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mardi 31 mars 2026

La RAMADO de Coursan, chevaux, Rameaux, lexique (16)

La manifestation festive de juin à Mollégès a le mérite d'être claire dans son intitulé de « carreto ramado », à savoir une charrette de rameaux, rams en languedocien tandis que les Rameaux avant Pâques sont ceux du dimenche das Rampans (1), avec la majuscule. Dans certains secteurs d'Occitanie, des traditions de ramado poulido, de jolis chemins de rameaux entre les domiciles des deux amoureux et l'église officialisaient le mariage imminent ou tout récent tandis qu'un éconduit ou jaloux en arrivait parfois à la ramado laido d'un chemin jonché de fumier et autres saletés. 

D'après toujours le « Tresor dou Felibrige », travail monumental de Frédéric Mistral (1830-1914), l'entrée « ramado » comprend au moins deux homonymes, la ramado étant la douleur de la mère sur le point d'enfanter et aussi une averse passagère « Après une forto ramado seguido d'une soulelhado » Hercule Birat (1796-1872), chansonnier et  poète de Narbonne... comme dans la chanson enfantine « Il pleut il fait soleil... » 

Pour revenir à la fête honorant les paysans, leurs montures ainsi que le travail accompli, par chez nous, s'il est fait mention de la  « Ramado de Narbouno » et des quelques ramados organisées à Nissan-lez-Ensérune, c'est avec celles de Coursan qu'une tradition remontant à 150 ans en arrière ne tombe pas dans les limbes du souvenir grâce aux chroniqueurs de la revue FOLKLORE n° 1, de janvier 1938, qui en fait état. Il y a un siècle et demi, pas de vignoble dans nos parages mais du blé : « Il n'y a pas de pays en France qui puisse être comparé pour l'abondance de ses récoltes en grains à la fertilité de la plaine de Coursan » 1788, Mémoire d'un intendant du Languedoc, Ballainvilliers. La fête a continué lorsque, après 1850, l'ère de la vigne s'est imposée. 

Coursan, vue sur l'aval de l'Aude - 2011.

Ah ! ils se démarquent les laboureurs de Coursan qui montent assis et non à califourchon comme partout ailleurs ! La Ramado consiste à faire évoluer, liés à la queue-leu-leu, à 1,20 m seulement l'un de l'autre, 15 à 25 beaux et jeunes chevaux. Isolé devant cette cavalcade richement décorée jusqu'au gros nœud à la queue, le meneur ramadaïré galope en tant que porte-drapeau. Chapeau de paille rubané, petit boléro de couleur  brodé de fils d'or et d'argent, chemise et pantalon blancs (un long pan de la ceinture assortie au boléro, de même que la cocarde sur les sandales de toile blanche, parent tous les ramadaïrés). Le char, petit chariot lesté afin de tenir la route, recouvert de branches d'ormeau, est ainsi capable de tourner le coin des petites rues sans verser, l'honneur du conducteur étant en jeu. À l'intérieur, deux musiciens courageux, cachés dans un capitonnage de matelas, se doivent de continuer à jouer même renversés ! Les cavaliers, eux, sautent, descendent; virevoltent, se tiennent debout sur le cheval avant de se rasseoir et recommencer leurs numéros de cirque. La ramado passe partout dans le village ; elle s'enroule en escargot, décrit des S autour des arbres de la fontaine ferrugineuse. 

Coursan 2011 ; depuis le pont qui lui aussi a son histoire, l'église Notre-Dame-de-La-Rominguière XII et XIIIème siècle.

La soirée se terminait par un grand bal. Longtemps le village commentait la performance du conducteur parfois « de premier ordre »...  

Ces fêtes revenaient cher, on ne pouvait les organiser tous les ans, la dernière a eu lieu en 1905. 
Témoignage dans la revue Folklore n° 1 en janvier 1938, de monsieur Jean Maffre de Coursan. 

(1) beau souvenir d'enfance aussi, tous ces Rameaux au-dessus des têtes, devant le portail de l'église, jusque dans la rue... 
https://dedieujeanfrancois.blogspot.com/2024/03/rameaux-et-paques-1.htm

Et mon père, encore : 
« ... Dimanche des rameaux 1953 : Le mauve de la glycine qui étale ses grappes près d’un portail de la place du Ramonétage m’a fait penser à l’entrée monumentale du château de Saint-André-de-Sangonis, et en ce jour des Rameaux je revois Marcellin, le vieux serviteur zélé jonzacois qui, de retour de la messe, parcourait une à une les pièces de la grande maison pour laisser dans chacune d’elles une branchette de laurier bénit destinée à remplacer celle de l’année précédente. Pauvre Marcellin, si gentil au fond, qui revenait avec nostalgie sur ses cinquante années passées au service des familles Martin, puis Gaudion de Conas, Romilly enfin ; il évoquait la cure à lui payée jadis annuellement à « Châtel » (Châtelguyon), les tenues de service auxquelles il avait droit, bref les beaux moments de sa vie de fidèle domestique. Et maintenant ? La comtesse, toujours à court d’argent, lui devait même sept mois de gages, quelle misère ! Aurait-il mieux fait de rester au service de la maison Martell qui portait si haut depuis si longtemps le renom du cognac français, celui de son pays qu’il ne reverrait plus ?.. » François Dedieu, p. 185 Le Renouveau / Caboujolette 2008. 

