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mardi 31 mars 2026

La RAMADO de Coursan, chevaux, Rameaux, lexique (16)

La manifestation festive de juin à Mollégès a le mérite d'être claire dans son intitulé de « carreto ramado », à savoir une charrette de rameaux, rams en languedocien tandis que les Rameaux avant Pâques sont ceux du dimenche das Rampans (1), avec la majuscule. Dans certains secteurs d'Occitanie, des traditions de ramado poulido, de jolis chemins de rameaux entre les domiciles des deux amoureux et l'église officialisaient le mariage imminent ou tout récent tandis qu'un éconduit ou jaloux en arrivait parfois à la ramado laido d'un chemin jonché de fumier et autres saletés. 

D'après toujours le « Tresor dou Felibrige », travail monumental de Frédéric Mistral (1830-1914), l'entrée « ramado » comprend au moins deux homonymes, la ramado étant la douleur de la mère sur le point d'enfanter et aussi une averse passagère « Après une forto ramado seguido d'une soulelhado » Hercule Birat (1796-1872), chansonnier et  poète de Narbonne... comme dans la chanson enfantine « Il pleut il fait soleil... » 

Pour revenir à la fête honorant les paysans, leurs montures ainsi que le travail accompli, par chez nous, s'il est fait mention de la  « Ramado de Narbouno » et des quelques ramados organisées à Nissan-lez-Ensérune, c'est avec celles de Coursan qu'une tradition remontant à 150 ans en arrière ne tombe pas dans les limbes du souvenir grâce aux chroniqueurs de la revue FOLKLORE n° 1, de janvier 1938, qui en fait état. Il y a un siècle et demi, pas de vignoble dans nos parages mais du blé : « Il n'y a pas de pays en France qui puisse être comparé pour l'abondance de ses récoltes en grains à la fertilité de la plaine de Coursan » 1788, Mémoire d'un intendant du Languedoc, Ballainvilliers. La fête a continué lorsque, après 1850, l'ère de la vigne s'est imposée. 

Coursan, vue sur l'aval de l'Aude - 2011.

Ah ! ils se démarquent les laboureurs de Coursan qui montent assis et non à califourchon comme partout ailleurs ! La Ramado consiste à faire évoluer, liés à la queue-leu-leu, à 1,20 m seulement l'un de l'autre, 15 à 25 beaux et jeunes chevaux. Isolé devant cette cavalcade richement décorée jusqu'au gros nœud à la queue, le meneur ramadaïré galope en tant que porte-drapeau. Chapeau de paille rubané, petit boléro de couleur  brodé de fils d'or et d'argent, chemise et pantalon blancs (un long pan de la ceinture assortie au boléro, de même que la cocarde sur les sandales de toile blanche, parent tous les ramadaïrés). Le char, petit chariot lesté afin de tenir la route, recouvert de branches d'ormeau, est ainsi capable de tourner le coin des petites rues sans verser, l'honneur du conducteur étant en jeu. À l'intérieur, deux musiciens courageux, cachés dans un capitonnage de matelas, se doivent de continuer à jouer même renversés ! Les cavaliers, eux, sautent, descendent; virevoltent, se tiennent debout sur le cheval avant de se rasseoir et recommencer leurs numéros de cirque. La ramado passe partout dans le village ; elle s'enroule en escargot, décrit des S autour des arbres de la fontaine ferrugineuse. 

Coursan 2011 ; depuis le pont qui lui aussi a son histoire, l'église Notre-Dame-de-La-Rominguière XII et XIIIème siècle.

La soirée se terminait par un grand bal. Longtemps le village commentait la performance du conducteur parfois « de premier ordre »...  

Ces fêtes revenaient cher, on ne pouvait les organiser tous les ans, la dernière a eu lieu en 1905. 
Témoignage dans la revue Folklore n° 1 en janvier 1938, de monsieur Jean Maffre de Coursan. 

(1) beau souvenir d'enfance aussi, tous ces Rameaux au-dessus des têtes, devant le portail de l'église, jusque dans la rue... 
https://dedieujeanfrancois.blogspot.com/2024/03/rameaux-et-paques-1.htm

Et mon père, encore : 
« ... Dimanche des rameaux 1953 : Le mauve de la glycine qui étale ses grappes près d’un portail de la place du Ramonétage m’a fait penser à l’entrée monumentale du château de Saint-André-de-Sangonis, et en ce jour des Rameaux je revois Marcellin, le vieux serviteur zélé jonzacois qui, de retour de la messe, parcourait une à une les pièces de la grande maison pour laisser dans chacune d’elles une branchette de laurier bénit destinée à remplacer celle de l’année précédente. Pauvre Marcellin, si gentil au fond, qui revenait avec nostalgie sur ses cinquante années passées au service des familles Martin, puis Gaudion de Conas, Romilly enfin ; il évoquait la cure à lui payée jadis annuellement à « Châtel » (Châtelguyon), les tenues de service auxquelles il avait droit, bref les beaux moments de sa vie de fidèle domestique. Et maintenant ? La comtesse, toujours à court d’argent, lui devait même sept mois de gages, quelle misère ! Aurait-il mieux fait de rester au service de la maison Martell qui portait si haut depuis si longtemps le renom du cognac français, celui de son pays qu’il ne reverrait plus ?.. » François Dedieu, p. 185 Le Renouveau / Caboujolette 2008. 

