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lundi 23 mars 2026

Lexique passionné autour du cheval (10)

Ah ! que ne sait-on apprécier à leur valeur vraie, que lorsqu'ils sont passés, l'harmonie de vie, la connivence de couple, le bonheur tout simplement ? Dans le roman de Clavel, le temps d'une guerre, malgré la guerre, l'entente du couple se conjugue avec la prospérité toujours plus affirmée de la propriété viticole devenue domaine. On reconnaît bien là la détermination des immigrés ; ils acceptent de ne plus espérer un retour, triment pour une place au soleil : ouvriers agricoles, petit à petit, petite vigne après petite vigne, ils assoient un bien qu'ils font fructifier après la journée... Solidaires, les enfants sont exemplaires, ne faisant jamais parler d'eux...  

D'un réalisme pathétique, le roman de Clavel se clôt mi figue mi raisin. Pas figue du tout, tout réfléchi, puisque la patronne, soumise à l'aîné qui se marie et vend pour une épicerie à Lyon, accepte de les suivre, laissant tomber sa maison, son indépendance, son capital, son amant, Jeannette, sa fille trisomique. Raisin, néanmoins, puisque, mal à l'aise, elle rachète quelque peu son lâche effacement en plaçant la petite chez les sœurs à Lons, mieux qu'à l'asile de Bourg. Et à celui qui finalement n'aura été qu'un valet, en plus des gages dus, ils laissent la cabane, la vigne abandonnée de « Brûlis », la jument qui peut encore porter... 

Le Vernois Jura 2023 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Auteur TaKpté

L'Espagnol s'accroche à son pays d'accueil... Franco dominant en Espagne, pouvait-il en être autrement (1) ? À côté de la cabane, il bâtit une écurie pour La Noire. Lui et son cheval sont très demandés, dans les bois, les vignes. À Jeannette proprette et bien soignée par les sœurs, tous les dimanches il apporte quelques gâteries, un raisin grappillé et surtout ces bouts de bois mort ou éliminés suite à la taille, biscornus, aux formes inattendues de poule, coq, canard et même de jument. Alors, ils la font trotter La Noire. Pour Jeannette qui rit, Pablo s'écrie « Hue » et « Hau »... 

Bernard Clavel et l'Espagnol comptent beaucoup dans ce lexique mais les pages, tant de livres que de la vie, sont faites pour être tournées... « Ô temps suspends ton vol... » Alphonse de Lamartine... « Le vent se lève !... il faut tenter de vivre ! » Paul Valéry... Oui vivre tant que la vie est là, passer outre ce monde révolu de 75 milliards d'humains qui nous font signe... 

Le travail avec les chevaux s'accompagnait de métiers afférents : 

Le charron modulait son choix de bois pour monter chariots, tombereaux et jardinières, la charrette légère sous laquelle la charrue était transportée. Ils étaient au moins deux au village (Lucien Merle, Augustin Vieu) ; le cerclage à chaud (du feu comme à la forge) des roues représentait une opération des plus fumantes et impressionnantes. 

Le forgeron-maréchal-ferrant : à Fleury « [...] trois forgerons, maréchaux-ferrants : Irénée Cazals, les frères Alquier et, dans la rue des Barris, « Jean lou maréchal », Jean Arnaud, représentant également les cycles Terrot... » Caboujolette, 2008, François Dedieu. 

Avec les chiens alors libres, sentir la corne brûlée et voir le maréchal ferrer une de ces belles bêtes, un spectacle inoubliable ! De mon temps ne restait plus qu'un forgeron, pas du village et d'âge mûr, celui qui me fabriqua un tenillier à 50 F. 

Le bourrelier :  de base, le métier consiste à confectionner le harnachement des chevaux ; le rembourrage des colliers a donné son nom à la profession. Ils étaient deux au village, Sire et Pierre Marty chez qui tout l'équipement du premier Lami, après Coquet, fut commandé. Son atelier où les hommes échangeaient jusqu'aux ragots était surnommé « L'Agence Havas ». (Je me souviens de Sire, Marceau (2), il me semble, de son prénom).

