lundi 24 novembre 2025

Le RIZ aux CANARDS de Bernard Poujol... (1)

 Les complications en strates mettant dans l'impossibilité de publier un commentaire aux articles « Du Riz bio (1) » et « Du Riz bio (fin) », (sept. 2023), ici-même, suite à un documentaire télévisé récent, ces quelques compléments sur la culture biologique des riz de Camargue et Petite-Camargue gardoise. 

Canetons_(Canards_Mulards),_élevés_en_semi_liberté 2012 Creative Commons Attribution 3.0 Unported Author Ethique & Animaux L214

Les canards de Bernard Poujol : des coureurs indiens à l'origine me semble-t-il, puis des mulards du sud-ouest, des canes pour être précis, celles, éliminées des élevages destinés à la production de foie gras. Le riziculteur les lâche à quatre semaines, elles vont grandir avec le riz. Issues d'un croisement, elles ne volent pas, sont stériles, et ne peuvent perturber la nature en se croisant avec les colverts.   

1200 canetons lâchés (1), futurs canards, pour le renard, une aubaine. L'agriculteur mettait la radio la nuit, la voix voulant dire « homme », le renard se gardait d'approcher sauf qu'à la longue, la voix humaine lui a signifié « canard ». Depuis, des caméras avertissent de la présence et de l'horaire du prédateur (2), l'agriculteur doit se lever la nuit pour faire fuir le goupil particulièrement futé qui sait changer le moment de son incursion nocturne ; finalement, des croquettes pour chien ont facilité la vie de tout ce petit monde, les croquettes ne courent pas et Poujol n'a plus à courir la nuit ! Il a néanmoins prévu de ménager des îles arborées où les palmipèdes seraient en sécurité (il les nourrit de provende pour qu'ils ne partent pas). Ces îles également par désir de reboiser une Camargue qui l'était avant son exploitation agricole intensive par les humains.      

Bien que chronophage, cette technique agricole ne violente plus une terre létalement exposée pour les générations à venir (3) ; par contre, en plus du temps requis, elle demande une bonne coordination adaptée à la plante, des semailles à sec en mai favorisant des racines qui s'enfoncent ; en juin, à la troisième feuille, les parcelles nivelées au laser sont irriguées (pompages dans les bras du Rhône), merveille de la nature, la plante développe alors un système racinaire étalé. La hauteur d'eau, régulière, permet aux canards  de circuler partout. La récolte se faisait (source Larousse Agricole 1952) après 130-140 jours plutôt pour des variétés. 

Domaine_de_la_tour_du_Valat en_Camargue 2018 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Auteur Celeda (riz conventionnel). 
 

(1) la technique des canards lâchés vient de la Chine ancestrale. 

(2) présence aussi de la genette et de la fouine. 

(3) plutôt à contre-courant, je n'adhère pas à ces campagnes lapidaires qui feraient soutenir aveuglément les agriculteurs dits abusivement « paysans » au prétexte qu'ils nous nourrissent... Non seulement, concernant ce besoin nous dépendons des importations et, concernant nos productions, herbicides et insecticides nuisent à la santé publique.   


dimanche 23 novembre 2025

RETOUR À MAYOTTE, quitter son village (4).

...Pourtant, n'a-t-elle pas quitté les siens, elle-même, pour se marier à un Français ? Et ne sommes-nous pas partis trois ans au Brésil, pour échapper, bien qu'au Nordeste, au dénuement, pour ne pas dire à une certaine misère ?  Ainsi, entre l'impossibilité suite à la fermeture des frontières par le communisme, et par dessus tout, le manque de moyens, sans compter ensuite un océan entre eux, ce furent six années de séparation avec ses parents tchécoslovaques... moi je reviens, je migre chaque année et pour quelques mois, pas quelques jours, à me partager bien volontiers, à dépasser le stress de ces “ navettes ” qui ont en partie éteint l'enthousiasme, la curiosité du voyage, l'allant d'années au crédit peu écorné... 

ALCANTARA liner-alcantara-at-sea-1928 Author Kenneth Shoesmith.

Migrateurs plus ou moins nous sommes dans nos familles, par nécessité, pour espérer, gagner sinon maintenir sa place au soleil, par sentiment aussi, sur une base de relations affectives stabilisées, un réseau de liens nécessaires à l'équilibre de chacun. Que serions-nous sans affection vers les nôtres, vers les autres, l'amour pour ses intimes, l'attachement à sa famille, aux amis, et de cercle en cercle l'empathie pour nos semblables de partout ? 
Alors l'émotion, le chagrin des séparations à côté des joies trop vite passées des retrouvailles, on n'arrivera jamais à s'y faire. Pourtant cela conforte, puisqu'il faut s'en consoler par force, sans avoir à combiner, à en faire à sa tête, à provoquer, de n'en relever que le positif, par exemple celui, apparemment paradoxal, de la séparation qui rapproche, ponctuellement grâce au téléphone et, plus durablement, aux lettres puis l'internet, aux mots qui ne s'envolent pas, vecteurs à cumuler une factualité morale plus appréciable qu'une présence réduite à en devenir banale sinon muette, au sein de relations plus ou moins distendues dont seule la perte peut entrainer le « si j'avais su ». 
Les embrasser tous en me souvenant qu'avec mon pauvre père, c'était une embrassade au sens premier du terme, une forte étreinte, émouvante, marquant le départ, l'absence à venir, nos bras enserrant réciproquement nos épaules, la paume bien ouverte à moduler moins et plus sur le dos, le tactile joint au sentiment, le geste lié à la parole pour se dire un « À bientôt, porte-toi bien jusque là ! » quel que soit le reliquat des incompréhensions, maladresses et tensions anciennes dues avant tout au fils, je me dois d'en convenir... 
Et puis on se doit de prendre de la hauteur, à ne pas en rester à des raisons mesquines, tout passe, rien ne dure, tout est vieux, en sens unique : Machado ne disait-il pas que le chemin on ne le voit qu'en regardant en arrière ? 
Alors, pourquoi ressasser tout cela, même si ce ne sont pas des rancœurs ? peut-être parce que ce ne peut être que oui ou non, vie et mort, tout ou rien, dire ou ne rien dire, quitte à s'excuser de s'arroger indûment un droit à la parole tant que, de l'élan initial insouciant de la jeunesse, subsiste une chute lente de feuille morte, puisque j'y ai coupé sans l'avoir mérité, à me demander pourquoi, à me dire que c'est trop beau pour durer... (à suivre)