jeudi 19 février 2026

Ça TRAÎNE au clavier et dans le vécu... (6)

Sûr que ça traîne, mais avant de repartir aux Cabanes-de-Fleury, je me dois de revenir, manière d'honorer le vécu, sur la parole de nos disparus, non sans rappeler, plus inestimable qu'elle n'en a l'air, celle des vivants. Tous exhortent à poursuivre, tant les trépassés de la pêche sur le Golfe du Lion, que les témoins toujours présents. 

Considération en premier lieu à l'égard de Mlle Narbonne, des messieurs Carbonel, Sire, Vals et Bourjade, chroniqueurs, en 41, de l'activité liée aux poissons du littoral audois et plus particulièrement, en tout ce qui touche la rivière Aude (fleuve côtier), son embouchure et nos plages des Cabanes-de-Fleury à Saint-Pierre-la-Mer (revue Folklore). 

Village de cabanes de pêcheurs à l'Étang de l'Ayrolle (Gruissan, Aude) diapositive de 1978.  

Ensuite, figure François Marty pour tout ce qu'il a voulu partager de sa vie de pêcheur soucieux de nature... bien issu de Gruissan par sa famille de pêcheurs... bien que parlant pointu... Dans les voix qui continuent de nous parler, pas de Maître Bourjade, muet la seule fois où je l'ai approché, la fois où, faisant irruption, j'interrompis une discussion entre habitués devant les machines et courroies des tours de Sébastien Comparetti, le mécanicien. 

Sur le mur de “ l'usine ”, jadis le local communautaire pour rusquer, teinter les filets, un trompe-l'œil avec, à droite, un touret ainsi que le filet de la pêche au globe (Les-Cabanes-de-Fleury). 

Par contre, celles des Vidal père et fils, pour cause de pêche au globe (et aussi dans une scène du Petit Baigneur, le film), restent audibles, elles, pour tout un public intéressé. 
Plus souriante est celle de Robert Boni (et de son épouse), à chaque salutation ; plus chaleureuse encore reste celle de Robert Vié, voisin si bienveillant et ouvert, m'invitant en barque sur la rivière ou l'Étang de l'Ayrolle ainsi qu'à ses pêches à la traîne depuis le sable de Pissevaches ou des Cabanes..

Yves Boni devant sa villa de Saint-Pierre-la-Mer. 

Enfin, demeurent les voix liées à ce chapitre de terroir, bien vivantes, elles, et c'est heureux, de Guy et Claude, copains d'enfance, de jeunesse et aussi celle d'Yves, Yves Boni, un homme libre, bon, franc, qui a bien voulu revivre pour moi des épisodes de sa vie de pêcheur du Golfe (1). C'était sous le figuier de sa villa à Saint-Pierre, un cadre charmant ouvert au bon temps de mer, d'une époque où la “ villa ”, d'un statut supérieur à la baraque, au cabanon, mais pas tape-à -l'œil du tout, d'une coquetterie modeste, des jours où Thérèse (2), son épouse, me servait l'apéritif dans la cuisinette. Pardon si, presque une larme à l'œil, j'en boumboume toujours d'émotion (hier j'ai voulu l'appeler mais le numéro n'est plus attribué... si quelque bienfaiteur pouvait me dépanner (3)... C'est qu'encore, en 2015, tout gardait le souvenir palpable de Saint-Pierre avant, avec la vigne vert-jaune de raisins blancs, son grillage troué aux lapins, sa grotte en haut, son puits d'eau saumâtre en bas, en lieu et place des Résidences Saint-Pierre et, de l'autre côté, des baraques souvent sur pilotis mais ici pour compenser la pente dont la belle parce que mystérieuse « ACOPOTANA », qui m'évoquait le Japon à un âge où partir a plus d'attraits que rester, avec un nom d'un exotisme proche vu qu'en languedocien « aco pot anar », se traduit par “ ça peut aller ” ; sinon, de modestes constructions en dur, aux toits de tuiles rouges... un quartier, presque un village à part, avec ses cyprès et pins d'Alep ou parasols... un paysage qui a surgi en moi, dans les couleurs, d'un tableau de Cézanne, et qui, pour ces raisons là, me sauta un jour, au visage...  

