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lundi 20 janvier 2014

Fleury d'Aude en Languedoc / AMÉNAGEONS, DÉVELOPPONS... COLONISONS !(II)


    Les humains sont obligés de faire avec les vents mais ne sont pas tenus de cohabiter avec les moustiques : telle est la situation... Les premiers occupants, eux, du moins leurs héritiers, du temps des charrettes, des chevaux, des baraques et des marabouts laissés par les «Américains», adaptés à l'existant, profitaient de la belle saison à la mer. Certes, on peut toujours en dénoncer les mauvaises conditions sanitaires, l’insuffisance des «cabinets» publics, du robinet d’eau souvent sec ; un point de vue tout relatif par rapport à un passé présent qu’on voudrait effacer des annales, marqué par le trou d’aisance familial dans les dunes et le puits d’eau douteuse dans la vigne au pied de la Clape... Cela rappelle ces intégristes de l’hygiène qui se bouchaient le nez pour la cabane au fond du jardin tout en trouvant normal de gaspiller dix litres d’eau pour un petit pipi ! En attendant, le plaisir, le bien-être liés aux vacances à la mer dépassaient de loin les inconvénients dont les piqûres des moustiques, même pour les imprévoyants démunis de fly-tox.
    Au plaisir d’un crépuscule calme, au moment de préparer le carbure pour la lampe acétylène, quand des groupes puis des hordes de femelles déchaînées attaquent en "bzzezetant" pour attirer les mâles, les locaux relèvent seulement, dans la discussion, comme on parle du temps après le souper et que Paulou Romain, le mégot als pòts (aux lèvres), le béret regardant le ciel, semble poétiser : « Le vent se pose...». On ne parle pas trop des maladies, à l’époque, le "palu" c’est pour le légionnaire qui se bat encore aux colonies, la dengue on ne connaît pas, le chikungunya n’existe pas et la terrible poliomyélite qui fait si peur n’est pas transmise par les moustiques (1).
    La Mission Racine entreprend donc d’aménager en drainant, en assainissant, dans un esprit aussi jacobin que moralisateur, très troisième république, pour le bien de tous cependant. Quant au traitement réservé aux moustiques, s’il ne fait pas l’objet d’information propagandiste (à quoi bon informer la plèbe et puis les médias ne sont pas ce qu’ils sont aujourd’hui...) il s’apparentera néanmoins aux célèbres campagnes passées de santé publique menées notamment par Pasteur. Et pour vendre la Côte d’Améthyste, l’État ne peut s’exonérer de cette croisade, même si la motivation, aux dires aussi ironiques que partiaux des jamais contents, ne serait que de transformer notre littoral en "bronze cul de l’Europe".

(1) on les trouve, moins nombreux, à l’intérieur des terres, au village, dans les vignes, ce qui fit dire à un de nos nombreux philosophes méconnus, « Es una companhià » (C’est une compagnie / Grasseau appelé par son prénom, "Benoît", un de nos coiffeurs).
photo fly-tox / googleimages