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lundi 10 juillet 2017

François TOLZA / ADORACION (5) / Le temps n’est plus...

   

Les colles, ces équipes de vendangeurs (coupeuses, seaux, porteurs) sont formées et n’attendent que le jour que le patron choisira.

L’auteur nous transporte chez Claire dont le père est propriétaire.
Ambiance : « ... Au repas du soir, les femmes attisaient l’impatience des hommes. Elles en avaient de bonnes, les femmes ! Pour un raisin qu’un coup de soleil avait molli, la récolte s’en allait... /... 
- Oui, oui, le degré c'est bien beau, mais plus que 14, ça ne se paie pas... et tu apporteras de la confiture... comme toujours... »

Les hommes se veulent confiants mais personne ne peut être sûr :
«... Ils étaient tous d’accord pour dire que le temps était de choix, mais, au fond d’eux-mêmes, couvait la peur d’un raisonnement erroné. Le temps, c’était l’inconnu de leur problème que, jusqu’au ticket de la bascule de la cave coopérative, ils n’étaient pas sûrs d’avoir résolu. Ils le connaissaient bien le temps : avec leurs yeux qui savaient suivre le vent très haut au-dessus des arbres, même quand il n’y avait pas de nuages pour en mesurer la marche : avec leurs oreilles et leurs joues plus sensibles plus sensibles que la paume de leurs mains ; avec leurs genoux qui décelaient à journée le vent marin ; avec toutes les maladies dont leurs corps étaient perclus... »

La problématique est au moins double, sinon multiple. Celle du temps, d’une menace à laquelle on peut échapper quitte à rentrer moins de degré, à moins qu'on ne l'affronte pour perdre beaucoup ou courir la chance d'une récolte plus titrée. Celle, plus liée à notre nature d’êtres sociaux rassurés d’agir comme les autres... Alors quel caractère, quelle personnalité à part, quel esprit d’initiative va se décider à partir pour sa première journée de vendanges pour que les autres suivent, au compte gouttes puis en nombre ? 

Et maintenant, bien que né sur les bords du Golfe du Lion, essayer de prévoir le temps demande un effort presque vain puisque l’alternance des vents, leurs forces, leurs fréquences ont sensiblement changé. 
Avant, la mer, plus chaude, appelait le Cers, communément nommé "vent du nord". Un dicton précisait que ces périodes de vents très forts (des wagons ont été renversés !) pouvaient durer 3, 6 ou 9 jours. Plus léger et se levant le soir, il annonçait un temps de plage avec un gentil marin (Sud-Est) tournant vers onze heures et un vent d'Espagne (Sud) soutenu au cours de l'après-midi mais cédant en fin de journée. Trois périodes de quelques jours suffisaient à marquer un bon mois.
Tout a changé et les locaux ne sauraient dire aux estivants si le sable va voler ou s'il va faire un temps de mer... Cet été, les vents marins soufflent plus souvent. Et quand on croit que l'humidité accumulée va tomber en orage ou en grosse averse, c'est à peine s'il tombe trois gouttes ! Est-ce parce que l’intérieur des terres s’est plus réchauffé ? Le fait est que la température a grimpé de 1,5 degré en 30 ans et que l’évolution sur la présente décennie n’est pas pour nous rassurer,nos plages seraient-elles plus agréables et accueillantes.  
       
   Météo France précise que ce réchauffement est plus marqué au printemps et en été, que les précipitations diminuent (sécheresses plus marquées) ainsi que la période d’enneigement en moyenne montagne. 
Au bord de la mer, les écarts sont moins marqués que dans l’intérieur de l’Occitanie qui a encore subi des chaleurs caniculaires ces derniers jours...