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mardi 31 mars 2026

La RAMADO de Coursan, chevaux, Rameaux, lexique (16)

La manifestation festive de juin à Mollégès a le mérite d'être claire dans son intitulé de « carreto ramado », à savoir une charrette de rameaux, rams en languedocien tandis que les Rameaux avant Pâques sont ceux du dimenche das Rampans (1), avec la majuscule. Dans certains secteurs d'Occitanie, des traditions de ramado poulido, de jolis chemins de rameaux entre les domiciles des deux amoureux et l'église officialisaient le mariage imminent ou tout récent tandis qu'un éconduit ou jaloux en arrivait parfois à la ramado laido d'un chemin jonché de fumier et autres saletés. 

D'après toujours le « Tresor dou Felibrige », travail monumental de Frédéric Mistral (1830-1914), l'entrée « ramado » comprend au moins deux homonymes, la ramado étant la douleur de la mère sur le point d'enfanter et aussi une averse passagère « Après une forto ramado seguido d'une soulelhado » Hercule Birat (1796-1872), chansonnier et  poète de Narbonne... comme dans la chanson enfantine « Il pleut il fait soleil... » 

Pour revenir à la fête honorant les paysans, leurs montures ainsi que le travail accompli, par chez nous, s'il est fait mention de la  « Ramado de Narbouno » et des quelques ramados organisées à Nissan-lez-Ensérune, c'est avec celles de Coursan qu'une tradition remontant à 150 ans en arrière ne tombe pas dans les limbes du souvenir grâce aux chroniqueurs de la revue FOLKLORE n° 1, de janvier 1938, qui en fait état. Il y a un siècle et demi, pas de vignoble dans nos parages mais du blé : « Il n'y a pas de pays en France qui puisse être comparé pour l'abondance de ses récoltes en grains à la fertilité de la plaine de Coursan » 1788, Mémoire d'un intendant du Languedoc, Ballainvilliers. La fête a continué lorsque, après 1850, l'ère de la vigne s'est imposée. 

Coursan, vue sur l'aval de l'Aude - 2011.

Ah ! ils se démarquent les laboureurs de Coursan qui montent assis et non à califourchon comme partout ailleurs ! La Ramado consiste à faire évoluer, liés à la queue-leu-leu, à 1,20 m seulement l'un de l'autre, 15 à 25 beaux et jeunes chevaux. Isolé devant cette cavalcade richement décorée jusqu'au gros nœud à la queue, le meneur ramadaïré galope en tant que porte-drapeau. Chapeau de paille rubané, petit boléro de couleur  brodé de fils d'or et d'argent, chemise et pantalon blancs (un long pan de la ceinture assortie au boléro, de même que la cocarde sur les sandales de toile blanche, parent tous les ramadaïrés). Le char, petit chariot lesté afin de tenir la route, recouvert de branches d'ormeau, est ainsi capable de tourner le coin des petites rues sans verser, l'honneur du conducteur étant en jeu. À l'intérieur, deux musiciens courageux, cachés dans un capitonnage de matelas, se doivent de continuer à jouer même renversés ! Les cavaliers, eux, sautent, descendent; virevoltent, se tiennent debout sur le cheval avant de se rasseoir et recommencer leurs numéros de cirque. La ramado passe partout dans le village ; elle s'enroule en escargot, décrit des S autour des arbres de la fontaine ferrugineuse. 

Coursan 2011 ; depuis le pont qui lui aussi a son histoire, l'église Notre-Dame-de-La-Rominguière XII et XIIIème siècle.

La soirée se terminait par un grand bal. Longtemps le village commentait la performance du conducteur parfois « de premier ordre »...  

Ces fêtes revenaient cher, on ne pouvait les organiser tous les ans, la dernière a eu lieu en 1905. 
Témoignage dans la revue Folklore n° 1 en janvier 1938, de monsieur Jean Maffre de Coursan. 