« [...] Dimanche 17 mars 1940. Rameaux. (St-Patrice). Je vais à la messe, où je suis à côté d'André Pédrola, qui est loin de douter bien sûr qu'il va aller, treize années plus tard, partager la vie des Canadiens du Québec tandis qu'au même moment je vais gagner ma vie de professeur, pour trois ans, au Brésil... » Ensuite nous jouons au billard au café de la place, qui sera remplacé plus tard par le marché couvert, la salle de cinéma du haut cédant alors la place à la nouvelle perception de Fleury et au logement du Percepteur. Dédé, le plus jeune des trois enfants Sanchon, boit une grenadine (il a sept ans)... » Caboujolette / Pages de vie à Fleury II / chapitre "Le Renouveau" / 2008 / François Dedieu.

lundi 30 mars 2026

Mollégès, la carreto ramado, lexique (15)

À Mollégès, nous disions, entre Rhône, Durance et Alpilles, Camille Soccorsi a été sollicité en 1989 pour sculpter un cheval de trait en hommage à un monde millénaire de travail de la terre, symbole donnant à réfléchir sur l'âme humaine de plus en plus viciée par un matérialisme aveugle, avançant à marche forcée au poison à produire du fric (1). Loin de cette terrible dérive, au pied du cheval de pierre, les vers du félibre contemporain Charles Galtier (1913-2004) :

« Noun se pòu devina ço que deman preparo
E pèr qu’à l’aveni se posque saupre encaro
Lou bonur qu’a liga lis ome e lou chivau
Dins la pèiro entaia,iéu, eici, fau signa. » 

Cheval de Mollégès  Auteur : mamoue13.ekablog.fr

Traduction approximative :
Ce que demain prépare ne peut se deviner
Et pour qu’à l’avenir on puisse encore savoir
Le bonheur qui a liés les hommes et les chevaux
Dans la pierre sculptée, moi, ici, vous fait signe. »

 Sensible au sujet, la municipalité sollicite chaque année la Société de Saint-Éloi (2) chargée des réjouissances de la St-Éloi, patron des agriculteurs et charretiers de Provence. 
Quelques jours avant la fête, les charrettes promènent les musiciens donnant l'aubade, les charretiers remettent la tortillade, une couronne anisée ainsi que le drapeau. 

Mollégès, prieurs de l'année (la cocarde piquée sur la chemise) et chevaux de tête Carreto Ramado, Fête de la St-Éloi juin 2024. Auteur facebook.com/villedemolleges... Et 49 chevaux à la file (on peut les compter sur une vidéo !)... à se demander où ils peuvent bien les trouver... 

Le soir du samedi de la fête, l'un derrière l'autre une quinzaine de chevaux de trait galopent : les deux de devant, brides d'apparat, couvertures richement brodées, harnachés à la mode « sarrazine »,  sont les premiers à tirer la carreto ramado, charrette ornée de branches vertes. 

La Carreto Ramado Fête de la St-Éloi 2024 Mollégès (Bouches-du-Rhône) Auteur : facebook.com/villedemolleges.


Les femmes en Arlésiennes, La Carreto Ramado Fête de la St-Éloi 2024 Auteur : facebook.com/villedemolleges.  


Le dimanche, le prieur de l'année invite les charretiers et toute la population à un déjeuner. Au cours de la messe en provençal, la charretée d'une cinquantaine de chevaux est bénite sur la place du village. Avec les charretiers précédés des prieurs, fillettes, jeunes filles et dames du village portent le costume de l'Arlésienne. 

Sous des abords festifs et folkloriques, cette fête remarquable pour un village de 2647 habitants en 2023, reste avant tout une célébration catholique traditionnelle. Sans le volet religieux au premier plan, on retrouve le souvenir de cette fête de « La Ramado » à Coursan... (à suivre) 

(1) Du paysan à l'agriculteur nous sommes passés l'exploitant agricole puis à l'agroindustriel. Ce dernier  prétend insidieusement qu'il nourrit le peuple alors que son intérêt premier est de s'enrichir, le pays ne devant plus sa subsistance qu'aux importations... d'où mon refus de suivre bêtement les slogans faciles demandant un soutien automatique... Ce n'est pas pour autant qu'il ne faut pas soutenir la minorité faisant marche arrière pour des méthodes de production respectueuse, et contester la mainmise des grands groupes qui les étranglent... 

(2) association qui depuis 1969 élit pour un an ses deux « prieurs » responsables de l'organisation des fêtes de juin et d'été. 

facebook.com/villedemolleges


      

mercredi 4 mars 2026

Chez nous, la mer source de vie... (10 et fin)

Sous le tamis de la technicité, palpite le sensible (bien choisi, le titre « Archives du Sensible » de la part du Parc Naturel de la Narbonnaise)... En l'honneur d'une mer qui fut si nourricière, avec les sardines, nous aurions pu évoquer aussi les mannes d'anchois à mettre en bocaux pour l'hiver, le maquereau en escabèche, le thon si courant alors (en sauce tomate à la poêle, par exemple). Entre technicité et carte du cœur, après une quinzaine d'articles inspirés, au départ par un vieux monsieur de plus de quatre-vingt ans, lançant une jeunette dans un rock endiablé, d'ultimes données sur notre commune, donnent néanmoins l'opportunité de conclure.     

