Affichage des articles dont le libellé est languedocien. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est languedocien. Afficher tous les articles

mercredi 25 mars 2026

LOUIS, LA VIGNE et LES CHEVAUX, lexique (12)


Cheval au labour à_Saint-Georges_d'Orques_34 carte postale ancienne Domaine public Auteur inconnu. 

« Avec le cheval, c'était un rythme de vie particulier. Le matin, on mettait le réveil (1) comme il était là haut, dans la rue Neuve (2) et à six heures j'allais le faire boire. A sept heures, on partait travailler.

— Dans la rue Neuve, la rue de Titin, le boulanger ?

— Non c'était l'autre...

— Celle où y avait Anna la polonaise, mariée Roca, et là je me souviens, gosse, que deux pauvres chevaux sont morts asphyxiés... ça m'avait choqué ça...

— Oui les chevaux étaient de Pesqui (3). Il avait l’écurie... maintenant c’est tout de Brun la moitié de la rue... Le ramonet (4) il fumait tout le temps...

— André Pesqui ? 

— Oui, André Pesqui... les chevaux quand ils se sont asphyxiés, le ramonet comme il fumait, ils avaient soufré et les restes du soufre qu'ils n'avaient pas employé, ils l'avaient mis à côté du portail et il a laissé le mégot sur le sac de soufre et il est parti : il a oublié qu’il avait laissé le mégot. Ça a asphyxié les chevaux, ça n’avait pas foutu le feu, le soufre s’était consumé sans faire de flamme.

— Je m’en souviens, ça m’avait choqué... Sinon, le matin, avec le cheval...

— On faisait boire le cheval, grâce au réveil (5) il avait déjà mangé le foin. Ensuite du temps qu’il mangeait l’avoine, un fortifiant en quelque sorte, on l’étrille, on le nettoie, on lui passe le collier. Nous partons tout le temps avec la jardinière, la charrue est dedans, le brancard dessous. Oh moi j’ai eu travaillé, j’y ai pensé quand le cheval il m’avait foutu un coup de pied qu’il a failli me tuer, j’ai eu travaillé en attelage libre que ça s’appelle. il y a deux fourreaux, un de chaque côté à peu près de la longueur du cheval, on les accroche au collier, une courroie s’attache sur le dos. Le cheval il est libre et si tu en as un qui fait le con, pour le tenir eh, bonsoir...

— Quand vous dites ça des chevaux dangereux, je pense au pauvre Rouaret (6)...

— Tout le monde des anciens s’est demandé comment c’est arrivé parce qu’il avait un cheval, quand il allait à Joie... il avait une vigne à Joie et de temps en temps je le voyais passer. Moi je mettais une heure pour aller à Joie et lui, une heure et demie ! Tu t’en rappelles pas de ce cheval ? Il marchait tout le temps plan, plan, plan, plan et tu pouvais lui dire ce que tu veux il marchait, marchabo coumo uno vaco (il marchait comme une vache) ! Et bé, il l’a tué ! Pour moi, il était au museau, il le tenait souvent par la bride alors il a dû vouloir le battre pour une raison ou une autre, on ne sait pas, ce cheval il s’est cabré, il l’a fait tomber et puis il s’est emballé, le cheval, et il lui est passé dessus...

— Moi, j’ai l’arrière-grand-père qui est mort comme ça, à la Montée des Cabanes...

— À la Pagèze ?

— Non, non, la montée de Bouisset... mais c’était en 1915... »  

Chevaux au labour dans les vignes à Peyriac-Minervois, Aude Domaine public Copie de carte postale ancienne Auteur inconnu
     
De toutes les dépendances donnant sur le jardin extraordinaire de Louis, l’ancienne écurie où les hirondelles nichaient encore il y a peu, témoigne  toujours de cette époque où le nombre de chevaux donnait une idée de la grandeur de la propriété, ici, celle de Gibert à Fleury. Au dessus de quatre stalles figurent les noms des chevaux : Mignon, Coquet, Rip et Franco... des noms qui en auraient encore, des histoires à raconter... loin des images idéalisées et trop belles pour être vraies, de l'amitié entre le viticulteur et son compagnon de travail, le cheval de trait.  

