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mercredi 8 janvier 2014

En attendant Noêl 2014...

Fleury d'Aude en Languedoc 

En attendant Noël 2014...

J’ai voulu me remettre en mémoire la manière dont la famille marquait les agapes de fin d’année, et même si, la fête des rois passée, on ne demande qu'à ménager son foie et son pancréas, voici ce que j’ai grappillé dans ces précieuses archives familiales transmises par papa, (il y en a autant pour le ventre que pour l'esprit) :

«... « liqueur du Père Kermann » que papé Jean se payait à l’époque pour la Noël, avec ses « pâtes Copé » ou « pastilles Salmon » contre la toux,… et bien sûr les bourriches d’huîtres commandées à Abel Besson, à La Tremblade, pour lui et tous les copains... »

«... « A santo Luço, un pas de puço, à Nadal, un pas de gal. » (A Sainte-Luce, un pas de puce, à Noël, un pas de coq (1)). Or maintenant pour sainte Lucie, le 13 décembre, les jours diminuent encore, puisque nous avons eu ce décalage de onze jours à l'époque. Mais les dictons ont la vie dure, et c'est très bien ainsi. »
« Qui per Nadal s’assolelha per Pascas s’estorrelha. » (Qui pour Noël profite du soleil, pour Pâques, se câline ou se sèche devant le feu).
« Quand Nadal es un diluns, pòdes faire lo badalhum. » (bâillement) (Quand Noël tombe un lund, tu peux baîller).
« A Nadal sul peiron, a Pascas sul tison. » (Noel au balcon, Pâques aux tisons).

De tante Céline / Fleury 30 décembre 1947
«Bien cher François,
Nous avons bien reçu en son temps ta lettre qui nous a fait bien plaisir, tu m’excuseras de ne pas avoir répondu plutôt, car malgré cela nous pensons souvent à toi.
Comment as-tu passé la fête de Noël ? Py a-t-il pu venir à Prague ? Sur ta prochaine lettre tu nous raconteras cela. Quant à nous, on a passé Noël du mieux qu’on a pu. Ce jour là j’ai invité les tiens à venir dîner et souper. Voici le menu, : une douzaine d’huîtres pour chacun, cassoulet, frites et canard rôti, noix, pommes, biscuit et pour arroser tout cela le mousseux que Norbert a fait. Ton oncle en le buvant disait que Lapeyre pouvait toujours courir avec le sien, ce qui nous faisait rire a tous et il me semble te voir sourire à ton tour en lisant ces lignes.

De tante Céline / Fleury 30 Janvier 1949
Cher François
Nous avons reçu en son temps ta carte avec tes souhaits pour la nouvelle année, et tous les jours il est question de t’écrire, puis la journée passe et on remet toujours au jour d’après. Aujourd’hui il n’en sera pas de même, et je viens bavarder un moment avec toi.
D’abord je tiens par cette lettre te souhaiter ainsi que ton oncle et Norbert une bonne et heureuse année, que cette nouvelle année nous conserve en bonne santé, beaucoup de joie et de bonheur ainsi que la réussite a tes licences, et que Pâques te ramène avec nous tous aussi nous allons nous débrouiller pour que les sarments soient terminés à cette époque-là ? Tu nous chine sur ta dernière lettre a ce sujet, ce qui fait rire mamé et en particulier ton oncle. (p. 2) Nous avons été tous grippés, en ce moment ça va beaucoup mieux. Je ne te parle pas des nouvelles de Fleury car je sais que Marcelle te tient au courant de tout ce qui se passe. Léonie de Gimat est morte il y a 8 jours.
La chasse est maintenant terminée, nos chasseurs sont au repos, mais ils se souviendront toujours de l’année 1948 qui leur a fait tuer une belle pièce, le sanglier. Tu aurais vu s’ils étaient heureux nos trois chasseurs ce jour-là, et en particulier Norbert, nous avions l’écurie pleine de monde pour voir cet animal….
Ton cousin aime bien la chasse aux canards, aussi de puis quelque temps nous avons des canards appelants dimanche dernier il est allé à Elne P-Orientales et lundi il arrivait bredouille, malgré cela nous les avons quand même goûtés, car pour Noël il avait eu la chance de tuer une femelle de colvert et quelques jours après une sarcelle, un (p. 3) héron cendré et un vanneau.
Chez Paule on a tué hier le deuxième porc, le premier pesait 180 K et celui d’hier 225 K. Quant à nous qui en avons un mais plus jeune, il se fait joli et doit peser dans les 150 K nous le saignerons le mois prochain d’ici là il fera quelques kilos de plus.

De mamé Ernestine 1949
Hier, jour de Noël, nous sommes allés dîner chez tante, ainsi que Jojo. Elle avait mis 1 poule et 2 canards et des hors d’œuvre. Il ne manquait que toi. Gros baisers. Le bonjour à...