(1) beau souvenir d'enfance aussi, tous ces Rameaux au-dessus des têtes, devant le portail de l'église, jusque dans la rue... 
https://dedieujeanfrancois.blogspot.com/2024/03/rameaux-et-paques-1.htm

Et mon père, encore : 
« ... Dimanche des rameaux 1953 : Le mauve de la glycine qui étale ses grappes près d’un portail de la place du Ramonétage m’a fait penser à l’entrée monumentale du château de Saint-André-de-Sangonis, et en ce jour des Rameaux je revois Marcellin, le vieux serviteur zélé jonzacois qui, de retour de la messe, parcourait une à une les pièces de la grande maison pour laisser dans chacune d’elles une branchette de laurier bénit destinée à remplacer celle de l’année précédente. Pauvre Marcellin, si gentil au fond, qui revenait avec nostalgie sur ses cinquante années passées au service des familles Martin, puis Gaudion de Conas, Romilly enfin ; il évoquait la cure à lui payée jadis annuellement à « Châtel » (Châtelguyon), les tenues de service auxquelles il avait droit, bref les beaux moments de sa vie de fidèle domestique. Et maintenant ? La comtesse, toujours à court d’argent, lui devait même sept mois de gages, quelle misère ! Aurait-il mieux fait de rester au service de la maison Martell qui portait si haut depuis si longtemps le renom du cognac français, celui de son pays qu’il ne reverrait plus ?.. » François Dedieu, p. 185 Le Renouveau / Caboujolette 2008. 

« [...] Dimanche 17 mars 1940. Rameaux. (St-Patrice). Je vais à la messe, où je suis à côté d'André Pédrola, qui est loin de douter bien sûr qu'il va aller, treize années plus tard, partager la vie des Canadiens du Québec tandis qu'au même moment je vais gagner ma vie de professeur, pour trois ans, au Brésil... » Ensuite nous jouons au billard au café de la place, qui sera remplacé plus tard par le marché couvert, la salle de cinéma du haut cédant alors la place à la nouvelle perception de Fleury et au logement du Percepteur. Dédé, le plus jeune des trois enfants Sanchon, boit une grenadine (il a sept ans)... » Caboujolette / Pages de vie à Fleury II / chapitre "Le Renouveau" / 2008 / François Dedieu.

lundi 30 mars 2026

Mollégès, la carreto ramado, lexique (15)

À Mollégès, nous disions, entre Rhône, Durance et Alpilles, Camille Soccorsi a été sollicité en 1989 pour sculpter un cheval de trait en hommage à un monde millénaire de travail de la terre, symbole donnant à réfléchir sur l'âme humaine de plus en plus viciée par un matérialisme aveugle, avançant à marche forcée au poison à produire du fric (1). Loin de cette terrible dérive, au pied du cheval de pierre, les vers du félibre contemporain Charles Galtier (1913-2004) :

« Noun se pòu devina ço que deman preparo
E pèr qu’à l’aveni se posque saupre encaro
Lou bonur qu’a liga lis ome e lou chivau
Dins la pèiro entaia,iéu, eici, fau signa. » 

Cheval de Mollégès  Auteur : mamoue13.ekablog.fr

Traduction approximative :
Ce que demain prépare ne peut se deviner
Et pour qu’à l’avenir on puisse encore savoir
Le bonheur qui a liés les hommes et les chevaux
Dans la pierre sculptée, moi, ici, vous fait signe. »

 Sensible au sujet, la municipalité sollicite chaque année la Société de Saint-Éloi (2) chargée des réjouissances de la St-Éloi, patron des agriculteurs et charretiers de Provence. 
Quelques jours avant la fête, les charrettes promènent les musiciens donnant l'aubade, les charretiers remettent la tortillade, une couronne anisée ainsi que le drapeau. 

Mollégès, prieurs de l'année (la cocarde piquée sur la chemise) et chevaux de tête Carreto Ramado, Fête de la St-Éloi juin 2024. Auteur facebook.com/villedemolleges... Et 49 chevaux à la file (on peut les compter sur une vidéo !)... à se demander où ils peuvent bien les trouver... 

Le soir du samedi de la fête, l'un derrière l'autre une quinzaine de chevaux de trait galopent : les deux de devant, brides d'apparat, couvertures richement brodées, harnachés à la mode « sarrazine »,  sont les premiers à tirer la carreto ramado, charrette ornée de branches vertes. 

La Carreto Ramado Fête de la St-Éloi 2024 Mollégès (Bouches-du-Rhône) Auteur : facebook.com/villedemolleges.


Les femmes en Arlésiennes, La Carreto Ramado Fête de la St-Éloi 2024 Auteur : facebook.com/villedemolleges.  


Le dimanche, le prieur de l'année invite les charretiers et toute la population à un déjeuner. Au cours de la messe en provençal, la charretée d'une cinquantaine de chevaux est bénite sur la place du village. Avec les charretiers précédés des prieurs, fillettes, jeunes filles et dames du village portent le costume de l'Arlésienne. 

