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vendredi 3 avril 2026

Noce, NOM de la ROSE, cheval lexique (18)

À l'image de ce que nous appelions « un bon repas », de fête annuelle, Pâques par exemple puisque ce sera dimanche, ou encore lié à la religiosité, un baptême, une communion autant première que solennelle, sinon de fête ponctuelle, le mariage, l'anniversaire de mariage en étant les expressions des plus parlantes, en vue desquelles, tant ces réjouissances coupant avec l'ordinaire des jours comptaient, les invités se souhaitaient longtemps à l'avance de rester en forme, de ne pas y manquer, j'ai souvenance de la noce du cousin Jojo (1942-2013, cher cousin, tu n'aurais que 83 ans le 24 de ce mois... poutou à Maguy) (1), né, entre parenthèses, comme papa, son parrain, un 31 juillet, bien qu'à vingt ans d'écart. Gardant de cette journée, du dîner, du souper, des traces bien vivantes (une cavalière dont le visage m'est resté (2), une poule à la crème délicieuse le soir...), j'entends, encore à table vers cinq heures de l'après-midi, un des hommes dire, bientôt suivi par les autres, « Cal anar pessar lou chaval. », ce que nous comprenions comme s'occuper du cheval, lui donner à boire, à manger, se préoccuper de sa litière. 

Tout allait alors, à l'âge où on ne se pose pas de questions... Bien en semaine à Pézenas, la petite ville si cocon, ça marchait en gros au collège, cosy dans son ensemble étonnamment désordonné, malgré la crainte du surgé, monsieur Bezombes d'Aniane (je signais parfois mon relevé de notes), l'abbé Nothon de la communion solennelle, pas dominicain du tout, m'était sympathique et j'aimais, le samedi en fin d'après-midi, après la séance scolaire de promenade vers St-Siméon, avec un pion commandant « Adelante ! » ou « Avanti ! », je ne sais plus, ce retour au village, la minette depuis des heures sur la plage arrière de la Dauphine, et mon père s'exclamant rituellement à la vue du modeste éclairage d'ampoules, seulement visible une fois la côte de Liesse passée, « Fleury, ville lumière ! ». Toute cette géographie par ricochet me captivait, toute la famille heureuse, ce bon menu, ça m'allait bien. Au dessert, à la demande de tous, une chanson entonnée par papa, de métro continuant son voyage avec un jeune homme pas sage (3) des rimes détournées faisant rire les adultes... et moi à me dire « Mais qu'est-ce qu'il a avec toujours Paris, Paris... ». Rien sur la cérémonie... l'église ? la mairie ? seulement ces agapes, ce « cal pessar lou chaval » dans l'ordre apaisant des jours qui passent, noce ou pas, et cette poule à la crème du soir au souvenir plus papillaire sur les babines que le minois de la jolie cavalière... Et puis, était-elle là, encore, au souper ?       

Alors, le moment de clore ce lexique s'annonçant avec, pour être juste, quelques paragraphes à prévoir sur les mules et les ânes qui ont aussi tant aidé à la domination des éléments par des humains aux desseins discutables, condamnables même (4), en cherchant déjà sur les mules et mulets, je tombe sur un article Partager le Voyage: PAUVRES CHEVAUX ! LIBRES OISEAUX... de décembre 2022 que je me dois, en premier concerné, relire et redétailler tant il donne à réfléchir sur ce que nous sommes. Ce n'étaient que des points, des idées à savoir, à méditer (à suivre)...   

(1) ces repas festifs se faisaient encore à la maison qui embauchait alors une “ bonne cuisinière ” pour la journée et peut-être aussi les préparatifs, cette fois-là, Marie Escaré habitant juste en face, la maison avec la porte à mouches, un portail à la voûte ceinte par un joli rosier grimpant. 