Long préambule mais ça ne traînera pas davantage au sujet de la pêche à la traîne, traïno ou calucho, entre Gruissan et Les-Cabanes... de Fleury est-il utile de préciser ?  

(1) Quinze articles sur « Partager le Voyage », taper dans la recherche : « Yves », pêcheur », « Golfe » et aussi « bastets » ou encore « bogue »... 

(2) c'est sa famille de Coursan, qui, l'été, installait son marabout sur la plage, devant les baraques et au milieu des campeurs. 

(3) en message privé sur carabene11@gmail.com ou facebook Fleury-d'Aude en Languedoc sinon Jean-François Dedieu encore fb.          


mercredi 18 février 2026

Aux Cabanes-de-Fleury, pêches au tramail et au trabac (5)

Suite au paragraphe de la pêche au globe, nous retrouvons Henri Bourjade lors de sa participation au numéro de la revue Folklore sur « La pêche sur le littoral audois ». 

« ...Armalhados. On désigne aussi ce filet sous le nom de tramail. En usage à Leucate de mars en août. Il est composé de trois nappes posées immédiatement l'une sur l'autre. Elles sont montées sur une ralingue commune. Les mailles sont de 13, 24 et 27 mm. Les entremailles sont bordées d'une lisière appelée sardon (Mlle NARBONNE). 

Sous le nom de “ piècos ” (ou “ piéços” ? JFD) M. BOURJADE décrit un filet analogue au tramail en usage aux Cabanes de Fleury : « La pièce est un filet rectangulaire de quelques mètres de hauteur, mais dont la longueur peut atteindre plusieurs centaines de mètres. Elle se compose de trois nappes superposées dont l'une, ou aumée à mailles d'environ 22 mm. est prise entre deux autres à mailles de 15 cm. entre lesquelles, le poisson passe facilement pour s'entortiller dans l'aumée. Il faut visiter la pièce chaque matin, car les crabes dévorent souvent le poisson prisonnier. La pièce se place de 3 à 800 m. du rivage, toujours parallèlement à lui. » 

Entrée “ tramail ” du Grand Larousse 1952.

Alors là ! faudrait un pescaire pour une explication supplémentaire ! Comment se prend le poisson ? Et les données du Grand Larousse, « tramail ou trémail » tant le texte que le dessin n'éclairent pas davantage : « Lorsque les poissons pénètrent à travers l'aumée, ils se débattent dans la flue qui forme la poche et les retient prisonniers »

Trabacou de la mar. Le trabacou de la mer est à peu près identique à celui de l'étang. On place ce filet au bord de la mer. La manche principale, la mèstro, est fixée vers la mer à un fèrre (ancre) relié par le tiro-vèni à cette manche; celui-ci est en communication avec le rivage par une corde que permet en cas de mauvais temps de ramener le filet au rivage. La paradière et les deux manches secondaires sont attachées par des cordes amarrées sur le rivage. Ce filet est utilisé de mars à juin. Il permet de capturer les lisses, les daurades, les raies, les rougets, les seiches. (VALS).  

Robert Vié en plein travail. 

Schéma approximatif du trabac à la mer... ajoutez flotteurs et plombs ainsi que lo ferre, l'ancre maintenant tendu l'engin de pêche... 

Robert travaillant, on dirait, à un trabac : accrochées à l'arrière, reconnaissables aux cerceaux de plastique (jadis de bois), les pantanes sont visibles... d'après François Marty, il faut au moins trois jours pour finir un tel piège.  

M. BOURJADE décrit ce même filet sous le nom de trabac, tel qu'il est en usage aux Cabanes de Fleury : le trabac se compose d'une nappe simple, longue d'une centaine de mètres; à une extrémité la poche vaste verveux muni de deux ailes. Il est placé perpendiculairement à la plage de mars à juin ; du côté du large la poche est fixée à un grapin, le tout est tendu de la rive; l'extrémité de la nappe doit toucher le solide façon à interdire le passage de ce côté. Le poisson qui longe la rive, en particulier la daurade, effrayé par le filet, se détourne parallèlement à lui et va se précipiter dans la poche, guidé en cela entre la nappe et l'une des d'eux ailes. Il faut visiter la poche chaque matin. (à suivre)