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vendredi 24 avril 2026

Le CASSOULET dans la littérature (4 et fin).

Jean Camp, photo convertie en dessin (convertimage)

Jean Camp (1891-1968), écrivain au moins trilingue occitan-français-castillan, natif de Salles-d'Aude, ne manquant pas d'évoquer la profondeur érotique du banquet bachique et ses libations, a bien inclus le cassoulet dans le repas marquant la fin des vendanges, la sarde : 

«...viennent les corbeilles débordantes de lourds pains ronds, les grands paniers de fricassées, les jattes de volailles rôties, fleurant le romarin, les cassoulets figés qu'une flambée de bois sec va faire ronronner tout à l'heure [...]il remplit le gobelet de la moussègne qui proteste et qui sent chavirer sa tête Elida qui, rouge de chaleur et de plaisir, se renverse, le corsage tendu, et rit aux anges, en coulant de loin, un regard à son promis. [...] Les saladiers sont vides, les gigots avalés, les os aux chiens, les cassoulets engouffrés, tandis que les vins guillerets de la plaine coulaient à flots... » 

Cela se passait en bas de la chapelle des Auzils à Gruissan où une petite vigne témoignait encore de davantage d'espaces cultivés dans la garrigue.

Un cassoulet d'un festin licencieux pour certains, en bacchanale :   

« [...] Les vendangeurs s'égaillent à la recherche d'un retrait vers lequel ils traînent une fille, consentante et folle qui se pend à leurs bras, les baise à pleine bouche et secoue sa crinière brune en dévalant les pentes glissantes de la colline... » Vin Nouveau, 1929, Jean Camp. 

Retour à une continence de bon aloi s'en tenant au haricot nourriture avec « Jours de Vigne » : 

« ...Tous les jours, tous les vendangeurs, quand vous arriviez, vous alliez avec l'assiette et on vous donnait une grosse louche [...] Des haricots bien préparés, avec de la saucisse, oh pas avec du confit de canard ! [...] Mais bien préparés, bien cuits et tout... » JOURS DE VIGNE, Christiane Amiel, Giordana Charuty, Claudine Fabre-Vassas, ATELIER DU GUÉ collection Terre d'Aude, 1981. 

Chengdu Chine 1913 De gauche à droite, en 5 et 6, Madame et Monsieur le consul Bodard, parents de Lucien. À droite Victor Segalen (1878-1919), poète, écrivain, médecin de la marine française, grand voyageur,  Domaine public. Auteur inconnu

Dans « Monsieur le Consul », Lucien Bodard (1914-1998) intègre le cassoulet aux penchants bon vivant des officiels de l'administration indochinoise à table :  

« ...Le gouverneur général, qui a fait carrière dans le cassoulet et les banquets électoraux du Midi où, après s'être rempli la guidouille, on déverse la rhétorique, s'est, au terme de ce festin bien trop exotique et empoisonné selon son goût, retrouvé en pleine force pour le discours. » Monsieur le Consul, 1973, Lucien Bodard.

Jacques Lacarrière (1925-2005), lors de sa marche Vosges-Corbières, nous met dans une atmosphère vigneronne en Languedoc d'où le cassoulet n'est pas absent.  

Gisèle_Pineau_et_Jacques_Lacarrière au Festival International de Géographie 1998 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Source Archives de Saint-Dié des Vosges

La_Roque,_Salagou_Lake 2015 Vue depuis la commune d'Octon / under the Creative Commons Attribution 4.0 International license. Auteur Christian Ferrer
 

Faisant connaissance d'un jeune viticulteur « volubile et nerveux » rencontré au café d'Octon, il est invité chez lui, au Mas Cannet. Avec cet homme encore jeune, très seul (célibataire à ce qu'on comprend) ce n'est plus la déploration des campagnes mais le grondement des « vignerons en colère » accompagné « d'insultes imagées ». Sa mère avait préparé un cassoulet, plat idéal pour reprendre des forces quand on marche, un cassoulet à Octon « arrosé du vin de sa vigne » Chemin Faisant, 1977, Jacques Lacarrière.  

Pierre Desproges 1985 under the Creative Commons Attribution 3.0 Unported license. Auteurs Roland Godefroy, Manutaust

De quoi rappeler un mot du regretté Pierre Desproges (1939-1988) : « Un cassoulet sans vin, c'est un curé sans latin ». 

Armand Fallières (1841-1931) Président de la République (1906-1913) mit le cassoulet à l'honneur à l'Élysée. 

Et, pour revenir à notre pré carré, plutôt à notre plage aimée de Saint-Pierre-la-Mer avant, qui croisons nous, sous le cagnard de la mi-journée, regagnant la Barjasque, le campement de toile et carabènes sur le sable des copains du village ? Naf à la légèreté d'esprit naturelle (deuxième ligne au rugby sinon !). Il revient de chez Germaine, l'épicière, portant modestement une boîte (ou deux ?) de ce cassoulet plus bouilli que cuisiné, ne valant aucune des recettes de nos cuisinières mais en dépannage pour des jeunes libres de manger à toute heure, chez qui tout ou presque fait ventre... 

Depuis 1836, l'industrie s'est permis de proposer des versions gastronomiques de ces haricots cuisinés (30 % de viandes seulement préconisent les spécialistes) dont des conserves en bocaux intéressantes de qualité. À Castelnaudary, les 80 % de la production française représentent un enjeu économique essentiel, valant même le retour en culture du haricot « lingot de Castelnaudary », IGP depuis 2020. Les variétés « cocos » de l'Ariège, Mazères, Pamiers, ont aussi bénéficié de ce retour en grâce. 

Note : le plat est proposé, parfois avec salade et dessert, à moins de 26 euros (prix avril 2026).