« [...] Un soir de fin décembre 1950, Pierre Marty (3), le bourrelier, porte la note de l’année (à moins que ce soit début janvier 51). Mon père lui offre un petit verre de « Kermann » et, à la radio (le fameux poste 10 lampes estampillé MF) on donne les nouvelles du soir et on parle du premier président de la IVe République, élu le 16 janvier 1947 : Vincent AURIOL, qui a promulgué un avis officiel demandant aux speakers de ne pas faire la liaison Vincent-T-Auriol, comme certains s’appliquent à la pratiquer. Et Pierre Marty de dire « Tant m’aimi aquelo liquou coumo toun Vincent Auriol ! » (« J’aime autant cette liqueur que ton Vincent Auriol ! »)... » Caboujolette 2008, François Dedieu. 

(1) en octobre 1944, pugnaces, avec soif de revanche, des réfugiés espagnols, dont ceux de la colonne Leclerc “ libérant ” Paris, ont cru qu'une occupation du Val d'Aran démoraliserait les Franquistes, inciterait le peuple à la révolte et  les Alliés à agir. Huit jours après, le 27 octobre, les buts de guerre n'étant pas atteints, la priorité des Alliés étant logiquement l'Allemagne, les troupes républicaines durent battre en retraite ; reconnaissant le régime de Franco, de Gaulle les fit désarmer...  

(2) 26 mars : correction. Le bourrelier n'est pas, je me corrige, Marceau Sire qui habitait l'impasse Surcouf (1902-1986), il s'agit de Joseph Sire (1905-1987), j'en tiens pour indice ces quelques lignes de mon père : « Joseph Sire : J’avais avec lui d’intéressantes conversations sur le temps passé, les treize chevaux et plus des grandes « campagnes », et tout ce peuple qui regagnait Fleury tous les samedis, d’où le nombre inouï de cafés, buvettes et autres « petits bars ». Son ancienne bourrellerie au portail à présent muré vient d’être achetée, on aurait l’intention d’y placer un commerce. » p. 168, Caboujolette, 2008, François Dedieu.  

(3) Une lettre de Fleury : «… quand tu reviendras tu trouveras beaucoup de vide. Marty le bourrelier est mort, on l’a enterré le jour de St Pierre des suites d’une opération de la prostate, ç’a été l’affaire de huit jours et il n’a pu voir le succès de son petit-fils Jacques qui est admissible à l’oral série B avec latin...» Caboujolette, 2008, François Dedieu. (envoyée au Brésil, soit entre 1953 et 1956, note JFD).      


samedi 21 mars 2026

Lexique passionné, le cheval de Clavel dans « L'Espagnol » (8)

 Ouille, nous allions passer à côté : pour commander le cheval, quelle langue ? D'abord, le nom du cheval... se fait-il facilement à son nouveau nom vu qu'il doit en avoir un, chez l'éleveur, pour son éducation, un nom qu'il doit reconnaître quand on lui donne un ordre. Nouveau maître, nouveau nom : est-ce rationnel pour lui ? Et ces ordres ? en breton ? en français ? sauf que chaque région emploie un parler, un vocabulaire différent... À Fleury, est-ce “ hue ” ou “ ii ” au démarrage ? “ oo ” pour s'arrêter... “ arrê ” pour reculer (?), “ dia ” tourner à gauche, “ bio ”, non ? pour aller à droite ? (je m'en veux, la mémoire me faisant défaut, corrigez-moi si possible)... 

Per-Jaky Hélias, Pâté_Hénaff et Cheval d'Orgueil 2014 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Auteur Kergourlay

« Le Cheval d'orgueil » : en guise d'au revoir à la Bretagne, Per-Jakez Hélias, Pierre en breton de Cornouailles ou du Pays bigouden, avec peut-être l'évocation d'un vieux cheval livré au boucher (l'ouvrage est à 8000 kilimètres...) 

Bernard_Clavel au festival international de géographie 1999 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license. Collection Archives de St-Dié-des-Vosges.

