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vendredi 2 janvier 2026

Veillée du 31 sur la Terre... (2)

 — Ils prennent en retour pour ce qu'ils ont donné, souvent une journée à bouger, à aider... 

— Oui, mais à ce niveau, un plein conteneur de boissons ! J'étais à côté et mon collègue au téléphone a répété sa commande : un conteneur de boissons ! Plutôt inviter au resto ou un traiteur à la maison, un DJ et au moins danser, chahuter, faire la fête sans se coltiner les nettoyage et rangement après... 

— Oui mais pour la famille proche, faut rester solidaires, faut pas couper la chaîne, tu verras bien avec tes enfants et ce qu'ils veulent faire... Si tu coupes tout, faudra pas te plaindre, un jour, de te retrouver seul... » 

Les jus de fruits, les bouteilles pétillantes passent de main en main. Pour le col cravaté, c'est plus pudique. Sinon on plonge la carafe dans un bidon alimentaire à ras bord. Brochettes de rognons, de bœuf, bananes frites, les premières presque, un an après le cyclone. 

Vastes demeures, voitures stationnées envahissantes, parabole à moitié plantée en terre avec son câble, son relais, manière de ne pas oublier Chido ; une pelle de maçon pour mettre les braises sous les grills d'ailes alignées. Il y a même un gros poisson rappelant la baie en bas, le lagon tout autour. À l'heure des nems et samoussas, toujours le même, sympa en diable, de ceux qui provoquent mais gentiment à faire rire l'assemblée, qui attise la discussion, à mettre une belle ambiance ; heureusement, tant d'autres témoins restent discrets et muets. 

« Ah non ! c'est trop profond et trop dur les trous pour les bananiers, cinq au maximum, je lui ai dit au père de ne plus prévoir davantage... 

— Trop dur ? alors que tu n'as pas eu à défricher ! réagit la sœur aînée qui au champ, donne de sa personne et, du coup, joue à la mouche du coche.   

— Non mais, un champ de cent mètres de long, c'est trop ! Moi cinq, pas plus, que ça démolit ! il roule d'une épaule pour mieux se faire plaindre et comprendre. Cinq et je me contenterai de faire le tour, manière de déterrer du manioc, de trouver une paire d'ananas oubliés... Et puis plus là haut : à trois cents mètres de ma maison, dans la presqu'île, le terrain de maman ne sert pas, il est toujours à nous non ? c'est là que je planterai mes cinq bananiers... 

Dès 12 ans, afin d'éviter la promiscuité avec les filles, les garçons quittent la case familiale et se construisent des bangas de torchis et de palmes, petites cabanes où dormir, décorées, personnalisées, formant parfois tout un quartier de célibataires, encore dans les années 90.  

Condition des couples au boulot la semaine : pas facile de sacrifier un dimanche matin et son après-midi à devoir récupérer, ce que confirme sa compagne à mi-voix. Les temps ont changé du tout au tout depuis les décennies obligatoirement solidaires de quand ils n'avaient rien, que le riz, mets de luxe, restait réservé aux vendredis et aux fêtes, quand les jeunes devaient se dévouer, même de nuit, à courir toute l'île à cause d'un décès. Cela infléchit les mœurs et coutumes sur un temps plus court encore que celui qui a petit à petit enterré la vie d'avant en métropole. 

Belle, consistante, bien voyante, une étoile filante marque le ciel 

— Étrange avec la pleine lune, intervient un beau-frère sceptique... (Ah bon, en quel honneur la lune commanderait-elle aux étoiles filantes ? n'en a-t-elle déjà pas assez avec les marées ? Plus Mahorais que Vazaha, je n'en pense pas moins).

Près du feu pourvoyeur de braises, le voisin explique comment l'allumer à la préhistorique : c'est du bambou qu'il faut prendre, ménager un trou dans une latte, jouer à travers ce trou d'une tige comme d'un archet. Et ça marche ! Plausible, la plante, l'herbe étant réputée riche en silice... La technique vient d'Afrique... ici, celle du bâton dur reste bien plus difficile à mettre en œuvre. 
Vrillés par les vents fous, les bouquets de bambous ont souffert du cyclone. Mais ça repousse. (à suivre)