Affichage des articles dont le libellé est abattoir. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est abattoir. Afficher tous les articles

dimanche 24 mai 2026

La Velka Pardubicka, lexique (21)

On voudrait clore même s'il y a tant à dire encore sur les chevaux, sauf que la télé semble s'être liguée pour encore un mot, oh ! Arte (non, pas une chaîne intellectuelle, certes un peu “ gauche caviar ”, mais ne donnant jamais dans une superficialité “ people ” médiocre à la “ Hanouna ” ...), à savoir, un reportage terrible sur ce qui est demandé aux chevaux de course serait-ce le sacrifice ultime... pas de quoi être fiers ! En parler ou non ? j'en suis mal à l'aise... et agaçant, je sais, de paraître jamais content mais, c'est plus fort que moi, même dans les films je supporte mal ces chevaux censés courir jusqu'à l'épuisement ou que le cow-boy achève d'un coup de revolver...   

Ici, il s'agit de la Velka Pardubicka, oui, la course, la grande de Pardubice en Tchéquie, son nom le dit, mais une grandeur qui concerne et devrait accabler les humains autant qu'ils sont. 

Velká_pardubická_steeplechase,_překážka_4_-_Velký_Taxisův_příkop,_2023 est-ce le fameux obstacle 2024 under the Creative Commons CC0 1.0 Universal Public Domain Dedication. Author Jan Konecny

Cette course datant de 1874 est la plus dure du monde hippique ; déjà sa longueur, 6900 mètres et avant tout sa tranchée Thurn and Taxis, interdite de saut à l'entraînement et dans les autres courses, une haie de 1,50 m. de haut aussitôt suivie d'un fossé large de 4 m., profond de 2 (ce n'est qu'en 1994 que cette profondeur a été réduite à 1 mètre... une faveur à ajouter au fait que l'obstacle est dans les premiers, pas quand les montures sont fatiguées... drôles d'égards ! ). 24 chevaux y sont morts... l'article, pudique aussi sur les jockeys qu'on voit tomber, ne parle pas de ceux qu'on achève, pas à deux jambes... comme une analogie avec la corrida... de Cabrel, quitte à se faire délateur...   

On nous présente Sakaniro, pur-sang de douze ans qui gagna la course en 2023, l'année qui compta le dernier mort. La course étant dotée de 160.000 euros, la prime au vainqueur atteint 80.000 €... bruts (1), il faut enlever les 2.000 de l'achat à l'âge de trois ans, les 2.600 de frais d'engagement et beaucoup plus pour les frais de véto, de kinés pouvant s'élever à deux milliers tous les mois... 

Velká_Pardubická 2025 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Author Zdenda943

On nous présente Kuval, 8 ans, encore un cheval tchèque qui finit 6ème en 2025 (c'est un Irlandais qui a gagné) ; son patron, toute son équipe exultent, surtout parce que le cheval a passé la ligne indemne. Sakaniro, lui, empêché en 2024 par une tendinite est encore forfait pour cause d'élongation de tendon... il boîte, il en a pour six semaines à trois mois d'après le vétérinaire. Les supporters du village ne mettront pas chapeaux, chemises et tee-shirts aux couleurs du champion, investis à perte... Ouf, tant pis pour eux, ce soutien contestable, cet entrain incongru... Ce steeple-chase a causé la perte de soixante chevaux, une belle moyenne globalement, sur 135 éditions ! Que cet “ amour ” des chevaux sonne faux ! Ouf ! nous voici soulagés !  

À côté de ces propriétaires interviewés, intéressés puis poussés à l'extrême dans cette logique d'investissement jusqu'au dopage du cheval ou du jockey, (un travers en cohérence avec cette chasse au profit, addiction à l'argent), un placement devant produire malgré les risques qu'ils font courir à un animal qu'ils disent aimer... jusqu'à obtenir quelque chose avec l'abattoir au bout... Extravagante façon d'aimer ! Que cela sonne faux ! Heureusement, il y a ceux d'un amour vrai, sans bruit, qui ne veut pas des paillettes d'or du succès, un sentiment qui n'accepte pas l'élimination de ce qui ne serait qu'une donnée de production. Ils sont ceux des refuges de chevaux retraités pour cause d'âge, de blessure, de problèmes locomoteurs, sinon comportementaux, difficiles souvent pour être passés par de mauvaises mains. 

Alors ? Arte et sa neutralité affichée (ce n'est pas “ toujours ” le cas), bien accueillie dans les deux camps en cohabitation autour des haras, écuries stalles et enclos de récupération, dans une attitude nous laissant prolonger. De ma part, un seul bémol, deux points de moins à l'encre rouge (c'est l'enseignant qui parle), pour les répétitions de « Pardubiché », un “ ch ” déplacé de Slave du Sud au lieu de “ Pardubitsé ” (2), le « c, “ tsé ” » des Slaves centraux...      

