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vendredi 18 septembre 2026

PAGNOL, du théâtre au cinéma, la vie des gens toujours...

Épisode 5 de la série d'Ariane Ascaride, cet été, sur Marcel Pagnol : 

Marcel Pagnol vers 1931 Domaine public Auteur anonyme

Étoffant son riche bagage, Pagnol va passer du théâtre au cinéma plus accessible en dehors des villes. Suite, en 1930, à la rencontre de Pierre Blanchar (1892-1963) (1) qui, à Londres, a vu quelque chose d'admirable, d'extraordinaire, un film parlant, d'une heure et demie, Broadway Melody. 

Pierre Blanchar 1936 domaine Public Auteur RamblerBiondo at the Italian Wikipedia project.

Dès le lendemain, à Londres, Pagnol voit le film et y revient pour deux autres séances. Au retour, il est d'avis que l'industrie du cinéma va complètement mettre à bas le théâtre, ses salles, ses meilleurs comédiens. Créateur de films, dans le but de court-circuiter les intermédiaires, Pagnol fonde sa propre société dès 1932. 

Suite au succès de sa Trilogie Marseillaise, de sa collaboration avec Jean Giono viendront Jofroi (1933), Angèle (1934, d'après « Un de Baumugnes », Regain (1937, d'après le roman éponyme de Giono), La Femme du Boulanger (1938, d'après un épisode de « Jean le Bleu », toujours de Giono. 

Fernandel et Raimu dans Les Rois Du Sport-1937-GrayFilms Domaine public Permission Travail collectif, photographie datant de plus de 70 ans.

Ce sont aussi les débuts de Fernandel (1903-1971) avec Pagnol. Le statut de l'enfant naturel, de la fille-mère, de l'honneur perdu des femmes pour la famille, et des hommes qui les abusent reste récurrent chez Pagnol. 

Henri Poupon-1940 Domaine public Permission Anonyme ou travail collectif, photo de plus de 70 ans.

« ... Cet enfant, je le veux pas, il est pas de chez nous... Si tu l'avais fait comme on doit le faire, ce serait été pour cette maison le plus beau cadeau du bon Dieu. De la façon que tu la fais c'est ???, c'est notre malheur qu'il respire. C'est une honte qu'il bouge, qu'il crie... Maintenant tu es revenue, toute maigre, toute sale, tant pis pour toi, tu l'as voulu... » Clarius Barbaroux (Henri Poupon), enferme sa fille et le bébé dans sa cave. Orane Demazis (1894-1991) joue Angèle, la fille perdue, Fernandel, Saturnin, le brave valet venu la persuader de rentrer à la maison ; Jean Servais (1912-1976) est Albin, l'amoureux d'Angèle mais qui s'est fait damer le pion par Louis, (Andrex, 1907-1989), le beau parleur en réalité proxénète qui l'a vite mise au tapin à Marseille ; enfin André Belmont (1883-1955), le vieux journalier, finalement embauché à la moisson mais en réalité, venu pour son copain Albin, chercher ce que devenait Angèle. 

Je sais, tout ça c'est sur Wikipedia, et mieux cadré et exprimé encore, mais, que voulez-vous, rapport à Marcel Pagnol, à son cinéma avec des acteurs employés à l'année sur fond d'amitié, en remerciement aussi à Ariane Ascaride, porté par le surplus d'émotion due à l'extrait si beau du retour (on n'ose parler d'accueil) d'Angèle, en prime, la sublime musique de Vincent Scotto (1874-1952) ! il fallait que je me raconte, une fois de plus, le film... 

En 1935, Merlusse et Cigalon, films de Pagnol, voient se poursuivre la collaboration avec l'acteur Henri Poupon (1888-1953). (à suivre)

(1) curieux, dans ces circonstances, qu'il n'ait jamais tourné, apparemment, pour Pagnol...  

vendredi 4 septembre 2026

Avec PAGNOL, c'était pour se CONSOLER du CORONAVIRUS (3 et fin)

C'était en 2020, et comme de temps à autre, un film, une série télé ou encore les épisodes à la radio, en la circonstance, ceux d'Ariane Ascaride racontant Pagnol en ce mois d'août 2026 sur France Inter, recolorisent tant d'images et de mots légués par ce grand auteur mondialement connu, osant garder le projecteur tourné sur Marseille, la Provence, le Midi, le pourtour méditerranéen sinon le Sud, modestement à ma place (ne prêtez pas attention aux jaloux qui prétendent que les méridionaux en font toujours trop), seulement sur les pas de l'auteur de théâtre, cinéaste, écrivain, et parce qu'il faut cultiver le doute et toujours tenter de corriger nos imperfections et plus encore, je me dois de reprendre et de compléter le tableau en deux volets  du temps du coronavirus (1) 