« [...] Dimanche 17 mars 1940. Rameaux. (St-Patrice). Je vais à la messe, où je suis à côté d'André Pédrola, qui est loin de douter bien sûr qu'il va aller, treize années plus tard, partager la vie des Canadiens du Québec tandis qu'au même moment je vais gagner ma vie de professeur, pour trois ans, au Brésil... » Ensuite nous jouons au billard au café de la place, qui sera remplacé plus tard par le marché couvert, la salle de cinéma du haut cédant alors la place à la nouvelle perception de Fleury et au logement du Percepteur. Dédé, le plus jeune des trois enfants Sanchon, boit une grenadine (il a sept ans)... » Caboujolette / Pages de vie à Fleury II / chapitre "Le Renouveau" / 2008 / François Dedieu.

vendredi 4 avril 2025

André... erratum

Non, non, l'erreur est de mon fait... 

André était trop aimé d'où mon erreur... Dany, la fille me fait gentiment remarquer qu'il est ici avec Yaya, sa belle-mère à elle. Ci joint, André et Simone sa compagne, la première à être contre lui... tout contre... 



mercredi 2 avril 2025

ANDRÉ : perruches et oiseaux de Montréal... (3)

« Les paroles s'envolent, les écrits restent ». À ce jour jamais je n'avais entrevu la possibilité d'interpréter positivement ce vieux proverbe antique « Verba volant, scripta manent » ; ce n'est pas qu'il soit négatif en soi puisqu'il préconise la prudence, l'écrit, contrairement aux paroles, restant incontestable... Certes, la parole... « donner sa parole », « tenir sa parole », des expressions d'un monde virtuel de dignité, d'honneur, de confiance, qui n'a plus cours, seulement bon chez les idéalistes... « Parle toujours » ! C'est bon pour les candides, les naïfs... à d'autres !  

Trêve de barguignage, au fait ! Des écrits capables de faire éclore une amitié en germe, à partir d'une vieille camaraderie de quartier, de village... Ils seraient plus que centenaires, nos deux amis, il n'empêche, cette amitié se transmet par héritage des pères, forgée qu'elle est dans des écrits, tant que les fils la portent... Chronique d'une vie, à grands traits, tout le monde n'est pas Proust... 

Alors, accouche ! arrête de tortiller du séant pour exprimer que de dire cette amitié vivante, plus forte que la mort, ne relève pas du négatif.  

André Pédrola, le fils d'Élise du “ quartier haut ”, a émigré au Canada en 1954, sauf erreur. On a eu dit de lui, non sans un brin de condescendance, qu'il avait vite pris l'accent de la Belle Province, un parti-pris pour le moins lapidaire lorsqu'on apprend qu'André tient fort à ses origines, que pour son entourage familial, en 2001, à 77 ans, il s'est lancé dans sa chronique, son passage de témoin ; ses proches, eux, le savent ; ils envoient ce qui a trait à son pays natal ; Lulu de Fleury qui a émigré à Coursan, soit dit en passant, leur a envoyé « De Pérignan à Fleury » des Chroniques Pérignanaises (2009) de même que « Caboujolette » et « Le Carignan », « Pages de vie à Fleury » notre diptyque à portée limitée de 2008. En interférant, la surprise inattendue que nous fait André tient du miracle ; il nous associe à son clan de confiance, à son passage de témoin, au partage de nos trajectoires, mettant dans le pot commun ce que nous avons chacun, de particulier, de privé, d'intime... 

Simone et André. 

« Chaque homme est une humanité, une histoire universelle » (1861) Jules Michelet (1798-1874). 

Oui je sais, je suis long mais un jour il faudra bien une introduction au legs d'André. Qu'on me pardonne, c'était au sujet des oiseaux, passons lui la parole, enfin... écrite... nous nous comprenons :  

« Longueuil ce 22 mars 2010.

Ce matin, c'est la bonne odeur du café qui m'a éveillé en chatouillant mes narines. Simone, ma merveilleuse épouse, vient d'enlever la couverture de la cage des perruches et leur a ouvert la porte. Aussitôt elles sont sorties pour se dégourdir les ailes. De mon lit je les entends jaboter comme de petites commères. [...] 

J'ai jeté un coup d'œil pour voir si mes voisines, qui logent dans le grand sapin étaient là. 