2016. Louis de la vigne et des chevaux...

 (1) Louis veut parler du réveil sur le palier, à l’étage, dans la boîte en bois fixée au mur, qu’on montait pour le cheval ! Non pas pour le réveiller mais pour que le déjeuner lui tombât automatiquement une paire d’heures avant la journée de travail sans que l’homme n’ait à se lever pour autant. Le réveil était installé dans une boîte accrochée au mur. A l’heure dite, une ficelle autour de la clé de la sonnerie se déroulait, libérant une trappe à claire-voie et la ration de fourrage aboutissait dans le râtelier. Dernièrement, José qui vient de prendre la retraite et qui a la remise dans la rue de mes parents, m’a invité à monter au palier pour voir le système ingénieux de l’époque de sa grand-mère maternelle. De quand datait cette distribution automatique ?  

(2) Rue de la Clape, il me semble... 

(3) D'après mon père « La cave de Roubieirou (fils Rouvière), beau-père de Félix Pujol, celle où ont été asphyxiés par la combustion du soufre deux beaux chevaux de trait ». Enfant je n'aurais su dire que j'aimais les chevaux, mais, qu'avais - je vu ? cru voir ? imaginé ? le fait est que cet épisode m'avait particulièrement choqué.  

(4) « Tu as l’origine de « ramonet » sur la place du ramonétage et sur la photo où j’ai mis la plaque correspondante : le « Ramonétage ». Disposés harmonieusement autour d’une grande place, les anciens logements des « ramonets » offrent encore aujourd’hui une ordonnance d’ouvertures « en plein cintre » décorées de pierres de taille. Le Ramonet (petit sujet de Raymond, seigneur de Toulouse) était un ouvrier agricole attaché spécialement aux soins des chevaux. La place porte en conséquence le nom de Ramonétage.  
« Ramonet » est donc le diminutif de Ramon (l’équivalent de Raymond) et on oublie quand même sur cette plaque une chose essentielle : il s’agissait des écuries du château, et accessoirement, à l’étage, des logements des ramonets. Les deux termes ont subsisté jusqu’à nos jours, et le ramonet était beaucoup mieux payé que les simples ouvriers ; et il avait en plus le logement, le bois de chauffage, etc. Le ramonétage était devenu la petite maison affectée au ramonet, jamais bien éloignée de l’écurie où était le cheval dont il avait la charge. » Caboujolette, 2008, François Dedieu.
Ne se le permettant pas (ou ne s'en souvenant pas) Louis ne donne pas le nom de ce ramonet si coupable. (Le mot n'est pas dans le dictionnaire des régionalismes, pas plus que dans « Les mots des régions de France », Belin 1992, Loïc Depecker, mais Wikipedia en fait état). 

Réveil_Bayard_de_type_Sonnefor,_à partir de 1922, collection_du_musée_de_l'horlogerie_de_saint-Nicolas_d'Aliermont Under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license. Auteur Mariannemarianne

(5) réveil, un réveille-matin à ressort mécanique, utilisé par millions de la fin du XIX aux années 1970 en gros et la mise sur le marché de mouvements à piles (marques Jaz, Japy...)
 
(6) Une famille pas épargnée par le destin, d'abord le père Paul (1914-1963)(a) avec cet accident de cheval, ensuite Alain (1959-1981, 3 ans seulement au décès de son père), mort à moto (sauf erreur de ma part) et Michel (1950-2002), mon complice dans le car du matin, à qui je faisais un bandage afin de faire croire au “ surgé ”, monsieur Manas, que la blessure l'avait empêché d'aller en colle... Michel, capitaine de gendarmerie, d'après une rumeur insistante, aurait été concerné par l'Affaire des frégates de Taïwan... son décès pourrait être rapproché des six morts ou davantage « sur ordonnance », aussi étranges qu'inexpliquées de personnes liées au dossier (Wikipédia, Tribune Populaire)... 
(a) d'après une source, l'accident se serait produit dans la côte du village, pour les vendanges or le décès date du 23 mai... Faire la part du vrai et du faux, telle est la question...    

