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jeudi 4 avril 2024

QUAND TOUT S’ÉCROULE À L’AQUEDUC ! (6ème partie) 30 mars 2024.

Voilà pour le contexte, à savoir ce XIIIème siècle (source principale, « Chronique de la France », Acropole 2000 (un livre de 4,5 kg acheté vers 2008 au prix de 6 € le kilo !).  

Plus pacifiquement, afin de rejoindre notre propos sur l’aqueduc souterrain de Fleury, c’est une période marquée par des progrès avant tout pour l’agriculture. En 400 ans, la production a été multipliée par 1,6. Les paysans ont de meilleurs outils ; les moulins à eau contribuent à moudre les grains, à brasser la bière, à extraire l’huile, à fouler des étoffes, à sortir du papier. Plus nombreuses, les forges s’installent près des forêts, le fer remplace le bois (outils); la charrue est plus efficace même si elle nécessite de quatre à six animaux de trait. On ferre les chevaux, le collier d’épaules, le joug pour les bœufs, permettent de mieux tirer partie de l’effort physique demandé.

Le climat plus favorable, l’absence d’invasions influent aussi sur les changements.    

La société bénéficie de ces avancées, nombre de serfs rachètent leur affranchissement et partent s’installer en ville ou rejoignent les vilains chez les manants ; les produits agricoles voient leur valeur augmenter et les tenanciers préfèrent payer leurs redevances en argent et non plus en nature, les premiers paysans riches, les “ coqs de village ”, apparaissent ; le seigneur aussi va chercher à produire plus pour vendre en ville.

Toute l’Europe connaît une forte croissance démographique ; avec plus de bouches à nourrir, il faut de nouvelles terres à travailler, des terres au coût toujours plus élevé... c’est dans ce cadre que l’étang dit “ de Tarailhan “, aujourd’hui “ de Fleury ”, va être asséché.

Nous devons d’en savoir davantage à Jean-Loup Abbé, professeur des Universités honoraire, antérieurement professeur d’Histoire médiévale à l’université de Toulouse-le-Mirail, auteur de “ À la Conquête des Étangs ” Presses universitaires du Midi 2006, animateur de conférences dont celle de Marseillette en date du 15 mars 2022 (en ligne). 
Merci aussi aux Chroniques Pérignanaises pour l’ouvrage « De Pérignan à Fleury » 2009, en ce qui concerne particulièrement les recherches sur l’étang ainsi que la généalogie fouillée des vicomtes de Narbonne, barons de Pérignan, suivie de celle des barons et ducs de ce qui fut notre seigneurie.  

Que sont ces nombreux étangs ? Les vents, qui plus est les vents forts comme le Mistral ou le Cers, érodent certaines zones plus tendres ; les poussières emportées font ensuite place à des cuvettes plus ou moins profondes (de 1 à 4 mètres) qui retiennent les eaux de pluie. L’idée de mettre en culture ces terres inondées date de l’antiquité ; s’agissant de creuser, ce “ travail de Romain ” s’impose, lorsque, au Ier siècle de notre ère, il faut entreprendre sous terre. 

Sur une base IGN (merci Géoportail), le tracé de l'aqueduc souterrain de Fleury avec les puits positionnés par les Chroniques Pérignanaises (merci à eux) mais avec l'ordre de creusement logique de l'aval vers l'amont. 


Après calcul de la pente (4 ‰  à me fier à mes souvenirs d’école, à Monsieur Carrère, le directeur à Pézenas... même si on s'en tenait aux pourcentages) la technique consiste à creuser des puits à commencer par l’aval (1), à une cinquantaine de mètres d’intervalle (21 intervalles pour 20 puits, merci encore Monsieur Carrère qui nous posait le problème des arbres à planter sur une ligne non fermée ! seule la règle de l'intervalle supplémentaire permet de résoudre sans plus réfléchir !)... sauf que le calcul n'est que théorique... la distance entre les puits doit dépendre des changements de direction, entre deux coudes, certaines sections sont forcément plus courtes. Depuis ce que sera la sortie de la galerie, il faut creuser vers le premier puits d’où une autre équipe creuse à rebours... il s’agit de ne pas trop s’écarter à la jonction. (Numéroter les puits depuis l’amont, depuis l’évacuation de l’étang suppose qu’on ne tienne pas compte ou alors qu’il a échappé que la procédure consiste à commencer par l’aval...). Ces puits seront ensuite utiles pour l’entretien de la galerie, leur localisation précise s’avère donc plus que nécessaire... (à suivre) 

La carte dite de Cassini (on devrait dire “ des Cassini ”, élaborée sur tout le XVIIIe siècle jusqu'en 1818 pour sa forme actuelle, indique encore l'Étang de Fleury pour la pêche. Au moins le jardin du Duc est mentionné dans des secteurs toujours connus aujourd'hui sous les noms “ l'Horte ”, “ Derrière l'Horte ”. Le cours du ruisseau du Bouquet figure bien jusqu'à l'Aude.  

(1) Au niveau de la source du Bouquet, alors en rase campagne, peut-être dans ce que la carte de Cassini nommera plus tard “ jardin du Duc ”.

samedi 20 avril 2019

L’AQUEDUC SOUTERRAIN DE FLEURY (4ème partie) / Fleury d'Aude en Languedoc.