Les trois couples de tourterelles avaient quitté leur nid, pour profiter du soleil sur le bout des branches, côté levant. En arrière ce sont les magnifiques, mais peu hospitaliers, geais bleus qui ont élu domicile dans le grand cèdre jouxtant le patio. Ils ne tolèrent pas les autres oiseaux dans les parages. Après un bref séjour dans la salle de bain, je suis entré dans la cuisine [...] 

Melopsittacus_undulatus_-Temuka_Aviary-8a 2009 under the Creative Commons Attribution 2.0 Generic license. Author Gabriel Pollard

Entrée triomphale acclamé par mes petits oiseaux grimpeurs l'un bleu, l'autre jaune et vert. Tandis que je m'installais à table ("taple" à Fleury) ils, ce sont des mâles, sont entrés dans leur cage pour manger quelques graines. Puis ça été la comédie habituelle de chaque repas, ils veulent du pain.

Alors le bleu qui, bien que plus jeune que son compagnon, semble tout régenter, sort de la cage et fonce vers moi, frôlant mes cheveux et retourne chez lui attendant le petit morceau de pain rôti. Il est encore plus virulent au repas du midi, car ils adorent les petits pains mollets que je boulange une fois par semaine. [...] Tandis que je fais les mots croisés, cachés et autres, je vois arriver, sur les câbles qui leur servent d'autoroute nos petits amis à la fourrure grise et à la queue touffue, les écureuils. Pas farouches, ils viennent manger dans la main et se laissent caresser. Les autorités conseillent de ne pas les nourrir pour ne pas augmenter leur population, mais Simone est incapable de résister. Il se tiennent debout sur les pattes arrière celles de devant, bien plus courtes, croisées sur la poitrine, en remuant la tête, comme pour implorer, devant la porte du patio. Il y a un qui tape sur la vitre avec son museau, comment veux-tu refuser ! Simone leur jette quelques noix ou pinottes et c'est la corrida. Ça court de partout les écureuils après les geais qui veulent leur part du festin, et aussi entre eux, chacun voulant en prendre le plus possible dans la gueule pour aller les cacher. Ils en enterrent partout et souvent ne se rappellent plus où... ». 

André Pédrola. 

Voir aussi Partager le Voyage: AMITIÉ, AMOUR, TOUJOURS ET A JAMAIS ! / Fleury d'Aude en Languedoc.

dimanche 5 avril 2020

DIMANCHE DES RAMEAUX / Fleury-d'Aude en Languedoc.

Le "Restez chez vous" de cette pandémie inattendue nous ramène, comme c'est le cas en Équateur où c'est la débandade des autorités devant le virus, au temps de la peste... la noire à y être ! Alors plus d'embrassades, plus de bisous, quelques uns ont voulu promouvoir le lancer de pied pour remplacer le serrer de main mais quand il faut laisser un mètre cinquante d'espace... 
Heureusement il y a le téléphone, le i-fone, la tablette, l'ordi et pas que pour relever les errements macronesques... le monarque républicain devrait-il endosser tout, tout comme on dira aussi que son règne calamiteux fut marqué aussi par l'incendie d'une merveille que la Terre entière pleure, Notre-Dame-De-Paris ! 

Loin de ces projections qui fâchent, je retiens seulement qu'une gentille correspondante vient d'écrire 

" Avec maman nous partions à la messe avec chacune une branche de laurier." 

Désolé, je n'allais pas remplir une autorisation de dérogation de sortie pour 5 minutes même si le laurier de Jo pousse à moins de 100 mètres !
Et par ce matin baigné de soleil, malgré le marinas d'une fraîcheur humide pénétrante, d'accord aussi avec Max qui tient, en ce jour, à mettre entre parenthèses et la maladie et la politique, je me laisse plutôt aller à une douce nostalgie d'une époque où indulgente, l'église (avec un "é" minuscule, la nôtre, qui compte tant pour le village !) rapprochait paroissiens ou concitoyens... 


"Vacances de Pâques 1940. 

 Dimanche 17 mars. Rameaux. (St-Patrice). Je vais à la messe, où je suis à côté d'André Pédrola, qui est loin de douter bien sûr qu'il va aller, treize années plus tard, partager la vie des Canadiens du Québec tandis qu'au même moment je vais gagner ma vie de professeur, pour trois ans, au Brésil. 

 
1966. Communion de ma petite soeur et de ma cousine. Diapositive François Dedieu.
Ensuite nous jouons au billard au café de la place, qui sera remplacé plus tard par le marché couvert, la salle de cinéma du haut cédant alors la place à la nouvelle perception de Fleury et au logement du Percepteur. Dédé, le plus jeune des trois enfants Sanchon, boit une grenadine (il a sept ans)."

Caboujolette / Pages de vie à Fleury II / chapitre "Le Renouveau" / 2008 / François Dedieu.