Sous des abords festifs et folkloriques, cette fête remarquable pour un village de 2647 habitants en 2023, reste avant tout une célébration catholique traditionnelle. Sans le volet religieux au premier plan, on retrouve le souvenir de cette fête de « La Ramado » à Coursan... (à suivre) 

(1) Du paysan à l'agriculteur nous sommes passés l'exploitant agricole puis à l'agroindustriel. Ce dernier  prétend insidieusement qu'il nourrit le peuple alors que son intérêt premier est de s'enrichir, le pays ne devant plus sa subsistance qu'aux importations... d'où mon refus de suivre bêtement les slogans faciles demandant un soutien automatique... Ce n'est pas pour autant qu'il ne faut pas soutenir la minorité faisant marche arrière pour des méthodes de production respectueuse, et contester la mainmise des grands groupes qui les étranglent... 

(2) association qui depuis 1969 élit pour un an ses deux « prieurs » responsables de l'organisation des fêtes de juin et d'été. 

facebook.com/villedemolleges


      

vendredi 7 mars 2025

CARNAVAL (3) Dans nos villages ?

À propos de carnaval, d'abord une synthèse partielle en miroir à d'anciens articles :

* rien de visible pour l'instant de la part des mairies à Salles-d'Aude, à Cuxac-d'Aude. 

* rien non plus à Nissan-lez-Ensérune, Vinassan, Coursan... 

* concernant Sallèles, déjà en 2013, “ l'Indèp ”, le journal local, parle de « manifestation qui s'essouffle ». Alors, à quoi s'attendre en 2025 ?  

* À Armissan, c'était le 1er mars à 19h 20 qu'ils ont mis le feu à Mme Carnaval (seraient-ils ardents défenseurs de la parité ?) avant de se défouler lors d'une soirée DJ déguisée.

* À Narbonne, avec 300 carnavaliers et une dizaine de chars, le défilé s'est mis en branle le dimanche 2 mars à 15h, Carnaval fut jugé à 17h. 

* À Carcassonne, avec la semaine du cassoulet, il faut noter la date du 29 mars à 15h pour le carnaval de la Trivalle marqué par la participation des calendretas, les écoles où l'apprentissage de l'occitan est promu. Les enfants défileront, ils présenteront des saynètes, des chants et des danses. Le jugement et le bûcher sont prévus à 17h 30 ainsi qu'un bal de 18h 30 à 20 heures.   

* à Ouveillan, la date retenue est le 5 avril. En ce moment ils montent les chars et confectionnent des fleurs en papier pour la sortie des bicyclettes. 

* À quand le carnaval de Lespignan ? Si le Comité des Fêtes s'y honore d'une longévité remarquable, seule une info semble transpirer en date du 28 janvier avec mention d'un atelier chargé « de redonner vie à Monsieur Carnaval ». Notons encore une vente d'oreillettes de 10 à 12 h les 5, 12, 19, 26 mars et 5 avril au Foyer du Troisième Âge. Un loto occitan des Amis de Lespignan est programmé le 21 mars à 17h 30 à la Salle du peuple mais le flou entoure la possibilité du carnaval...  

* Et si, à Poilhes, rien ne transpire chez les “ dégourdits ” (un surnom ancien) pour un possible carnaval, par contre à Capestang une déambulation en musique est prévue dès 15h le dimanche 9 mars ; Carnaval ne semble pas devoir être jugé et brûlé... une célébration hybride en somme mais les profits de la buvette, des crêpes et autres barbes à papa iront aux écoles, maternelle et primaire... 

Buffetaires / Photo page facebook Ville de Capestang. 

Il ne reste plus, à propos de Capestang, qu'à apprécier le beau souvenir d'un carnaval d'antan... En serait-il de même, à Fleury, chez nous où on a su faire écho aux courges du 1er novembre ?  



Photo de la page facebook Ville de Capestang... Inversion des sexes mais la grâce des gambettes y a beaucoup perdu... 


Photo facebook page Ville de Capestang... belle d'un jour... 

jeudi 10 octobre 2024

PROVENCE RHODANIENNE (6) LE PETIT ÂNE GRIS (3)

1968, Hugues Aufray chante Le Petit Âne Gris : Provence, moutons, transhumance, santons... soit autant de poncifs à présent qu'une vie toujours plus moderne fatigue le besoin d'évasion, phagocyte le merveilleux des enfants.  Corde sensible : se réveillent en moi Francis Jammes, Brassens, Cazal et sa carriole. 

