Après ces généralités laissez moi imaginer papé Jean et plus encore l'oncle Noé (plus accessible, convivial, attentionné...) partis en Bretagne, certainement auprès d'éleveurs patentés, ce qui représente une garantie de race (suivie et protégée depuis 1909), d'âge aussi sans avoir à contrôler la dentition et les salières au-dessus des yeux, d'état général encore (pas de fausses cicatrices de castration).
* Comme l'écrit ma grand-mère, ils savent que l'animal doit avoir cinq ans avant d'être utilisé sur route ; nous ne savons pas précisément non plus pour quel sexe ils optent, le cheval entier revenant plus cher à entretenir, sujet aux hernies, plus difficile et potentiellement dangereux à conduire ; la jument, irritable jusque dangereuse en période de rut (« nymphomanie » potentielle, d'après le Larousse Agricole) ; les hongres, en principe dociles et calmes, d'entretien facile, sont préférables.
* le blanc en couleur de robe est dévalorisé (Lami de papé l'avait alezane, Mignon de l'oncle, pommelée).

Cheval de trait_breton 2006 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 2.5 Generic license Auteur Daniel Vaulot
* de caresser le cheval tenu en main hors l'écurie et sans le moindre équipement, éprouve ses réactions, son caractère. Le bout du nez ne doit pas être marqué, ce qui dénoterait une indocilité patente.
* les hommes qui ont eu le temps de partager leurs savoirs et points de vue, sont attentifs à la conformation des jambes, des pieds, aux articulations solides, à un fort tour de poitrine, de même pour l'encolure (la relation particulière avec l'humain fait dire aussi « nez », « bras », « avant-bras » et non « patte »).
* engagés ensuite par le bon œil, l'expression de la figure, ils pincent à la main la trachée pour faire tousser l'animal (contrôle de la poitrine, pas de cicatrice de cornage qui interdirait toute transaction).
* ne reste plus qu'à l'essayer, des travaux pratiques en quelque sorte : bien habitué au collier, il ne doit pas réagir lors du harnachement. Au commandement « hue », à la pression du mors lors du changement de direction, le cheval bien dressé ne doit pas marquer d'hésitation.
Il y aurait tant à apprendre, à dire encore, ce qui dépasse nos intentions. Une indication sur le prix ? (1) la première des variables étant l'âge (le rendement maximal de l'animal se situant entre 5 et 13 ans), je suppose qu'en allant aussi loin plutôt que de s'adresser à un maquignon local, nos huit vignerons du village investissaient à long terme et à meilleur compte... cela me fait comparer avec ceux qui partaient acheter directement leur voiture à l'usine... (à suivre)
(1) reprenons : succéda à Coquet (page 5 du lexique), le « vaillant » “ Mérens ”, le premier Lami acquis auprès d'un maquignon de Narbonne et qui, malheureusement, dénutri, sanglé, bien que démontrant encore un appétit de vie, devait finir chez le boucher pour anticiper sa mort certaine.
« [...] C'est ce Lami à la robe alezane que je ne devais plus revoir et dont je parle à la page 10 de ma chronique d'exil (avril 1944). On le prit pour la boucherie, et je crois que c'est Pélissier qui le débita, mais papé Jean, pourtant amateur de viande surtout à une époque où elle était si rare, refusa absolument d'en goûter une seule bouchée, tu comprends aisément pourquoi... » Caboujolette, 2008, François Dedieu.
« [...] Entre-temps était arrivée la libération, avec ses joies et aussi ses malheureux et inévitables excès, et il fallait penser à acheter un nouveau cheval. Sans argent, avec des vignes non travaillées (zone interdite et minée !), c'était là un difficile pari. Mamé Ernestine fut chargée de demander un peu d'argent au richissime oncle Gérard du Quai Vallière à Narbonne, représentant de commerce enrichi par les deux guerres. Son épouse était tante Marie, sœur de mamé Joséphine et de tante Pauline la muette. Elle devait essuyer un refus poli mais définitif. Ce fut alors Emmanuel Sanchon (1892-1986, ami de longue date, fleuriste Avenue Daumesnil, Paris / note JFD) qui sortit papé Jean d'embarras, et cela mes parents ne l'ont jamais oublié... » Caboujolette, 2008, François Dedieu.