Gilbert Larguier précise :

« ...À Pérignan (1), à proximité des bouches de l’Aude, l’année se partageait en trois saisons : de Toussaint à Pâques, lorsque la mer était formée, on pêchait avec le boulier d’hiver à proximité des graus et de l’embouchure des rivières. De Pâques à Notre-Dame d’août on allait devant la mer avec le grand boulier. On se repliait ensuite jusqu’à la Toussaint dans l’étang avec le gatte au sec... » 

Carte dite « de Cassini », Geoportail, visualisation cartographique.
Détail nous concernant de cette carte « des » Cassini puisqu'on doit ce travail à quatre générations de cette même famille. À l'origine, elle répond à une demande de Louis XIV et Colbert ; on doit sa remarquable précision à la méthode employée de triangulation à partir de deux points connus vers le troisième à trouver. Son tracé fut initié avec la méridienne Dunkerque-Perpignan, donc le méridien de Paris... Des calculs liés à des mesures astronomiques de la Terre, à la distance du soleil, au système métrique, au temps universel pour lequel les puissances maritimes anglo-saxonnes l'emporteront avec le Méridien de Greenwich... mais tout cela nous entraîne loin de la pêche à la grande traîne ou à la caluche. (Notez l'utilisation encore du eszett « ß » : « Etang de Fleury deßeché », « N.D. de Ließe », « La Batiße neuve »)... coucou Gérard et Bettina...    

Sur la carte de Cassini (du XVIIIème à la première moitié du XIXème), trois graus se trouvaient à proximité des Cabanes (comme constructions, la carte ne mentionne qu'une baraque de (ou d'un)Bourdigou [piège de roseaux et joncs sur le canal sortant de l'étang vers la mer], la maison du « garde à sel » ainsi que « la Redoute de Vendres » entre l'embouchure de l'Aude et l'étang de Pissevaches (mentionné « de Fleury »). Du Nord au Sud, les trois graus sont le « Grau de Valleras » au débouché de l'Étang de Vendres donnant alors directement dans la mer, le « Grau de Vendres » qui se confond avec l'embouchure de l'Aude, le « Grau de Pissevaques », déversoir de l'Étang de Fleury. 

Pour ajouter à notre nostalgie positive, laissez-moi reprendre le cours toujours attendu de notre grand copain de jeunesse et à jamais, professeur d'occitan à ses heures et qui, en juin 2019, lors du dernier cours avant les grandes vacances, ne manqua pas, non sans son humour habituel, d'évoquer une énième saison à la mer qui s'annonçait...    

Guy Sié, fin juin 2019 : « … Los premiers toristos, la modo das bans de mar, perde qué la sal conserva lo cambajo (les premiers touristes, la mode des bains de mer parce que le sel conserve le jambon). Apres arriveron lous “ gandards ”, de types qu’arrivavon d’un pou de pertot en Franço, a partir dal mes de jun, dormission sur la sabla ???, se lavavon a la mar e ajudabon a la traina. (Ensuite arrivèrent les “ vauriens ” (2),  des types de partout en France, à partir du mois de juin, ils dormaient sur [mot que je n’ai pas saisi : le sable ? les oyats ?], se lavaient à la mer et aidaient à tirer le filet de la traîne). Avion una partida de peis. Lou peis lo manjavon e ne vendion per quatre sous per crompar de tabac et de vin. ( Ils gagnaient leurs parts de poissons, en mangeaient, en revendaient pour s’acheter du tabac et du vin). Se venion ero mai per tastar lo vin dal miéjour… hurosoment, fasio nou quand avio una bona annada e ne podios ne beure dos litros, per tirar la traina i a vio pas de problema… (S’ils venaient c’était plus pour le vin du midi… heureusement il ne titrait alors que neuf degrés les bonnes années et ils pouvaient en boire deux litres, pas de problème pour tirer la traîne). » 

Que voulez-vous, si une succession de hasards vous fait naître dans un bout du Monde alliant le bon accueil d'une rivière poissonneuse aux kilomètres de sable ensoleillé, grandir au spectacle de toutes ces voiles latines cinglant en fin d'après-midi vers le large pour une nuit de pêche que des lamparos dansants allumeront, sinon entendre, clair dans l'air cristallin, le teuf-teuf d'un moteur placide traînant au maquereau, quand un beau temps de mer est sur le point de tourner à une douce et scintillante brise marine, si la belle saison  peut débuter avec les jeux, la pétanque, les sardines, les flonflons de la fête des pêcheurs aux Cabanes, si, à Saint-Pierre, le cœur garde le souvenir d'une vigne exotique, d'un panneau « ACOPATANA » invitant au voyage, d'une palette de couleurs dignes de Paul Cézanne, avec l'heureuse opportunité d'en croiser des témoins d'exception tels Robert Vié, Yves Boni, le bonheur aussi de garder des copains de jeunesse irremplaçables, à honorer vivants  au nom de tous ceux que le calendrier peut nous rappeler et dont les voix en nous attestent que nous l'avons vécu, que hier reste le garant de demain, n'est-ce pas exister ?     

(1) À un « P » près, n'allez pas voir vers l'Espagne... Il est bien question de Fleury-d'Aude, le Pérignan des révolutionnaires. 

(2) Gandard s. m. matelot qui traîne le filet dit « art » au compte d'un patron de barque (Cabanes de Fleury). Syn. traïnaire, ca lbs. Mistral donne à ce mot le sens de vagabond, fainéant, vau rien. En catalan gandul. De l'arabe gandur. (GARAE, revue Folklore n°3 automne 1941).    



jeudi 26 février 2026

« Bogue » ? « Gobie » et crabe bleu... (8)

Parenthèse sur la pêche du jour mais non sans rapport avec notre thème. Hier, le sujet de « Voyage en cuisine », émission d'Arte, parlait d'une recette à Venise, un « risotto di go » “ monté ” petit à petit avec un bouillon de poisson, de gobie exactement (le bouillon restant clair, on dirait que le chef n'a pas passé pas sa préparation oignon-céleri-gobies au presse-légumes). Aussitôt j'eus souvenance d'un épisode de pêche raconté par Yves Boni, intitulé, mystère et inspiration décalée du témoin plutôt que du rapporteur, il me semble : « Les bogues du capitaine au long cours », à propos d'Yves, pêcheur local jamais parti mesurer des profondeurs, tel Marius de Marseille, dans des mers lointaines. 