« Le fond d'une étable... Tout seul il s'est couché... Pauvre bête de somme... Il a fermé les yeux... Abandonné des hommes, Il est mort sans adieux... » (paroles d'Hugues Aufray). Images de vie, images de mort d'un animal qui, contrairement à l'humain, n'a rien à se faire pardonner mais meurt tout de même ; tous les paramètres d'un ressenti débordant de désarroi sont réunis, parfois jusqu'aux larmes. On fond et en fond se nourrit ce sentiment d'impuissance parce que la vie d'avant, toute pas facile qu'elle ait été, se dissout et avec elle, toute en compassion, cette proximité perdue avec les animaux plus domestiques que familiers, chiens, chats, chevaux, mulets, ânes, poules, canards, pigeons, lapins... 

Comtesse de Ségur_Mémoires-d'un-âne 1869 illustration Horace Castelli  (1825–1889)


La vie d'avant, après Brassens, Irénée c'est aussi, pour quelqu'un de mon âge, à Pézenas, rappelant Cadichon de la Comtesse de Ségur, Jacky le copain de classe car on l'a promené sous les grands pins du parc, le petit âne du domaine de Grange Rouge, la propriété de ses grands-parents Lapointe. 
    
Décennie 90, lors de la promenade dite digestive suite aux libations du jour de l'an, sur du bien être sans nuages, la terrible rencontre avec une charogne. De quoi ne plus être dans l'estomac trop chargé suite à un bon menu. Bien que loin de Baudelaire, par un jour gris d'entrée maritime, après la Clape, en bordure de l'ancien étang de Fleury, sans la pestilence, sans les légions de mouches et de larves, la peau encore sur les côtes en cerceaux, le cadavre d'un pauvre âne mort d'abandon, de manque de soin, sinon de vieillesse... Je crois bien sinon j'imagine l'avoir vue bien vivante, la pauvre bête, libre et peut-être satisfaite dans ce grand terrain. L'endroit ? je peux le montrer tant ce triste souvenir marque, au croisement du chemin des Arbres Blancs avec celui pas plus promu de Marmorières mais si emprunté depuis que les GPS, dans leur logique simpliste, le recommandent pour aller à Saint-Pierre-la-Mer, depuis Vinassan. 

Le petit âne, nous le retrouverons avec une même tendresse grâce à R-L Stevenson (1850-1894) dans son « Voyage avec un âne dans les Cévennes » (1879), si plein de remords et d'émotion après coup, d'avoir négocié la vente de Modestine, tout comme le père Adam qui en pleurant lui avait vendu l'ânesse ; nous le retrouverons sous la plume d'Henri Bosco (1888-1976), natif d'Avignon, familier de la Durance, il est « L'Âne Culotte » qui, l'hiver, porte des pantalons aux pattes de devant et qui vient seul prendre livraison au village du pain et de l'épicerie commandé(e)s par un homme vieux et solitaire dans un mas de la montagne, nimbé de mystères. Constantin, un enfant, échappant à la garde de sa grand-mère Ernestine, va braver l'interdit et partir un jour sur l'âne (pardon d'en dire trop, serait-ce prétentieux, mais Ernestine était la mienne de mamé [1896-1976], avec toujours une gourmandise détournée au fond des grandes poches de son tablier).  



Le petit âne, je l'ai retrouvé ce jour de balade à la Pointe de Vignals. De son enclos il m'a vu venir de loin... C'est vrai qu'ils ne s'aiment pas solitaires et que la compagnie d'un mouton, d'une chèvre, d'un chien, d'une poule aident à leur bon moral. Je lui ai dit de rester vigilant, que l'endroit s'appelle Nego Saumo, du temps où la perte d'une ânesse marquait les esprits... d'ailleurs, à Salles-d'Aude aussi, le long de l'ancien cours de l'Aude, un ténement porte aussi le nom de « Nègue Saume ». Mystère quant aux circonstances de ces noyades...  

Le petit âne, il est à Coursan, avec ces photos déjà anciennes, échouées dans nos vieux papiers (celui ou celle qui illustre J'aime l'âne de Francis Jammes dans le précédent article). De nos jours, toujours à Coursan, l'Asinerie du Rivage honore les ânes ; par le biais de savons, cosmétiques, laits d'ânesses, d'ânons à adopter, l'élevage contribue à la conservation de l'âne des Pyrénées, catalan, de grande taille sinon gascon, plus petit. 