Une vue de la noce Maguy-Jojo. Diapositive développée en avril 1963 © François Dedieu

(2) une émotion platonique mais vraie, revenue en force à l'insu de mon plein gré, parce qu'on veut que les choses de la vie soient belles... Avec « Le Nom de la Rose », le film d'Annaud (a)(b), à la fin, lorsque Adso devenu vieux se souvient comment il a choisi de suivre son maître franciscain plutôt que la jeune paysanne implorant son amour et sa protection, moi aussi je me souviens de la cavalière dont je ne sut jamais le prénom... faute de lui demander il m'aurait suffi de lire l'en-tête de son menu... elle me plaisait... 
(a) comme d'après le roman “ policier-médiéval ” d'Umberto Eco (1932-2016), dans un décor d'abbaye-forteresse entre Provence (la Haute) et Ligurie enneigées, sous un ciel plombé, ce film rassemble bien des éléments en situant la trame par chez nous, lors de la croisade contre les Albigeois dits “ Cathares ”. 

Lodève, intérieur de l'ancienne cathédrale St Fulcran.

En effet, le moine franciscain Guillaume de Baskerville, joué par Sean Connery (1930-2020) pourrait bien être Bernard Délicieux (vers 1260-1320 mort en prison à Carcassonne), le franciscain défendant autant les Bonshommes que les déviants prônant la pauvreté de l'Église, Bernardo, donc Bernard Gui (1261-1331 mort à Lauroux (Hérault), le dominicain, inquisiteur implacable, évêque de Lodève en récompense, (qui pourtant me rappelle par certains profils [acteur F. Murray-Abraham, 1939-, Salieri d'Amadeus]) le pauvre copain Joseph dit “ Mazo ” [1950-2020]).
(b) 2024. Une version restaurée du film est doublée en breton et... occitan.    
   
(3) ce n'est que 63 ans plus tard que je me réveille à cette chanson cochonne « La jeune fille du métro », un détournement d' « Idylle souterraine », 1933, paroles Louis Hennevé/musique Gaston Gabaroche, avec un cinquième couplet plus paillard encore.

(4) Mais la loi de la nature, toute de violence et de domination, des plantes à tous les animaux, n'est-elle pas incontournable ? 


samedi 7 juin 2025

INSTITUTEURS toujours... galerie d'images.

 




Message_de_sa_fiancée,_Alain_est_mort_depuis_10_jours under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Author SD.Chatane 


L'école de Pergaud à Landresse.


Grézieu_(69) 2017 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Auteur Aavitus

Fétichisme mémoriel. 








Ah Alain Mottet (1928-2017) dans Le Bossu ! 



jeudi 15 mai 2025

La MONTAGNE NOIRE, André DAVID (3 et fin)

André David, tout comme son père Léo David, sont de Saint-Germain-de-Marencennes5, en Charente-Maritime. De venir trois étés de suite sur les traces d'André relève donc du pèlerinage, du voyage consacré à la mémoire de l'enfant, du fils perdu... 

« Vois-tu, je sais que tu m'attends [...] Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps. » 

« Demain dès l'aube », « Les Contemplations » 1856, Victor Hugo. 

Emmanuel_de_Martonne Photo antérieure à 1929. Domaine public. Čeština  byl francouzský geograf :  l'Europe Centrale est concernée par les frontières qu'il a contribué à tracer.  Auteur anonyme

Nous livrant à bien des prolongements, le livre sur la Montagne Noire est préfacé par Emmanuel de Martonne (1873-1955), professeur à la Sorbonne, éminent géographe et traceur de frontières. Loin de mettre en avant la technicité géographique brute du sujet entrepris, cette préface s’attache avant tout à la conjoncture humaine qui a tant su nous toucher. De Martonne nous apprend d’emblée qu’une balle allemande a abattu « un des espoirs les plus sûrs de l’école géographique française ». Il connaît personnellement André David, pour reprendre ses mots, plutôt frêle mais d’une bonne résistance physique, timide mais concentré, d’une puissance de travail remarquable, hardi dans ses idées et la verve de ses propos.  

