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mardi 3 mars 2026

TRAÎNÉES de TRAÎNE (9)

N'en étant qu'un modeste et imparfait rapporteur, je ne puis qu'inciter à aller à la source, aux sources plutôt, s'agissant de la revue FOLKLORE, si riche de témoignages et d'enseignements sur l'Aude : R52_024_10_1941.pdf, ainsi qu'à l'étude hélas inachevée de François Marty « La pêche artisanale sur le littoral audois » : Etude pêche Marty_août2010 

Nous y trouverons encore des infos qui traînent sur la pêche à la caluche, par exemple sur le partage des prises, la quête du débouché, la vente aux poissonniers sinon la vie des équipes de pêcheurs, et non des pêcheresses ou sirènes aux mœurs légères comme le titre du jour pourrait le laisser penser...  

Bouillabaisse under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Author Muesse... c'est le choix de poissons rares qui va faire la différence entre une bouillabaisse d'exception (une comporte de poissons locaux et le menu sur papier bristol la fois où Maurice voulut fêter le changement des Cabanes à Fleury de son beau-fils Louis Robert [1906-1993]) et celle, plus commune mais plus fréquente, à la maison...  Pour nos pêcheurs, pas plus d'assiette que de couverts, peut-être les pommes-de-terre pour tenir l'estomac... 

Ainsi dans la revue FOLKLORE, d'après M. CARBONEL « ...à Gruissan. Les vieux pêcheurs séjournaient trois à quatre mois au bord de la mer. Ils couchaient sur le sable et mangeaient tous les jours la bouillabaisse qu'ils faisaient cuire dans une grande marmite dite : « païrol ». Ils se plaçaient autour de ce « paîrol » et chacun, à tour de rôle. piquait un morceau de poisson avec la pointe de son couteau, l'honneur de se servir le premier étant réservé au plus âgé. En mangeant la première bouchée ce dernier prononçait les mots suivants : « Diùs en nous » et les autres répondaient : « Diùs amé nous ! ». La bouillabaisse est une soupe de poisson de diverses espèces, assaisonnée de plusieurs épices que l'on verse sur des tranches de pain frottées d'ail (choupin). Un autre met des pêcheurs est la bourrido constitué par des anguilles cuites avec des pommes de terre. (P. SIRE). Le poisson base de cette alimentation est prélevé, comme nous le verrons plus loin, sur le produit de la pêche; c'est la part de l'oulo qui doit servir à préparer le repas de midi ou pinhato... »

« ...La barque de traîne est commandée par son patron qui a sous ses ordres un équipage, la chourmo, composée, d'après M. F. VALS, à Leucate, de 25 à 30 personnes, tandis que M. A. CARBONEL, à Gruissan, l'évalue à 40 ou 50 personnes. L'équipage proprement dit comprend le second, lou segound, le garde-fanal, lou gardo-fanau, les hommes de bol, lous omes de bol ou vougaires qui rament, ils sont au nombre de huit. Il y a ensuite les tireurs, tiraires, calosses ou gandards, qui sont des ouvriers non qualifiés chargés de tirer le filet... »

Autre complément dans « Le Canton de Coursan », Opération Vilatges al Pais, Francis Poudou, 2005 : « Les Hommes et le Littoral autour du Golfe du Lion, XVIe -XVIIIe siècle », Gilbert Larguier (1)

« Appartenant au groupe des sennes, ce filet appelé “ boulier ” ou “ boulieg ” sinon “ bouliège ” et, plus proche de nous, “ trahine ”, “ traîne ”, est muni de flotteurs en surface et lesté pour reposer sur le fond. Le nombre de mailles (de cordes de 109,728 mètres) le caractérise. Ainsi, parmi les grandes, une traîne d'été utilisée à Saint-Pierre-la-Mer pouvait atteindre douze mailles soit plus de 1300 mètres. En hiver, le petit boulier servait à la fois en mer et dans les étangs... »

« Canton de Coursan », Vilatges al Pais, 2005 Francis Poudou. Le chapitre « Pesca e pescaires » (Pêche et pêcheurs) regroupe 12 grandes pages, des schémas une dizaine de photos noir et blanc, d'époque. Dommage que R. B. de son nom, Cab de son lieu (?), peut-être Robert Boni des Cabanes ait été oublié dans l'index des personnages ayant participé aux enquêtes alors que l'abréviation Fleu est utilisée pour les participants de Fleury (Arm pour Armissan, Cour Coursan, Cux Cuxac, Fleu, Gru Gruissan, Sal Salles, Vin Vinassan)... Pour ma part, j'estime que, de donner seulement des initiales pour les prénoms et noms représente un manque pouvant passer pour irrespectueux... et ce n'est pas l'index final qui vient tempérer cet avis. 