Certainement de Tante Céline, janvier 1950
... Ton père a dit que du moment qu’on finissait l’année en fête il fallait la commencer en fête aussi. Ce qui fait que nous avons mangé tous en famille chez toi du mercredi au dimanche soir, je ne te donne pas de détails car je sais que ta mère et Marcelle t’ont écrit et sûrement qu’elles te racontent pas mal de choses. Ils ont été comblés de cadeaux, à ta maison tu ne vas plus te reconnaitre.
Le jour de Noël ils sont venus manger a la maison, je gardais pour (p. 3) quand tu viendrais des canards, et nous les avons mangés sans vous.
Norbert n’a pas fait réveillon cette année. Depuis dimanche la chasse est terminée.

Écrit pour la saint-Martin 1954, à propos de ma grand-mère Ernestine. « Je crois qu’elle nous paiera la dinde pour Noël…» (tante Céline).

De tante Céline / Fleury .. janvier 1955
« Chers neveux
Bonne et heureuse année à vous quatre et surtout une bonne santé.
Nous avons passé un bon Noël, nous avons mangé la dinde que mamé nous a payée ainsi que des pigeons que ta mère gardait pour compléter la fête… /… Nous avons mangé pendant deux jours tous ensemble sous le sapin que Marcelle avait si bien garni, le jour du premier de l’an nous avons eu beaucoup de visites…

Sans date apparente :
«Lorsque c’était à Montpellier ou à Sommières, alors que ton parrain était tout jeune, ils en profitaient pour y rester plusieurs jours, admirer les devantures et les grands magasins illuminés et décorés pour Noël, et quelquefois aller au théâtre ; ce qui fut le cas à Montpellier, où Céline avait admiré l’immense lustre qui décore la grande salle, et qu’elle trouvait magnifique. Norbert, cette année-là, avait reçu comme cadeau chez les Grillères un petit théâtre de marionnettes. En plein ravissement, ayant quitté la table où devisaient encore les grandes personnes, il s’exerçait dans un coin à manipuler ses poupées. Tout à coup, lors d’un silence dans la conversation (quand on dit « un ange passe »), on entend la voix irritée du petit : « Je vais te foutre un coup de pied au cul ! » Il était en plein dans son théâtre, et ils en ont bien ri pendant fort longtemps ! »

Et encore, autour du mot "Noël" :
«... Et de l'autre, la grande vigne de Joseph Barbe, le grand-père de Jacquie, notairesse à Cuxac, vigne qui, disait-il, « lui tenait des cingles jusqu'à la Noël »... »

Je crois qu'il me faudra aussi aller fouiner pour les réjouissances lors de la fête du village, pour la saint-Martin :

Et un extrait intéressant d’une lettre de mamé Ernestine.
Fleury, 5 novembre 1948.
Bien cher Fils,
Je m’empresse de répondre à ta lettre que nous avons reçue ce matin datée du 1er, elle a mis plus longtemps que d’habitude à nous parvenir… / …
Quand tu as fait la lettre le 1er novembre tu étais loin de te douter que nous étions chez tante en train de manger du sanglier cela va te surprendre ce jour là nous avons pensé à toi quel dommage l’on disait que François ne soit pas là. Figure-toi que la veille de la Toussaint Papa, l’oncle et Norbert vont à la chasse. Une heure après leur départ Norbert arrive, disant nous avons tué le sanglier je viens chercher le cheval et avec la voiture il est allé le chercher. Ils n’étaient pas loin avant d’arriver à La Broute sur le chemin de la mer. C’est papa qui a commencé de tirer, puis l’oncle et Norbert. Heureusement qu’ils avaient de la chevrotine ; il pesait 53 kilos. C’est Sagné qui l’a pelé et arrangé. Je n’en avais jamais mangé ni Marcelle, mais c’est très bon, on aurait dit du cochon, si ce n’est que la chair est plus rouge. Il aurait mieux valu que ce soit avant ton départ, cela aurait changé des pommes de terre. Et Dick qui le mordait au derrière, heureusement qu’il était touché à mort sans cela avec ses défenses il aurait pu le tuer… Dans le village c’était un événement (2) beaucoup de gens venaient le voir chez l’oncle Noé. Tante Marie, Marthe et Marguerite, le mari de Marthe sont venus pour aller au cimetière, ce qui fait qu’ils ont eu aussi du sanglier on leur en a donné pour manger à Narbonne. Beaucoup de gens demandaient pour leur en vendre, j’en ai vendu de notre part 4 kilos à 400 F le boucher disait que ça valait 450 F, sûrement que ça ne se renouvellera pas souvent. Pense si Norbert était content, il en a fait goûter à tous ses camarades, il en a aussi donné à Yves Carrière.
La fête de la St Martin se prépare sur la place il n’y a pas moyen de passer, le passage est bien petit et sur la route aussi il y a beaucoup de voitures nous te tiendrons au courant sur notre prochaine lettre de toutes les distractions qu’il y aura pour la fête.

Pour finir, dans le souvenir de nos chers disparus, et plus particulièrement pour mes cousins Jacky et Jojo, cette image poétique, cette magie renouvelée tous les ans, qu'on leur dédie, dans l'esprit des cartes postales d'antan "Bons baisers de...".
« ... si j’en crois ce que disait l’oncle Noé, les amandiers étaient en fleur sur la route de Marmorières la nuit de Noël 1921. » (François Dedieu).

(1) entendu aussi à la télé « le jour de l’an, un pas de jument ».
(2) contrairement à aujourd'hui, les sangliers étaient rares.