« L'Espagnol » (1) : une œuvre marquante, chez des vignerons et là, Jura et Languedoc ne peuvent qu'être parents... Pas loin des personnages principaux, La Noire, jument de la ferme à qui il ne faut pas donner de raisins glacés du matin. Un brave animal, comme tous les chevaux de trait, généreux dans l'effort sans compter, une caractéristique de l'animal dans sa coopération avec l'homme. (à suivre)

(1) 1967, j'ai seize ans,  « L'Espagnol » de Jean Prat (1927-1991) d'après le roman de Bernard Clavel (1923-2010), passe à la télé... Un enchantement : des intérieurs comme par chez nous, la cuisine pièce à vivre, des générations liées avec les vieux présents à part entière, en passant, la parenthèse d'un souvenir érotique, et surtout toute une ambiance intense de vignes, de vignerons, de chariots sur les chemins, de la jument à la ferme... Tant de vécu dont ces grappillons de raisin que du bout des lèvres et des vibrisses, Lami, le nôtre de cheval, prenait dans le plat de ma main... Quant aux Espagnols, oui, ils forment une colonie nombreuse dans le village, discrète à mener sa voie tandis qu'une ségrégation raciste n'hésite pas à se faire entendre chez les imbéciles & co...   
2026, j'ai soixante-quinze ans pour reprendre, cette fois, en diagonale, les 437 pages du roman, un « J'ai Lu » de 1989, lu plusieurs fois, à relire encore de même que les images de Jean Prat, si fidèles au roman... autant de points sensibles quand on est du pays des vignes venant nous dire que nous lui appartenons à jamais, le vert particulier des pampres me l'a souvent répété à travers l'Europe, à commencer par celui de la Côte Chalonnaise pourtant, à quelques heures seulement de mon village, en face, à vol d'oiseau (env. 60 km), après la Bresse, des coteaux à vin jaune chers à Clavel (Château-Chalon) ...Et toujours, en attendant de revoir le DVD, l'enchantement, l'émotion aussi, malheureusement empreinte des suicides de Jean Prat, 64 ans, ne supportant plus la médiocrité de la télé, de Jean-Claude Rolland (1931-1967), si prometteur comme acteur, qui aussi s'est pendu en prison la veille de la diffusion de la première partie de « L'Espagnol », (en instance de divorce, il avait tenté d'incendier la voiture et l'appartement de son épouse Nany Rameau). Enfin, englobant le monde des charretiers et laboureurs, les Espagnols du village à respecter comme on se respecte soi-même... et détail cocasse, par l'entremise de cette quête sur le cheval de trait, c'est grâce à Louis toujours là, d'une seconde génération d'immigrés, que ce temps des chevaux de trait ne m'est pas resté aussi irrévélé.      

 

jeudi 21 octobre 2021

Soir de VENDANGES / 10. G.Gaudin, L. Bréchard, F. & J.F. Dedieu.

La plaine de Vinassan commune aussi avec Coursan et Narbonne. Parcourue de canaux (de Ste-Marie, de Lastours, ici de Grand Vignes) partis de l'Aude et débouchant dans les marais en amont de l’Étang de Campignol, ils permettaient la submersion des vignes (avec la contrainte de drains devant être creusés et régulièrement renouvelés). Aujourd'hui des friches ont en partie remplacé ce vignoble à trop haut rendement. A droite, une vigne pourtant... (Photo de fin juin 2020).    

 "... Vous savez les Ariégeois qui descendaient de la montagne n'avaient pas l'habitude de boire du vin. Et là, ils l'avaient à volonté. Ça chauffait surtout après souper quand il faisait bien chaud. Le Parisien avait acheté une maison en bas du village. Le soir il y avait grand bal et on dansait avec les sabots... [...] Moi Clémentine, j'ai dansé plus que mon compte [...] J'ai appris avec les vieux la mazurka et la scottish avant de me lancer dans la valse et surtout le tango... " 

Témoignage de Clémentine Roques (Vinassan), Le Puits de Mémoire, Gilbert Gaudin, 2001. 