La traïna, en parlant de la grande traîne (pratiquée surtout par les Gruissanais jusqu'à Saint-Pierre), nécessitait une soixantaine au moins de personnes ; largué au bout d'une vingtaine de mailles, soit à deux kilomètres au large pour la plus lointaine, le filet et sa poche au milieu est large d'un kilomètre (il faut jusqu'à 10 rameurs pour la beto, la barque). À crier le rang de la maille qui arrive, afin de rester  “synchros ”, “ raccords ”, il faut trois à quatre heures pour la ramener à terre ; il se pêchait en moyenne quatre tonnes de sardines, la part du patron de pêche et celles de chaque participant, professionnel ou occasionnel. 
Aux Cabanes, se faisait aussi la pêche à la petite traîne, la pesca a la calucha ; elle ne nécessitait que quelques personnes (vestige d'un temps, avec Robert Vié, dans les années 70, en le comptant, nous étions quatre). 

(1)  Gilbert Larguier, professeur d'Histoire moderne à l'université de Perpignan, évoque, entre autres faits, concernant notre thème, le quasi désert que constituait la côte languedocienne, du Moyen Age jusque dans les années 1920, à cause du mauvais air, la malaria que nous savons être le paludisme.   


mercredi 25 février 2026

La traîne expliquée par François MARTY (7.3)

Auditeur privilégié de ses précieux témoignages, je partage avec plaisir le vécu d'Yves Boni, pêcheur originaire des Cabanes-de-Fleury. Après ça, comment se résoudre à un clap de fin avec un témoin si amicalement soucieux de partager ce que fut sa vie de pêcheur ? 

À titre personnel, je garde pour la fin le souvenir plaisant d'une participation à au moins deux caluches, deux petites traînes, à Saint-Pierre-la-Mer (Pissevaches) et aux Cabanes-de-Fleury, avec, inoubliable tant il était attachant, un autre pêcheur de chez nous, Robert Vié (1927-2007). 

François Marty (1953-2008), emprunt aux Archives du Sensible.

Décidément, c'est la pêche à la traîne qui est la mieux documentée tant dans la revue Folklore avec la participation d'Henri Bourjade, avocat de formation, propriétaire terrien à Fleury-d'Aude et Saint-Pierre-la-Mer, celle aussi, pour aujourd'hui, de François Marty (1953-2008), pêcheur à Gruissan dans son étude malheureusement inachevée pour cause de décès. 
Dans la quarantaine de pages dédiées à sa « Description détaillée des techniques de pêche », avec l'art de la pêche, le lamparo, la foëne, le tellinier, le trabaque, les filets maillants, les crocs et le globe, François Marty accorde huit pages à la « caluche », deuxième en importance après le lamparo.      

François Marty la caluche : 
« ...Les très grandes traînes appelées « Gateo » ont vécu leurs dernières mises en œuvre dans les années 1950 : par manque de bras » (F.M.
Il nous explique qu'en plus des professionnels, les 50 à 80 personnes se présentant pour aider à la traîne, venant suite au bouche-à oreille initié dans les quartiers par les matelots se trouvèrent de moins en moins intéressées par la part gagnée, « la godaille » (F.M.)(en raison de l'amélioration du niveau de vie, de la paie en numéraire plutôt qu'en nature)

« [...] Cette pêche, appelée en français la senne de plage, ne se pratique facilement qu’en absence de houle... » (F.M.), donc par vent de terre (1) Cers ou Tramontane. 

Schéma François Marty. 

L'auteur précise que la barque qui a calé le filet revient au bord à environ 300 mètres du départ « [...] Commence une longue traction tandis que se lève le soleil, jaune d’œuf... » (F. M.) 

Chaque cinq minutes, une maille (100 mètres environ) est ramenée, une équipe crie « maille » et l'autre bras doit répondre puisqu'il faut se trouver au même niveau simultanément. 