Note importante : Ce douzième volet n'est qu'une reprise de l'article presque éponyme, photos comprises, d'octobre 2016. La reprise de ce qui en est dit m'est profitable, en premier lieu afin d'en remémorer la teneur (après publication de 1681 articles), ensuite manière d'entrer dans le tableau en quelque sorte, et aussi pour corriger, compléter, rajouter la légende des illustrations, par exemple, enfin, changer la police en Garamond, d'après le graveur Claude Garamond (1499-1561), du temps de François Ier ! Une police de caractères, appréciée, qui plus est, car économe en encre. 

Et puis, en tant qu'auteur, réaliser que, parti vers les autres, le message vole de ses propres ailes et ne m'appartient plus. Libre à vous, bons petits diables ou non, de le “ papillonner ”... 

dimanche 15 février 2026

La pêche au globe aux Cabanes-de-Fleury (3)

Dans l'article précédent, sur le sujet de la pêche au globe, nous disions : lorsque les câbles qui le tendent hors de l'eau sont complètement relevés, aux sillages désespérés des poissons, il faut constater si cela vaut la peine d'y accéder en barque. Si oui, il faut redescendre les câbles porteurs (1) de manière à ce que, plaqué de tout son long à la pointe du betou, le pêcheur puisse entrer dans le piège. De ses mains accrochant les mailles, il poursuit un après l'autre chaque poisson prisonnier, (plusieurs espèces, surtout des muges) ; à l'aide d'une épuisette (2), il les jette alors dans le fond de la barque. (à suivre)

Pêche au Globe sur le fleuve Aude, aux Cabanes-de-Fleury (en face, dans l'Hérault et entre parenthèses, la campagne du Chichoulet où fut tourné « Le Petit Baigneur » avec Louis de Funès, 1968). D'après la revue Folklore n°3 d'octobre 1941, le globe a été interdit ailleurs parce que préjudiciable aux gros poissons reproducteurs... Faut-il comprendre que le maritime des Cabanes-de-Fleury et de Port-la-Nouvelle (grau de l'Étang de Bages et de Sigean, grau de La Vieille-Nouvelle... et plus loin, à l'Étang de Berre) bénéficiaient d'une exception à la règle. Mlle Narbonne parle de tant de globes à La-Vieille-Nouvelle qu'en une seule nuit, il pouvait se prendre trois ou quatre cents kilos de poissons ! (en 1980, un globe collectif fut calé par les Gruissanots dans leur étang)
Diapositive © François Dedieu.   
  


Un coup de globe pas terrible..
Diapositive @ François Dedieu. 


L'ichtyologue donne le détail du dispositif de pêche et des prises potentielles, loup (“ loubarron ” en languedocien, “ bar ” en français), maquereaux au printemps (F. Marty parle de mélette, est-ce possible avec des mailles de 3 cm ?). Il se prend surtout des muges (“ butado ”, “ cabot ”, “ lesso ”, “ loup ” pour mulet ! “ mijoul ou mujol ” suivant les variantes du languedocien pratiqué sur la côte audoise... Nous, nous disions “ lisso ” d'une petite taille, “ muge ” généralement, “ camar ” pour le poisson prétendument mangeur de vase. Le spécialiste au micro, finit, lui, avec les femelles muges pleines d'œufs, qui, grâce au sel et au Cers, donneront la poutargue, caviar de la Méditerranée, à trancher finement... 
Diapositive @ François Dedieu. 

(1) Les photos dont celles du pauvre François Marty (« Étude inachevée... » Archives du Sensible, Parc Naturel de la Narbonnaise) Etude pêche Marty_août2010 montrent souvent les Vidal au globe dont le père Séverin (1896-1985), dans la pose qu'on lui connaît, catalanes aux pieds, tenant le touret (treuil à main lubrifié au savon noir) et observant les éventuels et puissants sillages des poissons pris. Ils pêchaient à deux : une boucle de corde solide passée dans un des manches de ce tourniquet (ailleurs avec un cliquet) permettait de retenir le filet relevé. Parfois ils le relâchaient après avoir constaté que les prises ne valaient pas qu'on sortît la barque. (Photo aussi dans « Canton de Coursan », Opération Vilatges al Pais, Francis Poudou, 2005).    

