samedi 29 novembre 2025

« Mon VILLAGE est LOIN... », cap sur l'AFRIQUE (8)

« Mon village est loin, à l'autre bout du monde... », il chantait un truc comme ça, le pauvre Joe Dassin (dans le Sud, à propos de tous nos morts, on dit « pauvre » peut-être pour ne pas dire que ce sont les vivants qui se retrouvent toujours plus pauvres à chaque décès...).  

Ça y est, c'est psychologique, comme une ligne de partage des eaux. Tourné jusque là vers mon village que je quittais, à partir de Charles-de-Gaulle, le regard pointe en avant vers le petit bout d'île où je reviens dix-huit mois après et que je crains de revoir suite aux dégâts causés par Chido, le cyclone du 14 décembre 2024. 

Loin de ma vue désormais, le gaillard et le culotté, de mon esprit aussi, évaporés. Sans une minute à perdre, l'afflux soudain de voyageurs fait la queue à l'ascenseur ; involontairement j'arrive du côté opposé à la porte... sciemment à “ griller la priorité à droite ”, mon chariot passe parmi les premiers... Avant mes mœurs étaient plus policées, sinon je faisais passer l'épreuve de l'escalator à la pleine charge des deux valises. Pourtant, plus de deux bonnes heures de délai avant l'embarquement. 

Le grand panneau de l'état des vols. 
 

Niveau 2, l'aéroport, deux étages font passer de l'aiguilleur du rail à celui du ciel. Le grand panneau qui ne fait plus son queuleu queuleu mezza voce de crécelle d'avant, préside au centre, toujours aussi indispensable pour savoir où aller ; zut, en dernière colonne l'affichage en reste à 16h 20. Attendre. Patienter. À portée, encore un qui beugle au téléphone, autrement on voit sans le voir que les gens tracent vite ou traînent : du temps à tuer sans doute ; il y a même une consigne à bagages. Trois ou quatre lignes pour 16h 20, plusieurs encore pour 25, 30, 35... un défilé de 128 décollages ou retards et enfin, qui s'affiche, celui qu'il ne faut pas rater. 

Enregistrement. 

Tapis roulant empêché aux chariots : un peu de marche ne fait pas de mal, sportive presque, tant de parvenir à l'étape suivante rassure. Enregistrement. Des agents du bon déroulement n'ont pas à faire la police mais ne manquent pas d'appeler, de héler s'il faut, d'aider : cette dame encombrée de bagages ; à destination de Maurice, les comptoirs vont fermer. À côté une file s'ouvre pour Séoul, une dame du Matin calme me touche à peine et aussitôt s'excuse d'un sourire : une bienveillance à l'égard d'autrui à renvoyer aussitôt en partage. Pas d'excité alentour, pas d'énergumène, rien d'éructant, c'est chouette. 14h 30, la carte en poche, plus que trois choses en main, le renseignement en tête. Aussi, manière de souffler, il est temps de manger et boire surtout que les liquides seront confisqués au passage du scanner. 
Qu'est-ce qu'elle a dit l'hôtesse ? Longer ce terminal 2E, suivre à droite vers les ailes L et M. Pas très large le couloir d'accès laisse penser à un cadre plus intimiste. À tort : les longs serpentins d'accès au contrôle des passeports attestent que c'est souvent une foule même si à cette heure, ils sont vides et qu'on peut en courtcircuiter les méandres inutiles... il n'empêche, le préposé doit en avoir assez de répéter tant et tant de fois la façon d'appuyer le document, de se présenter sans couvre-chef et lunettes à la photo. Sans le béret donc. Encore des serpentins à courtcircuiter, l'agent du bon déroulement aiguille vers les deux rampes à scanner. Le bac pour l'ordi, le téléphone le passeport et la carte d'embarquement, un autre pour la veste, le béret, les chaussures ; pas de ceinture cette fois grâce au pantalon ad hoc ; à cause de la pile qui ferait sonner le portique, j'ai droit à une palpation en règle, zut, la montre j'ai oublié de quitter... sans conséquence. L'échelle à poissons du barrage anti-sel de chez nous me traverse l'esprit...  
Prendre la navette jusqu'à son terminus, traverser un vaste duty free pour ceux que ça tente, qui nécessitent de ne pas arriver les mains vides... en bon pignouf, j'ai des noix, des confitures, du café, de la crème de marron, du confit de figues, des maquereaux au vin blanc, des morceaux de foie gras, du non-périssable, hélas pas de packs de roquefort cette fois vu que les valises restent souvent en carafe plusieurs jours. 
Tranquille l'embarquement, peu de monde depuis la France. Qui sait à l'escale d'Amsterdam ? 