 

Caboujolette, quatrième de couverture.

Fin de journée : "... A l’époque des vendanges, un petit bal avait lieu tous les soirs au café. L’animation du village était alors fort grande, les familles de vendangeurs venus d’abord de l’Ariège, puis d’Espagne, non seulement de Catalogne ou d’Aragon, mais aussi de la lointaine Andalousie, mettant une note exotique où résonnaient différentes langues ou divers dialectes et pidgins savoureux. Dès l’arrivée de la vigne, une toilette s’imposait à la fontaine du coin de la rue, et on allait se promener, puis danser un peu. Vers 22 heures, tout redevenait calme : la journée du lendemain allait être encore rude à la vigne, et on serait heureux si les nuées de moustiques voulaient bien se dissiper sous l’effet d’un petit cers (1) salutaire ou d’un vent marin bienvenu sous un soleil accablant..." 

François Dedieu, Caboujolette Pages de vie à Fleury-d'Aude II, 2008, auto-édition. 

Vignobles du Beaujolais vers Avenas 2008 Wikimedia Commons Author Alainauzas
 

 "... La fête se prolongeait souvent tard [...] Il y avait d'abord le repas, puis souvent les chants, la danse. Les jeunes prolongeaient la soirée [...] jusqu'à 2 heures du matin parfois. 

Quand on avait vingt ans [...] on avait la force de vendanger la journée, souvent de travailler au cuvage le soir, et même de bonne heure le matin [...] On avait vingt ans... Ça ne nous empêchait pas de participer aux chants et aux danses. De ce côté-là, les vendanges avaient une certaine attirance auprès des jeunes. [...] nous chantions des chansons [...] du folklore du moment [...] "J'ai deux grands bœufs dans mon étable..." [...] aussi des chansons patriotiques dans le genre Déroulède [...] Et puis l'on proférait des malédictions envers les Prussiens [...] C'était avant 1914 [...]

Il y avait toujours, au moins, un battement de deux heures au minimum avant d'aller dormir. Et l'on dansait, et l'on chantait [...]

Nous dansions les danses de l'époque, bien entendu, les polkas, même les mazurkas [...] Il n'y avait déjà plus, déjà, de danses paysannes [...] Mais nous avions les quadrilles [...] La valse faisait figure de nouveauté,quoiqu'elle eût sans doute non pas un siècle, mais peu s'en fallait..."

"Papa Bréchard Vigneron du Beaujolais", Jean-Pierre Richardot, La France Retrouvée, Rombaldi Éditeur, 1980.  

Quatrième de couverture.

"... Les vendangeurs, parfois logés à la rude, dans la paille, se lavent au puits ou à la fontaine. Ensuite, le village sort de sa léthargie, les rues s'animent, les épiceries, les boucheries, les boulangeries retrouvent l'affluence. les femmes font les commissions pour le repas du soir ; elles prévoient aussi la saquette du lendemain. Les groupes d'espagnols parcourent et remontent les avenues sur toute la largeur de la voie, filles et garçons séparés, recréant l'ambiance ibérique des paseos et ramblas, laissant dans le sillage, avec la bonne odeur du savon, des parfums de patchouli, d'eau de Cologne et de brillantine qui se croisent. Au crépuscule, pour éventuellement favoriser les échanges, las guapas dépassent la limite du dernier néon, ce qui permet aux muchachos de les rattraper pour un madrigal ou quelque flatterie intéressée qui fait rire le chœur des demoiselles sur la défensive..."

Reprise d'un extrait du chapitre Les Vendanges, Le Carignan, Pages de vie à Fleury-d'Aude I, Jean-François Dedieu, auto-édition, 2008. 

(1) le Cers, fort vent de terre local, apparenté au Mistral, soufflant entre Agde et La Franqui, malheureusement trop souvent assimilé à la tramontane...   

dimanche 13 décembre 2020

RAISINS de la PLAINE, CHÂTAIGNES des VERSANTS.... les filles du Poumaïrol...