(2) on disait aussi « le salabre ». Deux remarques néanmoins : 
1. Salabre. Il se compose d'une planche amincie montée sur un manche qu'il faut pousser à 45° sur le sable du fond. Le filet en arrière peut retenir « ... anguilles, crevettes, petites soles, carrelets et crevettes (F.Vals, revue Folklore). Justement, quand ils ne pêchent pas avec le cheval de trait, on peut voir un tel engin en action pour des crevettes grises, loin au Nord sur la Côte d'Opale. 
2. Le glossaire des termes languedociens employés par nos pêcheurs est plus précis « Salabre s. m. : sorte de truble (petit filet emmanché ou non. [Grand Larousse])qui sert à prendre le poisson dans les bourdigues. Catalan salabre; sorte de filet à manche soutenu par des cordes sur le fond de la mer. » (revue Folklore n° 41). 

lundi 24 avril 2023

ENCORE UNE CROISADE

Si l'Histoire les retient en dehors des Guerres Saintes, la Reconquista notamment, les Croisades marquent un affrontement entre Chrétiens et Musulmans. Nous pouvons aussi en parler en inversant l'ordre des belligérants. Sans qu'on ait à les nommer, les Croisades n'en finissent pas d'opposer deux visions du monde qu'un système économique mondialiste trop sûr de lui n'arrive pas et n'arrivera pas à niveler, à étouffer. 

Pardon d'avoir parlé de ce biais à propos d'un autre problème, bien moins sanguinaire, lié surtout à la culture et au respect des différences identitaires.. L'expiration du ressenti, bien que révélatrice d'un certain inconscient laisse parfois à désirer (je la vis souvent comme une maîtresse autoritaire qui me domine...) m'a fait violemment réagir, ce matin, aux écrits laconiques d'un rédacteur de Wikipedia disant que si les Romains ont appelé Cers un certain vent du Languedoc, en fait ils ne faisaient que parler de Tramontane ! 

E o ! cal pas que s'i amuse ! Il ne faut pas qu'il s'amuse à ce jeu ! (le " Y " n'existe pas, à ma connaissance... Jean de Siran peut-être ? Guy, cher copain de toujours et guide fondé à nous éclairer, corrigez svp si besoin). 

D'où ma croisade matinale macarel ! À la place j'ai mis : 

"  Il diffère de la Tramontane. Apparenté au Mistral par sa nature catabatique de vent de couloir, son emprise s'élargit au niveau du Golfe du Lion entre Agde au Nord, Port-la-Nouvelle au Sud. Le Cers d'un nom de vent peut-être le plus vieux de France, se retrouve, toujours par l'entremise des Romains, désigné aussi au niveau de l'Èbre. De grâce, rendons à César et sans lui en vouloir aucunement, laissons la Tramontane partout où elle voudra et où les présentateurs du temps, pas plus météorologues que vous et moi, veulent bien la coller pour les touristes, par parisianisme. Qu'elle souffle son joli nom ailleurs mais pas dans le Narbonnais. "  

Fleury-d'Aude. Les Pins de Barral non traumatisés mais penchés par le Cers, vent dominant. Pour ceux qui connaissent, au fond, Lespignan et vers nous, touchant les pins, la vigne de Noé.  Diapositive 1963


Est-ce trop réagir ? Suis-je sanguin et invivable comme ce Cers qui souffle trop fort et rend fou dit-on ? Il y a 2140 ans que les Romains l'ont honoré dans le Narbonnais vu qu'il assainissait l'air du tout au tout... et étymologiquement le mot " Tramontane " n'apparaît qu'en 1210. Tout est dit non ? 

Qu'on suive la bannière ! En chantant " Non non non non, le Cers il n'est pas mooort car il b... encore, car il buffe encore... " (buffa = souffler en languedocien). Sus aux Jacobins ! La jacobinite ne passera pas ! 

mercredi 15 juin 2022

"Per Pentocousto, la guino gousto" / Pour Pentecôte la guine goûte.

Mamé Joséphine. 

<< Per Pentocousto la guino gousto >>* ! disait mamé** Joséphine (Pour Pentecôte goûte les guines). 