Wikimedia commons Auteur Cocollector

Avec l'évocation pastorale d'une vie avant, en Provence comme en Languedoc, j'étais loin de réaliser la place et la portée de ces grands yeux doux et paisibles, relevés de khôl, qui n'en finissent pas de me regarder... Dans la grande incertitude de ce qui nous attend, avant tout, de ce que les générations nouvelles ont et auront à affronter, chamboulé par un présent morose, des lendemains crispants, comment ne pas s'accrocher, pour survivre, sûrement, à ces racines encore vives, à ce vécu concret dont il faut témoigner...    

mardi 8 novembre 2022

PERDU LE NORD ou carrément à l'OUEST ? (2)

PETITE EXPLICATION DE CARTE 


De quand date la norme de regarder l'Aquillon en haut d'une carte quand certains faisaient le contraire ? Ce qui n'empêche rien ; c'est rare non de ne pas être latéralisé ? Tout ça pour vous parler de François de la Blottière (1673-1739) pour sa "Carte de partie de Languedoc frontières de Roussillon qui conprend la coste de la mer depuis le fort de Salces jusquà la hauteur de Narbonne..." et dessinée en regardant le Midy (1722). 

Carte de partie de Languedoc, frontières de Reussillon qui comprend la coste de la Mer depuis le fort de Salces jusqu'à la hauteur de Narbenne, où se trouve le cours des rivières d'Aude, d'Orbieu, de la Berre et de la Gly, le cours de la Robine d'Aude et partie du Canal Reyal de communication de deux Mers | Gallica (bnf.fr)

* A remarquer que pour la carte qui a dû demander tant d'heures d'efforts, l'auteur n'a pas pris le soin élémentaire de partager l'espace disponible pour les lettres qui se resserrent pour "Languedo..." exposant "c" faute de mieux ! 

** Ce même cartouche indique les cours d'eau dont, à titre de curiosité, la Gly ainsi que la Robine d'Aude. 

*** D'après "l'eschelle", les distances peuvent s'évaluer en grande lieue de France de 3000 toises ou en lieue commune de France de 2500 toises. 

NOTE : l'orthographe des noms de lieux est celle de la carte sauf pour les prolongements et analyses. 




Concernant l'Aude, le dessin représente bien le cours tortueux du fleuve, exhaussé de par l'importance des sédiments transportés (deuxième en volume après le Rhône). Son tracé permet de comprendre pourquoi les limites du département sont ce qu'elles sont. 
Entre Sallèles et Coursan, au nord figure la Plaine de Coursan, réputée sous l'Ancien Régime, pour ses bons rendements en blé, avant que la vigne ne s'imposât. Entre Coursan et Narbonne, une chaussée et nombre de fossés de drainage laissent penser que c'est ce qui restait de l'étang salin où, un siècle avant Narbonne affermait pour des poissons ! 


L'ancien bras sud du delta, devenu aujourd'hui "Canal de la Robine", se nomme alors "Robine d'Aude". A Narbonne, elle délimite les quartiers de Cité au Nord et de Bourg au Sud. 
Après être passée entre l'Étang des Capitouls à l'Est et celui de Bages à l'Ouest, la Robine atteint la pointe de "L'Isle de Ste Luçie où elle se jette entre les Étangs de "Peiriac" (plus mentionné de nos jours) et celui de Sigean. Figure alors un chenal jusqu'au Port-de-La-Nouvelle, dit "Canal des Romains". 



A partir de Coursan, l'Aude n'en finit pas de divaguer jusqu'au pied de l'Esquino de Camel. C'est à cet endroit, au Pas-du-Loup, qu'en 1632, Anne d'Autriche a failli se noyer comme 200 de ses soldats ! (collines de Nissan). Passant à portée de l'Étang de Lespignan, le fleuve finit dans l'Étang de Vendre (aussi appelé " Étang de Fleury "). 

A portée de Coursan, en direction de Narbonne figure le château de Granselve (à l'origine une grange cistercienne, "... dont on dit que " Fontfroide est la fille" / Livre du Canton de Coursan, Francis Poudou) inclus aujourd'hui dans la localité (en face de la zone d'activité). 

Entre Coursan et Salles, les châteaux de Céleyran et du Pech de Céleyran, si remarquables depuis la route, n'existent pas. Seuls, figurent la métairie de Seudre sur le côteau ainsi que le moulin "du phare" au-dessus de la coopérative. Dans la plaine de Salles, on remarque nombre de fossés drainants. 