« [...] Les pêcheurs disent que c’est le filet qui effraie le poisson en bougeant. Ainsi allant de gauche à droite, le poisson hésite jusqu’au moment où, « sentant » la terre proche, il essaye de repartir vers le large et se trouve piégé dans la poche, d’où l’importance qu’elle se trouve bien au centre à l’approche de la plage. » (F.M.) 

Schéma François Marty

Dessin de François Marty qui était aussi artiste.



Lorsque le filet arrive, les équipes tombent le trajèl (2) et tirent à la main, côté flotteurs ou côté plombs, en prenant soin de bien garder le plomb au fond de l'eau au niveau du dénivelé limitant la grève. Ils doivent aussi tenir compte des poissons qui s'ensablent afin d'échapper au piège : 
« [...] En effet si le mulet saute par dessus le filet, le loup, la dorade et le marbré ont la faculté de se mettre de côté, de basculer latéralement, de secouer rapidement leurs ouïes ce qui crée un courant qui retire du sable et leur permet d’y loger leur corps sur lequel ce sable se redépose. Un gros loup provoque en surface des tourbillons et des remous impressionnants... » (F.M.)
Une foëne (« fitouiro » chez Alibert, et nous, disions « fichourlo ») s'avère alors très utile vu que l'eau diminuant la pression, le poisson sous le pied s'échappe généralement. 

La poche est laissée dans l'eau, on en retire le poisson grâce à une cagette « [...]Ce qui est commercialisable ou peut faire partie de la portion donnée à l’équipage est mis en caisse, glacé et entreposé à l’ombre sous le « seilou » (la pointe pontée de la barque / note JFD), est rejeté vivant le poisson ni maillé ni écrasé... » (F.M.) 

En prévision du prochain coup de traîne, la poche nouée, tout doit ensuite être bien rangé, bien lové pour les mailles et plié concernant le filet. 

Les embouchures des graus et des ports sont recherchées, idem pour les trous d'eau. Celui qui arrive en second doit s'éloigner de 600 mètres pour « faire bol ». Souvent une bette laissée sur la plage indique que la place est gardée. 

En tenant compte des courants (celui de pounent est favorable / F.M.), des bouées, du début de la surveillance des plages, ils font en général trois bols dans la matinée. 

« [...] Incidents. Les croches ne sont pas rares, chaque hiver, chaque inondation apportent son lot d’obstacles qui peuvent être plus ou moins dangereux et plus ou moins ensablé en fonction de la houle et des courants. Il est ramassé toutes sortes d’objets dont les plus incongrus, appareil auditif, fauteuils d’avion, frigos, pneus… Lorsque la tension de la corde augmente, qu’une résistance se manifeste, une personne habituée peut savoir si l’on est en train de déchirer le filet. En posant la main sur la corde, il est possible de sentir la secousse des mailles en train de se rompre. Si le lieu est connu pour propre, dégagé de tout écueil, l’hypothèse d’un simple ensablement suffira à faire en sorte de resserrer les deux bras pour débloquer. En cas de croche importante, il devient impossible de tirer. Le filet se déforme et souvent la ralingue des flotteurs coule. La relève du filet s’impose alors afin de le dégager. Soit à l’aplomb de la barque on peut libérer le filet quelquefois à l’aide d’une gaffe ou alors il est nécessaire de plonger... » (François Marty).     

(1) « Magistral ou maristrau qui souffle de l'Ouest ou de l'Ouest Nord-Ouest et que l'on confond avec le Cers », la Tramontane, Tramountano, restant un vent de Nord-Ouest ( page 198 « La Pêche sur le Littoral Audois », Garae, revue Folklore n° 3, automne 1941)

(2) Une paire de tours autour du cordage suffisent à bien arrimer la traction... tout comme font les cow-boys quand ils laissent le cheval devant le saloon... 

(3) À Saint-Pierre, dans des circonstances analogues, mon grand-père Jean sortit de l'eau un loup magnifique dont l'œil seulement était visible mais ce butin devait appartenir de droit au patron pêcheur. 

Source ; Archives du Sensible, Parc Naturel de la Narbonnaise « La Pêche Artisanale sur le Littoral Audois », « Étude Inachevée », François Marty (1953-2008), Association Etan.  

jeudi 19 février 2026

Ça TRAÎNE au clavier et dans le vécu... (6)

Sûr que ça traîne, mais avant de repartir aux Cabanes-de-Fleury, je me dois de revenir, manière d'honorer le vécu, sur la parole de nos disparus, non sans rappeler, plus inestimable qu'elle n'en a l'air, celle des vivants. Tous exhortent à poursuivre, tant les trépassés de la pêche sur le Golfe du Lion, que les témoins toujours présents. 