~~ E ho ! répondait l'oncle Noé, i pas poussiplé ! Lou qué se passéjo, souben trapara parès ! Es qué cal coumta amé lou coumpeut (Et oui ! ce n'est pas possible ! Celui qui se promène souvent ne trouvera rien ! c'est qu'il faut compter avec le Comput). E ho, es pas atal, cal coumta cinquanto jour dempèi Pasco ! (Et oui ! c'est pas comme ça, il faut compter cinquante jours depuis Pâques !) e am aquèl coumpeut as de guinos ou as de flours ! (et avec ce Comput, soit tu as des guines soit tu as des fleurs) >> 

Ce qui n'est pas facile non plus est de trouver le nom de ce petit cerisier autrefois favorisé en bordure des vignes, surtout dans la plaine, sinon plutôt sauvage Mais vous allez m'aider, m'éclairer !  

Prunus_fruticosa_(Zwerg-Weichsel)_IMG_2184 wikimedia commons Auteur HermannSchachner. Au fruit on s'y tromperait mais les guiniers du Midi n'ont pas les mêmes feuilles. 

En français il y a bien la guigne, fruit du guignier, autre nom du merisier (wiki) guignier cerisier qui porte les guignes (prunus avium juliana).

D'après le site sensagent, la guigne est une  petite cerise rouge à longue queue et très sucrée. Le littré précise que sa forme est semblable au bigarreau, plus petite, très sucrée, avec une chair d'un rouge noir.  

Le Centre national de Ressources Textuelles et Lexicales (CNRTL) dit la même chose mais cite "guynier", variété de cerisier, 1508 ainsi que "en a. prov. on trouve guinier dès 1350" (impossible de trouver la traduction des abréviations).

"La vie secrète de la nature" (Atlas) mentionne que c'est Lucullus*** qui rapporta un prunus avium dont la forme sauvage, (le merisier) ne porte que des petits fruits à gros noyaux de peu d'intérêt bien que le bois soit prisé par les forestiers. Avec les merises, on fait le kirsch, le marasquin dans le Sud-Est, le ratafia à Grenoble sinon le guignolet (avec les fruits ? avec les feuilles ? les recettes sont plurielles)... Le guignolet nous remet sur la piste du guinier. 

Les merisiers ont donné une première catégorie de cerisiers à fruits doux dont les fameux bigarreaux avec la variété Burlat. Dans la deuxième catégorie, on trouve les griottes (jus foncé) et les amarelles (jus rosé), appréciées outre-Rhin... parfois dans la recette de la forêt-noire. L'ancêtre serait le prunus cerasus originiare du SE de l'Europe ? Cultivée, cette variété qu'on trouve aussi en Italie fonce et devient plus sucrée. 

Les planches de Gründ indiquent que, contrairement au cerisier, le griottier est sans feuilles à la base des ombelles. 


Suite à cette approche franque des "cerasus" classés "prunus", et qui plus est avec l'homonymie malvenue de la guigne en tant que déveine, malchance, je n'ai trouvé de réconfort qu'en espépissant**** ce qu'il me reste de langue occitane dans sa déclinaison languedocienne. Et voici lou guiniè, cerisier à fruits acides et encore l'agrioutiè donnant des agriotos (d'où le nom griotte). Sont encore mentionnés dans le Trésor du Félibrige de Mistral : guindouliè et guindoulo, cerise aigre en Languedoc... Aïe voilà que Béziers s'en mêle pour nous compliquer le propos vu qu'ils disent guindoulo pour la jujube ! Laissons ! 

Alors, les guines qui, dans les petits profits tirés de la nature, apportaient un plus à la vie rustique de nos aïeux, viendraient, non sans évoquer le cerasus fruticosa, ce cerisier nain des steppes peut-être en rapport avec la cerise naine d'Europe, du "cerasus vulgaris" subspontané dans le Midi. J'en ai cueilli quelques unes, pour Pentecôte et mon arrière grand-mère Joséphine, manière de marquer le coup comme on dit ! 

<< Per Pentocousto la guino gousto >>

Bien sûr, ce propos reste ouvert à toute proposition voire contradiction... vos remarques étant toujours les bienvenues !    

* mentionné dans le Trésor du Félibrige de Frédéric Mistral. 