Sinon, vraiment cousins, et plus encore avec nous de la Clape, la géographie en atteste. Qué la géographie ? Faut pas quicher quand même ! Mais si, la Clape reste un témoin émergé d'une chaîne pyrénéo-provençale dont une partie des plis effondrés se trouve au fond du Golfe du Lion. Il n'en subsiste que les extrémités, la Clape dans l'Aude et les chaînes de l'Estaque et de l'Étoile, au-dessus de Marseille, au pays de Marcel, Lili, Paul, Augustine, Joseph, tante Rose, l'oncle Jules... Ugolin, Manon, le Papet, Pamphile et Amélie aux gros nénés... 

Et j'ose même aller plus loin pour une passerelle entre le Garlaban de la Chaîne de l'Étoile et dans les Corbières notre Pech de Bugarach... 

« Et en quel honneur ? » me direz-vous... 

— É bé, Garlaban, pardon, faut pas dire “ le ”, a aussi un pli couché lui donnant un air de montagne inversée, ce qui est officiellement reconnu pour notre Pech de Bugarach... et je vous fais remarquer que je ne suis pas allé jusqu'à vous parler de montagne couronnée « de chèvres, au temps des derniers chevriers... » comme l'a si bucoliquement transcrit Marcel Pagnol lui-même, pour la bonne raison que quand je suis passé dans les années 80, en famille, le village comptait encore nombre de bergeries, aux vantaux supérieurs de portes bien ouverts sur divers bêlements, que même, j'en donnerais pas ma main à couper, il me semble que nous y avons acheté du fromage... 
Et j'allais oublier, les Corbières c'est Cucugnan aussi à propos du fameux sermon du curé Martin, abordé, repris par Pagnol dans ces années 50 notamment dans les trois Lettres de mon Moulin filmées en 1954, un curé et son sermon qui finalement ne figureront pas dans le montage mais qui reviendront néanmoins par le biais d'un téléfilm en 1968, toujours avec Fernandel me semble-t-il...  

1968. Le cousin Baptiste dans la plaine de Pamiers. 

  
Et plus loin encore, bien que ce dossier ne soit pas clos et parce que là c'est personnel, les Dedieu venant du département de l'Ariège, n'est-ce pas à Pamiers où nous avions le cousin Baptiste, que Pagnol fut répétiteur d'anglais ?     

Ticky Holgado (1944-2004) avec Jacques Villeret (pressenti un temps, après Coluche (2) pour le rôle d'Ugolin sans ignorer la performance d'acteur de Daniel Auteuil), ici, dans les secrets professionnels du docteur Apfelglück. Marcel Pagnol copiait Giono sans vergogne lui disant même qu'il ne pouvait pas s'en empêcher, que c'était plus fort que lui. Je suis aussi coupable de cette capture d'écran dérobée à Youtube... 

(1) cf articles « Marcel Pagnol pour se consoler du coronavirus » mars 2020. 

(2) Jacques Villeret (1951-2005), 53 ans, pressenti pour le rôle d'Ugolin s'est heurté au refus catégorique d'Yves Montand menaçant de ne pas jouer le papet si Villeret était pris ... certainement parce que Villeret lui aurait fait de l'ombre, trois ans auparavant, en 1983, dans le film « Garçon ». 

Note : toutes les photos sont issues de la bande annonce du film mais je ne demanderai rien pour la promotion faite ici... 


samedi 2 janvier 2021

TÉMOINS INDIRECTS DE LA TRANSHUMANCE ANDORRANE, LES AUTEURS DE L'ÉTUDE.

En attendant de trouver quelque chose sur "N. Vaquié"(1*), nous apprenons, Wikipedia aidant, qu'Urbain Gibert (1903-1989) (pour l'année de naissance, une autre source indiquant 1897 semble erronée puisqu'il évoque ses souvenirs d'enfant vers 1912 [voir ci-dessous]), né à Missègre et décédé à Lauraguel a participé à la revue Folklore de 1938 à 1982. Avec cet instituteur entre Corbières et Razès, on ne peut que louer la mission de nos pédagogues de terrain, leur quête du savoir et une volonté de transmettre, non seulement loin d'un dirigisme à la hussarde, mais encourageant au contraire les particularismes identitaires... Il est vrai, tout chauvinisme bu, que l'Aude, notre département, continue de stimuler superbement... Ci-joint, en annexe à notre sujet, la carte de l'élevage en 1970 par Roger Bels... encore un instituteur... Si l'espoir de revenir au pays m'avait été donné, je le serais resté... 
Courtauly wikimedia commons Auteur Tybo2

(1*) Noël Vaquié (1920-1973) né à Courtauly (canton de Chalabre, Aude), correspondant du Midi-Libre.  

