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mardi 27 janvier 2026

Son ENFANCE l'appelle...

Il songe. Non, pas dans son gîte, non, au dehors, un dehors qui lui rappelle ce qu'il a été, un dehors qui, en miroir, lui montre aussi ce qu'il est devenu, du moins le ressenti de ce qu'il serait devenu. Le mois est presque passé et lui est là à attendre... À l'image du pauvre roi notant « Rien » à la date du 14 juillet 1789, lui n'a inscrit que « grippe » ; rien d'autre alors qu'il se morfond entre deux mondes, celui du plus rien au bout et le rien que ça a été pour y arriver. Après le mal physique, le mal moral et lui, en spectateur de lui-même, qui attend la suite comme il observerait le ciel pour anticiper le temps qu'il fera.  

Théodore GÉRICAULT (1791-1824) Le radeau de la Méduse 1818 Wikimedia Commons Domaine Public Musée du Louvre
    

Il songe : tout-rien. blanc-noir, vie-mort, yin-yang, esprit-matière, matière-antimatière. Sinon, le questionnement : avoir plus ? avoir moins ? En qualité ? en quantité ? Chaque être laisse-t-il ou non une trace ? Le chemin ne serait-il qu'en boucle, là où tout commence et où tout finit ? Ajoutant à son irrésolution, au désarroi qui l'entreprend, Machado et Valéry semblent se moquer gentiment. La philosophie, dans son sens populaire, le seul qui lui soit digeste, représente cette problématique agaçante, remettant trop en question les certitudes, piliers de l'existence qu'il pensait indiscutables, aux fondations pourtant moins sûres à la réflexion... Pour s'être cru sur un vaisseau sûr, il dérive avec un radeau de bois flotté (celui de « La Méduse » lui en dit tant sur le désastre français, version Napoléon... ), sans garantie aucune de retoucher terre un jour. 

Serpent qui se mord la queue. Quête du premier maillon, celui d'où part le chaînage vicieux... Où caser l'étonnant « D'où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? » d'un Paul Gauguin donnant voix à son autoportrait ? Ou alors se taire, passer sans la prétention de faire vague... et puis, le filon est tari ; au trop-plein sinon au vide du cerveau ne répond qu'une bouche sèche, branchie s'ouvrant en vain dans son agonie muette. 

Bref, pour n'en voir que la conséquence la plus sensible, la perte d'appétit tant physique que psychique, le repli dans le mutisme, l'anonymat, l'effacement dans une masse qui, de toute façon, passe et sera vite renouvelée, c'est si court une vie. Finalement, l'acceptation de n'être rien aussi valable que celle d'être quelque chose voire tout comme dit chez Montaigne et plus tard Michelet. 

La cause ? l'âge avant tout, celui de se situer en dessous de l'espérance de vie en bonne santé. Comme beaucoup, de ces maladies phares causes de mortalité, le cancer, il a subi, aussi, la “ tomie ” d'un organe, alors il se demande pourquoi il est encore là, contrairement à beaucoup. Même la grippe peut s'avérer fatale. Il y a deux jours, il pensait fort à Élian, le copain vaincu à force par le crabe après une lutte de plus de dix ans, mort d'un mois déjà. Il y pensait fort et se sentant injuste envers tous les autres, pris par le passé aussi injustement, il s'est efforcé de réviser encore les prénoms sensibles des filles et garçons partis trop tôt. (à suivre). 



vendredi 19 décembre 2025

« Qui trop EMBRASSE, mal ÉTREINT. »

Ce matin, pas commode pour avoir ses humeurs, la muse a voulu me fourvoyer dans le peu qu'elle a trouvé à inspirer, un « Qui trop embrasse, mal étreint » ; elle m'a rabattu sur Michel de Montaigne, qui, un siècle après l'expression, écrira 

« Nous embrassons tout, mais nous n'estreignons que du vent » 

Anciennes écoles, église Saint-Martin. Fleury-d'Aude, décembre 2023.

Un avis pour le moins absolu de la part du pourfendeur de dogmatismes qu'il fut. L'inspiration se ressent de l'incitation à ne pas rompre un certain équilibre. En la remerciant pour sa suggestion à modérer, à contre-alléger, en bon migrateur que je suis, depuis mon hivernage,  “ embrassant trop Mayotte ”, je me retourne vers le nid à retrouver au printemps car s'il y en a un que je continue d'embrasser comme si nous devions mourir demain, à pleins bras vu que le mot n'en fait pas mystère, c'est papa avec tous les mots de ses lettres ensuite messages qui nous restent, restés vivants. 

Mayotte, Océan Indien - Fleury-d'Aude, Languedoc, la séparation en partage n'a pas que du négatif. Par contre, celles qui sont définitives portent une douleur bien plus profonde. Hier encore, à l'occasion d'un très beau reportage sur le safran grec, une dame d'Anafi (une quarantaine de km2 à une vingtaine de kilomètres à l'est de Théra Santorin), île à safran et par le passé à perdrix et... déportés, revenue tenir un restaurant d'été, n'a pas manqué de communiquer sur l'émigration massive vers Athènes et surtout l'Australie. Émigration pour survivre, continuer à vivre... Accompagnant ces pensées, indulgente, la muse me souffle « America, America », Elia Kazan (1909-2003) (1). Encore un Grec, turc de naissance, qui deviendra Américain, aux prises avec la domination ottomane dans sa volonté de faire du pays une terre pure. Et parce que l'émigration méditerranéenne me touche plus naturellement, dans « L'enfant multiple », d'Andrée Chedid (1989), dans un Liban dévasté, l'enfant au bras emporté par une bombe, fait ses adieux au grand-père 

«...Je te quitte, dit l'enfant retenant ses larmes. 
—  Tu m'emportes, dit le vieux. » 

Alors, que valent, mon absence passagère, notre séjour de trois ans au Brésil comparés à l'exil définitif des Grecs d'Anatolie bien que plus chanceux que les Arméniens, à ceux des Cyclades, à l'enfant Libanais, ou encore, dans une tonalité autre, au sentiment de Diego arrivé d'Andalousie, déclarant plus qu'il ne pensait « Tu crois que je peux ressentir quelque chose pour une terre qui n'a pas voulu me nourrir ? » 

Fleury-d'Aude, décembre 2023. 

Oh ! la muse ! Tu me compliques la vie ! ton « qui trop embrasse mal étreint » m'embarrasse. S'embrasser, c'est se prendre dans les bras... À chaque départ, j'embrasse mon père bien fort et je l'étreins du mieux possible dans l'espoir de se revoir, c'est tout ce que je sais, c'est tout ce que je fais... Merci quand même de m'apprendre, de la part de Montaigne, une conscience connue de moi seulement chez Jules Michelet :
« Chaque homme porte la forme entière de l'humaine condition ». 

(1) représentant d'une race humaine dans ce qu'elle a de bon et de mauvais...