que les rues sont vides, la circulation clairsemée. 

De l'autre côté, un taxi, au patron, disons, attentionné, nous prend en charge (taxi collectif à 5 euros le dimanche bagages compris), contrairement à ceux qui tiennent à faire un maximum de courses, il roule très raisonnablement, prend en charge le petit garçon à sa maman de même que toutes les valises. Depuis toutes ces années, c'est bien la première fois qu'un “ taxi ” se décarcasse ainsi ! (à suivre) 

Il est là, lors du départ, le coup au cœur, plus encore qu'avec l'avion qui emporte et ferme un chapitre de l'existence... La petite île à la vie si pleine de gens ne voulant pas changer d'horizon semble dire « Puisque tu pars... » oh ! c'est une chanson de Goldman, de celles rares qui prennent aux tripes...Mayotte qui dit seulement ne pouvoir offrir que ce qu'elle a, nous arrache une part de nous, une constante même auprès des plus agacés si fragilisés au jour du partir...    



lundi 6 novembre 2017

MAYOTTE "Sois sage ô ma douleur..." (1) / Mayotte en danger !

Je levai l'ancre un matin de septembre 1994...  

"... Comme un navire qui s'éveille
Au vent du matin, 
Mon âme rêveuse appareille
pour un ciel lointain..."
Charles Baudelaire / Spleen et idéal / LE SERPENT QUI DANSE

"Pour l'enfant, amoureux de cartes et d'estampes, 
L'univers est égal à son vaste appétit. 
Ah que le monde est grand à la clarté des lampes !
Aux yeux du souvenir que le monde est petit !.."
Charles Baudelaire / Les fleurs du Mal / LE VOYAGE 


Je vis... 
"... Une île paresseuse où la nature donne
Des arbres singuliers et des fruits savoureux
Des hommes dont le corps est mince et vigoureux
et des femmes dont l’œil par se franchise étonne..." 
Charles Baudelaire / Spleen et idéal : PARFUM EXOTIQUE

"... Là, tout n'est qu'ordre et beauté, 
Luxe, calme et volupté..."
Charles Baudelaire / Spleen et idéal / L'INVITATION AU VOYAGE

Hier soir... 

"... Ce soir la lune rêve avec plus de paresse ;
Ainsi qu'une beauté sur de nombreux coussins, 
Qui d'une main distraite et légère caresse
Avant de s'endormir le contour de ses seins..."
Charles Baudelaire / Spleen et idéal / TRISTESSES DE LA LUNE 

Mayotte, alors que la brousse se réveille dans les chants des passereaux, (qu'ils en soient loués), que la verdure semble harmonie, l'incertitude, l'inquiétude irradient au moment d'allumer la radio pour les infos...Là, tout n'est que désordre et mocheté, misère, tumulte et abjection. Et pourtant, on ne peut rester hors du monde, dans une bulle surtout qu'elle va crever, la bulle : les petits oiseaux en sursis, la terre assoiffée... à peine quelques gouttes pour une pluie des mangues en retard d'un mois ! 

D'où mes tweets têtus, rageurs : 

  faute de bateau pour Anjouan (2) la reconduite aux frontières se fait par avion ! Mais où partent nos impôts ?

forêt défrichée à grande échelle Le bidonville insalubre, la mise en culture pognon pour le proprio. QUE FAIT L’ÉTAT ?

  ASSISES OUTRE-MERS ? Participation démocratique ? Questions de forme, blabla ! Rien sur le fond de mépris normalisé !

  faut être à l'article de la mort pour 1 prise en charge Mourir pour occlusion intestinale traitée trop tard par ex. !

  1 cyclone, des écoles en rotation, choquant mais provisoire à St-Martin A Mayotte sans cyclone normal et permanent ! 

hôpital submergé en grève L'ARS + ministre reporte donc la réunion urgente prévue le 2 nov depuis 3 sem au 4 décembre

santé en faillite Évacuations systématiques à la Réunion Le dir de l'hôpital dit de revenir au boulot avec sérénité !

tjrs des écoles closes à cause des rythmes scolaires Oh 1 si bonne réforme pas vrai Constance Cynique vice-recteur ?!!

Et puis comme un contrepoison, un antidote, un gros nuage gris et gras dans un ciel trop bleu, les vers de Baudelaire, bruts de pessimisme mais empreints de beauté aussi. L'illusion d'un paradis. Les contradictions entre l'apparente indolence et des hommes au corps mince et vigoureux qui ne le seraient pas sans la vie très physique qu'ils menaient. 
J'ai pensé aussi à "...UNE MALBARAISE" mais sa lascivité d'odalisque rappelle trop l'esclavage sexuel... Quand l'anachronisme se confronte à la contemporanéité...  

(1) Charles Baudelaire / 1868 / RECUEILLEMENT 
(2) grève au port de Mutsamudu (Anjouan). 

Crédit photos : 
2. Maoulida carte postale photo Bruno Marie Ed. Baobab. 
4. carte postale C. Schaub Kostia créations.