Admis à l’École Normale Supérieure en 1912, à peine un an plus tard, son travail sur la Montagne Noire stupéfie ses éminents superviseurs au point de presque lui conseiller de garder cette production de débutant sous le coude, comme thèse de doctorat. Visiblement ému par ce destin hors normes, l’universitaire accompagne la publication du livre de sa chaleureuse humanité ; il nous confie que deux camarades qui l’aimaient avaient promis de finaliser les chapitres à peine ébauchés… Le premier s’écrasa avec son avion en Macédoine, le second, blessé à maintes reprises, finit aussi par mourir sur le front. Alors ce fut Mademoiselle Marre, amie d’enfance d’André et professeur au Puy qui s’est chargée des passages et même des chapitres incomplets. 

Page de titre.

La Société d’Études Scientifiques de l’Aude a bien voulu concrétiser tous ces efforts conjugués ; son imprimeur attitré, Bonnafous6, 50 rue de la Mairie à Carcassonne, a assumé le tirage du livre.

Ô armoire « ...du vieux temps, tu sais bien des histoires, […] Quand s’ouvrent lentement tes grandes portes noires » (Le Buffet, Arthur Rimbaud) sur les livres couverts de bleu aux belles étiquettes… la 102 pour André David et la Montagne Noire, la 113, sobrement intitulée « Poésies », toutes de Rimbaud… 

Au milieu, ces exemplaires blancs dépareillent, d'où la fausse bonne idée de les ranger par côté et ce, à cause du crochet de fermeture du battant gauche de l'armoire. 

Et si mon père habite toujours la maison de vie d’où j’écris, en ouvrant l’armoire aux livres, comme Nougaro, j’entends plus fort encore « la voix de papa ».

Suite à ce long avant-propos, suite au recueillement, ne perdons pas de vue l'intérêt initial pour notre Montagne Noire jusque là abordée aussi fortuitement que légèrement, suite à une “ leste motivation ”, disons, fomentée par la trouvaille fortuite d’un article de la revue Folklore « Les filles du Poumaïrol ». 

Depuis_le_pic_de_Nore, vue sur la plaine audoise 2018 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license Auteur Lucas Destrem. Là où nous croyons tout voir, la vue globale fait heureusement l'impasse sur les vallées encaissées et un plateau de vie cachée comme Le Poumaïrol... 


5 Dans Wikipédia notamment, je ne comprends pas l’absence d’entrées  pour André et Téo David, et qui plus est sur la page de Saint-Germain-de-Marencennes, leur village natal pourtant. Personne, à ce jour, ne s’est chargé d’honorer leurs mémoires… 

Saint-Germain-de-Marencennes se situe à près de 500 kilomètres de la Montagne Noire. 

6 Imprimerie fondée en 1776, mise en liquidation en 2011 suite au décès brutal de Georges Bonnafous 59 ans ; six employés au chômage.  

vendredi 14 mars 2025

CARNAVAL, buffolis et cocus (3ème partie)

Dans le numéro 1 de la 13ème année, printemps 1950, l'article « Carnaval-Carême en Languedoc » de René Nelli, offre une mine d'infos et éclaircissements amenant à retenir quelques notes au fil de l'article.

La suite des apports : 

À Capestang ce sont les « Buffetaires ». 

*18. En Languedoc, les danses caractéristiques de carnaval se déroulaient surtout le mercredi des Cendres, celle des « buffoli » (buffoli al cul) (Florensac) « souffle-culs », « bouffets » ou encore appelée « feu aux fesses », « buffatière » à Castres. Caractérisée par l'allure au pas très ancien, cette danse était commune sur tout le Languedoc, la Lozère, une bonne partie de l'Ardèche et peut-être en Ariège. Les danseurs barbouillés en chemise blanche tiennent un soufflet pointé sur la raie du fessier devant. Ce pouvait être parfois une bougie allumée. À Balaruc-le-Vieux, la danse de « la camisa » est fondée sur la chandelle et le feu, chacun essayant d'enflammer la queue en papier qui précède. 
À Limoux et Portiragnes le soufflet projette de la farine. Parfois, dans l'intention de souiller, de les noircir, les participants cherchent à embrasser les filles, ailleurs ils se vautrent dans la boue, encore une possible symbolique de libération des instincts (1). 