Considération en premier lieu à l'égard de Mlle Narbonne, des messieurs Carbonel, Sire, Vals et Bourjade, chroniqueurs, en 41, de l'activité liée aux poissons du littoral audois et plus particulièrement, en tout ce qui touche la rivière Aude (fleuve côtier), son embouchure et nos plages des Cabanes-de-Fleury à Saint-Pierre-la-Mer (revue Folklore). 

Village de cabanes de pêcheurs à l'Étang de l'Ayrolle (Gruissan, Aude) diapositive de 1978.  

Ensuite, figure François Marty pour tout ce qu'il a voulu partager de sa vie de pêcheur soucieux de nature... bien issu de Gruissan par sa famille de pêcheurs... bien que parlant pointu... Dans les voix qui continuent de nous parler, pas de Maître Bourjade, muet la seule fois où je l'ai approché, la fois où, faisant irruption, j'interrompis une discussion entre habitués devant les machines et courroies des tours de Sébastien Comparetti, le mécanicien. 

Sur le mur de “ l'usine ”, jadis le local communautaire pour rusquer, teinter les filets, un trompe-l'œil avec, à droite, un touret ainsi que le filet de la pêche au globe (Les-Cabanes-de-Fleury). 

Par contre, celles des Vidal père et fils, pour cause de pêche au globe (et aussi dans une scène du Petit Baigneur, le film), restent audibles, elles, pour tout un public intéressé. 
Plus souriante est celle de Robert Boni (et de son épouse), à chaque salutation ; plus chaleureuse encore reste celle de Robert Vié, voisin si bienveillant et ouvert, m'invitant en barque sur la rivière ou l'Étang de l'Ayrolle ainsi qu'à ses pêches à la traîne depuis le sable de Pissevaches ou des Cabanes..

Yves Boni devant sa villa de Saint-Pierre-la-Mer. 

Enfin, demeurent les voix liées à ce chapitre de terroir, bien vivantes, elles, et c'est heureux, de Guy et Claude, copains d'enfance, de jeunesse et aussi celle d'Yves, Yves Boni, un homme libre, bon, franc, qui a bien voulu revivre pour moi des épisodes de sa vie de pêcheur du Golfe (1). C'était sous le figuier de sa villa à Saint-Pierre, un cadre charmant ouvert au bon temps de mer, d'une époque où la “ villa ”, d'un statut supérieur à la baraque, au cabanon, mais pas tape-à -l'œil du tout, d'une coquetterie modeste, des jours où Thérèse (2), son épouse, me servait l'apéritif dans la cuisinette. Pardon si, presque une larme à l'œil, j'en boumboume toujours d'émotion (hier j'ai voulu l'appeler mais le numéro n'est plus attribué... si quelque bienfaiteur pouvait me dépanner (3)... C'est qu'encore, en 2015, tout gardait le souvenir palpable de Saint-Pierre avant, avec la vigne vert-jaune de raisins blancs, son grillage troué aux lapins, sa grotte en haut, son puits d'eau saumâtre en bas, en lieu et place des Résidences Saint-Pierre et, de l'autre côté, des baraques souvent sur pilotis mais ici pour compenser la pente dont la belle parce que mystérieuse « ACOPOTANA », qui m'évoquait le Japon à un âge où partir a plus d'attraits que rester, avec un nom d'un exotisme proche vu qu'en languedocien « aco pot anar », se traduit par “ ça peut aller ” ; sinon, de modestes constructions en dur, aux toits de tuiles rouges... un quartier, presque un village à part, avec ses cyprès et pins d'Alep ou parasols... un paysage qui a surgi en moi, dans les couleurs, d'un tableau de Cézanne, et qui, pour ces raisons là, me sauta un jour, au visage...  

Long préambule mais ça ne traînera pas davantage au sujet de la pêche à la traîne, traïno ou calucho, entre Gruissan et Les-Cabanes... de Fleury est-il utile de préciser ?  

(1) Quinze articles sur « Partager le Voyage », taper dans la recherche : « Yves », pêcheur », « Golfe » et aussi « bastets » ou encore « bogue »... 

