vendredi 7 août 2026

« C'EST LE MEXIQUE ! » Yves Boni (1932-2026).

Entretiens de juillet-août 2015, première parution de ce dernier volet dimanche 6 décembre 2015 et aujourd'hui hommage à la grande humanité d'Yves Boni, “ pêcheur du Golfe ” qui nous a quittés cette année : 

Yves, pêcheur du Golfe XIV « C’EST LE MEXIQUE ! » / Fleury d'Aude en Languedoc

2015. Avec une pensée particulière pour mon ami Philippe du temps des vendanges pour son grand-père, qui se damnerait pour des coquillages ou autres fruits de mer ! 2026. Autre parenthèse, entendu à la télé que la qualité des huîtres ne serait pas affectée par les canicules répétées... 

Yves, le pêcheur, raconte :

« Une année, avec Tiaido, le fils, on avait trouvé un banc de sable appelé « Le Mexique », entre la Yole et le casino de Valras. Jusque là, les tenilles, on en faisait 7-8 kilos à peu près en 3-4 heures... Et là qu’on y était avec le barcot (la barque), à chercher un banc de sable, on se retrouve à une maille, environ une centaine de mètres de la côte. Et sitôt sauté à l’eau, on aurait dit qu’on était sur une route tant on avait des cailloux sous le pied. On a fait 25 kilos chacun en une heure et demie, guère plus. 


Tellines_(Donax_trunculus)_(Ifremer_00747-85922_-_42738) 2013. under the Creative Commons Attribution 4.0 International license. Auteur Olivier Dugornay Ifremer. 

L’embêtant, c’est qu’à la rame, depuis Les Cabanes, c’était long et fatigant, surtout que la tenille baraille (1) avec le nord et le courant de « grebi » (vers le sud, en gros, par rapport à la côte). Alors on laissait le vélo de l’autre côté de l’Aude, oh, un vélo sans frein sans rien, seulement de quoi transporter le bonhomme, tenillier sur le dos. Pour aller au banc, rai (prononcer “ raï ”, qu'on pourrait traduire par «  ça fait rien » ) mais pour revenir, avec l’engin et 25 kilos de tenilles ! Moi j’y arrivais mais le collègue, il avait du mal ! Je suis allé le chercher ! Une fois ça va, sinon c’est un coup pour y rester tous les deux. On aurait pu trouver une combine, avec une corde à tirer le sac plein sur le fond, mais attends, on était jeunes ! 

Alors autant y aller seul... Qu’est-ce que tu veux, la vie était pas facile ; il était pas fait pour, ça l’a pas empêché de réussir dans le commerce de gros, à Sète ou à Frontignan... T’en faguès pas (te fais pas de souci), il s’en est mieux tiré que moi, il est pas à plaindre...

J’ai dû y aller un mois en tout, sinon un peu plus, et puis, les courants peut- être : le gisement a disparu... Fini le Mexique ! » 

Coquinas en castillan 2012 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license. Autor Xemenendura. 


(1) barailler = vadrouiller en parlant des tenilles sinon des escargots. 



lundi 3 août 2026

« L'ALLEMAND », « MARCEL », « “ LE BEAU MONDE ”», Yves BONI (1932-2026)

 Yves, pêcheur du Golfe (XIII) : “ L’ALLEMAND”, “MARCEL”, “LE BEAU MONDE !” 

Réédition de l'article du dimanche 4 octobre 2015. 


Entre Saint-Pierre-la-Mer et Les-Cabanes-de-Fleury


“ L’ALLEMAND”. En été, à la traîne, dès 6 heures du matin, il y avait déjà 200 personnes qui badaient. Un a demandé s’il pouvait photographier et filmer. J’ai répondu qu’il n’y avait pas de problème... Pourquoi refuser à partir du moment qu’on ne te gêne pas dans ton travail ?
A la fin du bol, il a même demandé s’il me devait quelque chose. Quelle question !
Chaque année, il revenait, je me souvenais de lui et une fois, j'ai eu l’idée de lui demander ce qu’il faisait des films.
« C’est que les hivers sont très rigoureux en Allemagne et nous avons beaucoup de plaisir, en famille et avec les amis, à regarder ces beaux souvenirs de l’été, de la Méditerranée ! » 


Le bord de mer communal de Fleury-d'Aude ; au fond La Clape et Saint-Pierre. 

“MARCEL”. Quand j’étais aux Cabanes, j’étais copain avec Marcel, un type qui avait échoué de l’autre côté de l’Aude, dans une paillote entre la plage et l’embouchure.... Les gens laissaient entendre qu’il avait un passé louche ; ils ne l’aimaient pas ; il le leur rendait bien, mais moi il m’avait à la bonne ; il vivait surtout de chasse, de pêche, de braconne s’entend... Il savait y faire... Il portait des alouettes aux restaurateurs de Béziers ou des hirondelles à la place... va voir la différence, une fois plumées ! Il avait entrepris de m’apprendre la pêche à la ligne. Si tu savais tous les loups qu’il a pu prendre en remontant l’Aude. Boh, moi, je suivais sans trop profiter des leçons... tu comprends, quand tu as les bastets du maître-nageur (voir le premier épisode) et la peau déjà cuite par le sel, la canne et lou moulinet (en occitan ce “ t ” final se prononce), c’est pour les demoiselles. Par contre lui, je sais pas comment il faisait mais avec une carabène (un roseau) et un coton, il était fort... et il ne s’en cachait pas, au contraire même... Il avait le chic pour s’en aller ferrer, en deux temps trois mouvements, juste au nez d’un de ces beaux messieurs de la ville, avant de recommencer devant le suivant alors qu’eux ne prenaient rien ! Ils en étaient babas, je te dis que ça !..
Les gens l’aimaient pas... soi-disant qu’il avait tué un garde-chasse et qu’il était là parce qu’interdit de séjour... Va savoir...” 


Langoustines de la bouillabaisse. 


“LE BEAU MONDE !”. 

« Tu sais qu’on peut être bête, saes (1), quand tu penses que pendant des années, pour le 14 juillet et le 15 août, on a régalé du beau monde... Ah, parlons-en du gratin ! C’est ma tante qui invitait la bonne société de Mazamet mais c’est nous qui étions bons pour la bouillabaisse, depuis le matin !.. ma pauvre mère surtout, aux fourneaux, dès l’aurore ! Et pour des gens riches qui portaient même pas le pain ! Cal esse bestio, saes ! Il faut être bête, tu sais ! ». 

(1) contraction de sabes = “tu sais” du verbe saupre = savoir alors que le nom “savoir” se dit “saber”... sauf fausse interprétation de ma part...