*19. La fête de carnaval permet aussi d'autres danses telle celle des sarments : à Montpellier, Aniane, Magalas, on frappait les spectateurs du premier rang, ce qui rappelle, pour ceux qui ont connu, dans leur enfance, avec le feu de cheminée à la maison, la menace plus allusive que réelle « d'un cop de viso ». 

*20. À Magalas, la danse de l'escargot projetait le dernier d'une spirale endiablée. 

*21. À St-Pargoire et Vias, la danse dite « de l'échelle » voit un homme et une femme s'embrasser une fois en haut des deux parties d'une échelle sans appui (de peintre). Est-ce pour l'acceptation de la présence féminine ou encore une expression du bizutage de nouveaux mariés ? 

Narbonne Canal_de_la_Robine 2014 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Author The Ninjaneer Côté piles le Pont des Marchands. ATTENTION la publication d'un recadrage de cette photo est juridiquement INTERDITE.

 
*22. À Narbonne, alors que les « novis » (voir l'article sur le tamarou) doivent baiser une paire de cornes suspendues en travers du Pont-des-Marchands, les célibataires et vieilles filles sont punis aussi, les vieux garçons semblant être exemptés. Les Jeunes les frappent à l'aide de lattes recouvertes de peaux de rats passées à la craie. 
À Agde ils passent un morceau de lard rance sous le nez des vieilles filles. 
À Bélesta dans l'Ariège, pour la mi-carême, ils chantent des chansons d'amour sous la fenêtre de l'aïeule du village : « rassegar la vièlha ». Plutôt que la fécondité passée n'est-ce pas pour se débarrasser de « la Vièlho », la saison d'hiver enfin dépassée ? 

*23. À Montpellier, à Carcassonne, les couples font l'objet de brimades. Les mâles rendent les femelles responsables du cocufiage ; les maris sont sommés de diriger le mariage, de prévenir l'inconduite potentielle des épouses, de refuser d'être un homme battu. 
À Fabrègues, à Carcassonne, ce sont les femmes qui doivent baiser les cornes. (à suivre).  

(1) un document sur les “ buffuoli ”, il se peut une chanson, qui circule sous le manteau dans le cercle occitaniste des Chroniques Pérignanaises (Fleury-d'Aude)... espérons qu'elle ne restera pas qu'entre initiés. 



vendredi 7 mars 2025

CARNAVAL (3) Dans nos villages ?

À propos de carnaval, d'abord une synthèse partielle en miroir à d'anciens articles :

* rien de visible pour l'instant de la part des mairies à Salles-d'Aude, à Cuxac-d'Aude. 

* rien non plus à Nissan-lez-Ensérune, Vinassan, Coursan... 

* concernant Sallèles, déjà en 2013, “ l'Indèp ”, le journal local, parle de « manifestation qui s'essouffle ». Alors, à quoi s'attendre en 2025 ?  

* À Armissan, c'était le 1er mars à 19h 20 qu'ils ont mis le feu à Mme Carnaval (seraient-ils ardents défenseurs de la parité ?) avant de se défouler lors d'une soirée DJ déguisée.

* À Narbonne, avec 300 carnavaliers et une dizaine de chars, le défilé s'est mis en branle le dimanche 2 mars à 15h, Carnaval fut jugé à 17h. 

* À Carcassonne, avec la semaine du cassoulet, il faut noter la date du 29 mars à 15h pour le carnaval de la Trivalle marqué par la participation des calendretas, les écoles où l'apprentissage de l'occitan est promu. Les enfants défileront, ils présenteront des saynètes, des chants et des danses. Le jugement et le bûcher sont prévus à 17h 30 ainsi qu'un bal de 18h 30 à 20 heures.   

* à Ouveillan, la date retenue est le 5 avril. En ce moment ils montent les chars et confectionnent des fleurs en papier pour la sortie des bicyclettes. 

* À quand le carnaval de Lespignan ? Si le Comité des Fêtes s'y honore d'une longévité remarquable, seule une info semble transpirer en date du 28 janvier avec mention d'un atelier chargé « de redonner vie à Monsieur Carnaval ». Notons encore une vente d'oreillettes de 10 à 12 h les 5, 12, 19, 26 mars et 5 avril au Foyer du Troisième Âge. Un loto occitan des Amis de Lespignan est programmé le 21 mars à 17h 30 à la Salle du peuple mais le flou entoure la possibilité du carnaval...  