Châtaignes sur le marché d'Apt 2010 wikimedia commons Author Véronique Pagnier

La finalité du manuel scolaire parle d'autant plus d'elle même qu'elle précise "orthographe, grammaire, conjugaison..." etc, alors que nous nous proposons de continuer notre page sur un produit à part, un fruit de saison qui, après les raisins des vendanges, les coings en pâte ou en gelée, participait à la livrée de l'automne. 

Au village, seulement en montant la rue de la porte Saint-Martin, il y avait au moins quatre ou cinq épiceries proposant des cageots de châtaignes, succédant, en produits d'appel, aux caissettes rondes, en bois tendre, des alencades salées bien rangées en éventail. Ces harengs, marquant la présence des vendangeurs espagnols, exprimaient un exotisme ravigotant dans une mentalité villageoise pour le moins retranchée. Les châtaignes, elles, outre de corriger la perception qu'on avait alors de l'étendue de la plaine, accentuée par le moutonnement toujours recommencé des vignes en monoculture, alors qu'au Nord-Ouest, la vue distincte de la bordure méridionale du Massif-Central confirmant l'aspect d'amphithéâtre depuis l'Espinouse et, en descendant vers la côte, les garrigues, le Minervois, marquaient aussi la présence d'une main-d’œuvre de Mountagnols, décrochant d'un millier de mètres, plus avant dans le temps, pour la récolte des raisins, quand ce n'était pas pour d'autres travaux.   

Les filles du Poumaïrol, descendues pour les vendanges, ne remontaient dans la Montagne Noire qu'avant Noël, après les pommes, les châtaignes de l'Argent-Double, et en bas, les olives et parfois les premiers sarments à ramasser !  

Châtaigne Cévennes wikimedia commons Author historicair 29 décember 2006 UTC 15 h18
 

P. Andrieu-Barthe parle d'elles dans le numéro 156 de la revue Folklore (hiver 1974) : 

"... Les Châtaignaisons duraient une grande partie du mois d'octobre et parfois de novembre 

Portant un grand tablier de sac relevé en sacoche, des mitaines aux mains, elles ramassaient les châtaignes tombées à terre, armées d'un petit marteau de bois, "le massot", pour ouvrir les bogues piquantes.../... Le soir à la veillée, elles rangeaient la récolte du jour à l'aide d'un grand tamis "la clais" suspendu au plafond, dont le fond grillagé calibrait les fruits. Les jours de pluie, elles triaient les haricots secs, les petits "moungils" réputés ou "enfourchaient" les oignons, c'est à dire les liaient par douze sur des tresses de paille de seigle. C'était, avec les pommes-de-terre et les navets noirs, la principale nourriture du pays. 

La récolte des olives était redoutée à cause du froid et celle des sarments aussi car le vent glacé de Cers balayait la plaine. Elles attachaient solidement "la caline" sur leur tête et glissaient sur leurs vêtements des blouses de grosse toile. Les voyageurs étrangers qui passaient, remarquaient avec étonnement ces femmes qui paraissaient en chemise, en plein hiver, dans les vignes.../

... Ces filles du Poumaïrol étaient réputées pour leur vaillance à l'ouvrage ; robustes et fraîches, leur gaieté résonnait en chansons et plaisanteries, parfois d'une rustique verdeur. Les gars des villages, émoustillés par leur venue, se livraient à des farces d'usage, faisant enrager les employeurs, qui se croyaient, à cette époque, responsables de la vertu de leurs employées. 

Mais, depuis la guerre de 14, le plateau du Poumaïrol s'est lentement dépeuplé, les belles haies de hêtres sont retournées au taillis, les prairies se plantent de sapins et les filles sont descendues vers les usines du Tarn où leur gaieté n'est plus si sonore. On ne mange plus de châtaignes et de haricots, la diététique moderne les ayant rendus suspects, à leur place croissent les genêts et la broussaille, et qui se souvient encore des chansons des châtaigneuses ? 

