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vendredi 3 avril 2026

Noce, NOM de la ROSE, cheval lexique (18)

À l'image de ce que nous appelions « un bon repas », de fête annuelle, Pâques par exemple puisque ce sera dimanche, ou encore lié à la religiosité, un baptême, une communion autant première que solennelle, sinon de fête ponctuelle, le mariage, l'anniversaire de mariage en étant les expressions des plus parlantes, en vue desquelles, tant ces réjouissances coupant avec l'ordinaire des jours comptaient, les invités se souhaitaient longtemps à l'avance de rester en forme, de ne pas y manquer, j'ai souvenance de la noce du cousin Jojo (1942-2013, cher cousin, tu n'aurais que 83 ans le 24 de ce mois... poutou à Maguy) (1), né, entre parenthèses, comme papa, son parrain, un 31 juillet, bien qu'à vingt ans d'écart. Gardant de cette journée, du dîner, du souper, des traces bien vivantes (une cavalière dont le visage m'est resté (2), une poule à la crème délicieuse le soir...), j'entends, encore à table vers cinq heures de l'après-midi, un des hommes dire, bientôt suivi par les autres, « Cal anar pessar lou chaval. », ce que nous comprenions comme s'occuper du cheval, lui donner à boire, à manger, se préoccuper de sa litière. 

Tout allait alors, à l'âge où on ne se pose pas de questions... Bien en semaine à Pézenas, la petite ville si cocon, ça marchait en gros au collège, cosy dans son ensemble étonnamment désordonné, malgré la crainte du surgé, monsieur Bezombes d'Aniane (je signais parfois mon relevé de notes), l'abbé Nothon de la communion solennelle, pas dominicain du tout, m'était sympathique et j'aimais, le samedi en fin d'après-midi, après la séance scolaire de promenade vers St-Siméon, avec un pion commandant « Adelante ! » ou « Avanti ! », je ne sais plus, ce retour au village, la minette depuis des heures sur la plage arrière de la Dauphine, et mon père s'exclamant rituellement à la vue du modeste éclairage d'ampoules, seulement visible une fois la côte de Liesse passée, « Fleury, ville lumière ! ». Toute cette géographie par ricochet me captivait, toute la famille heureuse, ce bon menu, ça m'allait bien. Au dessert, à la demande de tous, une chanson entonnée par papa, de métro continuant son voyage avec un jeune homme pas sage (3) des rimes détournées faisant rire les adultes... et moi à me dire « Mais qu'est-ce qu'il a avec toujours Paris, Paris... ». Rien sur la cérémonie... l'église ? la mairie ? seulement ces agapes, ce « cal pessar lou chaval » dans l'ordre apaisant des jours qui passent, noce ou pas, et cette poule à la crème du soir au souvenir plus papillaire sur les babines que le minois de la jolie cavalière... Et puis, était-elle là, encore, au souper ?       

Alors, le moment de clore ce lexique s'annonçant avec, pour être juste, quelques paragraphes à prévoir sur les mules et les ânes qui ont aussi tant aidé à la domination des éléments par des humains aux desseins discutables, condamnables même (4), en cherchant déjà sur les mules et mulets, je tombe sur un article Partager le Voyage: PAUVRES CHEVAUX ! LIBRES OISEAUX... de décembre 2022 que je me dois, en premier concerné, relire et redétailler tant il donne à réfléchir sur ce que nous sommes. Ce n'étaient que des points, des idées à savoir, à méditer (à suivre)...   

(1) ces repas festifs se faisaient encore à la maison qui embauchait alors une “ bonne cuisinière ” pour la journée et peut-être aussi les préparatifs, cette fois-là, Marie Escaré habitant juste en face, la maison avec la porte à mouches, un portail à la voûte ceinte par un joli rosier grimpant. 

Une vue de la noce Maguy-Jojo. Diapositive développée en avril 1963 © François Dedieu

(2) une émotion platonique mais vraie, revenue en force à l'insu de mon plein gré, parce qu'on veut que les choses de la vie soient belles... Avec « Le Nom de la Rose », le film d'Annaud (a)(b), à la fin, lorsque Adso devenu vieux se souvient comment il a choisi de suivre son maître franciscain plutôt que la jeune paysanne implorant son amour et sa protection, moi aussi je me souviens de la cavalière dont je ne sut jamais le prénom... faute de lui demander il m'aurait suffi de lire l'en-tête de son menu... elle me plaisait... 
(a) comme d'après le roman “ policier-médiéval ” d'Umberto Eco (1932-2016), dans un décor d'abbaye-forteresse entre Provence (la Haute) et Ligurie enneigées, sous un ciel plombé, ce film rassemble bien des éléments en situant la trame par chez nous, lors de la croisade contre les Albigeois dits “ Cathares ”. 

Lodève, intérieur de l'ancienne cathédrale St Fulcran.

En effet, le moine franciscain Guillaume de Baskerville, joué par Sean Connery (1930-2020) pourrait bien être Bernard Délicieux (vers 1260-1320 mort en prison à Carcassonne), le franciscain défendant autant les Bonshommes que les déviants prônant la pauvreté de l'Église, Bernardo, donc Bernard Gui (1261-1331 mort à Lauroux (Hérault), le dominicain, inquisiteur implacable, évêque de Lodève en récompense, (qui pourtant me rappelle par certains profils [acteur F. Murray-Abraham, 1939-, Salieri d'Amadeus]) le pauvre copain Joseph dit “ Mazo ” [1950-2020]).
(b) 2024. Une version restaurée du film est doublée en breton et... occitan.       
(3) ce n'est que 63 ans plus tard que je me réveille à cette chanson cochonne « La jeune fille du métro », un détournement d' « Idylle souterraine », 1933, paroles Louis Hennevé/ musique Gaston Gabaroche, avec un cinquième couplet plus paillard encore.