Quelques gobies « Voyage en Cuisine » Arte (25 février 2026). 
 

Et là, le gobie composant l'apport principal au risotto vénitien, je me suis égaré dans une question de phonétique, une métathèse de spécialiste, entre nous, une inversion comme dans “ aéroport, aréoport ”. Était-ce le cas avec “ bogue gobe " concernant le gobie, gobi en occitan, ce petit poisson puissant par rapport à sa taille, ne sortant de son trou que pour aller manger. 

Hier cette recette de risotto est venue corriger mon méli-mélo existentiel : plus grands et en pleine eau, les bogues ne sont pas des gobies. Cela ne m'a pas bridé dans la relecture de l'article datant de plus de dix ans... Si ça vous dit de m'accompagner pour cette reprise de cet écrit d'août 2015 :   

LES BOGUES DU CAPITAINE AU LONG COURS (VI) 

« La bogue (1), ils en sont friands à Toulon, malheureux ! J’avais un copain, il était à la Seyne ; sa mère vendait sa pêche. Un jour il fait une soixantaine de kilos de bogues.

« Qu’est-ce que tu vas en faire ? » je lui dis, nous, là-bas, on les jette...

— Vous les jetez ? mais tu veux pas rigoler, ça vaut un prix d’or !

— Ça vaut un prix d’or ? Nous, on les donne aux goélands !

— Mais vous êtes cabourds (2) ! C’est prisé ici ! 

Du coup, plutôt que de les jeter, la fois d’après, je les porte au chef, un grand chef de cuisine qui nous régalait de ses pâtés, au déjeuner. Je lui précise que c’est vraiment pas terrible, la bogue. (à suivre)

(1) Boops boops, communément appelée bogue est une espèce de poisson marin de la famille des sparidés. La bogue, Boops boops (Linneus, 1758) est une espèce largement répandue aussi bien en Atlantique oriental qu'en Méditerranée. Elle présente un caractère semi démersal (benthique si vous aimez mieux...) et vit au-dessus du plateau continental sur tous les fonds jusqu'à 490 m ; elle est plus abondante dans les cent premiers mètres.
Elle doit son nom de bogue a la taille de ses yeux qui sont particulièrement grands par rapport a sa tête, comme un insecte (en anglais « bug »). WIKIPEDIA. 

(2) à l'origine "mouton qui a le tournis" ; signification dérivée : "idiot". 

Boops_boops_Karpathos 2011 under the Creative Commons Attribution 3.0 Unported license. Author Roberto Pillon.


 

samedi 22 novembre 2025

RETOUR À MAYOTTE, quitter son village (3)

Les mots en disent-ils plus, en disent-ils moins qu'une autre forme d'expression ? Au nom de quelle motivation s'expose-t-on ainsi ? il me semble m'être livré sur ce to be or not to be. La crainte est que cela ne soit aussi malvenu qu'une contradictoire publication de journal intime ; si c'est pour se mettre au niveau d'un auteur “ vergogneux ” manière de parodier son nom de famille, antipathique au possible pour avoir vilipendé, sali sa Corrèze natale arriérée d'où rien de culturel, d'esprit n'aurait su émaner, tandis qu'à Paris où l'homme a pu se réfugier... Paris... À cette bien piètre opinion, s'ajoute ma suspicion quant à l'édition des 1000 pages de son journal intime journalier. Diantre ! plutôt se passer de sa façon de penser, sinon du pipi-caca des contingences quotidiennes... pas de quoi se vanter du millier de feuillets ! 
Sauf que toute cette préparation au départ, au voyage, ne relèverait-elle pas du mien de pipi-caca ? Ne suis-je pas fourré dans une position d'arroseur arrosé ? Je me rassure, cela ne ressort pas du déroulé d'une journée ordinaire, ce n'est pas tous les jours qu'une telle perturbation affecte. 

Plage de Tambau non loin de Joan Pessoa, janvier-février 1955.

Et puis ce n'est qu'une proposition, rien d'imposé, peut-être un témoignage pour plus tard comme s'agissant des lettres de papa suite à notre voyage en paquebot de 1953 à travers l'Atlantique, l'océan au parfum perdu depuis sept décennies...   

Gisèle_Pineau_et_Jacques_Lacarrière-FIG_1998 Archives St-Dié-des-Vosges under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license Source scan de la photo originale.

Pardon, rapport aux détours et divagations, le plaidoyer de mon défenseur, s'agissant d'un écrivain de ma “ pléiade ”, n'en sera que plus approprié. Par une échelle meunière, malgré ses 78 printemps, il débouche dans sa mansarde de Sacy ; sur le bureau bien rangé, le papier : 

« Assez Dedieu, tes complications embrouillent, voilà si tu en es d'accord, ça manque d'effet de manches mais je viens, je vois, je vais à l'essentiel j'espère :  

« La vie et l'écriture. L'amour et l'écriture. L'ailleurs et l'écriture. 
Pas d'ambition. Pas de concessions. Peu d'argent. Beaucoup d'amour. Beaucoup d'amis. Pas de calculs. 
Refus des gloires enviées. Des itinéraires préparés. Des chemins publics. Des compromissions. Des institutions. 
Écrire seulement pour être. Pour s'engager. Vers les autres. Avec les autres. Écrire pour dériver de l'homme ancien. Écrire pour dériver vers l'homme à naître. Rien d'autre."
Jacques Lacarrière (1925-2005) / Sourates, Ed. Fayard. 