(2) c'est sa famille de Coursan, qui, l'été, installait son marabout sur la plage, devant les baraques et au milieu des campeurs. 

(3) en message privé sur carabene11@gmail.com ou facebook Fleury-d'Aude en Languedoc sinon Jean-François Dedieu encore fb.          


mardi 17 février 2026

Entre Les-Cabanes et Gruissan, les “ Robert ” Vié, Boni et François Marty (4)

Le globe redescend alors pour n'être relevé que suite à un bon quart d'heure d'attente. Posé à portée des habitations, il appartient à tous et est utilisé par roulement (1). Ceux qui possèdent un tel filet à titre privé (ils sont 17 dans les années 1920 (2)) ne peuvent caler qu'en amont... 

Robert Vié (1927-2007), ravaudant dans son impasse (années 74-77). 

Ce que faisait notre regretté voisin, Robert Vié (1927-2007), homme d'une convivialité constante, ouvert aux autres, recevant les écoliers dans son petit musée de la pêche avec maquettes (dont celle du globe avec les poteaux, le filet, les tourets de bois), qui m'invita plus d'une fois soit à la pose de palangres dans la rivière ou à la pêche à l'anguille sur l'Étang de l'Ayrolle, sinon à la traîne entre Pissevaches et la plage des Cabanes même. Dans la deuxième moitié des années 60, suivant la période, secondé par son fils Claude, cadet d'Élian (poutous à eux deux, à Hélène, la petite sœur et Jeannette la maman !) il calait son globe plus ou moins haut dans l'Aude. 

Le cabanon de La Treille en 2021

En été, c'était entre La Pointe et Joie, exactement au cabanon de La Treille, nous y arrivions en bande, six ou plus (Jean-Marie, Joseph, René, Robert, Guy, JF... nous y allions, comme Montand, à bicyclette) en pleine pêche au muge. Les treuils de Robert et Claude à côté, cela n'empêcha pas leur accueil toujours aussi aimable et souriant... comme nous aurions aimé l'avoir plus longtemps... (à suivre)      

(1) Robert Boni (1927-2019) (si quelqu'un dispose d'une photo autorisée, elle sera la bienvenue), ancien inscrit maritime aux Cabanes, compte un poste de plus pour la pêche au globe, celui dit « du Canalet », à la sortie du port. Il précise que la pêche au globe bénéficie d'une tolérance vu qu'il est interdit d'entraver la circulation dans un port ; il ajoute que cette pêche, réservée aux « demi-soldiers », aux retraités, permettait « d'arrondir les fins de mois », qu'ensuite le droit à cette pêche a été élargi à tous les inscrits justifiant d'au moins neuf mois d'armement par an (ils étaient alors 22 pêcheurs). Le roulement se tirait au sort en avril : les périodes et saisons, les aléas climatiques alimentaient jalousies et tiraillements. D'après cet entretien, il ne reste plus que le globe à l'usine (dit « de la mer »), entre les deux ports édifiés. 
Depuis (l'entretien date de septembre 1998 dans « Le Cagnard » n°11 “ magazine de tous les Pérignanais ”) Les-Cabanes ne comptent plus d'inscrits maritimes, (l'inscription date de Colbert il fallait cinq ans de marine royale et ensuite passer par le noviciat et le matelotage pour devenir patron). Désormais il ne faut ni être inscrit pas plus que diplômé pour être pêcheur.  

(2) regroupés au sein d'une « Société des barres fixes et souffertes ». Le premier règlement à la prud'homie de Gruissan date de 1902. Sont fournis les poteaux (rails), les pieux d'ancrage, les souffertes (câbles). En cas de non respect du règlement, les contrevenants doivent payer une amende, faute de quoi ils ne pourront travailler.    
Informations que l'on doit à François Marty (1953-2008) dans une « Étude Inachevée... » (et pour cause) (voir le site « archives du sensible / Parc Naturel de la Narbonnaise Etude pêche Marty_août2010 ). 

François Marty emprunt aux Archives du Sensible, Parc Naturel de la Narbonnaise... qu'ils en soient remerciés...

Pour une biographie : François Marty  
(voir aussi Par-delà les lagunes avec, à la fin, une étonnante recette de cassoulet à la seiche... Pauvre Chaffou, parti à l'âge de profiter de sa retraite). 