** on dit mamé même pour l'arrière-grand-mère Joséphine Palazy épouse Hortala. 

*** peut-être à l'occasion des guerres contre Mithridate jusqu'en Arménie...   

**** ou espupissa, littéralement s'épouiller en parlant des poules, enlever les duvets après avoir plumé un volatile et, partant, "... éplucher, trier, scruter, examiner minutieusement..." (Trésor du Félibrige, Frédéric Mistral). 






vendredi 1 mai 2020

L'HENRIC das BARRIS / L'HENRI des faubourgs

 Jadis la petite maison d'Henri dans la rue des Barris partant de la ligne des remparts disparus, soulignée par le tracé courbe du boulevard. Merci Geoportail.

Juste parce que le français s'imposait au languedocien ravalé à l'état de patois, en revoyant sa rue située hors les remparts, et parce que nos migrateurs reviennent instiller la vie et l'espérance en ce temps calamiteux de peste noire, pardon de covid 19, le souvenir et la voix d'Henri le mécanicien nous reviennent sur un air "d'hirondelle des faubourgs".   

"... Hé... O exprimo te coumo cal, se saves pas as qu'à te caillar. Ah beleu saves pas parlar francès. Ah bé tan pis parlo como vouldras... (1)

Au théâtre ce soir. 

Rares sont ceux qui se souviennent encore de la gaieté et de la joie de vivre qui présidait aux représentations de la troupe théâtrale pérignanaise en 1938. Et pourtant, en 1938, si on y regarde de plus près, n'est pas tellement loin, ce n'était déjà plus la Belle Epoque mais ce n'était pas encore la Drôle de Guerre. A Fleury, on pensait à bien s'amuser, de temps en temps et la troupe de théâtre forte de nombreux acteurs exclusivement masculins, malgré la tenue de certains sur notre photo, regroupait dans la cour de l'école la population de Fleury pour des spectacles en langue occitane fort appréciés nous a-t-on dit. 

Avant le spectacle  un tour de ville derrière la clique était organisé,
une clique réduite à sa plus simple expression : André Fountic au tambour et Marius Calmet au clairon.
Mais c'était le signal et on allait voir  "lous proufitaires", "Coucoudou", "lou pèis d'Abrial", "lou "rémé" Piroulet" (2) et "lous maridaires" interprétés par 
Maurice Barthe, Louis Gimat, Antoine Gélis, Auguste Fital, Auguste Rouquié, Victor Sirven, François Gervais, Joseph Sabatier, Jules David, Marius Calmet, Germain Anguille, André Fountic, Laurent Calvet, Gaston Pujol, Albert Mazoni, François Coural, Léon Coural, René Jean, Yéyé Bertoli, Marcel Cadène, Louis Biau et Jules Alibau. 

Après les représentations tout le monde se retrouvait sur la place du marché, au café Gazel  où se déroulaient d'ailleurs les répétitions. Le juge, le soldat, le voleur, le gendarme, le voisin, sa femme se rinçaient le gosier à coups de mandarin-citron ou citron-bière, de trois quarts... 

Oui, aco se pasabo a Fleuris, en 1938." (3)
L'Henric das Barris. 

(1) Oh, exprime-toi comme il faut, si tu ne sais pas, tu n'as qu'à te taire. Ah peut-être tu ne sais pas parler français. Et bé tant pis, parle comme tu voudras. 
(2) Les profiteurs.../... le poisson d'Abrial, lou raumé ? le rhume ? lou rèimé ? variété d'olivier ? / les marieurs ou futurs époux ?  
(3) Oui cela se passait à Fleury, en 1938. 

Cette chronique d'Henri Andrieu, le mécanicien, figure originellement sur une cassette audio. Après bien des procédures de béotien il ne me reste qu'un fichier son wave. Si quelqu'un me fournit une façon de faire, il me sera possible de joindre le contenu de la bande originale. 
La photo détaillée par Henri figure dans le livre "De Pérignan à Fleury" par les Chroniques Pérignanaises, page 172. Elle m'a permis de corriger certain patronymes et même un "Joseph" plus commun que le "Jaurès" que j'ai cru entendre... ma fibre politique sans doute. 

lundi 27 mai 2019

mardi 21 mai 2019

LA BICISCLÉTO (2) / en languedocien.

Papa a repris le sketch de cette biciscléto pour divertir ses amis de table. Suite à la première feuille, format A5, il a continué à taper à la machine mais sur un A4 paysage, d'un air de dire "Si vous voulez copier, donnez-vous en la peine..." 