Ce tandem d'auteurs, ces passeurs de mémoire ne le clament pas, pourtant ils sont issus de villages, Missègre et Courtauly, respectivement des Hautes Corbières Occidentales et du Quercorb, qui, certainement sur des siècles, ont vu passer les troupeaux dans les deux sens. Urbain Gibert en témoigne : 

"... Et pendant de longs jours, le troupeau avance. Nous le voyons dans nos souvenirs d'enfant (aux environs de 1912) arrivant dans ce village des Corbières : « L'Andorra arriba !... » crient les gosses et « Le troupeau coule son bruit d'eau, il coule à route pleine; de chaque côté il frotte contre les maisons et les murs des jardins » (Jean Giono -Le Grand troupeau). Les ménagères enlèvent précipitamment les quelques pots de basilic ou de géranium qui sont devant les portes, car les chèvres sont rapides et malfaisantes. Les villageois regardaient avec une certaine admiration ces belles bêtes rustiques, habituées à la vie en plein air dans le rude climat des monts pyrénéens (10. En Andorre, le troupeau parque et dort en plein air ; lorsque le berger estime que le pâturage sur lequel se trouve (sic) les bêtes est suffisamment « fumé » par celles-ci, il déplace son troupeau.), parcourant de longues distances en bravant les intempéries, et ils les comparaient mentalement avec leurs brebis aux pattes fragiles, car les pâturages sont peu éloignés des bergeries dans les Corbières, craignant le froid et la pluie. Les moutons, chez nous, ne doivent pas se mouiller, car « perdon le surge »..." (le surge = le suint).   

(sic) "... J'avais surpris mon cher surhomme en plein délit d'humanité : je sentis que je l'en aimais davantage..." Marcel Pagnol, La Gloire de mon Père, 1957... Restons bienveillants à l'égard des fautes d'orthographe... que celui qui n'a jamais fauté le pénalise de 4 points en moins... heureusement que ce barème 5 fautes = zéro n'a plus cours depuis longtemps... 

 

Milobre_de_Bouisse 878 m. wikimedia commons Author Anthospace.

"...  Quant à nous, les gamins, à travers ce mot à étranges consonnances : « L'Andorra », nous rêvions à je ne sais quel pays lointain et mystérieux, pays d'où venaient les montreurs d'ours qui, de temps à autre, passaient dans le village, et ces troupeaux et ces bergers si différents des nôtres, ces troupeaux qui nous paraissaient immenses et dont nous admirions surtout les magnifiques « marrans plan flocats » et bien encornés qui s'affrontaient de temps à autre en des combats singuliers. Quelques ordres brefs, sifflets, jappements, les chiens s'affairent. Voilà le troupeau parqué sur la place autour de la grande fontaine ; il se reposera et dormira là toute la nuit sous la simple garde des chiens. Les bergers, eux, sont allés à l'auberge. Le lendemain de bonne heure, ils sont partis en direction du plateau de Lacamp, laissant à l'aubergiste un agneau « fragile » qui ira s'incorporer à un troupeau du village..." 

Missègre wikimedia commons Author Jcb-caz-11

En hiver, en Andorre, pays de montagne, les troupeaux restaient-ils dans la neige ? Quant à la considération sur les moutons locaux, la comparaison avec les moutons voyageurs ne les avantage pas... (En tant que troisième maillon, puis-je dire en toute modestie, que lors d'une balade entre la gorge de l'Orbieu, la montée à Lairière et au plateau de Lacamp, ce sont des moutons noirs que nous avons croisés, une laine du plus bel effet dans ces Corbières vertes). Le passage de l'Andorre a marqué l'enfance d'Urbain qui, comme tous les gosses, ne pouvait que rêver d'un pays mystérieux avec ces grands troupeaux vigoureux, les montreurs d'ours (1)... La scène doit se passer à Missègre, son village natal, le départ, le lendemain, vers le plateau de Lacamp ne peut que confirmer. Wikimedia nous offre la photo de ce qui semble être "la place autour de la grande fontaine"... grâce au Geoportail, la vue a peut-être été prise vers le Sud, avec le ruisseau de Guinel à droite... A gauche, à 50 mètres à peine sans qu'on la voie, la présence touchante de l'école, signe de la résistance d'un pays qui ne veut pas mourir...  

(1) Pauvres ours des Pyrénées devenus un problème à moins que le problème ne soit les hommes... Jadis nombreux étaient-ils néanmoins mieux intégrés à la nature ? Aujourd'hui ne sont-ils pas devenus accapareurs au point de chambouler les règles d'un milieu uniquement à leur profit sans voir qu'à terme ce sera pour leur plus grande perte ?