 

dimanche 15 février 2026

La pêche au globe aux Cabanes-de-Fleury (3)

Dans l'article précédent, sur le sujet de la pêche au globe, nous disions : lorsque les câbles qui le tendent hors de l'eau sont complètement relevés, aux sillages désespérés des poissons, il faut constater si cela vaut la peine d'y accéder en barque. Si oui, il faut redescendre les câbles porteurs (1) de manière à ce que, plaqué de tout son long à la pointe du betou, le pêcheur puisse entrer dans le piège. De ses mains accrochant les mailles, il poursuit un après l'autre chaque poisson prisonnier, (plusieurs espèces, surtout des muges) ; à l'aide d'une épuisette (2), il les jette alors dans le fond de la barque. (à suivre)

Pêche au Globe sur le fleuve Aude, aux Cabanes-de-Fleury (en face, dans l'Hérault et entre parenthèses, la campagne du Chichoulet où fut tourné « Le Petit Baigneur » avec Louis de Funès, 1968). D'après la revue Folklore n°3 d'octobre 1941, le globe a été interdit ailleurs parce que préjudiciable aux gros poissons reproducteurs... Faut-il comprendre que le maritime des Cabanes-de-Fleury et de Port-la-Nouvelle (grau de l'Étang de Bages et de Sigean, grau de La Vieille-Nouvelle... et plus loin, à l'Étang de Berre) bénéficiaient d'une exception à la règle. Mlle Narbonne parle de tant de globes à La-Vieille-Nouvelle qu'en une seule nuit, il pouvait se prendre trois ou quatre cents kilos de poissons ! (en 1980, un globe collectif fut calé par les Gruissanots dans leur étang)
Diapositive © François Dedieu.   
  


Un coup de globe pas terrible..
Diapositive @ François Dedieu. 


L'ichtyologue donne le détail du dispositif de pêche et des prises potentielles, loup (“ loubarron ” en languedocien, “ bar ” en français), maquereaux au printemps (F. Marty parle de mélette, est-ce possible avec des mailles de 3 cm ?). Il se prend surtout des muges (“ butado ”, “ cabot ”, “ lesso ”, “ loup ” pour mulet ! “ mijoul ou mujol ” suivant les variantes du languedocien pratiqué sur la côte audoise... Nous, nous disions “ lisso ” d'une petite taille, “ muge ” généralement, “ camar ” pour le poisson prétendument mangeur de vase. Le spécialiste au micro, finit, lui, avec les femelles muges pleines d'œufs, qui, grâce au sel et au Cers, donneront la poutargue, caviar de la Méditerranée, à trancher finement... 
Diapositive @ François Dedieu. 

(1) Les photos dont celles du pauvre François Marty (« Étude inachevée... » Archives du Sensible, Parc Naturel de la Narbonnaise) Etude pêche Marty_août2010 montrent souvent les Vidal au globe dont le père Séverin (1896-1985), dans la pose qu'on lui connaît, catalanes aux pieds, tenant le touret (treuil à main lubrifié au savon noir) et observant les éventuels et puissants sillages des poissons pris. Ils pêchaient à deux : une boucle de corde solide passée dans un des manches de ce tourniquet (ailleurs avec un cliquet) permettait de retenir le filet relevé. Parfois ils le relâchaient après avoir constaté que les prises ne valaient pas qu'on sortît la barque. (Photo aussi dans « Canton de Coursan », Opération Vilatges al Pais, Francis Poudou, 2005).    

(2) on disait aussi « le salabre ». Deux remarques néanmoins : 
1. Salabre. Il se compose d'une planche amincie montée sur un manche qu'il faut pousser à 45° sur le sable du fond. Le filet en arrière peut retenir « ... anguilles, crevettes, petites soles, carrelets et crevettes (F.Vals, revue Folklore). Justement, quand ils ne pêchent pas avec le cheval de trait, on peut voir un tel engin en action pour des crevettes grises, loin au Nord sur la Côte d'Opale. 
2. Le glossaire des termes languedociens employés par nos pêcheurs est plus précis « Salabre s. m. : sorte de truble (petit filet emmanché ou non. [Grand Larousse])qui sert à prendre le poisson dans les bourdigues. Catalan salabre; sorte de filet à manche soutenu par des cordes sur le fond de la mer. » (revue Folklore n° 41).