La cabine du 787, l'un des quelques avions agréables à voyager... 


Décollage. 1h 15 de trajet. En guise de bon accueil, un mélange de nuts et un jus de tomate.

vendredi 28 novembre 2025

RETOUR à MAYOTTE, quitter son village (7)

Les Dombes aux étangs, aux oiseaux, petits villages et restos courus par les Lyonnais en fin de semaine jusqu'aux plus petits hameaux... 

Dombes 2004 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license. Auteur Didier Halatre


La Saône-et-Loire, premier département pour ses plus de cent châteaux, Mâcon où le copain Jo parti trop tôt, s'est marié en 1973... Des bois sur les mamelons, des haies entre les prés où paissent et ruminent les charolaises en nombre. Mai 1974, papé François de Vinassan, dit « papé rambal » tant il en faisait à sa tête, bien que déçu encore au retour de cette finale Béziers-Narbonne retournée à la dernière minute, remarque que les vaches qui broutaient le matin broutent toujours. Mai 1976, la RN6 aller et retour jusqu'au ministère, en pleine canicule, pour un poste aux Nouvelles-Hébrides (1)... Dommage de se retrouver dans le sens contraire à la marche. Dommage cette finalité limitée à être transporté du point A au point B sans le plaisir du voyage. 

Morvan Bourgogne 2006 Domaine Public Auteur Urban


Le Morvan, plus boisé encore ; en écharpes ensuite plus ou moins denses, des nappes de brouillard. Pas de petite auberge perdue dans les arbres, jalon des trajets d'avant, mauvais côté en plus du dos tourné à la marche. 

J'en étais à la ligne TGV Lyon-Paris, l'axe Nationale 6 de jadis, à repenser à Saulieu où le grand chef Bernard Loiseau arrêta tout après avoir tutoyé les sommets (2003, 52 ans)... ensuite, plus encore à m'injecter le spleen, émigrant intérieur que j'étais, trop accroché au clocher natal, à l'idée de nos petits Poucet partis de Fleury, perdus loin d'un Sud aux racines si vivifiantes, Michel de la rue Neuve du côté d'Auxerre, Christian du côté de Montereau, revenu, lui, au village. Pathétique de se retrouver plus N6 que RN7 d'un autre contexte (Trénet ne chantait-il pas la nationale 7 depuis Paris ?). Et avec ça, peu digeste ; autant attendre que la soupape évacue.  

Le relief s'assagit, s'ouvre sur une plaine à céréales, enfin sur les chaumes ou champs fraîchement retournés qu'il en reste. Puis tous ces kilomètres à faire la course avec l'autoroute toujours côté droit. Ne plus rien voir pour en avoir trop vu... de toute façon, l'arrêt Marne-la-Vallée-Chessy n'a lieu qu'en sous-sol... l'entreprise Disney a dû peser pour cette desserte, business, économie obligent...   

Faut se préparer, compter le un deux trois quatre cinq de ses bagages à ne pas oublier. Le gaillard à destination de Dakar qui compulsait ses dossiers ou faisait mine, s'est avancé le premier, le culotté sans écouteurs a suivi ; vers le bled ? une banlieue ?... pardon pour le préjugé, pardon de généraliser à partir d'un type même si je trouve les noms “ normaux ” concernant ceux de notre société, par exemple dernièrement à la télé, E M Mouhoud, président d'université sans parler de mes anciens collègues dont un qui avait ses parents à Mâcon... 

TGV arrivant à Roissy CDG 2010  under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license. Auteur Nicolas SAMBACH - Nicostamb


13h 10. Arrivée à Charles-de-Gaulle, à l'heure ! sans les gants blancs et les sièges tournants du Shinkansen mais sans retard, pour une fois, faut souligner ! 

(1) HLM, deux enfants, petit salaire, le fonds légué par les parents qui s'effrite inexorablement... encore une situation où partir serait une solution. Mais qu'est-ce qu'il me dit le fonctionnaire ? que le logement n'est pas construit ? qu'il faut l'atteindre en pirogue ? je pense aussitôt aux risques pour mes bambins... rétractation... Il m'a fallu des années pour enfin saisir que le rond-de-cuir en question avait une candidature sous le coude... bien sûr que ça marche comme ça dans la France raide de ses liberté, égalité, fraternité, une France pas toujours sous-jacente, exposant par moments son vrai visage de pays unique à trahir et collaborer... sans aller jusqu'à évoquer la francisque, quelques années plus tard, une sollicitation de la CFDT mettant un dossier sous séquestre... Faut être bien naïf, et on l'est à 25 ans, pour croire à des calembredaines et espoirs de justice hors réalité.