Il ne me reste plus qu'à pianoter sur le clavier : 

"... i a un paral de rodos "qu'elles sont bien rondes" ; soulomen lou marchand m'a enganat ; a uno i mancavo tres reyouns e  a la plaço a abio mes d'aran 

"mais c'est une jolie vicisclette quand même. Elle a un guidon avec le tintin." I a dos frins, "et le cadre, si vous voyiez le cadre ! elle est bien encadrée tê " 

I a tout, vous disi... E las pedalos, ah ! il y a une pire de pédales qu'elles ont l'air de quunque chose, e la cadeno, elle a une cadène qu'elle est toute neube.

Mè ço que me la faito croumpar es la poumpo "si vous voyiez ça !"es poulido, marcho pas mais es poulido quand memes, i a memes uno placo "elle est de 1935" mè i a uno placo, sei en règlo; Et puis il y a la selle, parfaitement : on peut aller à la selle. Eri fiert d'ave fait aquel afaire e sei tournat a l'oustal, lou rei èro pas moun cousi, mè las fennos on bous coumpren pas, c'est vrai "on vous comprend pas. Es quand on crei que nous anas coumplimentar es alabets que reboustègoun : "vous réboustéguez toujours !"

La méouno m'a passat quicon, m'a pas apelat "perlou", m'a balhat un autré noum e m'a dit : " mè ses fol, de qué menès aqui ? 
- E c'est une vicisclette que je viens de cromper. 
- Quicon de frec, ban creirelou mounde que l'as raubado : ils vont croire que tu l'as raubée. 
- E per dé qué ? i disi. 
Elle me répond : 
- Tu ne vois pas comme elle est mal peintrée ? 
- Perloto, sespas que la pinturo que te tracasso, sara lèou fait ! I avio d'omes que goudrounavoun la routo... et ils ont une jolie peintrure. Sei dabalhat amé la biciscléto e uno bouteilho de vin : paouré moundé, aquel ome quand a vist la bouteilho, d'un paouc mai me pintravo a ièou tambes. M'a dit "posez-la là, la bicisclette". Abio uno espeço de sulfatuso, te m'i a foutut uno chinchado de premièro. Si vous aviez vu ça : elle avait sangé de mine, elle relusissait cunque chose, ero uno poulido vicisclèto, la meteri à secar..."

... Une traduction est disponible si quelqu'un demande... 

Non, ce n'était pas celle-ci qui n'est que des années 60...

  

LA BICISCLÉTO / en Languedocien

Depuis belle lurette, les agapes communautaires prennent le pas sur les repas festifs, ces véritables festins en famille à l'occasion des communions, baptêmes et noces jusqu'à l'Or. Avant la bouillabaisse de l'été nous reviendrons sur ces menus et tout ce qu'ils pouvaient porter comme signification... 

Je parle, je parle mais comme ma nebeude a trouvé un papier dans un livre de son grand-père, un de ces papiers qui évoquent les chansons et les rires devant aider à la digestion de ces repas jadis gargantuesques, avec le café et le pousse-café...

Partageons : 

  
à suivre ! 

PS : n'hésitez pas, faut demander si vous voulez la traduction ! ce sera avec plaisir !

mercredi 24 avril 2019

Lou BOUTEL, la GARGOULETO, el BOTIJO, lou PEGAU : le pot à eau / Fleury-d'Aude en Languedoc.

Boutèls ou botijos ? Collection Teteu Fleury. Je voulais juste mettre cette photo et j'y ai passé la journée avec le cyclone Kenneth croisant à proximité...

A propos du boutèl, boutèu, le site "étymologie occitane"  ne retient que la racine "bout" signifiant tonneau, outre, du latin populaire buttis (sorte de vase pour liquides ou solides venant du grec bouttis, récipient en forme de cône tronqué). La langue d’oïl ne reconnaît que le dérivé butticula, bouteille. 

 http://www.etymologie-occitane.fr/?s=bout

Sur le "Trésor dou Felibrige" de Frédéric Mistral

Gargouleto : cruchon, alcarazas, hygrocérame v. Gourgoulino


„Se sabiès, bello gargouleto,
Coumo t’aimi, quand vèn l’estiéu :
En bevènt toun aigo fresqueto,
Mi sèmblo de larmo de diéu !" 

