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samedi 20 juin 2026

... FORMENT la JEUNESSE, on dit... (3)

« Les voyages forment la jeunesse... », dicton, proverbe ou adage... une sentence entendue partout. Certes, certes, et ce doit être vrai surtout s'agissant d'un ailleurs, d'un séjour hors son chez soi, son quotidien. Quant au migrateur saisonnier aux attaches en double entre Métropole et Mayotte, depuis plus de trente ans, c'est autre chose. (suite du 2). 

Au-dessus de la baie de Chiconi, dans les lacets surnommés non sans sourire “ le Tourmalet ”, les bouquets de bambous ont bien repoussé. Là-haut, le carrefour de Ouangani qui, à un jour près sera bloqué par des bandes rivalisant à coups de machettes... et de victimes collatérales, faits divers faits de violences... Barakani, Hapandzo, moins de mri madzi, littéralement arbres à caca. Ont-ils eu à payer un lourd tribut au cyclone sinon à la bêtise des hommes ? 

Samanéa à titre d'exemple. Samanea_saman in Trinidad and Tobago 2023 under the Creative Commons Attribution 4.0 International license. Author Lucas Kaminski


De même, les superbes et sûrement vieux samanéas du lycée Agricole à Coconi sont moins nombreux aussi depuis la catastrophe.    

Ongojou, couleurs des piments et des quelques verdures à la vente sous le gros manguier du col ; étonnant alors que nombreux ont été les  cocotiers à subir, l'étal de vente de jus de palme trembo tamu que les femmes peuvent boire, vin de palme aussi, une fois fermenté... (les clandestins ont tôt fait de squatter les terres apparemment délaissées), ce trembo vruga, plus acheté depuis l'hépatite de je ne sais plus quelle lettre, contractée en juin 1996, certainement à cause de la bouteille plastique récupérée aux poubelles, mal lavée, et avant tout d'un vaccin oublié au départ de la métropole (1994)... en attendant trois semaine de maladie à ne pouvoir se nourrir que de coca, plus de dix kilos perdus... Un fourgon cache l'abri d'où les vieux habitués surtout suivent le passage des véhicules, sans papi Ali qui, à cette heure, doit toujours être loin, là-haut, à sa vache, dans son champ sinon à l'ombre du tamarinier qui a résisté au cyclone, où, de toute façon, faisant acte de présence, il montre aux inopportuns opportunistes que sa terre n'est pas abandonnée. Plus étonnant encore, l'abribus du  Caribus, cette ligne gratuite destinée à désengorger les embouteillages trop lourds vers la capitale centre de tout... ainsi le car plutôt sur la côte, monte jusqu'à ce qui n'était qu'un petit village entre Est et Ouest, en équilibre sur le col, une réalisation remarquable, ce Caribus, en ce qu'il représente une des rares promesses tenues par la “ faune ” politique locale, ce qui, en France, reste dans l'ordre des choses... et qui devrait être constitutionnellement sanctionné, l'étatique encourageant la mémoire courte n'étant pas en reste... 

Descente d'Ongojou vers la côte Est. À remarquer les moignons des arbres, résultant du passage du cyclone Chido (14 déc. 2024), très fournis ils mettront pourtant des années à fructifier à nouveau (mangues, avocats, agrumes, anones, prunes de Cythère [sakua, spondia dulcis]). 

 
Tsararano, le marché en passant.

En bas, Tsararano, nom d'origine malgache signifiant “ la bonne eau ”, que des esprits taquins ont détourné en “ tsara madzi ” (voir les lignes “ Hapandzo ”), le bon étant exprimé par le préfixe “ tsara ”... Vrai qu'une belle rivière, la Mro Wa Dembeni, descendue du massif du Bénara, étonnante également par son joli débit en dépit des sept ou huit kilomètres seulement entre les sources et le lagon, bordée de rideaux de bambous, coule dans une plaine fertile propice au maraîchage jusqu'à ce que les lavandières préférassent la chimie agressive destructrice au savon de Marseille... enfin, ce que j'en dis ne relève que d'un séjour d'une année par là, entre 2002 et 2003 (une station aussi de la DAAF Mayotte avec essais de culture de melons... pas mauvais du tout... Rien n'en transparaît à présent sur le Net, existe-t-elle encore ? ) Tsararano encore, la population explose, les constructions se multiplient jusque sur la crête au-dessus du gros village de la commune de Dembéni. (à suivre)


samedi 13 décembre 2025

MAYOTTE, parfum, remugles et relents (23)

...On sait ce qu'il en est découlé : pas plus l'allégeance aux Comores que l'indépendance, la revendication départementale pour l'application des lois communes et non l'autonomie administrative d'un TOM (Collectivité Territoriale) (1). 