* Et si, à Poilhes, rien ne transpire chez les “ dégourdits ” (un surnom ancien) pour un possible carnaval, par contre à Capestang une déambulation en musique est prévue dès 15h le dimanche 9 mars ; Carnaval ne semble pas devoir être jugé et brûlé... une célébration hybride en somme mais les profits de la buvette, des crêpes et autres barbes à papa iront aux écoles, maternelle et primaire... 

Buffetaires / Photo page facebook Ville de Capestang. 

Il ne reste plus, à propos de Capestang, qu'à apprécier le beau souvenir d'un carnaval d'antan... En serait-il de même, à Fleury, chez nous où on a su faire écho aux courges du 1er novembre ?  



Photo de la page facebook Ville de Capestang... Inversion des sexes mais la grâce des gambettes y a beaucoup perdu... 


Photo facebook page Ville de Capestang... belle d'un jour... 

samedi 24 octobre 2020

ÉCHOS D'UNE VIE AU VILLAGE (2e volet) / Fleury-d'Aude en Languedoc



Des coupures de journal conservées. 
 
"Amicale laïque et théâtre". Cinq photographies.
 
Pour plus d'infos, de commentaires :
 
La vie sociale était certainement plus riche et participative, non ?
 
Merci Josette.
 
PS : et n'hésitez pas à dire qui vous reconnaissez... 
 




Sinon parmi tous ces visages qui sans ces clichés s'effaceraient de nos mémoires (tant que ceux qui peuvent en parler sont là !), comment ne pas revoir monsieur Llobet qui en plus de nous apporter professionnellement avec tous les instits hommes et femmes, nous amenait à aimer et à jouer le théâtre.
Une fois même, c'est au festival de Carcassonne que sa Ford Cortina nous conduisit... Etait-ce pour voir le bossu avec Alain Mottet dans un des rôles principaux ?
Comme fusant d'un vieux volcan qu'on n'attendait plus, ces souvenirs évanescents ont cristallisé d'un coup quand avec madame Llobet, nous nous sommes croisés chez Spar. Émotion débordante propre à nous submerger si quelques mots d'une terrible banalité ne nous avaient ramené aussi sec à la vie de tous les jours... C'est ainsi que les êtres vivent... Pardon alors de m'être laissé aller...

dimanche 1 décembre 2019

LES SARRASINS ENVAHISSENT NOTRE MIDI / 1ère partie 711 – 737

Préambule : cette chronique concernant plus particulièrement notre Sud est néanmoins liée aux articles plus généraux parus sur ma page :
1.      Malraux et son mysticisme annoncé pour le XXIième siècle.
2.      Finkielkraut : immigration et islam.
3.      Retour sur les mythes croisés du Moyen-Âge arriéré et de l’Andalus éclairé.   

Cavaliers arabes près du mausolée (1907) Musée de Narbonne . Wikimedia Commons. Artiste Henri Emilien Rousseau (1875 - 1933)
 C’est bien après les conquêtes (200 ans ?) que les Arabes eurent pour dessein de faire de la Méditerranée une mer musulmane, la religion désormais justifiant leurs succès. Dans le bassin occidental, cela correspondait à faire de la « mare nostrum » une « mare mauri », une mer des Maures.

En 711 le Berbère Tariq ibn Ziyad débarque dans le sud de l’Espagne pour une occupation qui durera près de 800 ans avant le dernier épisode de la Reconquista, le départ du roi Boabdil [1] laissant les clés de Grenade, sa capitale, aux rois catholiques. 
Leur présence en France et plus particulièrement dans le Midi a marqué la période 718-973. Elle se caractérise par la volonté d’installer les religionnaires de l’islam autour de la Méditerranée tout en menant des razzias afin de s’emparer des trésors chrétiens. Leurs incursions, vers Tours par l’Aquitaine ou Autun par la vallée du Rhône correspondaient à des raids pour piller les richesses de l’Eglise.
Leur présence conduit parfois à des alliances opportunes avec les seigneurs wisigoths ou provençaux, contre un autre chrétien, dans un contexte de domination, de conquête de territoire. Cela peut se produire aussi dans le cadre d’une sécession dans le camp arabe, comme celle de Munuza le Berbère, gouverneur du Nord de l’Hispanie, basé à Llivia en Cerdagne, donnant sa fille en mariage à Eudes d’Aquitaine et refusant dès lors de combattre les chrétiens.

