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mercredi 17 juin 2026

Yves BONI par Yves BONI (1932-2026) (1)

Je n'y étais pas pour cet au-revoir à Yves, pêcheur du Golfe mais le jour de son dernier trajet parmi nous, entre église et cimetière, sa famille a tenu à offrir onze pages agrafées, un résumé de sa vie écrit par lui-même en 2024. Une amie a eu la gentille attention de m'en réserver un exemplaire... un vrai fascicule de traitement de texte agrémenté de photos de barques en bord de mer ou aux Cabanes, de la pêche au globe, de l'Aude à l'estuaire ensablé, du rugby, d'Yves bien sûr cette fois sur la plage en compagnie du grand-père de Josette. 

Page 1 : 

Yves Boni jeune. Collection Josette Saborit-Dolques. Merci... le monsieur spectateur est son grand-père ; on croit reconnaître au fond, le rocher de Saint-Pierre...


Page 2 : 

« 13 ans : 
A l'âge de mes 13 ans dans les années 1944, je ne voulais plus aller à l'école et là, mon père m'a dit « Bon et bien on va voir ». Il a eu un entretien avec un cousin éloigné, Monsieur jean Lignières dit Garibaldi, un personnage très bavard et très populaire dans le village. Si vous demandez Monsieur Lignières, ils ne le connaissaient pas du tout, mais Garibaldi, oui. 
Les premiers jours on est allé pêcher à la traîne, on a placé le filet à 800 ou 900 m de la côte, et je devais apporter les mailles de 100 m de longueur. (Ce sont des cordages en chanvre qui devaient peser au moins une trentaine de kilos). Je devais le faire du soir au matin sur une distance de 450 m. Comme j'étais costaud je prenais deux cordages. En fin de matinée, les bras commençaient à s'allonger et la fatigue à s'accumuler. Le soir on commence vers les sept heures et le travail dépendait de la distance à laquelle il fallait placer les filets. Ça pouvait être 1 km ou 900 m mais en principe c'était un nombre impair. le patron était superstitieux et tous les jours étaient très longs.

14 ans : 
Pour mes 14 ans, je participe à remettre le filet dans l'embarcation, un petit grade de plus pour l'année et il me fallait toujours apporter les cordages sur la même distance. Il arrivait parfois que je ne dorme qu'une heure et il fallait recommencer la journée. Une journée du soir au matin avec une coupure d'une heure de sommeil et bis repetita pour toute la campagne de pêche. 

Il fallait à peu près, chaque heure ou deux heures, pouvoir relever le filet selon la pêche. Toute la journée et toute la nuit. Avec mon age, on arrive à dormir une à deux heures dans la nuit. Pour ne pas dormir, on avait un feu allumé tout le temps où l'on reste là, cela pouvait varier deux ou trois jours ; et le samedi il fallait redescendre aux cabanes pour tendre le globe le dimanche. 

Surtout pour ne pas dormir je buvais beaucoup de café et comme le feu était allumé nuit et jour, je faisais cuire du poisson sur les braises, des anguilles, plies, mulet, loup. Si je voulais manger, il fallait que je me fasse la cuisine parce que le patron ne mangeait pas, il fumait un paquet de tabac et un paquet de cigarettes par nuit. » (à suivre)   

En tant que passeur aussi de mémoire tenant à prolonger cet hommage, merci encore, merci d'abord à cette personne de sa famille, si touchée par cette perte au point de se dévouer jusqu'à partager, photocopier, agrafer au mieux ce précieux témoignage. Et merci à Josette pour son amicale attention...