Haro sinon sur les dames à chapeaux, bourgeoises à jalouser les aristos, au prétexte d'un spectacle équin, bien pathétiques d'une minorité à part dont il faut se méfier depuis qu'elle a détourné 1789 à son profit... Une caste qui coexiste avec la piétaille des turfistes... et dire qu'une seule fois, j'ai rêvé des chiffres, 5, 3, 1, la seule fois où, père d'une petite famille jonglant avec les fins de mois, circonstance atténuante, j'aurais dû oser passer la porte du P.M.U... 

Morale de l'Histoire serait-elle bancale... Quoi d'autre entre le système inégalitaire capitalistique et le collectivisme parasitaire ? Et plutôt que de se triturer en vain les méninges pour la branche que nous nous scions, méditons, tels l'amie ménageant le bien-être de ses chevaux retraités, que comme nous, ils mettent du poil blanc...   

(1) rapprochement avec les candidats à la “ qualif ” du Roland Garros 2026 qui, pour le peu que j'en dis, rapporte dans les 90.000 euros au perdant du premier tour... 

(2) mon grand-père Jan (1898-1980), né là-bas, à Pardubice, n'a jamais eu un mot sur cette course... je l'en remercie...  


samedi 27 juillet 2019

LE TEMPS NOUS A-T-IL POSÉ UN LAPIN ? (fin) / passé, nature et guerre / Maurice Genevoix. .

Avec Maurice Genevoix,  loin de tout académisme, le talent se fait scalpel pour livrer une réalité à vif, celle d'une guerre "Grande" surtout à cause de l'horreur dont les hommes sont capables, celle d'une nature dans laquelle il faudrait se faire oublier plutôt que de tout vouloir régenter. 
Homme de conviction, Genevoix reste un auteur d'une grande modernité. "Tendre bestiaire", pourtant de 1969, en témoigne. Avant l'ablette et le castor, ne débute-t-il pas par l'abattoir, avec le sang de la vache puis l'abattoir qui le hante, celui des hommes qui meurent au combat ?

Fleury-d'Aude / aux limites du village, l'abattoir de Soldeville, un des deux bouchers du village.

"J'en demande bien pardon. Si ces pages luminaires sont dures, elles étaient nécessaires. Elle éclairent, en lueur contrastée, tout ce livre, tout ce "tendre" bestiaire vivant." M. G. 

Wikimedia Commons. Maurice Genevoix. Portrait. Auteur et autorisation Anne Tassin. Photo Jacques Tassin. 
Page 49 : "... J'ai connu l'âge d'or du lapin. C'est au garenne que je pense, on l'entend bien. 

Page 52 : "... L'air était doux, presque immobile [...] On se croisait, on se saluait, on faisait claquer ses oreilles, on se frottait le bout du nez [...] 
Depuis, il s'est trouvé un "Monsieur" qu'irritaient les "dégâts des lapins". C'était un savant. Il a écrit à un autre savant, expert en microbiologie, spécialiste en ultra-virus. Un tout petit paquet est arrivé par la poste, et les lapins sauvages ont eu la myxomatose. 

Page 53 : C'est une épouvantable maladie, qui fait flamber et enfler la tête de ses victimes, leur tire les yeux hors des orbites [...]
Il m'est arrivé encore, en Sologne, d'avoir devant les yeux, par un beau soir, à la lisière d'une pinède et sur une lande fleurie de bruyères, le spectacle d'une ville de garennes sortie de ses terriers, sous le ciel. Tordus, contraints, perclus de tous leurs membres, de tous leurs reins,les lapins se traînaient, allaient au devant les uns des autres comme pour se prendre mutuellement à témoin, en appeler de leur souffrance, et peut-être implorer, des uns aux autres, un secours qui ne viendrait pas. 
Et soudain, l'un ou l'autre, il y en avait un qui hurlait. un cri perçant, vrillant, prolongé, qui venait du fond des entrailles. Cela, je l'avais entendu, au soir tombant, sur des champs de bataille meurtriers. Qu'un blessé vienne à crier ainsi, un autre crie, et bientôt, tous les autres. Et ces cris, mutuellement, s'exacerbent, tendent vers un paroxysme que l'on peut bien dire infernal, et que l'oreille ne peut plus supporter. 
La nuit tombait sur le bois, sur la lande. Je ne voyais plus les garennes. Mais toute la plaine continuait de crier." 

Oryctolagus cuniculus (European_rabbit) Wikimedia Commons Auteur Bj.schoenmakers.