On trouve ces fossés à Pérignan aussi, mais dans une cuvette fermée du bord de La Clape : les drains de l'Étang de Fleury d'où part le ruisseau du Bouquet créé par les hommes ! Le ruisseau est dessiné de même que son cours souterrain qui, depuis l'étang, contourne bien la colline du moulin de Montredon (voir à ce sujet les articles sur le dernier affluent). 


Pour ce qui est des routes, si on reconnaît celles de Salles, de Saint-Pierre, de la partie vers les Cabanes mais qui s'en va suivre celle des campagnes au pied de La Clape (la localisation et le nom des fermes nous interrogent / à St-Pierre aussi, des noms nous laissent perplexes). En direction de Vinassan, ce n'est pas celle d'aujourd'hui, par le château de Marmorières, c'est le chemin qui passe par le phare des aviateurs, le Pech de la Pistole avant de redescendre vers St-Félix (autoroute A9 actuelle) en bas du Four à chaux et de Mader, le trajet pour Narbonne suivi par mon arrière-grand-mère, embêtée, une fois, par les loups !). Rien vers Lespignan, Béziers et l'Hérault sinon vers " N. D. de Lie  sans nul doute possible, Liesse dont la chapelle a malheureusement été vandalisée il y a peu. En 1622 les Dominicains de Liesse furent autorisés par Louis XIII de passage à Béziers, à établir un passage de l'Aude par barque (la construction du premier pont suspendu ne fu décidée qu'en 1800). 

En conclusion, considérons le respect du détail concernant le plan de notre localité : le château, la tour ronde de l'hôpital d'alors sont précisément situés. 

Finalement, même si cette concomitance de cartes m'a entraîné dans les tumultes du Palais Bourbon et des enfantillages détestables en période de crise, je préfère, et de loin, cette petite explication de carte au dégoût de la politique, en espérant aussi que de Salses à Carcassonne, en passant par les Corbières, cette publication Gallica de la BnF (2021) a de quoi attiser la curiosité de bien des amateurs de patrimoine.    
  

dimanche 11 juillet 2021

APPEL A TÉMOIN (Coursan)

Rien de grave et de stressant, soyez rassurés... 

Années 60... Et oui, la nostalgie reste ce qu'elle a été depuis qu'elle est... Du noir et blanc, du témoignage argentique, de valeur... Il est de Coursan ou alors il y a des attaches solides... 

Dans un exposé illustré de huit photos, sur un drôle de format à carreaux rectangulaires, à l'encre, dans une écriture soignée tant pour la forme que pour l'orthographe, il nous présente son village. 

Il devait être élève à Victor Hugo, le collège de Narbonne. 

S'il se reconnait, afin que son travail lui soit restitué,50 ans, au moins, plus tard, qu'il décrive les deux dernières photos. 





vendredi 2 juillet 2021

Sur le pont de Coursan (supplément photos)

 Je savais qu'elles y étaient... elles datent de 2011 ! 

Coursan, le mur qui ne protège pas toujours des crues violentes de l'Aude.
vue vers l'aval

il manque des cloches on dirait...

vue vers l'amont




Sur le pont de Coursan, on y danse (fin)

 Plus de dix ans plus tard, le cardinal de Richelieu doit encore passer à gué et ce n'est qu'à partir de 1685 que grâce aux impôts supplémentaires (déjà...) votés par les États du Languedoc, l'idée de pont pourra se matérialiser. Henri Gautier (1660 - 1737), ingénieur du roi puis inspecteur du corps des Ponts-et-Chaussées, participe à la construction des cinq arches d'origine (la dernière rive gauche se retrouve enterrée suite à une inflexion du lit de l'Aude (encore un caprice d'un fleuve trop travailleur et porteur de sédiments ? et à quelle époque ?).

Portant l'ancienne nationale 9, d'importance pour les échanges Nord-Sud via le Massif Central, l'ouvrage s'en trouvera régulièrement retouché : les trottoirs à partir de 1882 jusqu'à leur encorbellement en 1924, la chaussée élargie en 1905 et portée à 6,50 mètres (avec des trottoirs de 2 m !). Les matériaux ont évolué :  de la fonte à l'origine pour les parapets puis du ciment armé avant l'aluminium anodisé plus actuel. Les modifications se conjuguent avec des réparations, restaurations et un entretien fonciers ; ainsi la voute centrale a été consolidée par injection de béton en 1967, les fondations des piles renforcées par un rempiétement en 1983, le tablier en 1985.     

