mercredi 11 mars 2026

Il s'appelait Péchard, c'était un bon cheval...

Oh que je regrette de ne pas en savoir davantage sur le brave percheron de Bompas rescapé d'une guerre de 14-18 tueuse d'hommes et de chevaux ! Le nom au moins de ce brave animal retrouvant son chez lui sans marquer le moindre signe de rancune ! Ces quelques belles histoires qui nous sont données (qui s'offrent à ceux qui veulent les trouver...), c'est heureux quand même. 

Avant de revenir au village, les idées nous emportent le long de l'Aude, le fleuve, “ notre ” rivière, superbe exception liant les neiges des Pyrénées au frisottis du Golfe du Lion, littéralement « des étangs », dans ce que les Hommes ont nommé un peu hâtivement « Haute-Vallée » s'agissant d'un cours plutôt moyen. Avant de revenir au village, partons comme pour un plus, par certain côté, de circonstance, au précieux travail sur l'Aude département par « Roger Bels, instituteur » (1921 ?- 2001 ? Carcassonne ?) (1) (j'aime trop la belle et modeste mise en lumière de ce seul mot « instituteur » ! ). 

Dessin d'après photo. 


L'empreinte de Limoux marque cette moyenne vallée tout comme celle du Carnaval signale la sous-préfecture (2). Longtemps, un cheval de trait a défilé avec le char du mannequin promis au bûcher sinon lors d'une victoire des treizistes... Il s'appelait Péchard, il travaillait les vignes d'Henri Santistèbe. Tous les Limouxins le connaissaient le cheval s'arrêtant seul au feu rouge avec le vigneron endormi. Péchard et le Pont Vieux, un sujet qui a inspiré Georges Coroir, le coiffeur-barbier de la rue Jean Jaurès, peintre amateur aussi, à l'huile ou à la plume de bécasse... 

Lorsque Henri Santistèbe (1915-1997) fut hospitalisé, veille de la retraite, Georges Coroir, porte-parole en quelque sorte de toute une population émue de la fin toute tracée du cheval, eut l'idée d'associer le cru Limoux pour une fin de vie digne du cheval à partir d'une carte postale tirée de son tableau. 

Carte postale d'après le tableau de Georges Coroir (1993).  


Au moins 3200 exemplaires se vendirent dans 27 pays différents. Passée de star mondiale à la défense des animaux, Brigitte Bardot prit fait et cause pour l'animal. Non loin de Limoux, le domaine de Ninaute soulagea les rhumatismes du vieux cheval en pension. 

Péchard dans son enclos de retraité. Photo Georges Coroir. 


Péchard mourut le 18 avril 1994 à l'âge remarquable de 34 ans. Henri Santistèbe lui survécut moins de trois ans. 

Avec l'argent de l'association, une statue équine souhaite la bienvenue à l'entrée de la ville... En 2016, lors de la cessation, l'association a fait don de 800 euros et d'un paquet de cartes postales en parrainage d'Uva de Bel Air, une jument trait comtoise née en 2008.     

(1) Éditions M.D.I. St-Germain-en-Laye 1970. 

(2) un carnaval cette année malheureusement terni par l'objet du char inaugural des blanquetiers (parfois orthographié avec deux « t »), plus graveleux que grivois, donnant dans le porno et la pédopornographie. Contrairement à ce qu'exprime le comité dudit carnaval, on ne peut donner dans la satire et le rire pour tout, s'agissant ici d'enfance et de sexualité... 

Sources : pages facebook de Georges Coroir et Mémoire Historique de Limoux, journal La Dépêche.   



mardi 10 mars 2026

CHEVAL toujours !

Mais qu'est-ce qu'il dit, le Breton d'un temps (hélas pas si lointain), fruste et macho à Landivisiau ? « Bon Dieu d'en haut, prends ma femme, laisse les chevaux. » (1) 

Trait breton de Landivisiau. Source : mairie. 