(4) Mais la loi de la nature, toute de violence et de domination, des plantes à tous les animaux, n'est-elle pas incontournable ? 


dimanche 28 juillet 2024

VIEIL INDIEN, VIEILLES LUNES, le voyage en Tchéco (3 bis)

La Lergue à hauteur du Puech, under the Creative Commons Attribution 4.0 International license. Auteur Tournasol7

La Lergue, belle rivière méditerranéenne (affluent rive droite de l'Hérault au niveau de Canet : un dénivelé de presque 770 m. pour 45 km de cours), appelant fort à la baignade par une canicule estivale ; grâce à son échancrure sur les contreforts du Larzac, elle permet le passage de l'amphithéâtre languedocien vers le Massif Central, directement vers la capitale, par l'A 75, de son petit nom, la Méridienne. 

Elle passe à Lodève, la Lergue, et après la géographie, c'est l'histoire qui s'impose. Oh un détail seulement, mais pas comme dit par un révisionniste ; et puis c'est la faute à Sean Connery ; avec « Le Nom de la Rose », au sein d'une sévère abbaye-forteresse bénédictine, l'acteur joue l'opposition entre Bernard Gui, le terrible inquisiteur dominicain et lui même, moine franciscain, d'un ordre bien plus proche des valeurs chrétiennes de bonté et de tolérance, Guillaume de Baskerville.

L'Agitateur_du_Languedoc (Bernard Délicieux) tableau de Jean-Paul Laurens (1838-1921) Domaine public. Musée des Augustins Toulouse.
 

Le personnage, scenario oblige, évoque incontestablement Bernard Délicieux, qui, au début des années 1300 dans le Midi, a défendu les Bonshommes prétendus hérétiques ainsi que les béguins dissidents... une prise de position qui amena l'idée de sécession au profit du roi de Majorque sauf que Philippe IV le Bel et la papauté, une fois réconciliés, réitérèrent sur le Midi la duplicité sanglante pour le pouvoir, le sabre et le goupillon. Bernard Gui (et non « Bernardo » du film), évêque de Lodève, mourut en 1331 à Lauroux, sa résidence campagnarde proche. Bernard Délicieux perdit le procès contre Gui ; il périt vers 1320 dans son cachot de Carcassonne ; en 1318, un siècle en gros après la sinistre croisade contre les Albigeois, Narbonne, Capestang, Béziers, Lunel et Lodève eurent à subir les buchers purificateurs de la dite “ Sainte Inquisition ”...

La température est fraîche, la montée du Pas-de-l’Escalette n’a pas fait du tout chauffer le nouveau moteur. L'eau de la Lergue n'a pas appelé à la baignade... 
Lors d'un itinéraire vers la Tchéquie, pays de sa maman, la vieille route les avait entendus chanter « Que la Montagne est Belle » de Jean Ferrat. Et avec quel enthousiasme ! Paradoxal, étrange à propos d'une complainte pathétique, l'exode rural... C'est qu'ils partaient dans l'émotion du voyage, vers des parents, grands-parents aimés, ce qui tenait un peu du défi, en pleine Guerre Froide... La chanson de 1964, ils la chantaient en 1965, merci Ferrat...
 
Brebis_en_pâture_sur_le_Larzac 2013 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license Auteur Jean-Claude Charrié
 
Là-haut, le Causse du Larzac évoque toujours bien des choses de paysans, de moutons (1), de langue occitane «... sur lou causse hauturous qu'es coumo sa patrio » (sur le causse altier qui est comme sa patrie), une trilogie victorieuse de la terre caussenarde contre l’armée arrogante, en voie d'exproprier et agrandir le camp du Larzac, rappelant, à son corps défendant, l'agression de Montfort, des barons du Nord. 
 
Panoramic_view_of_Millau 2019 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license Author Krzysztof Golik
 

Pas d’arrêt au fameux point-de-vue sur Millau de sa grande déconvenue de 2023, nul besoin de l’ongle noir au gros orteil gauche pour rappeler ses trous noirs du voyage raté de l’été passé : d'abord se prendre l'unique roc dépassant de la terrasse sur le canyon de la Dourbie, ensuite ce bouchon de refroidissement passé on ne sait où, fatal pour le joint de culasse mais qui pourtant mit fin à une entreprise risquée... une folie que de partir avec une enflure vite diagnostiquée phlébite… 

«...Objets inanimés, avez-vous donc une âme
Qui s'attache à notre âme et la force d'aimer ?...» Milly ou la terre natale. Lamartine, même si le pays, le paysage qui lui est cher, ne peuvent être confondus avec des « objets ». 

(1) Les moutons, adaptés au dénuement des causses, fondements, par le passé, de toute une économie, vivrière grâce au fumier pour le potager et les céréales du paysan, industrielle avec la laine matière première du tissage en ville de cadis et de serges, agronomique dans la production de lait pour le roquefort, agro-manufacturière avec le travail des peaux à Millau, la fabrication du fromage entraînant le sacrifice des agneaux au sevrage... Que reste-t-il de cette économie traditionnelle ? Et qu'en est-il de la transhumance séculaire qui voyait monter les troupeaux du Bas-Languedoc ? 

Années 70