"... Le petit pont de Coursan..." peut-on lire parfois de la part d'un (sur Wikipedia), qui, à l'instar du Parisien narguant le provincial, tendrait à dénigrer le pays profond, ne prêchant que par la grande ville. Laisse donc, Coursannais : ce quidam, jaloux de notre joli pont avec aussi des ouïes comme à Toulouse n'est même pas capable de compter jusqu'à quatre puisqu'il parle de trois arches seulement... Ne parlons pas de la cinquième...   

Daïsso péta Coursannot, maï que s'en fouten d'aquel piot... 

S'il ne faut pas déprécier pour autant le pont de Cuxac en amont, ceux de Salles et Fleury en aval, serait-ce pour des raisons que la raison ne connaît pas, il est assurément beau et photogénique, ce pont qui vit passer tant d'illustres personnages... Alliées à son profil cambré donnant sur Notre-Dame-de-Rominguière, l'église qui adopta la tour de guet wisigothique en guise de clocher, ses ouïes, ouvertures circulaires, si utiles pour l'écoulement d'une lame d'eau importante, ses arches encore, plein cintre, encadrant celle en anse de panier, en allègent joliment la structure... 

Panier des paysannes... Le riche limon des rives du fleuve continue de donner de bons légumes et l'été des tomates en quantité... La joie s'ajoute à l'esthétique pour la belle saison et la fête de la Barque... et si ce n'est pas sur le pont, graillons et flonflons, "... Dansez, chantez, villageois, la nuit gagne... le vent qui vient..." (clin d’œil à Georges Brassens...). 

Sources : wikipedia & site de la ville de Coursan. 

Sur le pont de Coursan, on y danse... (1)

Coursan depuis le pont / wikimedia commons / Author Christian Ferrer... merci l'auteur même si la saison ne répond pas à l'entrain de la belle saison...
 

Sur le pont de Coursan, on y danse, on y danse... Aussi bien que sur celui d'Avignon pardi, puisque le quartier voisin fête la Barque plusieurs jours durant encore, parfois, au mois d'août... Graillons et flonflons, des moules aussi... Que reste-t-il de sa renaissance dans les années 60 quand des orchestres réputés drainaient la jeunesse des villages voisins ?   

Le quartier médiéval de la Barque c'est celui qui domine l'Aude, derrière le mur haut et épais censé protéger des crues. Sinon les gens s'enfermaient derrière le portail de Notre Dame et les remparts quand le guet, depuis la tour au-dessus du gué, (par la suite clocher de la Rominguière), signalait une approche non reconnue, aiguillonnée par la hantise d'un raid sarrasin.  

C'est donc un passage à gué, voire grâce à un bac, idéalement situé sur la trajectoire la plus courte entre Narbonne et Béziers qui a valu l'installation du village. Corciano marque le passage de l'Aude sur la via Curtia plus directe par les collines de Nissan que la via Domitia plus à l'ouest, coupant la pointe de l’Étang de Capestang, plus exposée encore aux hautes eaux des inondations. 

Si la présence d'un pont de bois reste historiquement confuse, le tour de France à l'initiative de la régente Catherine de Médicis pour présenter son fils au royaume et à l'Espagne parle d'une traversée difficile de l'Aude à Coursan il est vrai le 4 janvier 1565. Et si pont il y eut, nul doute qu'il n'a pas tenu longtemps suite à une colère récurrente du fleuve. Le site de la ville relève un paragraphe de l'Histoire Générale du Languedoc : 

 " Le 14 octobre 1632, le Roi Louis XIII, la Reine, suivis de toute la Cour partis de Béziers à 11 heures du matin pour se rendre à Narbonne, passèrent l'Aude à gué à 4 heures du soir (sans doute au lieu dit "La Barque"). Il s'éleva aussitôt un orage extrêmement violent accompagné d'éclairs et de tonnerre et d'une si grande abondance de pluie qu'en moins de 2 heures la rivière et tous les ruisseaux du voisinage débordèrent, inondèrent toute la plaine à une lieue aux environs de Narbonne, ce qui produisit une fange si épaisse, que la plupart des carrosses et fourgons de la Cour s'embourbèrent et que presque tous les cochers ou charretiers furent obligés de dételer leurs chevaux et d'abandonner leurs bagages pour se sauver. Une heure plus tôt, le Roi et la Reine auraient été noyés."