Plus prosaïquement, il va être 18 heures ce dimanche de novembre au jour qui déguerpit tel un voleur. Pas tant de rasonaments, raisonnements, philosophies, ce n'est vraiment pas le moment. 
Revenir, continuer, ranger, nettoyer le vieux frigo une fois vidé. Repartir chez les miens, confier mon véhicule usagé aux bons soins du beau-frère, embrasser ma vieille maman, cent-un ans bientôt, trouvant que la séparation aligne trop de kilomètres, en rien convaincue si j'avance que cela ne correspond qu'à trente ou trente-une heures de “ distance ”. (à suivre). 


mercredi 25 juin 2025

Gardons les cochons ensemble...

À SAUGUES ?

Et pourquoi Saugues d’ailleurs ? À cause d’Olivier, le double de Robert, Robert Sabatier auteur des « Allumettes suédoises », « Trois sucettes à la menthe » et de ce troisième volet « Les Noisettes sauvages ». Sabatier raconte Olivier né à Paris mais qui aurait dû naître au cœur du Gévaudan. Visiblement, il a condensé sur un séjour toutes les vacances passées auprès des grands-parents paternels, ce qui lui vaut quelques contorsions ; il faut toute la poésie, tout le talent narratif de l’auteur pour nous distraire de certaines interrogations existentielles : il va repartir à Paris qu’il aurait quitté près d’un an auparavant ? La rentrée ? L’école ? Pas le moindre mot dans l’ouvrage. Attention, ce questionnement terre-à-terre n’enlève rien au sentiment pour l’écrivain et son livre…

Incompatible avec l’étroitesse d’esprit, la mesquinerie, l’amour n’oblige-t-il pas à la tolérance ? L’amour ne se définit-il pas avec l’acceptation en bloc de l’autre ? 

« Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point » Pensées, 1670, Blaise Pascal

Françoise_Foliot_-_Salon_du_Livre Robert_Sabatier 1996 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license.

En toute subjectivité, Robert Sabatier (1923-2012), de la génération de mon père (1922-2017) avec qui ce plaisir de lecture fut partagé ; aussi la réciprocité affectueuse d’un cousin lointain opéré d’un cancer, suite à ce livre en cadeau ; réminiscences familiales d’aïeux ruraux descendus d’Ariège vers 1870.

Relevant d’un point de vue tout aussi partisan, la référence constante à notre langue occitane riche de variantes ne pouvant qu’en relever l’intérêt, rabaissée en tant que “ patois ”, en butte au communautarisme colonisateur parisofrancilien. Sabatier, résistant occitaniste, rebelle, assimilé mais non phagocyté par le despotisme centripète…

Alors, quelle importance si ce sacrifice du cochon ne précède les adieux automnaux au Gévaudan que d’un astérisque, quelques pages seulement, un classique d’égorgement, de ripaille à s’en faire péter la panse, de chaleur conviviale avec une ribambelle d’enfants et la cousine, mais un pépé ouvert au doute « Voir tuer le cochon, ce n’est pas plaisant pour tous… », un Olivier stupide de se retrouver la queue en main, le mot « sanguette » plus jamais vu et entendu depuis la « sanquette » de mamé Ernestine, plutôt de sang de volaille, la cervelle de la tête fendue en deux réservée aux petits...

Saugues_vue vers le N-O 2019 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license. Auteur Chatsam

Saugues, ses confins en marge de la Lozère, ont fait l’objet d’un chapitre de « La France Paysanne »1 sous la plume de Claude Villers (1944-2023). En partant du mot actuel « goret », on apprend que chez les Gaulois, « gor » désignait le sanglier, qu’en ancien français « gore » était la truie, que deux cochons hors de toute autre viande, suffisaient à une année pour quatre personnes, que la tuée avait lieu entre le 11 novembre et fin mars en toute extrémité.

Autres détails et variantes :

* la veille, de façon à ne pas encombrer sa tripaille, le cochon ne recevait qu’un bouillon clair.

* le tueur dit aussi « saigneur » tournait chez les gens à raison de trois ou quatre bêtes par semaine, soit 33 porcs, pratiquement un par maison (plus que trois en tout en 1997).

* les soies du corps brûlées par un lit de paille, celles moins accessibles de la tête, la gorge, les pieds, à l’aide de paillons mieux adaptés.

* la carcasse sur le dos, la découpe suit un même enchaînement tête, pieds, jambonneaux, jambons, poumons, cœur, foie, rate, intestins (auparavant sur le ventre, après la tête, la colonne vertébrale était dégagée jusqu’à la queue pour des tronçons entourés de viande à saler). 



Cela se passait en 1997, au hameau de Malevieille, à près de 900 mètres d’altitude, commune de Saint-Vénérand, Accessoirement, l’auteur rapporte que les sabots de Saugues, les « morius », renforcés et ferrés parce qu’en pin, un bois fragile, ont inspiré une bourrée connue de toute l’Occitanie, « Los esclops ». Saugues ne compte plus que 1660 habitants, quatre centaines de moins que lors du reportage de Claude Villers, la moitié seulement de ce que connut Olivier de Robert Sabatier.

1 Éditions Scala 1996 / Club France Loisirs 1997, photos Jean-Bernard Naudin (1935), recherche ethnologiste Denis Chevallier (1951).

lundi 9 juin 2025

« A Pentacosta, la guino gusta. »

« A Pentacosta, la guino gusta. », « À Pentecôte, goûte la guine », disait sa grand-mère Joséphine, comme aimait à le répéter mon père en première quinzaine de juin. 

