jeudi 13 août 2020

QUAND L'HOMME PESAIT PEU SUR LA RESSOURCE / GOLFE DU LION, les laboureurs de la mer.

Dans "Les Hommes et le Littoral autour  du Golfe du Lion, XVIe -XVIIIe siècle", Gilbert Larguier complète ses données avec un détail du livre de J. Guiffan sur Bages (1) nous donnant une idée de la ressource en poissons sur notre côte languedocienne vers 1675 : neuf tonnes de prises en quatre jours ainsi que l'a noté le curé sur le registre paroissial ! Certes une pêche exceptionnelle mais laissant entendre que le littoral et les lagunes sont poissonneux. 

Professeur d'Histoire moderne, Gilbert Larguier consacre une trentaine de pages à la pêche "Pêche, environnement et société littorale autour du Golfe du Lion au XVIIIe siècle" (2). Concernant notre propos, retenons ce qui touche à la pêche à la traîne depuis le rivage. 
Appartenant au groupe des sennes, ce filet appelé "boulier" ou "boulieg" sinon "bouliège" et, plus proche de nous, "trahine", "traîne", est muni de flotteurs en surface et lesté pour reposer sur le fond. Le nombre de mailles (de cordes de 109,728 mètres) le caractérise. Ainsi, parmi les grandes, une traîne d'été utilisée à Saint-Pierre-la-Mer pouvait atteindre douze mailles soit plus de 1300 mètres. En hiver, le petit boulier servait à la fois en mer et dans les étangs. 

Gilbert Larguier précise :
"... À Pérignan, à proximité des bouches de l’Aude, l’année se partageait en trois saisons : de Toussaint à Pâques, lorsque la mer était formée, on pêchait avec le boulier d’hiver à proximité des graus et de l’embouchure des rivières. De Pâques à Notre-Dame d’août on allait devant la mer avec le grand boulier. On se repliait ensuite jusqu’à la Toussaint dans l’étang avec le gatte au sec (3). Ce dernier filet ne s’utilisait qu’aux mois de mars, avril et mai à Gruissan et à Bages, de carême à la Saint-Michel à Leucate..."

Carte de Cassini / début XIXe siècle.


Pour aller plus loin sur la côte Narbonnaise et les graus des étangs, un site de qualité exceptionnelle 
http://maclape.com/rubriques/etangs/graus.html 

(1) Jean Guiffan, Histoire de Bages et de ses habitants, Bages, Éd. Élysiques, 2007, p. 31. 
(2) https://books.openedition.org/pupvd/5358?lang=fr
Les Hommes et le Littoral autour  du Golfe du Lion, XVIe -XVIIIe siècle, Gilbert Larguier 2012 PUPerpignan. 
(3) en mer ou en étang : aux mailles plus serrées. 


lundi 10 août 2020

Radieuse elle fut, des poissons bleus de l'été, notre Méditerranée !

Nostalgie puissance deux ! Souvenirs de la pêche à la traîne si loin de la pensée que notre Méditerranée radieuse des poissons bleus de l'été puisse devenir ce qu'elle est devenue, une des mers sinon la mer la plus polluée du monde. Pointe de regret aussi en cette année covid alors que l'an passé, le dernier cours d'occitan marquait le début des vacances, la saison à la mer.   

« … Los premiers toristos, la modo das bans de mar, perde qué la sal conserva lo cambajo (les premiers touristes, la mode des bains de mer parce que le sel conserve le jambon). Après arriveron lous “gandards”, de types qu’arrivavon d’un pou de pertot en Franço, a partir dal mes de jun, dormission sur la sabla ???, se lavavon a la mar e ajudabon a la traina. (Ensuite arrivèrent les "vauriens", des types de partout en France, à partir du mois de juin, ils dormaient sur [mot que je n’ai pas saisi : le sable ? les oyats ?], se lavaient à la mer et aidaient à tirer le filet de la traîne). Avion una partida de peis. Lou peis lo manjavon e ne vendion per quatre sous per crompar de tabac et de vin. ( Ils gagnaient leur part de poissons, en mangeaient, en revendaient pour s’acheter du tabac et du vin). Se venion ero mai per tastar lo vin dal miéjour… hurosoment fasio nou quand avio una bona annada e ne podios ne beure dos litros, per tirar la traina i a vio pas de problema… (S’ils venaient c’était plus pour le vin du midi… heureusement il ne titrait alors que neuf degrés les bonnes années et ils pouvaient en boire deux litres, pas de problème pour tirer la traîne). » Guy Sié 2019. 

2017

"Lundi 28 juillet 2014. Hier dimanche, alors que je viens de me baigner vers 10 h30 -11 heures, je vois qu'une vingtaine de personnes sont occupées à... tirer la traîne, la "trahino" comme l'appelaient nos pêcheurs du coin en désignant ainsi la grande senne, immense filet de plus de cent mètres de long tiré de chaque côté par des cordes qui n'en finissent pas le long desquelles s'alignent une bonne dizaine de vaillants - et vaillantes - équipiers qui remontent doucement, les uns à main nue, les autres équipés du harnais traditionnel, une large ceinture dorsale permettant de tirer un lien enroulé sur la corde sur plusieurs tours grâce au carré de liège fixé au bout. Le filet se rapproche lentement. Le maître pêcheur guide la manœuvre depuis son esquif sur l'eau.
Cela m'a rappelé cet été de 1934. Je venais d'obtenir le 16 juin, à Coursan, notre chef-lieu de canton, mon Certificat d'Etudes Primaires, raison de plus pour apprécier plus encore la baraque de toile sur le sable que nous étrennions cette année là, spacieuse pour l'époque, jaune et blanche, doublée d'une véranda à bâche verte sur le devant. Le docteur Carrière avait conseillé la mer pour ma jeune sœur. Nous avions comme "invités", tous les deux jours, deux pêcheurs de Gruissan qui possédaient justement une grande "traîne", un de ces longs filets imposants et interminables que je viens d'évoquer." François Dedieu 2014. 

La pêche miraculeuse.