(à suivre) 

Sources : wikipedia & site de la ville de Coursan.


mardi 18 avril 2017

UNE SAINT LOUP BIEN ARROSÉE ! / Fleury en Languedoc


Lundi de Pâques. Si à Coursan on fait « Pâquette(s) », à Fleury, comme dans bien d’autres localités de l’Aude, on fête Saint Loup. L’occasion de faire un grand pique-nique avec l’omelette ou les œufs de Pâques à l’honneur. Les familles, les groupes de jeunes s’égaient dans la garrigue, les prés, la plage ou les pins au bout de la barre de Périmont.

Saint-Pierre a tant changé depuis ces années 60. Au bout de l’échine pelée de Périmont il ne reste que quelques pins. La garrigue à kermès s’est couverte de maisons (on disait « villas » du temps où le mot marquait une certaine fortune) et de résidences. Le transformateur au bout n’existe plus. Il pointait au-dessus d’une grotte donnant, plus bas, sur une grande salle souterraine et un lac en miroir. Le courant servait à pomper l’eau que des prophètes doublés de techniciens promettaient depuis longtemps aux estivants de Saint-Pierre-la-Mer.
 

Cette fois, les copains sont venus, Georges de Narbonne, Antoine d’Ouveillan. Quant à Joël, il devait être auprès des siens, chez ses grands-parents, à Trouillas (j’ai pensé à lui, un peu troublé, avant hier, parce qu’une émission sur les amandes nous a montré un chocolatier de renom, apprenti pâtissier parce qu’il ne faisait rien à l’école, et qui replante des amandiers, si ému de la portée de son geste (1)).
 


Qu’est-ce qu’on a bien pu manger ? Je crois bien que l’amitié, le plaisir d’être ensemble ont constitué l’essentiel du menu. Le ciel est bien dégagé. C’est une belle journée, ensoleillée malgré un Cers un peu frais. Le printemps certes, mais pas un temps à se baigner. La plage est toute encombrée de ces bois flottés que l’Aude a charriés. Et concernant des jeunes qui spontanément, déconnent, qui a eu l’idée de génie ? Ce qui est sûr est que l’enthousiasme a été général ! Dans une vitalité tout à fait à l’opposé du tableau offert par les morts-vivants des rescapés de la Méduse, un radeau est assemblé : une corde, quelques mailles d’un filet déchiré, un bidon en fer à l’origine plein d’huile d’olive, un baril, un tonneau à fourrer sous une structure que les flots ont échoué, providence de robinsons, sur le sable. Mise à l’eau. Recherche d’une fragile stabilité à l’aide de perches tordues. Deux naufragés partent chercher du secours ; le troisième, resté sur la grève, agite les bras. Au début, des salutations, des encouragements puis les cris disent bien qu’il faut revenir, que le vent emporte l’esquif vers le large alors que les deux navigateurs rient à qui mieux mieux quand l’équilibre menace de les envoyer à l’eau. Bien obligés pourtant, de quitter le navire ! Antoine sans plus hésiter une fois le danger compris, Georges, plus cabochard après avoir néanmoins essayé de faire demi-tour, en jouant de sa partègue.
Déjà nos fiers marins n’avaient plus pied ! Eux partis fringants pour des courses lointaines s’en retournent rigolards de ce slip kangourou pur coton mais pendouillant, trempé, jusqu’aux genoux et qu’il faut retenir d’une main ! Et pour finir la journée à s’en taper le ventre, mes deux lascars m’envoyèrent aussi à la baille ! Nous nous sommes séchés en regardant le radeau jouer à cache-cache avant de disparaître dans le bleu foncé du Golfe du Lion. 
Merci Saint-Loup, saint patron des franches rigolades.             

(1) "Les amandes d'ici ont, en effet, une saveur incomparable pour le professionnel, mais leur approvisionnement reste complexe tant la production est minime et la filière peu ou pas organisée. Pour le chocolatier, "on n'a jamais trouvé une amande espagnole ou californienne du niveau de la française". Pour ses recettes, il recherche "un goût parfaitement stable" et c'est une variété spécifique qui le lui donne. Il s'agit de la Feragnès, réputée pour sa grosse amande au goût fin et sucré... /...
... Faire l'acquisition de culture d'amandiers est un acte militant, "un engagement indispensable à l'heure où cette filière à tendance à disparaître de France"... 
http://www.lindependant.fr/2014/08/06/des-amandiers-a-croquer-pour-le-chocolatier-patrick-roger,1915330.php