« Mon village est loin, à l'autre bout du monde... », il chantait un truc comme ça, le pauvre Joe Dassin (dans le Sud, à propos de tous nos morts, on dit « pauvre » peut-être pour ne pas dire que ce sont les vivants qui se retrouvent toujours plus pauvres à chaque décès...).
Ça y est, c'est psychologique, comme une ligne de partage des eaux. Tourné jusque là vers mon village que je quittais, à partir de Charles-de-Gaulle, le regard pointe en avant vers le petit bout d'île où je reviens dix-huit mois plus tard et que je crains de revoir suite aux dégâts causés par Chido, le cyclone, le 14 décembre 2024.
Loin de ma vue, le gaillard et le culotté, de mon esprit aussi, évaporés. Sans une seule minute à perdre, l'afflux soudain de voyageurs fait la queue à l'ascenseur ; j'arrive du côté opposé à la porte... à “ griller la priorité à droite ”, mon chariot passe parmi les premiers... Avant mes mœurs étaient plus policées, sinon je faisais passer l'épreuve de l'escalator à la pleine charge des deux valises. Pourtant, plus de deux bonnes heures de délai avant l'embarquement.
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| Le grand panneau de l'état des vols. |
Niveau 2, l'aéroport, deux échelons font passer de l'aiguilleur du rail à celui du ciel. Le grand panneau qui ne fait plus son queuleu queuleu mezza voce de crécelle d'avant, préside au centre, toujours aussi indispensable pour savoir où aller ; zut, en dernière colonne l'affichage en reste à 16h 20. Attendre. Patienter. À portée, encore un qui beugle au téléphone, autrement on voit sans le voir que les gens tracent vite ou traînent, du temps à tuer sans doute ; il y a même une consigne à bagages. Trois ou quatre lignes pour 16h 20, plusieurs encore pour 25, 30, 35... un défilé de 128 décollages ou retards et enfin, qui s'affiche, celui qu'il ne faut pas rater.
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| Enregistrement. |
Tapis roulant empêché aux chariots : un peu de marche ne fait pas de mal, sportive presque, tant de parvenir au stade suivant rassure. Enregistrement. Des agents du bon déroulement n'ont pas à faire la police mais ne manquent pas d'appeler, de héler s'il faut, d'aider comme cette dame encombrée de bagages : à destination de Maurice, les comptoirs vont fermer. À côté une file s'ouvre pour Séoul, une dame du Matin calme me touche à peine et aussitôt s'excuse d'un sourire : une bienveillance à l'égard d'autrui à renvoyer aussitôt en partage. Pas d'excité alentour, pas d'énergumène, rien d'éructant et c'est chouette. 14h 30, la carte en poche, plus que trois choses en main ; le renseignement en tête pour la suite, manière de souffler, il est temps de manger et boire surtout que les liquides seront confisqués au passage du scanner.
Qu'est-ce qu'elle a dit l'hôtesse ? Longer ce terminal 2E, suivre à droite vers les ailes L et M. Pas très large le couloir d'accès laisse penser à un cadre plus intimiste. À tort : les longs serpentins d'accès au contrôle des passeports attestent que c'est souvent une foule même si à cette heure, ils sont vides et qu'on peut en courtcircuiter les méandres inutiles... il n'empêche, le préposé doit en avoir assez de répéter tant et tant de fois la façon d'appuyer le document, de se présenter sans couvre-chef et lunettes à la photo. Sans le béret donc. Encore des serpentins à courtcircuiter, l'agent du bon déroulement aiguille vers les deux rampes à scanner. Le bac pour l'ordi, le téléphone le passeport et la carte d'embarquement, un autre pour la veste, le béret, les chaussures ; à cause de la pile qui ferait sonner le portique, j'ai droit à une palpation en règle, zut, la montre j'ai oublié de quitter... sans plus de mal. L'échelle à poissons du barrage anti-sel de chez moi me traverse l'esprit...
Prendre la navette jusqu'à son terminus, traverser un vaste duty free pour ceux que ça tente, qui nécessitent de ne pas arriver les mains vides... moi j'ai des noix, des confitures, du café, de la crème de marron, du confit de figues, des maquereaux au vin blanc, des morceaux de foie gras, du non-périssable, pas de packs de roquefort cette fois vu que les valises restent souvent en carafe plusieurs jours.
Tranquille l'embarquement, peu de monde depuis la France. Qui sait à l'escale d'Amsterdam ?
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| La cabine du 787, l'un des quelques avions agréables à voyager... |
Décollage. 1h 15 de trajet. En guise de bon accueil, un mélange de nuts et un jus de tomate.