Conquêtes et razzias des Sarrasins :
La Septimanie (Roussillon- Languedoc) attaquée 718.
Perte de Narbonne 719-721.
Bataille de Toulouse 721 (Eudes d’Aquitaine bat les Sarrasins).
Perte de Carcassonne 724-725.
Pillages monastère Lérins entre 728 et 739.
Perte de Bourges 731, pillage d’Autun, de Langres 731.
Pillage Lyon, Bataille de Bordeaux perdue par Eudes. Charles Martel gagne la Bataille de Poitiers[2], plus célèbre pour honorer notre « roman national »  (porté par Ernest Lavisse notamment) que pour la lutte contre les Infidèles 732.
Perte d’Avignon 735.  
Bataille de la Berre, non loin de Sigean, plus significative que celle de Poitiers, victoire de Charles Martel forçant les Sarrasins à se replier vers l’Espagne 737. 

Bataille de Poitiers 732 wikimedia commons Tableau (1837) de Charles de Steuben (1788-1856)


[1] Le roi Boabdil passant le col se retourna, la larme à l’œil, vers sa capitale perdue avant que le relief ne la cachât à jamais. « Pleure comme une femme pour un royaume que tu n’as pas su  défendre comme un homme » lui aurait dit sa mère. Pour ces raisons, le col se nomme « El suspiro del Moro ». Les élèves adoraient cette légende et le prof aimait d’autant mieux la raconter… 
[2] « Ils furent arrêtés par Charles Martel, près de Poitiers (732) » Malet et Isaac (ROME ET LE MOYEN-ÂGE / volume des classes de cinquième et quatrième, édition 1958).

samedi 26 mai 2018

QUELLES LIMITES POUR LES CORBIÈRES ? (fin) / Aude, Languedoc, Occitanie.

(Une carte des Corbières est proposée en première partie). 
 
Passée Carcassonne, suivant sa pente, l’Aude décrit un coude à quatre-vingt-dix degrés vers la Méditerranée (à suivre : « Poussée des infidèles dans la gouttière audoise). Le fleuve peut enfin contourner l’ultime bastion, la montagne d’Alaric (603 m.), aurait-il encore à composer avec un rapprochement aux portes du Minervois (entre Lézignan et Escales, 200 m.), puis les collines de Montredon (168 m.), de Moussan (130 m.) et finalement la Montagne de la Clape (214 m.), excroissance projetée des Corbières, responsable de la formation de son ancien delta...   
Aude Fontfroide Author Henri Sivonen

A l’Est, depuis Narbonne, les reliefs moins marqués des Corbières (massif de Fontfroide 293 m.) dominent une plaine littorale basse occupée par les étangs : de Bages & de Sigean, de Lapalme. Les voies de communication attestent d’un passage de plus en plus étroit au niveau de l’Étang de Leucate ou de Salses[1], en direction de Perpignan. Ici, même le rail qui jusque là a pu gagner au plus court à travers les lagunes, pour desservir Port-la-Nouvelle, rejoint la nationale et l’autoroute avant que le verrou du Pas de Salses n’ouvre le Roussillon.   

Aude Fitou Author BlueBreezeWiki

Aude Gorges_de_Galamus_2005-08-05 Source taken by the user
Au Sud, la longue échine calcaire d'un synclinal, souvent proche des mille mètres d'altitude prolonge la Forêt des Fanges avant de rejoindre les Corbières Maritimes, après une course vers l'Est sur plus de vingt kilomètres.