Avalaison sur un penchant plus vert, moins sec qu'un versant oriental à la végétation plus décidente, marquée qu'elle est par un régime d'alizés qui n'ont pu se recharger depuis le feston oriental de Madagascar. Souvenir d'un grand champ d'ylangs finalement arrachés à force de ne plus être exploités. Oh ! passé, le litchi au bord de la route ; faut dire que ce ne sont pas ses grappes d'un rouge bien prononcé sur fond de vernis vert qui ont attiré l'œil : même sans cyclone, les années à litchis sont rares à Mayotte, le fruit cher et peu goûteux pour bien des raisons (nécessité d'un gardien jour et nuit en prévention des vols, des makis...).  

Samanea_saman in Trinidad and Tobago 2023 under the Creative Commons Attribution 4.0 International license. Author Lucas Kaminski

Le lycée agricole de Coconi : au carrefour, avant l'allée de superbes samanéas, un rôtisseur grille des cuisses de poulet ; la rangée d'arbres géants présente bien des vides, les grandes dimensions les ont desservis. Qui sait dans quelle mesure le jardin botanique a résisté ? Plus loin, concession d’un terrain pour une grande pyramide de déchets plus une plus petite d’électroménager hors service, encore signées Chido. 

Pohon_Kepuh Sterculia foetida di_Geneng,_Jombang 2024 under the Creative Commons Attribution 4.0 International license. Author Indonesiagood

La poste de Coconi, siège de notre boîte postale des débuts, souvent prétexte à une balade à pied à travers la brousse. Les magnifiques sterculiers, sterculia de la variété foetida, arbres à merde comme ils disent (c'est plus mignon de dire « caca »), à cause des fleurs, à l'origine d'impairs de la part de ceux qui ne savent pas (une mésaventure dont je ne suis pas fier), pourtant au bois réputé et dont les fruits rappelant des châtaignes peuvent être consommés. 

Hapandzo le village accolé à Barakani... Comment s'appelait le coquinou qui, profitant du mzungu fraichement débarqué, devant toute la classe, avait déclaré habiter “ penzo ”, terme d'un registre parallèle au lexique shimaoré, ayant peut-être trait au sexe (une petite enquête a posteriori ayant amené à cette hypothèse), et qui avait alors fait rire toute la classe, mzungu compris... même en dessous, le patron confirmera que l'ambiance n'était jamais à la mélancolie... 
 
La cascade de Barakani permettant de comprendre que l'eau franchit d'un saut une coulée de lave. 

La route aussi doit passer ce qui reste de ce surplomb dégradé par l'érosion ; elle ne le fait que grâce à cinq lacets épingles à cheveux, d'où le surnom venu on ne sait d'où, de “ Tourmalet ” parce que le Tour-de-France tombait ici hors vacances scolaires mais heureusement en dehors aussi des heures de cours. Mis à mal en année normale par les glissements de terrain dus à trop de précipitations, les massifs de bambous ont plus souffert encore suite à Chido.   

(1) Honte à ceux qui en sont restés aux résolutions de l'ONU souvent contradictoires par rapport à la liberté des peuples à disposer d'eux-mêmes. Il y a tant à dire sur ses décisions à géométrie variable, de toute façon corrompues par les rapports de forces, séparant un même peuplement sinon réunissant des populations marquant des disparités voire des différents. Pardon pour cette analyse rapide mais si c'est pour en arriver à l'inacceptable, comme de livrer des humains minoritaires à des dominants...  

Note : sans compter celles perdues, disposer de milliers de photos et ne pas en avoir sur les samaneas, les sterculias, les villages d'Hapandzo, de Barakani et sa cascade, du “ Tourmalet ”, encore des balades à faire absolument sans partir pour autant à Trinidad « tout là-bas aux Antilles... » ou en Indonésie...