"... Barraquet eit mort
Eit mort en Espagno
E l'en enterrat amé de castagnos 
Ah ! qui pouyen trouba
Per la Barraquetto
Ah ! qui pouyen trouba 
Per la marida
Las castagnos et le bi noubel 
Fan dansa las fillos, 
Fan dansa las fillos. 
Las castagnos et le bi noubel 
Fan dansa las fillos et lou pandourel."

 

lundi 2 septembre 2019

LES FEUILLES VERTES DU DERNIER VOYAGE / les vendanges à Fleury.


Mardi 2 septembre 1997. « … Les vendanges ont à peine commencé, et je crois que cette année-ci ne comptera pas parmi les meilleures, le raisin n’ayant guère profité des chaleurs pourtant relativement modérées du mois d’août… » 

Samedi 20 septembre 1997. « … Il devait repasser mais n’est plus revenu dans les parages. Il a dû participer à « la sardo », le repas de fin des vendanges qui s’est vraisemblablement déroulé dans la maison de « l’oncle Maurice » […] Les vendanges se terminent petit à petit sans que nous nous en apercevions : les bennes métalliques se font rares sur les chemins, de même que les machines à vendanger… » 

Vendanges  en_Corbières_(1975) Fonds André Cros Archives municipales de Toulouse.

Dimanche 19 septembre 1999. « … Les vendanges battent sans doute leur plein, mais à part quelques grosses machines aperçues de temps à autre, rien ne le laisserait supposer. Où sont les vendanges d’autrefois, avec leur flux de « mountagnols » et d’Espagnols occupant les maisons fermées le reste du temps, la vie vespérale du village revigorée pour un petit mois, en attendant le cliquetis des vieux pressoirs ?.. »

Dimanche 23 septembre 2001. « … nous allons nous mettre au rythme « demi-saison » d’après les vendanges. Ces dernières se terminent dans une indifférence absolue de notre part : aucune fièvre perceptible, aucun mouvement de foule, pas de bal le soir, pas de chariot orné dans chaque comporte des petits sarments aux feuilles vertes indiquant « le dernier voyage », pas de vendangeurs étrangers se lavant à grande eau aux bornes-fontaines des coins de rue, pas de « colles » bruyantes dans les vignes, tout cela a bien disparu… »   

mercredi 31 octobre 2018

VENDEMIOS… VENDIMIAS, vendimiadores / Les vendangeurs espagnols.



Alors qu'une vague de froid nous surprend après un mois d'octobre jusque là si chaud et que même lou razimage, le grappillage est compromis, revenons vite sur cette période bénie des vendanges et "l'exotisme espagnol" s'y attachant, dans ce Languedoc qui fut jadis le plus grand vignoble au monde ! 

LES ESPAGNOLS. 
Longtemps frontaliers et clandestins s’ils ne décidaient, à terme, de s’installer, forcés et si mal accueillis lors de la Retirada (début 1939), la fuite des Républicains devant les troupes franquistes, ensuite au gré des crises économiques, du chômage, du niveau de vie même si l’Espagne s’est épanouie et modernisée au sein de l’Europe, dans notre Midi viticole, les travailleurs espagnols ont apporté à la population permanente et forment un contingent de vendangeurs longtemps indispensables et toujours présents d’ailleurs à présent que la récolte manuelle garantit un produit final de qualité.  
   



COMMENT VIENNENT-ILS ? 
Ce flux de travailleurs s’est mis en place avec le temps. Dans le Biterrois, des propriétaires ont envoyé un recruteur juste après la frontière, dans l’Empurda. Par la suite c’est officiellement que ce flux de travailleurs s’organise. L’employeur qui connait ses employés leur communique la date des vendanges, l’Office d’Immigration espagnol à Figueras vérifie leur santé et remet un bon de voyage (14 F pour l’Aude en 1961). Au niveau du département d’accueil, les vendangeurs étaient enregistrés pour un mois mais pouvaient prolonger même pour la cueillette d’autres fruits. S’ils changeaient de département, un deuxième contrat était nécessaire.

C’est aussi à Figueras que les trains spéciaux de vendangeurs sont formés. Les travailleurs vont descendre tout au long du parcours, surtout dans les Pyrénées Orientales, l'Aude, l'Hérault, le Gard, attendus à la gare par le patron qui les amène à la propriété.