Après avoir évoqué les limites de ce quadrilatère étonnant pour son originalité multiforme, unifié dans une grande diversité physique, climatique, botanique, historique, humaine et économique, et si déjà une retenue certaine a empêché de trop en dire, peut-être par décence, par respect, pour l’enchantement que nous avons la chance et le loisir de ressentir, il est temps de s’enquérir des éclats offerts ou des trésors que cachent ces contrées ouvrant sur des mythes, des légendes et avant tout sur un passé fondateur ! 

Les Corbières ? Un nom, pour commencer, qui ne peut que donner l’envie d’explorer parce que ces rencontres là tiennent de l’aventure et du merveilleux ! 

Photos autorisées Wikimedia commons.  



[1] Deux noms pour un même étang… bisbilles et chipotages de famille en souvenir d’une frontière historique. 

QUELLES LIMITES POUR LES CORBIÈRES ? / Aude, Languedoc, Occitanie.

Pardon mais la technique n'acceptant pas de passer l'introduction, j'essaie en coupant l'article en deux...

Un quadrilatère comme mis de côté par la géographie, seulement traversé par une pénétrante NE-SO : ce qui reste d'une nationale historique (RN 613 Montredon-Corbières / Couiza, 75 km). A peine 234 kilomètres de tour qui soulignent l'aspect trapu de ca pays perdu d'environ 2500 km2 de superficie. 
L'autre ligne, presque diagonale, qui irait de Carcassonne à Cucugnan, marque, d'Est en Ouest, la transition entre climats méditerranéen, océanique et montagnard en altitude. D'un côté des croupes pelées, la garrigue, les vignes, les moutons blancs, au-delà, les montagnes vertes, le maquis, les prés, des moutons noirs sinon des vaches ! (voir carte ci-dessous). 


Quillan Aude Author ken poland
Au départ d’Axat, en partant du coin qui voit le fleuve buter sur les Corbières et avant Quillan, l’Aude, coulant vers le Nord, taille de ses gorges remarquables les hauts reliefs de la Forêt des Fanges (700-1000 m.). Le fleuve doit se frayer un passage vers Carcassonne. Avant de creuser dans des terrains de même nature géologique sur ses deux rives (en gros à partir d'Alet-les-Bains), il tranche à droite dans les vieux calcaires et les schistes primaires caractéristiques du Massif de Mouthoumet. Concentrant la population, sa vallée (voir plus loin « La Goulotte audoise »), encore fringante d’un dynamisme industriel ancien, draine et contribue au maintien d’un arrière-pays moins favorisé comptant, rive gauche, le Quercorb et ce qui reste du Razès, jadis un vaste comté allant du Lauragais au Conflent. Rive droite, il ne reste rien de ce comté englobant le Peyrepertusès sinon Rennes-le-Château son ex-capitale. 

De Quillan à la confluence avec la Sals (Couiza), pour simplifier, le plateau de Rennes-le-Château, justement (entre 400 et 600 d’altitude), appuyé sur les Crêtes d’al Pouil (1037 m.), le secteur reste marqué par des histoires moyenâgeuses de fausse-monnaie, de Templiers, et, plus proche de nous, d’argent, avec le cas sulfureux de l’abbé Saunière. 

Aude Lauquet Author Tybo2

Ensuite, et cela concerne, grosso modo, le cours du Lauquet qui arrive à tracer vers le nord sans verser à droite vers l’Orbieu et sans encore rejoindre l’Aude à gauche, en amont de Limoux,  cet autre château d’eau des Corbières présente pour le moins une masse à plus de quatre cents mètres d’altitude culminant vers l'intérieur (Bouisse) au-delà des neuf-cents : un rude pays pourtant peuplé au fil de l’Histoire.
Au Nord, si les reliefs plus modestes et tassés semblent avoir assoupli les rigueurs du pays de Bouisse, paradoxalement, le dépeuplement a fait rayer de la carte une commune : le village de Molières-sur-Alberte, abandonné dans les années 60.   

Aude Ruines-_Prieuré_Saint-Pierre_d'Alaric Author Anthospace


Photos autorisées Wikimedia commons.