Pas plus de descente de la côte que la route de Lauriole en Minervois qui fait semblant de monter alors qu'elle descend ou le contraire suivant le sens où on se met... Et quel pastis puisque la “ penta ”, c'est inventé, seuls « lo penjalut », « lo penjant » répondent à « la costa » ! Et puis, en grec, dans Pentacosta, Pentecôte (quelle idée aussi de nous embrouiller avec le chapeau sur le « ô », pas très orthodoxe tout ça) il y a l'idée de « cinquantième », on parle de jours... 

Guines

Autant parler des guines... Des « guignes » ? vous me reprenez ? c'est la poisse, encore une descente à monter... En Gascogne ils disent guindoul, guindoulh, guindoulot ; toujours d'après Mistral dans son Tresor dau Felibrige en Rouergue cela donne guindou, aguindou, guintou ; suit le proverbe « Rouge coumo un guindoul »... un effet bœuf chez les “ Ventres Jaunes ” du Ségala !    

« Per Pentacosta, lo guindol tasta »

Dans un certain Languedoc plutôt Haut que Bas à mon idée, pour cette cerisette aigre, on dit encore agrioto, guindoulo. Comme dans la chanson, elle pousse sur le guindoulié ou guindouliè (t'en souviens-tu), je préfère « guiniè » bien que « guinié » soit accepté aussi.   

 Un dernier truc et j'arrête avec les élucubrations :  Christian Horace Bénédict Alfred Moquin-Tandon (1804-1863), éminent scientifique connu aussi pour un canular littéraire sur un manuscrit de troubadour, titra « guindouleto, guindouletos » ses épigrammes et poésies, eu égard à sa naissance à Montpellier, à son travail à Toulouse (professeur d'histoire naturelle), à son rôle de rédacteur à l'Armana Provençau. 

Fini les confitures pour l'hiver !

Cette année encore, la pédale nostalgique, j'ai suivi les rives de l'Aude, plus de guines au bord de la rivière. À croire que comme le bocage de l'Ouest, ils s'en sont foutu le peilhot avec les haies débarrassées... Deux guines j'ai compté, et encore pas sur le même arbuste ! 

Aude
Exuvie
 
97

Mais j'y retournerai, quitte à pousser le vélo sur les chemins de terre, plus en amont, chez nos amis sallois. C'était mieux aujourd'hui : 97 guines au moins pour la photo et un signe de vie pas vu depuis 40 ans, une exuvie de couleuvre ! 

Pardon pour cet esprit taquin sinon malsain descendu sur moi pour Pentecôte... je n'en dirai rien à mamé Joséphine, mon arrière-grand-mère rappelant chaque année « A Pentacosta, la guino gusta » un dicton que suite à mon père, j'aime répéter à mes fils, en première quinzaine de juin. 

Joséphine Hortala née Palazy (19 mars 1874- 13 août 1958) 


lundi 26 mai 2025

La MONTAGNE NOIRE (8), les cultures pauvres.

 En lieux et milieux moins favorisés, les cultures pauvres. 

Châtaigne Cévennes wikimedia commons Author historicair 29 décember 2006 UTC 15 h18

Olives 2014 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license. Author Ввласенко

Le châtaignier bon pour tout : le bois en charpente et menuiserie, la feuille en litières, la bogue en engrais pour les oliviers ; la châtaigne est surtout vendue à Villeneuve (Minervois), à Carcassonne, une  partie est consommée à la maison, une part équivalente destinée à faire venir les cochons (3). La châtaigneraie rapporte mais, contrairement à l'olivette, nécessite des rotations, plus de soin et de travail ; il faut renouveler les arbres, les nettoyer à la base des mauvaises herbes et autres arbustes. 

Solanum_tuberosum Atlas des plantes de France 1891 Amédée Masclef (1858-1916) Domaine Public



Champ de seigle 2005 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license. Author Letrek


Dans les gorges du Cabardès, la prairie plantée de châtaigniers « ...se vend, à Cabrespine, jusqu'à 10.000 francs l'hectare. » (Il n'empêche que le géographe classe le châtaignier dans les cultures pauvres...). 
De même, la superficie à pommes de terre, dont certaines variétés de renom, se loue aussi cher qu'un bon champ à céréales de la plaine. 
La culture du seigle, par contre, s'avère plus ingrate ; abandonnée pour le pain ainsi que le chaume des toitures, elle ne tient que pour un cycle triennal d'assolement (pommes de terre, seigle, jachère). 

Et le Poumaïrol aux filles joyeuses ? Bien que condamné aux cultures pauvres, à force de travail, le pays produisait des navets, des oignons, des haricots. Pour les sous, grâce aux filles, cela se passait dans le Bas-pays, la plaine de l'Aude, pour les vendanges puis, en remontant, les pommes, les châtaignes et, encore lors d'une seconde migration plus hivernale, les olives, les sarments à ramasser... Sinon, les hêtres sont redevenus taillis d'ajoncs, genêts et autres broussailles. Pourtant, trente ans en arrière, deux boulangers et un éleveur montent l'association « Le Moulin de Poumaïrol » en vue d'obtenir de la farine bio issue de blés anciens, panifiée dans le Minervois jusqu'à Béziers. Le meunier affirme qu'ils se veulent « subversifs », « militants », « autonomes », à échelle humaine, désireux d'animer le territoire. Alors, on y entendra à nouveau la chanson coquine pour la Baraquetto : 

« Las castanhas e lo vin nouvèl 
Fan dansar las filhas e lo pendorèl... » [Les châtaignes et le vin nouveau Font danser les filles et le panèl des chemises (4)]. 