Il existe aussi des impresarii chargés de former des colles, des équipes de vendangeurs, des cuadrillas souvent issues d’un même village. Ils peuvent organiser le transport par car.

Comme pour tout, certains opèrent honnêtement d’autres abusent et appliquent des frais abusifs de dossiers ou sur le transport.     

En 2018, certains forment des groupes qui commencent dans les zones les plus précoces et terminent là où les vendanges sont tardives et les vendangeurs espagnols se font embaucher dans la France entière. 


Nous devons les superbes photos à André Cros, photo-reporter au journal Sud-Ouest agence de Toulouse, jusqu'en 1988. Le journaliste a confié des milliers de photographies dont celles de ces vendangeurs dans les Corbières (si quelqu'un peut préciser à proximité de quel village sont ces moulins qu'on voit sur l'une d'elles) aux Archives Municipales de Toulouse qui les met gracieusement à la portée du grand public... Un grand merci à cet Internet du partage ! 

samedi 20 octobre 2018

VENDEMIOS… VENDIMIAS, vendimiadores / L’Europe des vendanges aux accents de l’Espagne.

Les mots tant occitans qu’ibériques voisinent et se ressemblent. Latins, voisins, cousins, les Européens du Sud ont entretenu et perpétué les échanges, souvent la force de travail contre une rémunération, un différentiel de niveau de vie jouant, aggravé parfois par les crises économiques et les intransigeances politiques. Ainsi notre arc méditerranéen, surtout pour ce qui ressort de l’agriculture, a vu arriver, de Menton à Banyuls, sur un gros siècle d’Histoire, des Italiens et des Espagnols. L’injuste inégalité sociétale et la prise de pouvoir par des régimes autoritaires et fascistes de Mussolini et de Franco, ont poussé les plus exploités, les plus pauvres, à migrer. Parmi ces migrants d’abord saisonniers, certains se sont installés à terme ; un mouvement toujours d’actualité, bien que plus modeste.

A Fleury, on les remarquait surtout pour l’animation aussi entraînante qu’exotique qu’ils apportaient aux vendanges. Le reste de l’année, au contraire, la colonie espagnole restait des plus discrètes, solidaire pour résister aux jalousies, aux pulsions xénophobes confortées par une minorité d’imbéciles malheureusement plus voyants et audibles qu’une majorité ouverte mais silencieuse, elle.
« Espagnol de merde ! », « travailler comme un Espagnol » ! J’avais moins de quinze ans… pas besoin de demander, de me référer à qui, à quoi que ce soit pour être vraiment choqué par ces invectives à l’emporte-pièce et sans fondement ! Comparaison n’est pas raison dit-on mais force est de faire un parallèle entre ces mouvements européens et les migrations actuelles, extérieures à l’Europe, sous-tendues par une religion d’essence aussi hégémonique qu’agressive. Le roi Hassan II ne disait-il pas que contrairement à un Européen un Marocain ne deviendrait jamais français ?
A Béziers la place d’Espagne ne l’est plus que de nom et c’est plus flagrant encore si on évoque l’historique de la colonie espagnole de la ville, celle qui fait la meilleure paella de la feria.  


            
  Luis Iglesias Zoldan, son président, rappelle que tout fut loin d’être rose :
 « Les Espagnols venus pour travailler dans les vignes fin XIXème ont mis 31 ans avant d’avoir le droit d’être soignés dans les hôpitaux publics : au départ la colonie espagnole leur servait de mutuelle…/… les vendangeurs qui arrivaient par wagons dans les années 60 étaient exploités dans des conditions indécentes… » mais que finalement en restant espagnols de cœur, sans renier leur origine, leur sensibilité identitaire, ils sont toujours allés vers un multiculturalisme d’intégration solidaire et fraternel…


 Comment ne pas évoquer encore, complètement antagoniste, la menace de dhimmitude que fait peser l'intégrisme inhérent aux métastases islamiques !