(Si tu savais, belle gargoulette, comme je t'aime quand vient l'été. En buvant ton eau fraîchounette, je crois boire des larmes de dieu).


Louis BORGHERO, fils d’un marin italien, (Marseille 1857 - 1930). Courtier et journaliste, il fut gérant de L’Armana dei bastido e dei cabanoun (1895).


A l'entrée "Gourgoulino" : cruchon, alcarazas, petite cruche de terre où l’on tient l’eau fraîche. 


„Elo, à dès ans, viret l’esquino
A l’ourjou, à la gourgoulino,
Pèr poutouneja lou pegau.“ 

(Elle, à dix ans, tourna le dos à la cruche, à la gourgoulino, pour embrasser la carafe.)

Jacques ROUDIL (1612 - 1659) auteur de 62 sonnets, la plupart en occitan (Obros mescladissos d'un baroun de Caravetos).


Ourjou, arjol : espèce de cruche en forme d’urne antique que les femmes portent sur la tête ou sur la hanche. Ne pas confondre avec l’orgelet

Languedoc : comme cruche, le boutèl méditerranéen, ventru mais refermé du col. L'eau qui sue à travers l'argile en entretient la fraîcheur. Son contenu serait le bouteillat. (Les mots des régions de France / Loïc Depecker / Belin 1992).
Lou boutèl, la gargoulette sont bien liés à la Méditerranée :
„Fernande apporta l’anisette, deux verres, la gargoulette d’eau fraîche“, Albert Camus

Méditerranée avec, des Pyrénées à l'Andalousie, "el botijo", toujours la gargoulette... Le botijo, la gargoulette espagnole, un récipient en terre cuite pour contenir de l'eau ou du vin (régions méditerranéennes) / viendrait du provençal gargouleto pour un cruchon. 
Utilisation du botijo : soulever la gargoulette par l’anse, presque à bout de bras, plaquer l’autre main bien à plat sous sa panse fraîche, pencher vers soi, s’arranger pour que le trait d’eau s’en aille gouleyer dans le gargaillou, à la régalade, comme avec le porro catalan... ou la pichara, comme il me semble qu’on appelait la gourde en peau. Pour finir, passer le dos de la main sur les lèvres, plus pour suivre un rituel que pour essuyer une maladresse.  

William-Adolphe_Bouguereau_(1825-1905) Wikimedia Commons Cllectio author unknown
 

Photo : Pas étonnant,  qu’une connotation sexuée soit associée à la gargoulette avec la bouche pour remplir, le ventre pour garder, le bec pour vider... et toutes les déclinaisons que la libido peut imaginer...  

Pegar cruche du Pays Basque Wikimedia Commons Asp.

Pegaus, Pichets de Marseille Wikimedia Commons Author Rvalette


Au Pays Basque c'est le pegar, lo pega en gascon, issu du pegau, sorte de pichet courant dans l'Europe médiévale méditerranéenne entre le XIIIème et le XIVème siècle (Wikipedia).


Au hasard des recherches, bien des sites listent les bienfaits du boutèl, de la gargoulette, de la gourgoulino, du botijo, du pegau :  

* Le refroidissement de l’eau est dû à l’évaporation de l’eau à travers la texture poreuse du pot.

* L’eau stockée dans un pot en argile contribue à réduire l’acidité du corps et à soulager les troubles gastriques. L’argile agirait comme un antidote à l’acidité des aliments, neutralisant ainsi l’équilibre du pH. Une sauce tomate, naturellement très acide, sera d’une douceur naturelle une fois cuite dans un pot en argile.

*  L’eau fraîche est moins agressive pour la gorge que l'eau trop froide ou glacée du réfrigérateur.

* L'argile soigne par les minéraux qu'elle apporte : les éléphants d'Afrique et les aras d'Amazonie le savent. 

A propos de boisson fraîche, si le frigo est petit, si vous êtes nombreux, si vous n'avez pas un puits à disposition, si vous n'avez pas pensé à faire de la glace, laissez balancer à l'ombre, sous l'arbre, une bouteille habillée de tissu qu'on mouille régulièrement...