Et qu'est-ce qu'il dit, le Breton, à l'émotion toujours aussi vive que quand, petit garçon, il pleure de réaliser que sa jument part avec le maquignon qui la prend ? Il dit des choses qui parlent aux gens de la terre que nous sommes tous ; il dit qu'on ne peut pas refuser une vie meilleure aux paysans, que rouge, orange ou vert, le tracteur a apporté de meilleures conditions... Certes, mais à quel prix, celui d'une violence inimaginable, d'une lâche trahison égoïste faisant fi du sentiment à l'égard d'un compagnon de toujours, au service d'humains opportunistes devant, sur des millénaires, leur bonne fortune au cheval... Oh ! l'intellectuel parasite, de quel droit te permets-tu de juger ? Fallait bien que ton grand-père assume la famille, la portée de sa fille toujours regimbant mais toujours là... Et puis n'a-t-il pas, malgré la difficulté, afin de couper le cercle fataliste, gardé ton père aux études ? Et ta “ gran ” n'ayant pas de quoi faire bouillir la marmite, n'interrogeait-elle pas plus qu'à son gré l'insondable des jours   « De qu'anan mettre per dina ? », (qu'est-ce qu'on va mettre pour dîner ?). La sensiblerie n'est qu'un luxe de nanti, de qui ne sait plus que terrible, la faim en arrive à réduire aux pires extrémités... 

Alors non, dans le même bain, les complices que nous sommes n'ont pas à juger de la mort à peine moins forte que la vie... Ne parlons pas de cette engeance affligeante sans respect aucun du soutien rendu, de cet officier fou rétorquant que si le cheval est épuisé, le révolver est à même de régler le problème. Au contraire, restons positifs, relevons les belles histoires, comme un pont lancé vers un meilleur futur... 

Février 2015, ce blog... onze ans déjà (j'ai des excuses si je répète mon écrit): 

« 1914. Un mas, dans le Sud, à Bompas, non loin de Perpignan. Les hommes de la famille, les ouvriers agricoles sont mobilisés, même le percheron est réquisitionné. Par chance, la propriétaire obtient qu’il soit accompagné par le ramonet, celui qui le conduit, qui laboure avec, qui le soigne et le bouchonne après la journée... 

Bompas_-_Eglise_Saint-Etienne_-_Clocher 2014 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Author Fabricio Cardenas

[...] À Perpignan, après l’armistice et la démobilisation, le mas eut la chance de voir revenir les hommes un à un, hormis le percheron et son conducteur. Rien de grave, disait-on, les premiers avaient eu la chance d’être vite renvoyés, voilà tout. Pourtant, à peine quelques jours plus tard, le ramonet revint aussi mais seul, sans le cheval, sautant en l’air et brandissant un papier bien haut. Une joie bien compréhensible, en somme sauf que tout le domaine crut un instant que la guerre avait condamné le cheval et rendu son conducteur bizarre, sinon fou. 

[...] « Mais non, mais non, rassura-t-il aussitôt, c’est l’ordre de démobilisation, on peut aller le chercher le cheval, à Lyon ! ». Quel accueil alors, quelle liesse ! Tous se précipitèrent pour l’embrasser, lui et son papier toujours au-dessus de sa tête !

Un jour de décembre 1918, une foule nombreuse s’est pressée à la gare. Notre cheval n’en fut pas impressionné : il en avait vu d’autres et puis, il revenait sourd de trop de canonnades ! Il s’est laissé gentiment atteler et sans plus pouvoir se laisser guider à la voix, il est parti de lui même vers son foyer. Le petit-fils, monsieur Parella, à qui nous devons la belle histoire, ajoute, avec des trémolos dans la voix : « Le seul changement, c’est qu’il est parti au petit trot ! ». 
Brave soldat, va ! 

(1) Ils étaient huit de Fleury, partis là haut, là où la géographie situe la fin de la Terre, afin d'acheter autant de chevaux pour les vignes (mars 1945)...