(Voir, dans ce blog, la quinzaine d'articles dédiés au Poumaïrol... et à ses filles...). 

En raison d'un prétexte aussi futile, pardon d'en faire des tonnes à vrombiner autour d'André David, auteur aussi prématurément enlevé à la vie que ceint de lauriers. Moi, je ne suis qu'une mauvaise herbe. À cause de pulsions ordinaires, au nom d'un cheminement pour le moins complexe, j'en arrive à relativiser le sérieux de l'auteur à traiter géographiquement les cultures de la Montagne Noire. Qui plus est, cette proximité avec le Lauragais me soumet avec stupéfaction et tristesse à la perte soudaine de Sébastien Saffon (1974-2025)... Que disait-il de l'élevage du cochon notamment ? Que relevait-il sur le travail des paires de bœufs ? Mon tome de « Ceux de la Borde Perdue » est loin, à Mayotte, de même que le vieux gros et lourd Larousse Agricole 1951. Encore des “ découvertes ” et “ redécouvertes ”, avec la mise à l'honneur par Sébastien de la langue occitane, remises à plus tard dans le meilleur des cas... 
Foin de ces “ découvertes ” alléguées... même si de qualifier ainsi celle de Christophe Colomb ne vaut, après tout, guère mieux... 

(3) André David en sait plus long sur l'élevage du cochon : « Toute famille, dans la Montagne Noire, en possède trois ou quatre, nourris avec les déchets de cuisine; mais les gros troupeaux n'existent que dans les villages de châtaigneraie. Aussi, à Pradelles, doit-on vendre les porcelets aux gens de Labastide-Esparbairenque ou de Cabrespine; de même, sur le versant Nord : Sorèze, plus peuplée que Saint-Amans-Soult, mais privée de châtaigners (sic), a 1.000 porcs; Saint-Amans-Soult en compte plus de 2.000 ». L'auteur semble faire erreur vu que l'élevage du cochon nécessite qu'on lui cuisine, par exemple des pommes de terre, des herbes en fin d'engraissement, sans parler des châtaignes qu'il faut lui peler (réservé en principe à la famille). Sous un appentis accolé à la soue, un gros chaudron était réservé à ce travail. 

(4) dans les dicos Lagarde et Laus, le pendourèl est le pan de chemise qui pend, qui dépasse... est-ce celui des femmes ? des hommes ? Dans Lou tresor dau Felibrige, à l'entrée “ pendourèl ” Mistral ajoute « pont-levis d'une culotte »... Alors, femme ou homme, à chacun de prolonger ou non la portée du mot « pendorèl »...    


samedi 12 avril 2025

BALADE à AUDE (4), non-dits et fausses pudeurs...

Continuons avec la bordure nord de la Clape, notre montagnette que le fleuve a de toujours su contourner...   

Les prés, bordure nord de la Clape - Image d'archive. 

Petit pont sur le ruisseau du Bouquet. 

La longue ligne droite coupe dans les prés du Pastural et de Négo Saumo (une ânesse s'y serait noyée), longeant les Caudiès, étranges exsurgences d'eaux tièdes, du moins ne gelant jamais ; tout au bout, là où finit en beauté ce long de la rivière, avec un élargissement valant un plan d'eau, la confluence du Bouquet et son vieux pont en dos d'âne ; sur l'autre rive, de la campagne de la Bâtisse, la rangée sublime de pins, le toit éventré, d'un pigeonnier peut-être, complétant une vision des plus bucoliques. 

Je ne sais si le premier cabanon en contrebas de la garrigue appartenait au cousin Jojo, mais le second, si, je pense, en remontant alors le fleuve ;  Jojo Ferri (1942-2013) filleul et né un même 31 juillet, bien qu'à vingt ans d'écart avec son parrain, mon père (1922-2017). 

Archive. 


De beaux chevaux de demi ou de trait tournent la tête, l'un d'eux même se met de face, marquant un intérêt pas déplaisant. Vide en face, l'enclos où l'âne trop solitaire était accouru au grillage (ces animaux aiment le compagnonnage). C'était quand ? des années déjà... 
À peu de distance, le courant continue à ronger le chemin théoriquement réduit à l'état de sente sauf que les véhicules à quatre roues n'hésitent plus à passer à côté dans la friche, les traces encourageant sûrement ceux qui n'en savaient rien, à empiéter ainsi sur un terrain a priori privé (une des vignes jadis de mon grand-père Jean [1897-1967]). 
Du bel alignement de tamaris semi-aquatiques, ne reste qu'une paire d'exemplaires ; nous y descendions, non loin du cabanon de la Pointe, pieds nus dans l'eau, en bande, dont le copain Joseph (1950-2020), aimant à dire, au sujet des poissons à prendre grâce aux escabènes (arénicoles des pêcheurs), futurs appâts délogés de leurs conduits d'un substrat mélangé de sable plus dur sous la vase du fond, « anan sarcir lo croquet » : on va repriser, raccommoder l'hameçon ! J'ai longtemps cru entendre et comprendre “ farcir l'hameçon” ! 
Pas de chien au cabanon peut-être inhabité désormais tant il est vrai que ces abris à l'origine destinés aux chevaux et aux gens loin du village, ont donné envie d'un aménagement pour les vacances ou même dans le but d'y résider à l'année. 

Robert à l'Ayrolle 1978. 

En suivant, celui de la treille, n'en portant plus que le nom... Robert Vié (1927-2007) voisin, ami et pêcheur, avec son fils Claude, y treuillaient le globe, un grand filet entre les deux rives... Robert et Claude, toujours accueillants, prêts à plaisanter avec notre troupe d'enquiquineurs au lancer. 