Long de 1000 mètres a quicon proche, à quelque chose près, le tunnel évacue l’eau de l’étang. De l’entrée à la sortie, le dénivelé est de quatre mètres (entre 30 et 26 mètres d‘altitude). Contrairement à la direction générale, son parcours est plus sinueux. Le creusement s’est fait par tronçons raccordés depuis des puits verticaux au nombre de 20, inégalement répartis et paradoxalement moins nombreux au passage difficile : les plus profonds (11,5 m.) se trouvant dans le contournement du moulin, au lieu-dit “ Les Traoucats ”. 

Le Chemin des Arbres Blancs / Vue prise en direction du village / un regard en béton d'un des puits de l'aqueduc est reconnaissable au bord du chemin, à droite.
 
Ce même regard, vue prise vers le sud.


Au pied sud du moulin. A l'arrière-plan, le chemin dit "de Vinassan" avec l'entonnoir nécessaire au déblaiement de l'éboulement des années 1830. 

C’est la partie la plus délicate. Les Chroniques Pérignanaises relèvent que pour libérer le passage, suite à un éboulement causé par un trop fort débit, on dut creuser un entonnoir afin d’accéder à la partie bouchée (Conseil municipal de 1836).

En 2012, un article du Midi-Libre informe que la municipalité a confié la gestion du souterrain au Syndicat Mixte du Delta de l’Aude, l’entretien des fossés en amont et de l’aqueduc ne pouvant plus être assuré par l’association des propriétaires riverains. Une inspection de l’ouvrage a permis de dresser un état des lieux. Suite à la visite menée par trois courageux dont un hydrogéologue et un ingénieur, le constat est rassurant. Si le secteur des Traoucats (Troucats sur la carte IGN) doit être consolidé, la sédimentation qui a jointé et cimenté le conduit a joué ce rôle.
Concernant la construction à l’origine ou les réfections ultérieures, l’article précise que la „partie qui date du XIIIè siècle est en bon état“ et la plus récente „en très bon état“. Néanmoins des racines sont à éliminer et des puits et accès doivent être sécurisés.     

 https://www.midilibre.fr/2012/04/03/l-aqueduc-souterrain-de-fleury-est-il-en-bon-etat,480816.php

Sur le site de la mairie de Fleury on peut lire : Il faudra en effet attendre l’occupation romaine, dont témoignent l’immense aqueduc souterrain qui fournissait le village en eau potable (c’est la fontaine du Bouquet qui est évoquée, des escaliers permettaient d’y accéder encore à la fin des années 50, après le passage sous l’Avenue de Salles, le ruisseau se retrouvait à l’air libre, à partir de là. Mais à partir de quand a-t-il reçu les effluents de la Cave Coopérative, certes sains, puisque nous y cherchions les gros lombrics comme appâts, mais incompatibles avec une source d’eau potable ?). Au milieu d’indications historiques par ailleurs très intéressantes, de la part du rédacteur, le conditionnel “ témoignerait ”, eût été préférable.

http://www.communefleury.fr/decouvrir/un-peu-d%E2%80%99histoire/de-la-prehistoire-la-rome-antique

Visiblement tout n’est pas encore dit sur l’aqueduc souterrain de Fleury !

* Les Traoucats (les terrains troués) liés au volcanisme dans les on-dit du village, à rapprocher des apports plus scientifiques  :

« Lous veses lous Traoucats ? », « Tu les vois les Traoucats ? » disait l’oncle Noé à tante Céline alors que depuis la maison de mon père on ne peut que deviner l’endroit à droite du moulin. Le promeneur peut y remarquer un trou d’importance, en entonnoir, laissé en friche. Certains ont parlé de bombe, d’autres d’une bouche de volcan. L’oncle, lui, y faisait des trouvailles étonnantes (j'ai entendu parler d'une horloge qu'il sut remettre en état), le trou servant de destination à des escoubilles variées, moins volumineuses que nos encombrants et déchets d’aujourd’hui. 


L'aqueduc souterrain passe sous cette vigne aux abords du village, derrière l'Horte.

Après le puits n°20 qui s’ouvre dans une maison de l’avenue de Salles, l’aqueduc souterrain débouchait, nous l'avons dit, au niveau de la source du Bouquet, accessible par un escalier et offrant une eau appréciée. De nos jours, il faut rejoindre l’autre entrée discrète du jardin public, côté Salle des Fêtes, et chut, au fond d‘un regard fermé par une grille... “ L’entendez-vous, l’entendez-vous... ”, le gentil ruisseau dans son tunnel, cette eau qui nous vient des garrigues de la Clape et de ces terres gagnées sur ce qui fut un lac poissonneux ?

Et même s’il est utile de nuancer un historique trop monolithique car toujours écrit sans nuances aucunes par les dominants, libéré des contingences historiques (qui doivent donner à réfléchir et surtout pas à asséner des certitudes par essence doctrinaires), plutôt que d’ignorer, il est bon, en regardant le moulin, de savoir que dessous passe l’aqueduc souterrain de Fleury : une jolie histoire à raconter aux enfants après avoir tendu l’oreille, au fond du jardin public, sur  le babil mystérieux de l’eau qui court sous terre... Pour les pesticides et glyphosates, nous leur dirons une autre fois... plutôt que de gâcher une jolie histoire par des préoccupations inquiétantes      

PS : des photos manquent dans la rédaction de ces articles. Si quelqu'un veut bien mener une expédition au bout du monde pour des clichés sur le ruisseau du Bouquet, des garrigues de la Clape à la plaine de l'Aude... Avis aux explorateurs qui ne rêvent pas systématiquement de Grand Nord ou d'Amazonie...