Avec Joie, la campagne, un minimum de sens moral à ce jour commande de faire silence ; attendre que le temps débute son travail d'érosion, jusqu'à aplanir le saillant de la commotion : avant-hier, jeudi 10 avril 2025, une forte communauté villageoise portait en terre le viticulteur de Joie, 61 ans seulement. Quand Joie rime avec détresse, attendre que le temps de décence passe... 

La Barque Vieille archive. 
    

...Comme à la Barque Vieille avec toujours cette nostalgie d'antan qui s'autorise à refaire surface : une vigne à vendanger non loin d'une berge entre roseaux et peupliers ; les grands défendaient qu'on s'en approchât, de quoi au contraire éperonner l'imaginaire... La barque ? de Charon peut-être, le passeur étudié dans nos humanités ? Non, un bac, sûrement, pour l'autre rive... Un vieux pêcheur alors ? Jusqu'à braver l'interdit un jour, jusqu'à piétiner le sable et prendre des ablettes à la mouche de cuisine suite au plaisir des lignes dans « La Boîte à Pêche » de Maurice Genevoix manière de répondre à Robert faisant croire aux autres qu'avec les ablettes ou le silure je ne raconte que des histoires... Et un jour on apprend que notre rivière est une barrière empêchant une migration des espèces vers le nord, une frontière linguistique à propos de la prononciation de l'occitan, du vocabulaire aussi, en deçà et au delà du fleuve (à suivre). 


jeudi 27 mars 2025

Plus compliqué que SAUCISSE et JAMBON (5 et fin).

 Et mon père alors, qui me porte, moi qui suis dans sa maison ? 

Papa, tu es beau ! 


* François Dedieu (1922-2017), professeur de français, de russe, passionné de langues, de mots... (debout, bras tendus, les classeurs empilés de notre correspondance remontent du milieu des cuisses jusqu'au menton). Des lettres et courriels, dans l'acceptation de l'absence physique, plus apaisés que le geste si fort au moment de la séparation pour des mois, à des milliers de kilomètres, qui nous voyait serrés dans les bras l'un de l'autre, dans un « Au revoir papa ! » disant « Je t'aime ! » sans le prononcer. Et merci de m'aimer moi, l'enfant difficile, l'adolescent à problèmes que je fus, si souvent sur la corde raide. Ce qui est sûr est qu'après avoir longtemps imputé mes refus et rejets aux autres, en premier à mon père, j'ai mis très longtemps à reconnaître mes torts. J'ai été un sale gosse... voilà ce qui doit être dit en premier plutôt que de mettre en avant des circonstances “ minimisantes ”... Certains bons côtés auraient-ils quelque peu compensé, à la longue ? Redevant à mon père l'amour des langues, des livres, des mots, par un stratagème qu'il a feint d'ignorer, par le biais de souvenirs que l'âge se permet d'ouvrir, ne serait-ce que pour nos descendants, j'ai osé entreprendre la publication de nos vies pour ce qui les lient au village. Papa a si bien répondu et prolongé que force était de reconnaître qu'un deuxième tome s'écrivait en miroir, un diptyque donc avec « CABOUJOLETTE, Pages de Vie à Fleury-d'Aude II » le concernant, lui, pour un vécu plus loin dans le temps. Resté admiratif et peu critique de la matrice parisienne, avec les années, il n'en est pas moins revenu à reconnaître en lui l'attache vitale au languedocien, variante de l'occitan exclusivement pratiquée entre ses parents bien que bilingues appliqués, exigeants en orthographe, grammaire, conjugaison, bien français et pourtant binationaux qui s'ignorent. 

Tout passe, tout s'efface sauf si on s'efforce à repenser, à recréer, à revivre, à rechercher. Au delà de cette « Festa dal porc » que je retrouve bien qu'oubliée de moi, papa précise « seguida » (1), de la présentation du « Vin Bourru » qu'il me fit, je ressens fort la dette fructueuse que doit chaque fils au père qui continue de le porter (2) (penser l'inverse est une erreur, une vanité n'ayant pas lieu d'être).   

Plus légèrement, en conclusion, à propos de cochon, une des rares choses sympa chez les Parigots, Gabin et Bourvil fourguant du porc au noir dans « La Traversée de Paris », un film d'Autant-Lara, (1956) et encore... d'après une nouvelle de Marcel Aymé (1902-1967), il est vrai “ agent double ” dans la capitale malgré son attachement d'origine à la Franche-Comté...  

(1) terme peut-être local, non trouvé ailleurs, Mistral dans Lou Tresor dau Felibrige notant seulement « tua lou porc », tuer le porc. 

Côté terre, l'étang de la chasse aux canards, entre nous, une petite Camargue magnifique offerte par l'Aude, le fleuve, modeste au point de ne pas se prévaloir de son delta, le fleuve qu'on dit rivière tant il nous est familier... 
 

(2) Guy, professeur d'occitan, portant à bout de bras, chaque mois, une quarantaine d'élèves plus chenus que vermeils, apporte qui il est en plus du cours de langue. La fois dernière, il raconte la double trace de pas laissée dans le sable, au retour bien chargé d'une nuit jadis au canard (les appelants, le matériel avant tout...) ; s'ouvrant à son père, compagnon de chasse, d'un rêve en période triste, étrange et marquant, d'une seule trace de pas derrière eux, il reçut cette réponse aussi spontanée qu'éclairante « Ès ieu que te portavi... », « C'est moi qui te portais... ».